‹ La France au DahomeyChapitre 8 sur 122 · LE BLOCKHAUS. — LES FACTORERIES · texte numérisé non relu

LE BLOCKHAUS. — LES FACTORERIES

lequel est bâti Cotonou est de formation géologique récente et peut encore être appelé à disparaître, étant soumis au caprice d'une inondation.

Nous ne sommes pas dans une ville mais dans un campement, jeté dans les dunes de sable du cordon littoral, sorte de bourrelet solide qui s'est formé sur la Côte des Esclaves, entre l'Océan et les lagunes courant parallèlement à la mer, alimentées par les rivières qui descendent des hauts plateaux sis entre le septième et le huitième degré de latitude Nord.

Deux constructions sérieuses, le blockhaus, ouvrage en maçonnerie, bâti par le capitaine Lebigot, de l'artillerie de marine, et l'hôtel du câble anglais. Les factoreries sont des cases en planches. On a jeté les fondements de l'hôpital et des baraques Moisant destinées à la troupe. De droite et de gauche, au hasard, des paillotes, des tentes Tollet, des cuisines en plein vent, des marchandes de pacotille, des échoppes au milieu du chemin, etc. La forêt qui entourait Cotonou d'une forte ceinture de brousse verte et qui a permis à l'armée de Behanzin de venir attaquer nos lignes le 4 mars 1890, à 5 heures du matin, a été émondée. Les canons du fort ont un champ de tir de plus de 1 kilomètre, la défense est assurée. Une ligne de palanques complète le système; elle va de la mer à la lagune, formant pour ainsi dire la base d'un triangle isocèle.

Je suis reçu au mess des officiers, paillote circulaire en forme de pagode. A défaut de confortable et de luxe, la plus grande gaieté règne dans le Kiosque, comme nous disons. Nous assistons d'abord, sans nous déranger, en prenant l'apéritif, à la manœuvre du canon par des artilleurs improvisés dits Haoussas. La compagnie de débarquement du Mytho vient aussi faire l'exercice sur la place d'armes ; enfin le commandant Villiers fait évoluer ses Bachi-Bouzouks, les spahis volontaires, mes compagnons de voyage.

Il règne partout une grande effervescence, provoquée par le ravitaillement de la colonne. Des noirs s'avancent processionnellement, à la file indienne, vers le wharf, y chargent sur leurs têtes crépues des caisses en zinc contenant les vivres du corps expéditionnaire, et les portent à la lagune, où des piroguiers les prendront pour les charrier vers l'Ouémé. Les kroumans des factoreries remplacent la population indigène, qui fait totalement défaut.

Visite aux factoreries. Bien que la France fût officiellement installée à Cotonou depuis 1861, le développement commercial de ce point a été très lent. Aujourd'hui encore ce n'est qu'un entrepôt de marchandises destiné à ravitailler les comptoirs d'Abomey-Calavi et Porto-Novo, un lieu de transit pour les puncheons d'huile de palme et les sacs d'amandes expédiés en Europe. MM. Cyprien Fabre et Régis aîné, de Marseille, y ont seuls des établissements. Les autres marchands de Porto-Novo font leurs opérations par Lagos, au moyen de vapeurs qui circulent dans la lagune de l'Ossa (Badagry). Les produits du cru sont achetés aux indigènes de l'intérieur contre espèces anglaises et contre tissus, alcools, faïences, fusils, poudres, sel, etc.

Des douaniers français se promènent aujourd'hui sur la plage et ont remplacé les

anciens décimères du Dahomey, ainsi nommés parce que ces agents étaient en principe chargés de percevoir le dixième de la valeur sur les importations. Mais en réalité on payait des droits fixes peu importants.

Dans un avenir très rapproché, tout le commerce devra passer par Cotonou pour ne pas être taxé deux fois, à Lagos et à Porto-Novo. Les difficultés politiques cessant et le wharf ayant supprimé l'obstacle naturel, la barre, rien ne paraît devoir s'opposer désormais à la reprise des transactions, un peu ralenties pendant les hostilités.

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