LES FETICHEURS APRES LE LANCEMENT DE LA PIROGUE
des hurlements, lançant des imprécations aux génies de la mer Aïsan, Abbétayo, Avrékété, neptunes dahoméens. Quand le danger est écarté, ces braves ivrognes, marchands d'orviétan, se couchent à côté de leurs idoles et arrosent de gin et de tafia les emblèmes de la divinité, morceaux de bois et de fer fichés dans le sable, barbouillés de sang de coq et d'huile de palme. Pour atterrir, on cherche à atteindre le brisant du milieu d'abord, puis on s'élance sur la crête de la vague, qui doit vous porter à terre directement ou vous faire chavirer s'il y a eu fausse manœuvre. Dès que le canot s'est échoué sur le fond solide, les rameurs jettent avec frénésie leurs pagayes en l'air et se précipitent à l'eau; les féticheurs empoignent le passager dans leurs bras huileux et le déposent avec déférence sur un terrain plus hospitalier. On leur donne une pièce de monnaie et tout le monde est heureux.
En considérant la barre, on se demande, non sans étonnement, comment les constructeurs du wharf ont pu en six mois mettre à terre leurs matériaux et installer cet ouvrage hardi, un appontement métallique sur des sables roulés par des vagues constamment en mouvement. En décembre 1891, les diverses pièces, fixées à des flotteurs insubmersibles, étaient halées du navire à la plage à l'aide d'amarres disposées en va-et-vient. Huit cents tonnes de matériel furent ainsi débarquées sans accident.
Pour la construction on a adopté le procédé suivant : L'extrémité des pieux de fondation en acier plein (14 centimètres de diamètre) était munie d'une large vis en fonte de fer. Au moyen d'une bigue s'appuyant sur la partie du travail déjà faite, on présentait le pieu en place et pour le visser on garnissait sa tète d'un tambour horizontal. Autour de ce tambour s'enroulait une corde qu'il suffisait de tirer à l'aide de treuils pour faire pivoter le pieu sur lui-même et le visser jusqu'au refus dans le sable compact et les bancs de coraux qui forment le fond de la mer en cet endroit. Une fois ces pieux placés, on les réunissait par des entretoises.
Le wharf se divise en deux parties : la passerelle, de 236 mètres de longueur sur 5 m. 30 de largeur; le débarcadère, 44 mètres de longueur sur 12 de largeur. Pour supporter la section de la passerelle la plus proche de la côte (136 mètres de longueur), on s'est contenté de palées simples formées de deux pieux, distants de 8 mètres les uns des autres ; mais, à partir de cet endroit, on a dû employer un système de palées doubles, rappelant les piles de ponts métalliques, formées de quatre pieux entrelacés; ces piles sont espacées de 16 mètres. Le plancher de la passerelle est muni de deux voies de chemin de fer de 80 centimètres d'écartement; celui du débarcadère a quatre voies et sera desservi par quatre grues tournantes. La barre ne se faisant sentir que jusqu'à 100 mètres au delà du rivage, l'extrémité du wharf n'éprouve pas d'agitation.
Destiné surtout au commerce, le wharf a été inauguré par la guerre. Le personnel et le matériel ont passé sans encombre par cette base d'opérations d'un nouveau genre.
Cotonou, en langue dahoméenne [fon ou c/jec/ji), signifie « bouche de la lagune morte » (ro to nourri). Ce nom indique que nous sommes à une embouchure de rivière. A 200 mètres à l'est du wharf se trouve l'isthme qui empêche les eaux du lac Nokoué (Denham) de communiquer avec l'Océan. Cette langue de terre s'est ouverte en 1887. VÉmeraude, petite canonnière, a pu la franchir à cette époque pour se rendre dans la lagune de Porto-Novo, au grand désappointement des féticheurs dahoméens '. Sous l'action des sables accumulés par le ressac, l'ouverture s'est refermée trois mois après. Le débit des eaux de l'intérieur n'est pas constant : on ne peut donc espérer pouvoir creuser dans la lagune un port capable d'abriter des navires d'un certain tonnage, comme à Lagos. L'emplacement sur
i. En novembre 1893, même phénomène. La bande de sable a élé enlevée par les eaux subitement grossies à la suite de pluies exceptionnelles. La rupture ne s'est pas effectuée sans accident. La factorerie Cyprien Fabrc, les magasins et rappontement du service administratif ont été projetés dans la mer en même temps que le sol.
'JLLEURS HAÛUSSAS ET COMPAGNIE; DE DEBARQUEMENT DU " MVTHÛ