‹ La France au soleil: notes sur l'AlgérieChapitre 1 sur 9 · La France au soleil: notes sur l'Algérie · texte numérisé non relu

La France au soleil: notes sur l'Algérie

Vous nous dites qu'à la vue de Bonaparte et de ses soldats^ les fellahs s'écrierent : « Les Romains sont revenus / »

Êtes-vous sûr de ce cri des fêllhas ? Il correspond, du moins, à un sentiment très juste et qu'exprimait, en 1850, un officier de notre armêe^ quand il écrivait à Lambèse^ sur une pierre de tombe:

f Le commandant Carbuccia, du 3* bataillon d'Afrique à son prédécesseur le chef de la 3^ légion romaine ».

C'est vrai ; nous avons repris en Afrique l'œuvre de Rome^ et si le malheur

Il PRÉFACE

des temps a voulu que nous renoncions sur la rive du Nil à cette superbe beso^ gne^ au moins pouvons-nous espérer la poursuivre longtemps en Algérie^ aussi longtemps que la France existera comme nation.

Depuis bientôt un siècle, nous accomplissons là-bas une œuvre qui n'a pas seulement demandé ces qualités de vivacité, de furia, que personne ne nous conteste, mais des vertus plus sévères et plus rares: la patience, la longue abnégation.

Et puisque vous nous assure:: qu'il se crée en Algérie une littérature autochtone, je propose aux jeunes écrivains d'Alger un sujet qui aurait, à coup sûr, enthousiasmé Vauteur du Médecin de Campagne. Mon sujet, le voici : la conquête de la Mitidja. La première partie de l'ouvrage serait consacrée à la conquête de la vallée sur les tribus indigènes. La seconde raconterait la conquête de la vallée sur les fièvres. Le dernier

PRÉFACE m

chapitre serait une description de cette vallée de la Mitidfa, telle que nous la voyons aujourd'hui^ de cet ancien marecage dont nous avons fait un jardin.

Et les personnages seraient ce capitaine de Malglaive, mon compatriote lorrain, qui donna un écoulement aux eaux de la Chiffa^ ce grand soldat du Barail qui créa la smalah de Boghar et^ devant tous, le comte de Raousset-Boulbon, le dernier conquistador, qui devait clore par une mort tragique sa vie aventureuse après la quasi-conquête de la Sonora.

Un tel livre atteSjierait la double vaillance de nos soldats et de nos colons.

Il faudrait qu'il fut écrit par un fils de soldat, comme vous, capable d^écrire ce beau chapitre sur la Fin de TAristocratie arabe, et tout orienté vers l'avenir, en même temps que soucieux de maintenir les héroïsmes de notre héritage national.

Maurice BARRÉS.

Page 1