‹ La France aux coloniesChapitre 14 sur 85 · RIVIÈRE AUX ROCHELOIS · texte numérisé non relu

RIVIÈRE AUX ROCHELOIS

Guillaume Poulet, sa femme et un enfant ; ar. v., 2.

(Le tout dressé par Laurent Molin, religieux cordelier.)

Ce recensement nous indique d'une manière assez claire que cette population, toute minime qu'elle est, est d'implantation déjà ancienne dans le pays; cela se voit aux nombreuses et anciennes alliances que ces familles ont contractées entre elles. Ainsi Michel Boudrot et François Girouard, ont chacun épousé une fille des Aucoin, et cela depuis 2a ou 30 ans, puisqu'ils ont euxmômcs des enfants de mariés ; plusieurs de ces familles sont déjà dédoublées en plusieurs branches, comme les Bourc, les Martin ou les Tériau ; il est donc évident que plusieurs en sont déjà à leur deuxième et troisième génération dans le pays et datent sinon des émigrants amenés par M. de Poutrincourt, au moins de ceux qui survinrent après la prise de Port-Royal par Argall; quant aux Hébert, que nous avions cru descendre de Hébert, mentionné par Marc l'Escarbot; M. Margrj% à la science duquel on ne peut trop avoir recours en ces circonstances, nous a donné des preuves à peu près positives que cet Hébert suivit la fortune de Champlain, et fut le môme qui s'établit à Québec et devint seigneur de l'Epinay ; de sorte que les Hébert de l'Acadie y seraient d'une immigration postérieure.

Tous les individus dont nous n'avons pas porté la profession, sont qualifiés de laboureurs; mais c'étaient, on le voit à la quantité de leurs terres et de leurs bestiaux, de petits laboureurs. Pour la discussion de leur filiation ultérieure voir la note du chapitre vu.

« M. Colbert, qui avait fort à cœur d'établir un chemin entre Québec et le « Port-Royal, envoya M. Patoulet, commissaire de la marine, en Acadie, avec « ordre d'en visiter tous les ports et de lui en rendre un compte exact. La « visite fut faite avec tout le soin possible, mais le chemin ne se fit pas, et « l'Acadie est toujours demeurée depuis dans le même état de langueur, d'où « il paraissait qu'on était résolu de la tirer. Les pêcheries y ont enrichi la « Nouvelle-Angleterre, et cela dans le temps où l'on demandait en France de « quelle utilité pouvait être cette province ? Ce n'était pourtant là que la « moindre partie des avantages qu'elle pouvait procurer au royaume. »

(Charlevoix, t. I, liv. IX.)

— d-2K — CHAPITRE III

Note 1.

Nous ne possédons aucun détail sur le recensement de 1679. Ce nest que par une note jointe à un recensement du Canada, que nous savons qu'il y avait à cette époque 515 âmes en Acadie. ^•

(Voir la lettre de M. Duchesneau, du 10 nov. 1G79, Doc. de Paris.)

IVote Z.

Le recensement de 1686, dressé par ordre de M. de Meulles, et nominal, porte : à Port-Royal, 59:2 habitants en 95 familles ; — au cap de Sable, 15 habitants en 4 familles; — à la Hève, 19 habitants en 8 familles; — aux Mines, 57 en 10 familles; — à la rivière Saint-Jean, 16 en 9 familles; — à Beau- Bassin ou Chignitou, 127 en 19 familles ; — à Miramichy, 5 à 6 liabitants ; — à Chedabouctou, 20 habitants; — à Nepisiguy, 5 habitants; — à l'île Percée, 26 en 5 familles. — Plus un certain nombre de valets et d'engagés qui ne sont pas portés nominalement. — Ce dénombrement contient 165 familles, dont 48 seulement proviennent d'émigrants venus depuis 1671. Nous pouvons donc en conclure que ce fut à partir de 1686 qu'il ne vint presque plus d'immigrants français en Acadie, car en 1707 nous ne trouvons que 59 noms étrangers au recensement de 1671, d'où il suit que de 1686 à 1707 11 ne serait guère venu qu'une dizaine d'immigrants.

Parmi les seigneuis mentionnés dans ce recensement, on remarquera le sieur Jacques Mius Dantremont et seigneur de Poboncom. Il avait épousé une fille de Latour, du cap de Sable, dont il était voisin, et il est compris dans les habitants de cette localité, qui presque tous du reste appartenaient à la famille de Latour.

La descendance des Mius Dantremont s'est perpétuée jusqu'à nos jours en Acadie, et demeurait encore en 1830 sur les anciennes terres de ses ancêtres; car Halliburton nous apprend que le principal acadien d'Eel-Brook était alors un nommé Dantremont, descendant des anciens barons de Latour. (Pobomcom est situé vis-à-vis des îles Tousquet et tout près d'Eel-Brook.) Nous pensons que ces Mius auraient bien pu être originaires de Bretagne, car le frère de Jacques Mius est ainsi désigné : Abraham Mius, dit Plemarch; or Plemarch est un nom tout-à-fait breton, qui veut même dire, ce nous semble, le village du cheval.

!\ote 3.

« M. de Brouillant, ne pouvant espérer de secours du dehors, fit alliance « avec les corsaires, qui firent de la Hève leur lieu de refuge. » "'

(Garnault, t. II, p. 214.}

« M. de Subercasse n'avait pu trouver d'autre moyen, pour se maintenir à « Port-Royal, que de s'allier avec les flibustiers, qui éloignaient l'ennemi par « leurs courses et entretenaient l'abondance dans la ville. »

(Garnault, t. II, p. 233.)

Pour les sièges de Port- Royal voir : Documents de Paris et l'Histoire de Garnault.

Kote 4.

Etat général des recensements |de l'Acadie existant aux archives du ministère des colonies.

Recensement nominal de Port-Royal, sans date, 92 âmes.

1671. Acadie totale, cens nominal 39i habitants.

1679. — — mention trouvée sur un cens canadien 513 — 1683. — — id. id. 600 —

1686. — — cens nominal 883 —

Sans date, — 834 —

ï693. Acadie totale, cens nominal 1,068 —

Sans date, Port-Royal, seul 503 —

1698. Port-Royal et Beau-Bassin, cens nominal 753 —

1701. Port-Royal, Beau-Bassin et les Mines, cens nominal. 1,134 —

1703. Toute la presqu'île, cens nominal 1,300 env.

1707. Port-Royal, les Mineset Beau-Bassin, censnominal. 1,484 —

Sans date, Beau-Bassin seul 200 —

1714. — — censnominal 352 —

1731. Recensement de paroisse; Mines, Beau-Bassia et

Port-Royal 696 familles.

(Extrait des archives de l'église du Canada, déposées au ministère des colonies.)

1737. Port-Royal, les Mines et Beau-Bassin 7,598 habit.

La différence entre 1686 et 1689 provient surtout de Port-Royal, qui comptait en 1686 592 habitants, et seulement 461 en 1689. Cette grande diminution, dans le seul lieu de l'Acadie où s'entretînt un peu de commerce extérieur, doit être attribuée à la guerre qui éclata précisément à la fin de 1788 entre la France et l'Angleterre.

Le recensement de 1693, qui est nominal, indique : à Port-Royal 500 habitants ; aux Mines, 307, dont 71 en état de porter les armes; à Beau-Bassin, 119, dont 32 en état de porteries armes; au cap Sable, 32, presque tous appartenant à la famille de la Tour; au Port-Razoir, 12; à la Hève, 7; à la rivière Saint-Jean, 21; à Pesmaquadie, 7; à Pentagoët, 20; c'était là qu'était Saint-Castin, qui avait alors sept enfants.

Le recensement de 1703, accuse à Port-Royal 483 habitants ; aux Mines, 427 ; à Cobeguit, 87; à Beau-Bassin, 245; total, 1,24t. Plus, il indique 10 à 12 familles sur la côte de l'est. Cet état est également nominal.

Enfin nous trouvons en 1707, par un cens également nominal, à Port-Royal, 534 âmes; aux Mines, 577; à Cobeguit, 82; à Beau Bassin, 271 ; total, 1,484. Le recensement ne fait cette fois aucune mention des localités dispersés sur les autres côtes.

A propos de ces deux derniers recensements, nous ferons observer que Cobeguit était compris dans le district des Mines, et était un démembrement de cette colonie. C'est aux Mines surtout, on le voit, que se concentre l'accroissement; Port-Royal subit un mouvement de va-et-vient, suite des crises militaires, et nous montrerons, note 2 du chapitre vu , qu'il s'opérait une émigration constante de Port-Royal aux colonies du fond de la baie.

IVote 5.

En 1671 l'Acadie entière contenait 394 habitants de race française; en 1707 nous en trouvons 1,484, il ne s'en fallait donc que de 72 âmes que la population eût été quadruplée. Maintenant dans quelle proportion entraient dans cette augmentation, d'uru^ part l'accroissement naturel de la population, d'autre part le peu d'immigration qui pilt venir de France.

Cette question est facile à résoudre : le cens de 1707 étant nominal, nous y

avons aisément vérifié le nombre des familles provenant des habitants originaires, portés au cens de 1G71 ; elles y sont au nombre de 19i, tandis qu'il n'y en a qui; W) qui soient d'iinpoftation postérieure h 1071. La souche acadienne primitive entrait donc en 1707 pour un peu plus des tiois quarts dans la composition delà population totale, c'est-à-dire environ pour 1,150 âmes ; mais si l'on tient compte des pertes que subit la population : lors de la prise de Port-Royal, en Ki'JO, par le^ Anglais; lors de l'incursion de ceux-ci à Beau-Bassin, eu 1G96, et enfin dans toutes les expéditions et courses qui eurent lieu pendant cette guerre, il sera facile de se convaincre que l'accroissement naturel de la population, affranchi de ces accidents et abandonné à son propre cours eût aisément atteint 1,500 âmes, en outre des immigrants survenus durant cette période.

C'est sur ce calcul et ces observations que nous nous sommes basés pour établir que la population se quadruplait naturellement en trente-six ans; dans ces termes, la puissance de progression est de 4 pour 100 par an, et la suite du développement des Acadiens montre que cette évaluation est en effet conforme à la réalité des faits. *'■'-

En terminant cette note, nous ferons remarquer combien ces documents démontrent la nullité de l'immigration française, puisqu'en trente-six ans elle n'avait amené que 59 familles nouvelles; encore plusieurs de ces familles n'étaientelles qu'un dédoublement de la même, de sorte qu'on ne devait guère à l'immigration plus de 40 familles, c'est-à-dire une environ par année.

Note 6.

* ARCHIVES DE l'ÉGLISE DU CANADA DE 1731 A 1766.

État del'Acadie pour le gouvernement ecclésiastique, le 28 novembre 1731.

La paroisse des Mines comprend la Grande-Prairie ou Grande-Prée et la rivière du Canard ; il y a en ces deux endroits 168 familles, nombreuses et aisées.

La paroisse de Beau-Bassin est éloignée de 23 lieues de la Grande-Prée, elle a 150 familles, moins aisées que les précédentes.

Cobeguit à 13 lieues de Beau-Bassin, et à 18 de la Grande-Prée, 68 familles.

Pigiguit, à 5 lieues de la Grande-Prée et à 20 lieues de Beau-Bassin, a 130 familles peu aisées.

Port-Royal, où est garnison anglaise, 160 familles pauvres. Il y a besoin d'avoir constamment six prêtres séculiers dans ce pays.

(Extrait des archives du ministère des colonies.)

La somme de ces paroisses donne 696 familles; pour arriver de là à établir le nombre des individus, nous avons multiplié ce chiffre par 7, ce qui donne un nombre de 4,872, que nous portons à 6,000, pour tenir compte des endroits non mentionnés et autres omissions.

Ordinairement, on n'évalue les familles, dans les statistiques, qu'à raison de 3 ou 6 individus, mais ici la réputation constante des Acadiens pour leurs r.'HilA'euses familles et l'examen des recensements nominaux précédents, nous ont engagé à porter la composition de chaque famille à sept individus.

Le recensement de 1737,«xécuté sans doute clandestinement par les soins du gouvernement français, puisque alors le pays était sous la juridiction anglaise, présente les résultats suivants :

Port-Royal, 1,046 âmes; Pigiguit, 1,623; rivière aux Canards, 2,113; Beau-Bassin, 1,816; total, 7,598 habitants.

Pigiguit et la rivière aux Canards forment le district des Mines.

Ce recensement de 1737, est le dernier travail régulier d'ensemble que possè-

dent les archives françaises sur les Acadiens, on trouve ensuite des travaux qui ont plus ou moins de prix, comme le m(^moire de l'abbé de l'Ile-Dieu, en 1753, ou les relevés nominaux des réfugiés de Shediak, en 1752; mais les uns manquent de précision, tandis que les autres n'ont trait qu'à une portion déterminée des Acadiens. — Ce fut pendant cette longue paix de 17i;^ à 1748 que les Acadiens accomplirent leur grand développement et firent leurs beaux travaux de dessèchement et de cultures.

« Note 8.

Nous avons déjà vu combien avant le recensement de 1707 était minime l'immigration française ; lors donc que trois ans après l'Acadie tomba aux mains des Anglais, et que les navires de pêche et de commerce que la France envoyait chaque année dans la baie de Fundy cessèrent complètement leur api>arition dans ces contrées, elle dut tomber à peu près à néant. Pour en acquérir la preuve, nous ne pouvions point renouveler le travail de comparaison que nous avions exécuté entre le recensement de 1671 et celui de 1707, car le dénombrement de 1737 n'est pas nominal, mais nous avons trouvé lo ans plus tard, eu 173:2, un état nominal des Acadiens émigrés de tous les cantons du pays et réfugiés à Shediak, et là nous avons pu rechercher comme sur un spécimen de la population, quelle proportion de noms nouveaux et de familles nouvelles s'y présentait depuis 1707. Or il y avait alors à Shediak 468 familles, habitants ou réfugiés, parmi elles nous ne trouvons que 66 noms nouveaux, c'est-à-dire que les immigrants n'auraient môme pas influé d'un septième sur la population totale, proportion bien moins forte encore que celle de 1671 à 1707. Le simple raisonnement donnait déjà à penser que depuis la cession de l'Acadie à l'Angleterre, en 1713, l'immigration française déjà si faible avait dû devenir à peu près nulle; mais nous voyons ici que les faits viennent entièrement à l'appui du raisonnement.

La solde de 1,313 hommes aVec leurs officiers cotita en 1691, au Canada, 218,072 livres (Doc. de Paris, rapport du 17 février 1692). Chaque homme revenait donc l'un dans l'autre à 166 livres. I Cette évaluation est confirmée par une lettre de M. de Frontenac, du 2 no- I vembre 1672 (Duc. de Paris., p. 92).

« Les soldats, dit-il, ne reviendront pas plus cher ici qu'en France,

a et je puis garantir qu'on les tiendra bien munis de toutes choses à raison a de six sols de France par jour, sans qu'il soit besoin de faire venir que les <i étoffes et les équipements, qui seraient du reste retenus sur la paye. »

Or, à raison de 6 sols par jour, un soldat revenait à 109 liv. 30 d. pour l'année, et si maintenant l'on tient compte, pour composer la moyenne de la paye, des officiers, frais généraux, etc., il peut se faire en effet que l'on atteigne le chiffre de 166 livres par homme pour l'ensemble d'une troupe.

Quant aux émigrants, nous savons par une délibération des négociants de la Rochelle, de 1717, qu'ils se chargeaient du transport moyennant 50 livres par tète. (Note sur les engagés, dans la 11'= partie).

Si nous calculons donc 300 hommes de garnison à 170 livres par tête, nous aurons pour l'année 83,000 liv.

L'envoi de 30 familles d'émigrants par an, à raison de 4 personnes par familles, eût coûté 6,000

Et en supposant qu'on eût donné en outre à chaque famille, en outillage, rations et avances de diverse nature, 300 livres (on ne donnait au Canada qu'un cadeau de 30 livres en les mariant aux filles que l'on y envoyait), cela eût demandé en outre. 9,000

Enfin en ajoutant pour faux frais, inunitions et travaux divers 13,000

Nous aurons alors pour le total de la dépense. . . 113,000 liv.

Mais comme on y entretenait déjà une petite garnison de 30 à 40 hommes, ce n'eût guère été en réalité que 100,000 livres qu'il eût été nécessaire d'affecter à l'Acadic. Telle était la minime dépense qui eût suffi pour assurer la défense et le peuplement de ce pays ; dépense que ses revenus eussent bientôt couverte, par lu seul effet du développement de sa richesse entre les mains d'un gouvernement intelligent.

Quant aux fortifications de Loiiisbourg, on peut consulter sur ce qu'elles ont coûté V Histoire du Canada, de Garnault, liv. VI, chap. u et m, e%%; liv. VIII, chap. u, puis encore l'ouvrage fort curieux qu'a écrit sur le Canada "^ M. Dussieux, professeur de l'école de Saint-Cyr.

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