‹ La France au XIXe siècle [microforme]Chapitre 11 sur 11 · ER A · texte numérisé non relu

ER A

Le succès de l'intervention francaise en Grèce ne servit guère la cause de M, de Villèle : elle était trop compromise, Il serait fastidieux d'énumérer ici toutes les fautes com mises par cet homme d'Etat durant les deux dernières années de son administration,

Une loi contre la presse qu'il présenta aux Chambres, atteignait non seulement les journaux, mais les livres et les publications de toutes sortes, Tout le monde s'en ém ut, même l'Académie française, qui vota une adresse au Roi, son protecteur, dans l'intérêt des Lettres : Charles X refusa de recevoir l'adresse ; et ses trois rédacteurs, Villemain, Lacretelle et Michaud, trois royalistes éprouvés, furent privés de leurs fonctions publiques. La loi, votée à la Chambre des députés, fut rejetée par les Pairs, Il y eut à cette occasion de grandes réjouissances dans la Capitale, aux cris de Vive lu Liberté de la Presse !

Le lendemain, Charles X se rendit au Champ de Mars pour présider une revue de la garde nationale: Il fut reçu aux cris de Vive la liberté de la Presse! Vive la Charte ! A bas les ministres ! A bus les Jésuites ! A bas Villèle! I1 eut le courage de dire: “ Je suis venu ici pour recevoir des hommages, non des lecons”. Mais lorsqu'il s'éloigna, les mèmes cris recommencèrent,

La garde nationale tout entière fut dissoute, malgré les avis du duc de Doudeauville, qui conseillait, et avec raison, de ne dissoudre que les bataillons coupables, et de ne pas se séparer de la bourgeoisie parisienne, jusque-là un des meilleurs soutiens du gouvernement et de l’ordre.

Villèle ne vivait plus que d’expédients. Le dernier qu'il employa fut de dissoudre la Chambre, pour laquelle cependant il avait fait voter sa fameuse loi de septennalité, puis de créer une fournée de 76 nouveaux Pairs. Il voulait renouveler en sa faveur l'esprit des deux Chambres. Mais malgré

la pression scandaleuse qu'il exerca sur l'électorat, les nou velles élections envoyèrent à Paris une majorité de députés évidemment hostile à son administration : il se retira,

Le Moniteur du 4 janvier 1828 annonça un nouveau ministère : il avait pour chef Martignac, homme du centre droit, orateur insinuant et sympathique.

C'était un cabinet très fort en lui-même : mais on se demandait sur quelle force extérieure il allait s'appuyer, en face de partis inquiets, et d’un roi défiant 1,

Il est certain que Charles X, en s'adressant à Martignac, se croyait au pis-aller, Jamais il n'aurait voulu faire un pas de plus du côté de la gauche, pas même vers Casimir Périer, qui fut pourtant une des plus fortes colonnes de la monarchie de juillet, Curieuse manière, vraiment, d'entendre le régime parlementaire !

Son rève, c'était Polignac, l’homme des fameuses Ordonnances qui devaient provoquer la chute de sa dynastie !

Chateaubriand s'était engagé à appuyer Martignac : mais on lui offrit l'ambassade de Rome : et il l’ac epta :

“ Le nom seul de la Ville des Ruines, disait-il, proïuit sur moi un effet magique ”,

De Rome, il écrivait ensuite avec un soupir ce regret :

“ J'ai revu les grandes Ruines romaines, mais je n'ai pas retrouvé, pour les voir, les yeux que j'avais il y a vingt-cinq ans ”.

Le pape qui habitait alors le Quirinal était le saint Pontife Léon XII, de la famille della Genga, le protecteur et le précurseur du grand Pape actuel, — lequel, soit dit en passant, avait déjà dix-huit ans à l’époque dont je parle; il a été le

1— “Charles X parlait avec humeur de ses ministres, Il les faisait ou laissait attaquer par les feuilles royalistes dont il disposait ”. (Ma jeunesse, par le comte d’Haussonville, p. 217).

contemporain de tous les souverains et de tous les gouvernements du XIX° siècle — :

“ C'est un prince admirable, écrit de Léon XII Chateaubriand, plein de modération, de douceur et de charité ”,

Puis, faisant un retour sur sa chère France — tactus soli nalulis amore!— joyeux de voir ses destinées confites à son ami Martignac :

“ La France est heureuse et tranquille, dit-il; elle est enfin devenue toute constitutionnelle et monarchique, et nous n'entendons plus que les cris de quelques ambitions déçues et de quelques fous qui rêvent ce qui ne peut revenir ? ”,

Hélas! le ministère Martignac n'était pus destiné à vivre longtemps: il ne dura qu’une quinzaine de mois, Avec tout le charme insinuant de sa parole et la grâce de sa personne, Martignac ne put se faire dans le; Chambres une majorité stable et compacte ; et d’ailleurs il n'avait pas la confiance du roi. Plus encore que Villèle, il ne vécut que d'expédients, La seule loi importante qu'il présenta, pour l'organisation des conseils d’arrondissements et de départements, sortit de la discussion tellement défigurée qu’il crut devoir la retirer.

Par contre, c’est lui qui a attaché son nom aux fameuses ordonnances contre les Jésuites, l’une des œuvres les plus odieuses de la Restauration.

Ces bons religieux étaient 400 dans toute la France, et s'employaient à faire le bien, donnant des missions dans les campagnes où ils étaient appelés par les curés. Ils avaient en tout huit petits séminaires ou collèges, dont les évêques leur avaient confié la direction, J'ai déjà fait remarquer que M" Frayssinous avait fait en Chambre l’aveu de toutes ces

1 — Ovide, Met., VIII, 4.

2 — Lettres inédites à Mme de Cottens.

choses criminelles... Et les ennemis du gouvernement et des Jésuites, de s'écrier : Quid adhñe egemus teatibus 1?

On fit peur au roi: “ Il y va, lui disait-on, de votre couronne ; et la tempête soulevée à propos des petits séminaires pourrait bien engloutir le vaisseau de l'Etat ”, Ce fut cette considération, bien mal fondée, qui décida Charles X à signer les fatales ordonnances déjà dressées et prêtes depuis longtemps.

On est confondu en songeant à ce que la peur, la faiblesse, l'indécision peuvent faire commettre de folies à des gouvernements sans énergie, sans intelligence,

Les ordonnances, signées par le roi, furent publiées le 17 Juin 1828, I1 y en avait deux : l’une, contresignée par Portalis, était spécialement dirigée contre les Jésuites, obligeant les directeurs de collèges ou de petits séminaires d'affirmer par écrit qu'ils n'appartenaient à aucune congrégation religieuse non légalement établie en France ; l'autre ordonnance, contresignée par l'évêque Feutrier, le nouveau ministre des Cultes dans le cabinet Martignac, soumettait la nomination des supérieurs et des directeurs À l'agrément du roi; les petits séminaires ne pouvaient admettre qu'un notnbre d'élèves fixé par le gouvernement ; les élèves devaient porter la soutane ; tous les professeurs devaient souscrire aux quatre fameuses propositions de 1682.

Quel ridicule, quand les gouvernements entreprennent de légiférer sur des questions en dehors de leur compétence, s'introduisent dans les séminaires, mettent la main à l’encensoir ! Quand on songe qu’on en était encore, un quart de siècle après la Révolution, aux quatre articles de l'Eglise Gallicane! Ces articles démodés ne vous rappellent-ils pas les vieilles outres dont je parlais l'antre jour ?

Le pieux Charles X et ses ministres, las de s'entendre

1— Matth, XX VI, 65.

appeler amis des Jésuites et de la Congrégnrion, avaient cru réussir à faire cesser les clameurs en jetant ces ordonnances aux ennemis de la religion comme un os à ronger, Mais l'os n'était pas assez gras, et ne pouvait les satisfaire, M. de la Ferronnays rencontrant sur la rue Benjamin Constant : “ Eh! bien, êtes-vous content —Non, ce n'est point là ce que nous voulions.—Vous avez cependant les Jésuites de moins, Peu importe, ce n'est pas là ce qüe nous demandions”,

L'épiscopat, en général, fut très mécontent des ordonnances, et présenta au roi une adresse respectueuse pour protester contre l’ingérence du gouvernement dans la direction des petits séminaires.

Les catholiques instruits et éclairés protestèrent également, Dans un Rapport préparé à leur demande, l'illustre Berryer disait :

“ C'est par une violation manifeste de tous les droits qu'on ravit aux membres des Congrégations religieuses la capacité de remplir les importantes fonctions de l'instruction publique ”.

De sorte que le pauvre Charles X se trouvait n'avoir contenté personne, et s'être mis à dos tout le monde, L'opposition des évêques, surtout, lui était particulièrement désagréable. Les ordonnances devaient être mises à exécution le 1°" octobre ; et les prélats ne paraissaient nullement disposés à s’y conformer, Le ministre des Cultes, Feutrier, ayant insisté pour que l’épiscopat se soumiît, le cardinal de Clermont-Tounerre, archevêque de Toulouse, lui fit cette fière réponse :

“ La devise de ma famille, qui lui a été donnée par Calixte II, en 1120, est celle-ci: ÆEtiamsi omnes, sed non ego. C'est aussi celle de ma conscience ”,

Pour se tirer d’embarras, on jeta les yeux vers Rome ; et Rome accorda aux envoyés de Charles X un Bref, qui ne fut

communiqué qu'à quelques évêques, dont le texte ne fut rendu public que vingt ans plus tard, mais que l'on réussit À faire passer comme un désir de Rome, de laisser faire, Les évêques, qui ne pouvaient guère se passer de l'assistance du #ouvernement pour leurs séminaires, crurent devoir se conformer à ce désir présumé du saint-siège : les ordonnances furent exécutées 1,

Elles ne portèrent bonheur ni à Charles X, ni à Martignac, Celui-ci, malgré les échecs qu'il recevait en Chambre, se CraMpOonNA au pouvoir tant qu'il put, “Faudra-t.il donc quitter toutes ces belles choses ” ? s'écriait Mazarin avant de mourir, Quel est le ministre, à la veille de sa chute, qui ne pousse un soupir semblable ?

Charles X se décida enfin à donner congé à son ministère, Le nouveau cabinet était prêt depuis longtemps : il avait pour chef Polignac, comme ministre des A faires- Etrangères, Les collègues de Polignac furent Le Bourdonnaie, Bourmont, Courvc;sier, Chabrol, D'Haussez, Montbel, Cayelle, Chante. lauze, Guernon-Ranville, c'est-à-dire des royalistes qui tous depuis le commencement de la Restauration s'étaient montrés plus où moins réfractaires au régime constitutionnel,

Les vrais amis de la Restauration virent de suite dans la composition de ce ministère un coup d'Etat anticipé 2; et le Journal des Débats, reflétant leurs sentiments, s'écria : Mal. heureuse France ! Malheureux Roi! La duchesse d’Angoulême elle-même, l'auguste fille de Louis XVI, apprenant l'avènement de Polignac, ne put s'empêcher de dire : “ C’est une entreprise, et je ne les aime pas; elles ne nous ont jamais réussi ”,

1— Antonin Lirac, La guerre aux Jésuites sous la Restauration. 2— Quelques-uns des plus anciens et des plus dévoues servi. viteurs du roi Charles X ne faisaient pas mystère de leur désap-

robation ”. (Ma jeunesse, par le comte d'Haussonviile, p, 290), P V [! l )

Polignac était l'homme du due de Wellington, Ambassndeur à Londres depuis plusicurs années, il connaissait le mécanisme du régime parlementaire ; mais il n'avait jamais saisi l'esprit de la constitution anglaise, faite de tra litions, de patriotisme et d'habils : nolitique, “ cette vénérable cons. titution, a dit M, de Mais! :, qui consiste un quement dans cet esprit publie, admirable, infaillible, au-dessus de tout

loge, qui mène tout, qui conserve tout, qui sauve tout; ce

qui est écrit n'est rien

Polignac était un homme aimable, honnête, bienvei'tant, mais léger et sans carvetère, c'est.h-dire qu'il avait toutes les qualités :t les défauts de Charles X, dont il était l'ami de cœur et l'aller ego,‘ la pensée secrète !”, C'était un mystique, un rêveur, “ un illuminé, vivant dans le monde des ubatrac. tions et des théories 2”, qui croyait que tout allait arriver comme il le pensait, qui ne prévoyait rien, ne préparait rien, et ne comprenait la gravité de la situation que lorsqu'il était tout à fuit au fond du trou,

Charles X triomphait de se voir enfin avec un premier ministre de son choix: il était au comble de la félicité, Quelques voyages qu'il avait faits l'année précédente dans les provinces du nord et de l’est de la France, ct les ovations qu'il avait reçues partout avaient rempli son esprit d'illusions sur la véritable situation politique du pays. Iln’y a rien comme les compliments et les flatteries pour tromper et endormir un souverain,

Pourtant Charles X se doutait bien un peu que l’avènement de son ami Polignac n'était pas bien vu de tout le monde ; car dans son discours d'ouverture des Chambres, le 3 mars 1830, il prononca quelques paroles menacçantes à l'adresse des députés, Ceux-ci ressentirent vivement l'injure,

1— Louis Passy, Le Marquis de Blosseville.

2— Comte de Ludre, Charles X el ses nouveaux historiens.

et résolurent d'exprimer franchement leur pensée au roi dans leur réponse au discours du trône, Cetto réponse ext connue duns l'histoire sous le nom de l'ucdrease den 221, paice qu'elle fut signée par 22 députés sur 402 qui se trouvaient alors en Chambre, Les 221 exprimaient lo regret que le roi leur eût témoigné de ln défiance, avant qu'ils cussent eu seu. lement l'occasion de se prononcer sur la politique de son nouveau ministère,

À peine le président Royer.Collard eut-il lu l'adresse des députés, que Charles X, ne pouvant contenir son dépit, leur répliqua avec amertume, et prorogen itomédiatement les Chambres au 1" septembre, Il oubliait que la patience est la vremière vertu des gouvernants, Louis XIV savait micux se posséder, Un jour qu'un de ses familiers, Lauzun, lui avait parlé avec insolence : “* Ah! si je n'étais pas roi, lui dit.il, comme je me mettrais en colère !! ”

Polignac obtint presque aussitôt la dissolution du Parle. ment, Les élections eurent lieu vers la fin de juin, et le peuple, y mettant de l'enthousiasme, envoya en Chambre non seulement les 221, mais un grand nombre d’autres députés décidés à voter contre Polignac, La lutte était évidemment engagée entre la prérogative royale et le Parlement, entre Ja Couronne et la nation,

Sur les entrefaites, survint une diversion, Il est remarquable comme la politique étrangère de la Restauration se montra toujours bien supérieure à sa politique intérieure, C'est que, pour la politique étrangère, la France avait de grandes et nobles traditions ; au contraire, elle était novice en fait de régime parlementaire,

1— Le Correspondant du 25 oct. 1897, p. 354.

Nous avons vu son heurouse intervention dans les aff iros d'Espagne et de Grèce, El était réservé à la Rost uratio le couronner glorieusement sa courte carrière par la conquête d'Alger, L'expédition d'Alger fut vraiment le chant du cygne de la dynastie des Hourbons,

En 1827, le dey d'Alger avait offensé gravement le consul de France, qui avait été chargé d'aller lui présenter Los j'ristos réelamations de quelques vaisseaux marchands francais indi. gnemment pillés par des pirates africains, En 1829, l'amiral de la Bretonnière fut comimissionné, à son tour, d'eller pro. poser au dey un arrangement de nature à satisfaire les mur. chauds français et l'honneur de la France : il ne recut que des promesses dérisoires ; et au moment où son vaisseau por. tant le pavillon parlementaire s'éloignait du port, le dey tit tirer sur lui plusieurs coups de canon, De pareils outrages demandaient réparation et justifient uns guerre,

Charles X, en décidant l'expédition d'Alger, d'elara aux puissances européennes que son but était “ La destru tion do l'esclavage, de la piraterie, la sécurité de la navigation de La Méditerrante à rétablir, lo besoin de rendre le rivage m'ri. dional de cette mer à la production, à la civilisation, au commerce, à la libre fréquentation de toutes les nations ”,

L'expédition partit de Toulon dans les derniers jours de mai: la flotte française, commandée par l'amiral Duperré, comptait plus de 600 voiles: le général Bourmont était chargé des troupes de débarquement, au nombre de 49,000 hommes,

Il s'agissait d'atterrir à quelque distance d'Alger, puis d'aller attaquer la v.lle par derrière et s'en emparer, Du côté de la mer, Alger était réputée imprenable, protégée par des travaux défensifs immenses; et le dey avait À sa disposition 50,000 hommes très bien aguerris,

La flotte française entra dans la re de Sidi- Ferraeh, À cinq

lieues d'Alger, vers la mi-juin, et le débarquement ne fut complété qu’à la fin du mois,

À Paris et dans toute la France, on était en pleine fièvre électorale, La lutte était intense.

Justement à la même époque, Charles X recevait à Paris la visite de son cousin le roi de Naples, et il y avait réjonissances à la cour, Un soir, grand bal fut donné au Palais- Royal; et durant la soirée, Charles X s'avançant à une fenêtre pour jouir de la température admirable qu'il faisait : “ Ah! quel beau temps, dit-il pour ma flotte d'Alger”! A quelques pas de là, M. de Salvandy disait à son voisin, assez haut pour être entendu : “ C’est une vraie fête napolitaine : nous dansons sur un volcan !”!

Il y eut autour d’Alger des faits d'armes magnifiques, qui mériteraient d’être racontés en détail : je n’en ai pas le temps. Qu'il me suffise de dire que l’armée française se montra digne des plus beaux jour. de l'Empire, Tous les forts d'Alger furent emportés d'assaut : et le 5 juillet le drapeau aux fleurs de lis flotta sur la ville.

Boûrmont trouva dans la Casaubah 48 millions en or, somme plus que suffisante pour couvrir tous les frais de l'expédition,

L’Angleterre qui à cette époque prêchait beaucoup le désintéressement, s'inquiétait fort de ce que la France allait faire de sa conquête, si elle s’emparait d'Alger. Charles X s’efforçait de la rassurer, en ajoutant toujours “qu’il n’entendait prendre aucun engagement contraire à la dignité et aux intérêts de la France ”,

Quand la prise d'Alger fut connue, Wellington renouvela ses instances pour que le gouvernement français s'engageñt par écrit à ne rien garder du territoire qu’il venait de con-

1— M. de Larcy, La Restauration. — Comte de Ludre, Charles X

el ses nouveaux historiens. — Comte d'Haussonville, Ma jeunesse.

quérir, Cet engagement étant encore refusé, Wellington et Aberdeen se déclarèrent très mécontents, Le due de La val, dont j'ai déjà prononcé le nom, et qui était alors ambassadeur à Londres, se préparait justement à partir pour une promenade à Paris: “Jamais la France, lui dit Aberdeen, n’a donné à l'Angleterre des sujets de plainte aussi graves que ceux qu'elle nous donne depuis un an”, Puis prenant la main de M. de Laval, il lui dit d’un ton affectueux : “ Je me sépare de vous, mon cher duc, avec plus de tristesse que de coutume, car nous sommes peut-être destinés à ne plus nous revoir, —Milord, répondit M, de Laval, je ne saurais ni dire ni prévoir ce que vous pouvez espérer de la générosité de la France ; Inais ce que je sais, c’est que vous n'obtiendrez jamais rien d'elle par des menaces ”, Parole digne de la grande famille Montmorency-Laval, qui a donné au Canada son premier évêque!

La scène que je viens de raconter se passait à Londres le 25 juillet 1830, le jour même où Charles X signait à Paris les fameuses ordonnances qui précipitèrent sa chute.

J'ai déjà dit que le résultat des élections avait été décidément hostile à Polignac. Toutefois ce résultat ne pouvait être constaté officiellement qu'après la réunion des Chambres, sur une motion quelconque où les députés auraient été appelés à se prononcer, Un monarque vraiment constitutionnel n'aurait rien fait avant de convoquer les députés pour leur donner occasion de voter où de refuser les subsides,

Que fait cependant Charles X? De l'avis de ses ministres, aveugles et intéressés, il publie trois ordonnances : l'une, suspendant la liberté de la presse ; l’autre, prononçant la dissolution de la nouvelle Chambre, avant même qu'elle se soit réunie; la troisième, convoquant les électeurs pour de nouvelles élections, d’après un système électoral improvisé,

C'est un véritable coup d'Etat: or un coup d'Etat ne se justifie dans l’histoire que par le succès: il faut réussir, et pour réussir il faut avoir des forces suffisantes et être prêt à toute éventualité,

Or, il y avait à peine 12,000 hommes sous les armes À Paris et dans les environs ; les chefs n'avaient été prévenus de rien ; les Ordonnances avaient été préparées dans le plus grand secret,

Du reste, Charles X ne prétendait nullement faire un coup d'Etat : il était trop honnête pour cela, I] croyait agir conformément à la Charte, dont un article donnait an roi le droit de faire “ des Ordonnances pour le salut de l'Etat.” Mais encore fallait-il qu’il fût en état de sontenir et de faire exécuter ses Ordonnances,

Il comptait sur Polignac: avec Polignac, il croyait être sûr de tout: lui, lui seul, et c’est assez!

On raconte cependant que Polignac, de son côté, n’était pas si sûr du succès, Il se rendit un jour auprès de Charles X, et lui parlant avec franchise :

— “ Sire, lui dit-il, nos affaires se gâûtent terriblement, et . je dois avouer que si quelqu’un est en état de conduire cette barque, ce n’est plus moi; en restant au gouvernail, j'engage ma tête,

— “Jules, répliqua le roi, en passant la main dans les cheveux du prince, J'ules, si je te demandais cette tête, est-ce que tu me la refuserais ! ” ?

M. de Polignac s'inclina ; et le roi signa les Ordonnances. N'y a-t-il pas à la fois de l'idylle et du drame dans cette scène ?

Du moment que les Ordonnances furent connues dans le public, il y eut un cri général de stupeur et d’indignation :

“ J'ai souvent interrogé les témoins de 1830, écrit le comte

1 Comte de Ludre, Charles X et ses nouveaux historiens.

Je —

de Ludre; leur témoignage a été unanime. On fut désespéré où indigné, même à la droite pure, Le cri qui s'échappait de toutes les bouches était celui-ci: Le roi a manqué à sa parole, le roi à trahi les serments du sacre nÉ

Un certain nombre de députés se réunirent chez Casimir Périer, et les journalistes chez Thiers. Des comités d'opposition s'organisèrent, et bientôt tout Paris fut sur un pied d'insurrection, Pour faire face à des centaines de groupes d'émeutiers, on avait à peine 12,000 hommes de troupes ; le cormmandement en fut tardivement confié à Marmont.

On se battit pendant trois jours dans les rues de Paris, — “ les trois glorieuses journées de juillet, ou tout simplement les trois glorieuses ”, comme disent les historiens, Mais à la fin, les troupes royales, manquant de pain, dépourvues de tout, furent bien obligées de capituler.

Pendant ce temps, le roi était à Saint-Cloud, là même où trente ans auparavant s'était fait le 18 Brumaire ; il était là avec les ministres et la famille royale ; et l’on délibérait, Une des dernières résolutions de Charles X fut d'accepter la démission de Polignac, et d'appeler le duc de Mortemart à former un ministère, dans lequel devait entrer Casimir Périer, Mais il n’était plus temps :

“ Casimir Périer, dit le comte de Puymaigre, était l'homme que Charles X aurait dû appeler six mois avant la catastrophe. Il aurait servi le roi loyalement, et l'aurait sauvé, lui et la France 1”,

Grand nombre de députés réunis à Paris s'étaient entendus pour offrir la couronne au premier prince du sang, le duc d'Orléans : il était alors à Neuilly, et s'empressa d'accourir à la capitale. Ce fut Lafayette qui le présenta au peuple, à

1— De Puymaigre, Souvenirs sur l'Emigration, l'Empire et la Restauration.

l'hôtel de Ville, et voulut bie Roi des Français,

Durant ce temps, Charles Cloud pour prendre Je ( là en Angleterre, e cien régime.

n être le parrain du nouveau

X quittait tranquille hemin de Cherbourg, e portant avec lui les dieux lares de l'an.

La branche aînée des Bourbons avait cessé de régner, et la Restauration n’était plus,

ment Saint.

t se rendre de

Laissez-moi, messieurs, vous citer en terminant ce rences, une phrase de l'illustre et pieux Ozanam, ce reluarquable qui, tout en venérant les traditions du Passé, avait l'esprit si ouv de son tem ps :

“J'ai sans contredit pour le vienx Royalisme, écrivait.il vers ?°48, tout le respect que l'on doit à un glorieux invalide ; Mais 1" ais je ne voudrais m'appuyer sur lui, parce qu'avec sa jambe de bois il ne saurait marcher au pas des générations nouvelles 1”

8 confé.

t écrivain saintes et glorieuses ert à tous les besoins

1— Lettres d'Ozanam.

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