‹ La France au XIXe siècle [microforme]Chapitre 10 sur 11 · N LES · texte numérisé non relu

N LES

Fer F Fe

LE

APPLIED IMAGE Inc = VV ne

1653 East Main Street

Rochester, New York 14609 USA (716) 482 - 0300 - Phone

(716) 288 - 5989 - Fox

parents est tenu presque à l'égal d’un dogme, Le peuple français, on l'a dit avec raison, tient encore plus à l'égalité qu’à la liberté, La loi de Villèle était done un défi au principe d'égalité, aussi bien qu’un retour à l’ancien régime. Elle passa à la Chambre, mais fut rejetée par les Pairs ; et c’est à cette occasion que M. de Barante disait : “ Tout demeure comine auparavant, avec le mécontentement de plus”,

C'est aussi à l’occasion de cette loi d’atnesse, pendant qu'elle se discutait, que Talleyrand aurait dit un mot plaisant qu'on lui attribue, Rencontrant sur la rue son ami Girardin, qui louchait énormément : “ Eh! bien, comment vont les affaires, demanda celui-ci à l’ancien ministre ?— Ah! mon pauvre ami, tout de travers, comme vous voyez ” !,

M. de Villèle fut plus heureux avec son projet de conversion de rente, qu’il présenta de nouveau aux Chambres, et réussit, cette fois, à faire passer.

Cela lui permit de proposer alors sa célèbre loi d'indemnité, la meilleure mesure de toute son administration. Par cette loi, l'Etat accordait une juste indemnité à tous les anciens propriétaires dont les biens avaient été confisqués pendant la tévolution. C'était un acte de justice, qui mettait fin à beaucoup de récriminations ; c'était aussi, pour les nouveaux acquéreurs, une garantie qu’ils ne seraient jamais troublés dans la jouissance de leurs propriétés.

Les finances du pays étant dans un état prospère, M. de Villèle put se permettre également de faire une nouvelle diversion aux tiraillements de la politique intérieure par une intervention à l'étranger.

1— De Falloux, Mémoires d'un Royaliste.

Il s'agissait, cette fois, de venir au secours de la Grèce, qui se débattait depuis longtemps dans les étreintes de l’esclavage où la tenait la Turquie, et voulait conquérir son indépendance,

La cause des Hellènes était bien propre à exciter l’enthousiasme dans toutes les âmes généreuses, Qui ne se serait senti profondément ému par les grands souvenirs historiques d'Athènes et de l'Acropole, de Sparte, des Thermopyles ? Qui n'aurait tressailli à la pensée de visiter “ ces plaines de l’Attique, ondulées et gracieuses, toutes souriantes à là mer et au soleil ”, ces chefs-d'œuvre de “ l’art grec, tout plein de délicatesse, de charme et de poésie 1”?

Mais M. de Villèle allait trop terre-à-terre pour éprouver de l'enthousiasme : il fallut encore cette fois qu'il fût réveillé de sa torpeur par l'éloquence chaude et entraînante de

Chateaubriand, Des bancs de l'opposition où il continuait à

faire une guerre terrible au ministère, Chateaubriand adjurait le gouvernement de venir au secours d'un peuple opprimé :

“ La Grèce, disait-il, sort héroïquement de ses cendres ; Pour assurer son triomphe, elle n’a besoin que d’un regard de bienveillance des peuples chrétiens,

“ La France, qui a laissé tant de souvenirs en Orient, la France, fille aînée de la Grèce par le courage, le génie et les arts, contemplerait avec joie la liberté de ce noble et malheureux pays, et se croiserait pieusement pour elle, Si le monde savant comme le monde politique aspirent à voir renaître la mère des sciences et des lois, la Religion demande aussi des autels dans la cité ou saint Paul prêcha le Dieu inconnu,

“ Quel honneur pour la Restauration d’attacher son époque à celle de l’affranchissement de la patrie de tant de grands hommes! Qu'il serait beau de voir les fils de saint Louis, à

1 — Comte d'Haussonville, Ma Jeunesse.

ss SE

peine rétablis sur leur trône, devenir à la fois les libérateurs des rois et des peuples opprimés ” !

Charles X ne fut pas insensible À cet appel: son frèra Louis XVIII avait été le libérateur du roi d’Espagne; il voulut être celui du peuple grec, et décida Villèle à faire alliance avec l’Angleterre et la Russie pour l’affranchissement de la Grèce.

Il s'agissait, cette fois, d’une expédition navale contre la flotte turco-égyptienne, qui ne comptait pas moins de 150 voiles, dans le port de Navarin.

Ce que les puissances européennes exigeaient, c'était l’indépendance de la Grèce, sous la suzeraineté purement nominale de la Porte, constatée par un simple tribut.

La Porte ayant refusé cette juste demande, les amiraux français, russes et anglais se présentèrent avec leurs escadres devant Navarin, et signifièrent de nouveau à Ibrahim-Pacha la volonté de leurs gouvernements, qui voulaient être obéis et respectés. Le feu jaillit d’un brûlot égyptien : aussitôt les trois flottes alliées foudroyèrent la marine turco-égyptienne : elle fut anéantie.

Telle fut la bataille décisive de Navarin, en date du 20 octobre 1827 : elle tranchait la question de l'indépendance de la Grèce ; et la France pouvait dire avec orgueil: Quorum pars magna fui.

L'indépendance de la Grèce fut confirmée, l’année suivante, par une nouvelle expédition française au pays des Hellènes, Cette fois, la France était seule : elle voulait soumettre encore davantage l’orgueil d’Ibrahim-Pacha. La rencontre de l'escadre française avec la flotte turque eut lieu dans un des golfes de la Morée, et fut tout à l'avantage de la France, qui laissa en Grèce un corps d'armée afin d'aider le pays à s'organiser.

Page 1