‹ La France au DahomeyChapitre 99 sur 122 · L'ARRIÈRE-PAYS · texte numérisé non relu

L'ARRIÈRE-PAYS

le sergent-major Duncah, sans grande instruction, surveillé étroitement pendant son exploration, a traversé le Dahomey et la région des Mahis et s'est avancé au nord vers une ville d'Adafoudia qui est encore marquée sur les cartes par habitude, vers le 10° 30' de latitude Nord, mais dont les indigènes interrogés par nous ont déclaré ignorer l'existence et même le nom : peut-être a-t-elle disparu dans quelque révolution ou destruction d'empire, choses si fréquentes en Afrique, ou bien a-t-elle reçu une autre dénomination, comme cela arrive souvent.

Un voyageur allemand, M. Krause, poursuit depuis 1887 une série de voyages entre la côte de Guinée et le Macina; mais il n'a publié que des notes sommaires. Le DrWolff, au contraire, a laissé dans les Mittkeilungen ans den deutsrhen Schutsgebieten (1891, n° 1) une relation complète de son voyage, que M. le lieutenant Kling a accompagnée d'une carte. Le 22 avril 1889, le Dr Wolff quitte Bismarckburg, station fondée par fon François et Putkammer en 1888, et suivant une direction nord-nord-est pénètre dans le Tschandjo ou Sogodé par 9° de latitude et 2° de longitude Est de Greenwich, c'est-à-dire 0° 20' 14" Ouest de Paris1. Paratau est la capitale de ce pays, qui dépend, au point de vue hydrologique, du bassin du Mono. L'Angaé, affluent de droite du Mono, sert de limite au Tschandjo vers le sud-ouest, du côté de Fasougou. Au nord, le Tschandjo est séparé du Sougou par une limite passant entre Aledjo et Seméré, vers 9° 25' de latitude Nord. Le Dr Wolff, marchant droit au nord vers le 10° degré, a traversé Soungou-Kouna, village au milieu d'une forêt, et Ouangara, ville de 7 000 âmes. Le pays est bien cultivé, quoique peu fertile. Le sol est ferrugineux. Il cite aussi Seméré, Barei, localités intéressantes, marchés d'esclaves. A Ouangara, capitale du Sougou, un esclave vaut en moyenne 100 francs, un paquet de coton non lavé 0 fr. 56, un mouton 4 francs, un taureau 15 francs, un poulet 0 fr. 80. On compte en cauris. 2 000 coquillages valent 1 fr. 25, tandis qu'à Ouidah la même quantité est cotée 0 fr. 50. Il s'y tient un marché tous les quatre jours. C'est une ville de 1 500 cases. La population est fétichiste, mais les musulmans forment la classe dirigeante, comme dans tout le pays situé au ^nord du 8e degré de latitude. L'influence des Haoussas se fait sentir partout; ils sont marchands et voyageurs comme les Dioulas du Soudan occidental. Le 5 juin 1889, le Dr Wolff s'élevait dans le nord-est jusqu'au village de Nclali ou Dbari. Affaibli par les fièvres, il mourut le 26 juin, sans avoir pu atteindre le Bariba, mais après avoir reconnu le cours supérieur des rivières Oli et Moussa, qui toutes deux portent, dit-on, leurs eaux au Niger. Le lieutenant Kling, en octobre 1891, retourna dans le Tschandjo, faisant route vers le Bariba; mais parvenu à Kuandé, par 10° 15, de latitude Nord, il fut obligé de rebrousser chemin. La carte publiée par les Mittkeilungen est un document important pour la géographie ; mais il nous est permis, après ce qui s'est passé pour l'établissement de la carte définitive du Dahomey sur laquelle toutes les anciennes localités ont été déplacées de 30 et même de 40 kilomètres vers le sud, de faire des réserves

1. Le méridien frontière qui sépare les possessions allemandes et françaises étant 0° 40' 37" O. de Paris, on voit qu'une partie du Tschandjo est en territoire français.

tant en ce qui concerne les distances qu'en ce qui a trait aux directions. On est facilement porté, quand on voyage à pied avec des nègres, à confondre l'espace parcouru avec la durée du trajet, et une visée topographique est trop aisément reportée sur le croquis dans un sens favorable aux intérêts que l'explorateur est chargé de sauvegarder. Seule une triangulation sérieuse ou des observations astronomiques précises permettent d'accepter définitivement une carte. Tout en rendant hommage à la valeur scientifique des travaux effectués par les voyageurs allemands au nord et au nord-est du Togo, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer qu'ils nous ont rapporté très peu de longitudes, ce qui est particulièrement intéressant pour des régions aussi rapprochées les unes des autres.

Le protocole du 24 décembre 1885 et la convention additionnelle du 1er février 1887, ratifiés le 20 avril 1887, ont fixé la ligne de démarcation au méridien 0° 40' 37" longitude Ouest, prolongé jusqu'au 9e degré de latitude Nord. Le 23 juillet 1889, nous avons eu l'occasion, comme il a été dit plus haut, étant administrateur du Grand-Popo et Agoué, de visiter le Tado et d'y établir le protectorat français. L'exactitude du croquis rapporté fut contestée, parce qu'il n'était pas d'accord avec les itinéraires antérieurs. Une commission mixte, composée du Landeshauptmann de Puttkammer pour l'Allemagne et du lieutenant de vaisseau Colson pour la France, a procédé en 1893 au levé régulier du Mono et a parcouru l'intérieur jusqu'à Tado. Les positions des divers points en litige ont été déterminées astronomiquement, et, comme nous l'avions précédemment indiqué, demeurent clans la zone d'influence de résisdents français le riche pays de Tado, une partie du royaume d'Atakpamé, le pays des Éoués, les marchés de Togodo, Topli, Dobo, Athiémé, Afagna qui conduit à Wo. Le Mono coule en territoire français, sauf une boucle insignifiante entre Séana et Sakonjé de 6° 41' 40" à 6° 44' 28".

Le Chabe, cité dans Wolff par renseignements entre le 8e et le 9e degré, ne paraît être qu'une localité, ou tout au plus un plateau montagneux. Les Mahis de Savalou (7° 56' N.) ont affirmé que le Zou descendait d'un haut plateau du nom de Tzara, lequel serait situé à cinq journées de marche au N.-O. de Savalou. Il y a peut-être une certaine corrélation entre le Chabe et le Tcharara du Dr Skertchly, dont les gens du pays nient absolument l'existence.

Pendant l'année 1893, M. le chef d'escadron Decœur, chargé de tracer la route de l'Atlantique au Niger, s'est élevé, accompagné du lieutenant Baud, jusqu'à la hauteur de Bébéra, en suivant l'itinéraire Mono-Pessi-Savalou-Ouessé, pendant que le lieutenant d'infanterie de marine Guérin arrivait en ce point par Kétou, Savé, Ouessé, à peu près à la même date, en janvier 1894.

On peut considérer ces voyages, qui sont continués actuellement par M. Decœur et M. Alby, comme un premier jalon vers notre hinterland. M. Decœur a été accompagné jusqu'au 9e degré parle gouverneur du Dahomey M. Ballot, et, escorté de 150 gardes civils, il s'est avancé dans un pays inconnu le 1er octobre 1894.

Le 26 novembre 1894, la colonne Decœur arrivait à Liki, et M. Alby, administrateur colo-

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