CHAPITRE IV
Kote I.
Avec un faux semblant de grandeur qui ne couvrait que la fatuité légère et imprévoyante des courtisans de cette époque, M. de Saint-Séverin déclara, au nom de Louis XV, qu il venait faire la paix, non en marchand, mais en roi ; puis, quand il s'agit dis colonies d'Amérique, on énonça en termes vagues « que l'Acadie appartiendrait à l'Angleterre dans les mêmes limites où elle « la possédait avant la guerre, » sachant très-bien dès lors que ces hmiies étaient un sujet de contestation, puisqu'il fut stipulé en même temps qu'elles seraient réglées par des commissaires spéciaux. Or cette difficulté, que les diplomates français dans leur ignorance avaient crue un point sans impor- l tance, propre à Être réglé après coup, comme une formalité secondaire, était ' si considérable, que les Anglais prétendaient, d'une part, que les limites de l'Acadie étaient le rivage sud du fleuve Saint-Laurent; tandis que les Français, d'autre part, affirmaient que l'Acadie ne renfermait même pas toute la presqu'île de la Nouvelle-Ecosse, mais se limitait par une ligne qui, partant du cap Sainte-Marie, se dirigeait sur le cap Canseau, en la divisant par la moitié. Par suite ils considéraient toute la portion du continent, au sud du Saint-Laurent, jusqu'à la rivière Penobscot, dans l'Etat du Maine, et jusqu'au sud du lac Champiain, comme faisant partie du Canada. Il ne s'agissait donc de rien moins, entre les deux nations, ((ue du Nouveau-Brunswick tout entier, de la moitié de l'Etat du Maine, des États du Acw-Hanipshii-e et de Vermont, ^ de la moitié de l'Etat de New-York, et même de la partie sud du Canada, * c'est-à-dire d'une grande partie de la portion même du territoire actuelle- ! ment habité et colonisé par les Français. Voilà ce que les négociateurs fran- i çais avaient considéré comme un mince litige, tandis que la cour d'Angleterre, ; qui avait une arriére- pensée, s'était volontiers pniée à en dissimuler la gravité. Il fut impossible, bien entendu, d'accorder des prétentions si contraires, et ce furent elles précisément qui, six ans après, déterminèrent la ; guerre où^nous perdîmes presque toutes nus colonies.
Quand on déclarait avec tant d'emphase que l'on voulait traiter no)i en ' marchand mais en roi, le fait est que l'on cédait aux instances pressantes de madame de Pompadour, qui, inquiète de voir les incidents de la guerre tenir Louis XV éloigné de son influence, voulait la paix à tout prix.
(Voir l'étude de M. de Carné, Revue des Deux-Mondes, octobre 1859.) C'est ainsi que se font les grands mots avec lesquels les princes couvrent leurs petitesses et même leurs fautes.
IVote 3.
Voir Garnault, liv. VI, chap. m, Des habitants de l'Acadie travaillés par les intrigues des Français, et aussi liv. VIll, chap. m. De l'émigration des
Acadient. — Voir aussi Halliburton. — Nous avons consulté épralement la corresponflance des gouvornours, aux Archiret, telles que lettres de M. de Vaudreuil du 18 octobre 1755, du 19 avi'il 1757, et autres. Mais rien n'est plus caractéristique qu'une certaine note du 6 novembre 1750, où il est dit froidement : « que les Acadiens émigrés et en grande misère comptaient se « retirer à Québec et demander des terres, mais il conviendrait mieux qu'ils (( restent où ils sont, afin d'avoir le voisinage de l'Acadie bien peuplé et « défriclié, pour approvisionner l'île Royale et tomber, en cas rie guerre, sur <i l'Acndie. » Ainsi on disposait de cette population si dévouée, qui abandonnait tons ses biens pour rejoindre les Français, plus durement que l'on n'eût fait d'une troupe de soldats : car du moins on relève de temps à autre ceux-ci par des troupes fraîches; mais il semblait naturel à ce gouvernement de libertins que de pauvres familles demeurassent exposées à la misère et il la guerre pour servir leur vengeanc^, à défaut des forces régulières, que leur impuissance ne savait pas trouver. Telle était la destinée que l'on faisait aux Acadiens, après leur avoir fait abandonner leur pays et tous leurs biens pour les exposer sans défense et sans secours aux plus redoutables périls.
En 1749 et 1750 le gouverneur anglais de la Nouvelle-Ecosse publia des ordonnances par lesquelles il enjoignait aux Acadiens de cesser leurs relations avec les Français, et de" mettre un certain nombre d'hommes à sa disposition, sous peine d'être traités comme rebelles. — Que fit M. de la Jonquière, gouverneur du Canada, en réponse à ces mesures? Il lança de son côté, le 12 avril 1751 , une autre ordonnance par laquelle il commandait aux Acadiens de s'incorporer dans les milices qu'il créait, ou ils seront avérés rebelles et comme tels chassés des terres dont ils sont en possession. — Si on avait envoyé en même temps une force suffisante pour leur assurer aide et protection contre les Anglais, rien de mieux ; mais que dire de ces menaces odieuses par lesquelles on exige que des populations se soulèvent contre les Anglais, qui avaient pour eux les traités, la longue possession et la force, quand on ne -fait rien pour les défendre et qu'on est bien décidé à les abandonner à ellesmêmes; il faut bien y voir l'égoisme eifréné d'une politique sans pitié, qui cherche à tout prix à créer au dehors des diversions qui suppléent à son impuissance et ne coûtent aucun effort h sa paresse.
Enfin en 1759, au moment où les débris des troupes françaises se repliaient sur Montréal, les malheureux Acadiens des côtes du golfe Saint-Laurent, abandonnés sans secours possible et voyant le Canaia sur le point d'être perdu, traitèrent de leur capitulation avec le commandant anglais; M. de Vaudreuil l'ayant appris, ne craignit pas de publier une ordonnance où il les blâmait fortement et leur enjoignait de reprendre les armes, en leur prodiguant les assurances, au moins des plus hasardées, sur les succès des armées françaises et la prompte destruction des Anglais.
TVofe 3.
« Sur la baie de Beau-Bassin se trouve Chidapouchy, avec 60 ou 70 familles ; « de là jusqu'à Chignitou la côte est toute habitée dans une chaîne de villa- « ges; à Chignitou môme il y a 200 familles.
« A 50 milles de là est Cobeguit, et à 50 milles de Cobeguit, la baie des « Mines; dans les fermes et villages qui sont à huit ou dix milles aux envi- « rons de cette baie, on compte jusqu'à iOO maisons, et comme tous ceux d'une « même race y vivent toujours ensemble, il y a souvent 3 et 4 familles sous « un même toit. A raison de 3 familles par maison et de 5 personnes par « famille, on peut donc compter 6,000 habitants à la ville des Mines et aux « environs.
(( A 70 milles sud-ouest des Mines est Annapolis ou Port-Royal, la rivière « d'Annapolis est habitée jusqu'à 30 milles dans l'intérieur par des Français « en plusieurs villages charmants au milieu des prairies; on y compte jusqu'à « 300 familles. Sur la côt€ nord-est de l'Acadie on trouve encore quelques ha-
« bltants pécheurs au cap Canseau, et Chedabouctou, où il y a un fort et une « ville fort peuplée par où les Acadiers communiquent avec le cap Breton.» , {Histoire de lu Nouvelle-EcO'fSe delà Fargue.) .
Le résumé de cet état de situation nous donne donc : à Chidapoucliy 60 familles ou 300 âmes; — àChignitou 200 famillos ou 1,000 âmes ; — aux Mines et aux environs U,000 âmes; — à Poit-Royal 300 familles ou 1,500 âmes; — ce à quoi il faut ajouter la population des villages compris entre Chidapoucliy et Chignitou, environ 1,500 âmes; — plus les habitants de Coboguit et environs, que nous évaluons à 1,000 âmes; — enfin Chedabouctou et le cap Canseau 800 âmes ; — et les familles éparses sur les côtes de l'est et du sud 5 à GOOâmes; — le total de la population acadienne,dans la presqu'île de l'Acadie Y/ en 17-48 et 1749, était donc de 12,500 individus.
Nous fixons cette épocpie 1748 ou 49 parce que cette exploration a eu lieu avant la fondation d'Halifax, puisqu'elle mentionne expressément la rade de Chibouctou (Halifax) comme étant absolument déserte; or Halifax fut établi dans le cours de 1749.
Nous avons trouvé en outre aux archives un mémoire sur l'état de l'Acadie en 1748, qui donne un état un peu différent de la j)opulation, savoir : à Port- ;,-. Royal, 2,000 communiants; — Rivière aux Canards, (!00; — Grand-Pré, 1,000; ' — Pigiguit, divisé en deux paroisses, l'Assomption et la Sainte-Famille, 1,800; — Cobeguit, 800; — Takamigoush, 150; — geau-Bassin, 2,500. — Total, 8,850 communiants. En prenant les trois quarts de ce nombre comme représentant les enfants non communiants, et en les lui ajoutant, on devrait former le chifiVe total des habitants, car dans ces pays extrêmement pieux tout le monde approchait des sacrements ; cela supposerait donc 15,475 âmes, évaluation beaucoup plus haute que celle de l'auteur anglais. Mais nous ferons observer que ce mémoire contient une erreur manifeste sur Port-Royal, erreur de copiste sans doute, car on porte 2,000 communiants, quand il pouvait y en avoir 1,000 tout au plus; tous les documents antérieurs et postérieurs nous montrent en effet que Port-Royal pouvait tout au plus contenir alors 16 à 1700 âmes. Ce recensement se trouverait ainsi réduit à 13,500 âmes environ, évaluation très-voisine de celle que nous avons adoptée, et peut-être de notre part n'avons-nous pas évalué assez haut la population de Beau- Bassin (entre Chidapouchy et Chignitou.)
Mais ce mémoire nous donne en outre des renseignements curieux que ne contient pas l'ouvrage de la Fargue, il nous indique à la Tivière Saint-Jean 15 à 20 familles françaises; plus, sur la côte de l'est, à Chegekkoulc, 15 familles (c'est peut-être le Chenscook de M. Ney) ; — à Mirliguesh (baie Sainte- Marguerite), 20 familles et une église; — à Ministiguesh ou le Passage, 10 familles; — â Peaubomcoap ou Cap de Sable, 20 familles; — à Tebok, 25 familles. Il y avait donc alors sur toute la côte de l'est de 5 à 600 Acadiens.
— Quant au résultat de l'émigration et à la population de 1754, nous en référons au mémoire de l'abbé, de l'Ile-Dieu, qui fixe à 9,215 le nombre des Acadiens existant alors dans la partie anglaise de la presqu'île, et qui parle du nombre considérable d'émigrés déjà passés aux îles ou sur les côtes du golfe Saint-Laurent.
Note 4.
Voir dans Halliburton {Histoire de la Nouvelle-Ecosse) le texte de ces odieuses et perfides proclamations du gouverneur Lawrence. On peut consulter utilement aussi Garnault, Ilist. du Canada, t. III, chapitre i*"".
IVote 5.
L'état des pertes subies par les Acadiens des Mines est extrait de la relation de M. Ney dans la Revue des Deux-Mondes de 1831. Mais il est aussi dans Halliburton. Garnault ne donne que l'état de la paroisse de la Grand-Prée.
Quant aux concessions faites aux colons de la Nouvelle-Angleterre, voici « les textes marnes d'Halliburton : « En 1760, 200 émigrants du Connecticut « furent engages à s'établir h Horton (le pays des Mines) et à prendre pos- « session. » Et plus loin : « Les premiers colons anglais du tovvnship d'Onslow « (un peu au-dessus du précédent) vinrent du Massachusets, eu 1761, au noin- « bre de 30 familles. »
« Beaucoup d'intrigants et d'aventuriers, dit Garnault, voyaient ces belles « fermes acadiennes avec un œil de convoitise, et il ne fut pas difficile de « trouver des raisons politiques pour justifier l'expulsion des Acadiens. »
IVote 6.
« Minudic (Menoudy) est peuplé par les Acadiens, dont la majeure partie « descend de ceux qui échappèrent à la traiisportation générale, et qui furent « persuadés de s'établir là comme fermiers par M. Franklin. Ils y trouvèrent « les femmes et les enfants do plusieurs de leurs concitoyens, qui étaient restés « dans l'abandon et le dénùmeiit de toutes choses, et c'est à peine si li ou 5 « des proscrits purent ensuite venir rejoindre leurs malheureuses familles. « Ils y sont environ 50 familles aujourd'hui (1830; et toos sont fermiers; c'est « un peuple sobre, industrieux, formant une petite communauté distincte « et conservant avec un attachement remarquable sa langue, ses habitudes, « sa religion. » (Halliburton.)
« En 1760 il restait près de Cornwallis, au sud de l'ancien village de Grand-
« Pré, un petit débris de la population française Ils n'avaient pas mangé
« de pain depuis cinq ans et vivaient dans les bois, de légumes, de poisson et « du peu de bétail qu'ils avaient sauvé; ils n'osaient pas retourner cultiver « h, terre, de peur d'éprouver le sort de leurs compatriotes. » (Halliburton.)
IVote 9.
Les états de population et des réfugiés déposés aux archives nous apprennent qu'en 1751 il y avait déjà 958 Acadiens émigrés à Shediak et à Beau- Séjour, hommes, femmes et enfants, savoir :
29 familles venant de Menoudy; — 20 venant des Mines ou des Héberts;
— 8 venant de Mécan, — 18 de Weskak, — 23 de Nanpan, — 13 de la Butte, — 7 des Planches, — 31 de Beau-Bassin, — 11 des Mines,; — 5 de Cobeguit ; total 174 familles, faisant 938 personnes.
Un autre état dressé en 1732, au mois de février, nous donne les noms de 204 familles acadiennes formant 1,113 individus réfugiés dans les villages de la Pointe Beau-Séjour, section du district de Beau-Bassin, qui so trouvaient encore sous la protection du commandant français de Shediak, savoir :
18 familles venant de Cobeguit, dont 1 Arosteguy, o Bourc, 2 Boudrot, 1 Hamon, 2 Leblanc, 1 Thibodeau, 1 Robicheau , 1 Poirier, 1 Mouton, 1 Doucet, 1 Pitre, 1 Kuessy ; — familles venant des Planches, 3 Bourgeois; — famille venant des Héberts 3 Hébert; — 20 familles venant de Wescak, dont 7 Coi'mier, 1 Leblanc, 2 Thibeaudeau, 1 Poiiicr, 1 Terriot, 1 Landry, 1 Du])uis, 1 Babin, 2 Sire, 3 Devau ; — 26 familles venant de lieau- Buasin, dont 3 Poirier, 4 Sire, 1 Kuessy, C Bourgeois, 4 Arsenaut, 1 Gravois, I Houel, 2 Vigneau, 1 Derayé, 1 Cotard, 1 Bourc, 1 Migneau;
— 32 familles venant des Mines, dont 2 le lilanc, 1 David, 1 Boudrot, 1 Landry, 2 Melanson, 13 Hébert, 1 Corperon, 1 Breau, 3 Provençal, 2 Babin, 1 Tliébeau, 1 Levron, 2 Arsenaut, 1 Bernard ; — 4 familles venant de Pigirjuit, dont 1 Chauvet, 1 Cathary, 2 Hébert; — 18 familles venant de Nanpan, dont 4 Poirier, 3 Cormier, 3 Bourc, 2 Doucet, 4 Richard, 1 Bouderot, 1 Mathieu; — 30 familles venant de Menoudy, dont 11 Forêt,
3 Poirier, 1 Blancliart, 4 Dotiaron, 1 Sire, 3 Hébert, 1 Landry, 3 Lambert, 1 Garso, 1 Ghiasson, 1 Terriot; ■ — 18 familles venant de la Butte, dont 2 Kuessy, 1 Girouard, 3 Gaudet, 1 V«= la Canadienne, 2 IJoudrot,
1 la Buuve , 2 la Pierre, 1 Usez, 1 Héon, 1 Arsenaut, 1 Mouton, 1 Giasson, 1 Sendou ; — IG familles venant de Mdcnn, dont 8 Poirier, 1 Doucet,
2 Donaron, 1 Bugoau, 1 Poitier, 1 Girouard, 2 Bernard; — 12 familles venant de Port-Roijal, dont 3 Girouard 2 lîlancliard, 2 Leblanc, 1 Levron, 1 Landry, 1 Dupuy, 1 Maillet, 1 Poirier; — 1 fap.iille venant de Cliipouilfi, Girouard. — 1 famille Tenant de Pecouitkik, Levron. — Ce total de 1,1 L3 réfugiés donne sur 1751 un excédant de loo individus venus de 17.71 au mois de février 1732. Ce môme état porte de plus en note qu'il en vint encore 50 durant le mois de mars.
En outre de ces réfugiés, les villages de la pointe Beau-Séjour possédaient par eux mt^mes 1473 habitants, formant 264 familles ainsi réparties : — 10 à Wexcak, dont 3 Haclié, 1 Savoye, 1 Girouard, 2 Doucet, 1 Cormier,
1 Bernard et 1 Migneau ; — 1 ;\ la Bnie Verte, Arsenaut; — 1 à Pont à Buot, Doucet; — 3 à la Prée des Boitrcs, dont 2 Bourcs, 2 Bernard et 1 Doucet; — 7 aux Riclin)'c/s, dont4 Richard, 1 Bourgeois, 1 Bernard et un Bourc; — 30 à Tintamarre, dont 11 Godet, 4 Giruard, 3 Poirier, 1 Bertran,
2 Devau, 1 Nuirat, 1 Bourg, 1 Bellineau, 2 Arsenaut, 3 Bernard, 1 Doucet;— 6 à /rt Coi/pe, dont 2 Caré, 2 Devau, 1 Grillon, 1 Poirier; — 15 au Lac, dont 3 Cormier, 1 Poirier, 2 Carré, 2 Grange, 1 Landry,, 2 le Blanc, 1 Bourgeois, 1 Olivier, 1 Doucet, 1 Terriot; — 22 à là pointe Beau-Séjour dont \ Brun, 3 Poirier, 1 Grillon, 1 Vigneau, 1 Hénn, 2 Cormier, 1 Girouard, 3 Hugon, 1 Nuirat, 1 Hébert, 1 Bourgeois, 2 Giasson, 1 Martin,
1 Devau, 2Kessy; — -^1 à Méme'ranconges, dont 6 Blanciiard, 4 Richard,
2 Lanoue, 2 Dupuy, 2 Benoist, 5 Landry, 2 Aucoin, 1 Maillet, 3 Girouard, 1 Forest, 1 Godet, 2 Thibeaudeau, 1 Daigle, 1 Savoye, 4 Robicheau, 1 Bastarache, 7 Hébert, 1 Deslauriers, 4 Sire, 1 Bourc ; — 36 à Pecoudiak, dont 1 Bonnevie, 2 Vincent, 1 le Blanc, 1 Surot, 2 Melancon, 2 Deslauriers, 2 Darrois, 1 Breau, 2 Boye, 3 Trahan, 3 Broussard,
3 Thibodeau, 2 Lalande, 1 Lapierre, 7 Saunier, 2 Landry, 2 Commeau, 2 Blanchard, 3 Martin, 1 Bisson, 3 Dubois, 3 Léger, 1 Pinet, 1 Allain, 1 Amirau, 1 Bertran, 1 Mathieu ; — 60 à Cfiipoudy, dont \ Aucoin, 3 la Bauve, 9 Commeau, 8 Savoye, 3 Blanchard, 1 Luron, 2 Sauvage, 2 Levron,
4 Brun, 3 Pitre, 5 Thibodeau. 2 Mire, 2 Prejean, 2 Breau, 2 Lavoye, 1 Saulnier, 2 Pellerin, 1 Gaudet, 3 Martin, 2 Lord, 1 Broussard, 1 Léger.
Il y avait donc dans ces divers villages, encore sous l'autorité française en 1732, un total de 2,586 Acadiens, tant habitants que réfugiés.
En 1735 leur nombre s'y était élevé à 2,897, bien que plusieurs des réfugiés se fussent déjà portés, soit à Shediak, soit à Miramicliy, soit aux îles du golfe. Ce fut dans ces paroisses du district de Beau-Bassin que, sous la conduite de l'abbé le Loutre, les Acadiens entreprirent aussitôt le dessèchement de nouveaux marafs, ouvrage qui était déjJi fort avancé en mars 1753 (Mémoire de l'ahbé de l'Ile-Dieu du 17 mars 1755).
Ce fut aussi dans ces mêmes paroisses que se réfugièrent, lors de l'édit de proscription, les habitants qui étaient restés dans l'autre moitié du district de Beaubassin, et ce fut en incendiant un de ces villages, à Chipoudy, que les Anglais eurent 45 hommes de tués et furent repoussés.
A partir de ce moment la plupart des Acadiens, habitants du pays ou réfugiés, quittèrent ces villages et se portèrent soit dans les îles, soit sur les côtes du golfe Saint-Laurent; il en resta cependant un petit nombre h Chipoudy, Pecondiak et Mémérancouges, mais constamment exposés aux incursions des milices anglo-américaines, comme on peut voir dans la lettre de l'évoque de Québec, du 30 octobre 1757, et ils ont été l'origine de la population acadienne qui s'y trouve encore aujourd'hui. (V. note 14.)
IVote 8.
« Les Acadiens du township de Clare sont les descendants de ceux qui
« avaient été transportés au Massachusets ; ils reçurent après la paix
« de 1763 la permission de s'établir sur la côte sud de la baie Sainte-Marie, « et les premiers titres de concession furent délivrés le l«r juillet 1708, par le
« gouverneur Michel Franklin Ils y furent rejoints par un bon nombre de
« leurs amis et parents. » (Halliburton, t. II, p. 171.) On peut voir à la suite, dans cet ouvrage, tout le détail de leur établissement.
Le même auteur, page 181, raconte la fuite des gens de Port-Royal dans les bois, où une partie resta avec les Indiens.
Lettre des habitants rie Port-R'^i/nl à M. Daudin, leur ancien missionnaire, en date du Zi juillet t7o6. (Archives.)
« Nous bénissons la divine Providence, qui au milieu de nos afflictions a daigné nous faire savoir de vos chères nouvelles par l'entremise du R. P. de la Brosse, père jésuite, qui a demeuré quelque temps avec nous k la rivière
Saint-Jean, et qui Vous saurez, monsieur, qu'après avoirreçu dans l'éslise
votre dernière absolution générale, nous partîmes trente députés du Port- Royal pour Ghibouctou, et après plusieurs interrogatoires du gouverneur et autres puissances, sur le parti que nous voulions prendre pour l'Etat et la religion, et voyant que nous étions tous résolu* de plutôt mourir que de renoncer à notre religion et à la France, notre véritable patrie, on nous a relégués neuf semaines sur une île, ne nous donnant par jour nue deux onces de pain et une once de viande, espérant par là nous réduire et nous faire changer de sentiments. Mais inutilement, grâce à Dieu. Ainsi désespérant de nous faire changer, ils nous ont fait conduire par des soldats jusqu'au Port- Royal, comme des criminels, ont mis le feu à nos maisons et ont fait embarquer les habitants qui ne s'étaient pas sauvés dans les bois (il s'en était sauvé 900 personnes.)
« Le reste des habitants a embarqué dans six navires ; le 4 décembre cinq de ces navires ont fait voile vers les côtes de Boston et de la Caroline. Les gens du cap, les Boudrot, Charles Dugas et les Guilbaud, deux familles des Granges, qui étaient dans un de ces navires se sont révoltés, et sans aucune défense des Anglais se sont rendus maîtres du navire et ont arrivé heureusement à la rivière Saint-Jean, d'où nous avons l'honneur de vous écrire. Nous y avons trouvé un accueil favorable dans la personne de M. de BoishébtTt
« Nous avons appris par d'autres Acadiens qui se sont sauvés de la Caroline que la maladie s'est mise dans deux navires, ce qui a fait mourir un grand nombre des nôtres; de plus que les Blancs, Gosme, Louis Prudent et
quelques autres, sont à Boston et aux environs Nous sommes sur le
point de partir pour le Canada, parce que les vivres sont fort rares ici »
Ont signé : Denis Saint-Seine, Charles Dugas, Joseph Guilhaud, Pierre Gourdeau, Denis Saint-Seine fils; au nom de tous les autres habitants.
IVole 9.
Extrait d'un mémoire de l'évêque de Québec du 30 octobre 1757, déposé aux
archives : « L'île Saint- Jean serait un pays de blé, mais elle n'est pas
« bien établie; depuis qu'il y a passé de nouveaux Acadiens il y a au moins « 6,000 habitants.
" Ce qui reste dans l'Acadie anglaise est tellement dispersé qu'on ne sait où « les prendre; ils sont principalement : 1° au cap Sable, sous la conduite d'un « missionnaire .M. Desenclaves, qui s'y est réfugié avec un petit nombre de « famillesquiy vivent comme elli-s peuvent, et qui sont constamment obligées « de se cacher dans les bois, de peur des Anglais.
« 2" Sur la Grande Rivière, à la côte de l'est, il y a un certain nombre de « familles assez considérable, et qui jusqu'à présent ont été en état de s'oppo- « scrauxincursionsfréquentesdesAnglais; elles demandent un missionnaire, à « charge par elles de le payer et l'entretenir, etc., etc. »
Note lO.
Cette partie de la côte où on installa ces Acadiens, était alors non-seulement inhabitée, mais fort éloignée de tout établissement anglais et accessible seulement par mer....; aujourd'hui « la route d'Halifax h Shelburne passe « à travers leurs établissements, qui s'étendent pendant plusieurs milles sur « le rivage, et ressembltmt h un gros village. A l'entrée du voyageur dans « Clare, les maisons, les ustensiles de ménage, le langage étranger, et l'ha- « billement uniforme, mais particulier des habitants, excitent sa surprise ; car « aucun canton de la Nouvelle-Ecosse ne possède un caractère aussi distinctif. « Les Acadiens sont fort en arrière de leurs Voisins pour le système de « culture: ils montrent une grande répulsion à pénétrer dans la contrée « boisée, et au lieu de s'étendre dans les terres hautes, ils subdivisent leurs « terres le long de la mer et maintiennent leurs enfants autour d'eux. Ils (( conservent leur langage et leurs habitudes avec un attachement particulier, « et bien que le commerce les mette naturellement en rapport avec les An- ,,.^ « glais, jamais il ne contractent mariage avec eux, n'adoptent leurs manières W' « ou ne vont habiter leurs villages. Cette conduite ne tient pas à une dispo- « sition malveillante envers le gouvernement anglais; il faut l'attribuer plutôt « aux usages, au caractère national et h leur système d'éduration. 3Iais s'ils « sont inférieurs aux colons anglais dans ces arts qui fortifient et font « progresser la société, ils peuvent fièrement soutenir la compnraison dans « leurs vertus sociales et domestiques. Sans ambition, vivant avec frugalité, M ils basent leur existence sur leurs moyens ; dévoués à leur ancien culte, ils- « ne sont divisés par aucune discorde religieuse ; enfin, contents de leur sort « et moraux dans leurs habitudes, ils jouissent peut-être de tout le bonheur « que comporte la fragilité de la nature humaine. » (Halliburton.)
Note f 1.
Recensement dressé en 1764 dans la Nouvelle-Ecosse, à la requête de la société historique du Massachusets, conservé par elle et cité par Halliburton, page 27/i; il mentionne en même temps qu'en 1755, lors de l'expulsion des Acadiens, il y avait déjà 5,000 colons anglais établis dans le pays ; ils étaient principalement sur la côte nord-est, vers Halifax et Lunembourg. En 1784 il vint du continent près de 20,000 loyalistes américains.
!Vo«e 13.
Los Acadiens de Clare en 1800 comptaient 175 familles formées de 1,050 personnes ; en 1828 ils étaient arrivés au chiffre de 2,038 habitants. Voici un extrait de leur registre paroissial pendant 5 ans.
Années 1818. 1819. 1820. 1821. 1822. 1823.
Mariages .... 12 10 12 10 18 16
Naissances ... 54 58 61 67 70 71
Décès 17 14 12 7 7 9
D'après Halliburton, dont nous extrayons ces documents, et d'après Bouchette et Montgomnipry-Martin, nous estimons qu'en 1827 on pouvait compter un pareil nombre d'Acadiens dans le comté de Shelburne; 5 ou 600 sur la baie Sainte-Marguerite ; 2,000 à Tracadie, Pomquet, etc., dans le comté de Sydney; et un millier environ, à Menoudy, Keonetcook, divers autres lieux de la province. Ce qui joint à ceux du comté de Clare, forme bien 7 à, 8,000 individus.
Le tableau des naissances et décès ci-dessus, constate que la moyenne des naissances est de 4 pour 100 par an sur la population, et que le bénéfice des naissances sur les décès est de 3,25 à 3,50 par an.
IVote 13.
Ces extraits viennent toujours du mOme voyage de M. Ney, inséré dans la Revue des Deux-Mondes, 1831, deuxième trimestre. Quand au Cheenscook, dont il est mention ici, de nouveaux renseignements nous font hésiter, si on doit le placer comme nous l'avons fait sur la rivière Kennetcook, ou sur la baie Sainte-Marguerite, au sud- ouest d'Halifax.
Une lettre de M. Girouard, curé d'Arichat (île du Cap-Breton) nous a indiqué les chiffres suivants pour la population actuelle : à Tracadie, 1,200 Acadiens; au Havre au Bouché, 800; à Pomquette, 600 ; Havre à la Mélasse, 500; Torhay, 4 à 500; dans ces diverses paroisses les Acadiens sont seuls entre eux, c'est tout au plus si l'on y compte k ou 500 Anglais. On s'y livre principalement à la culture, et on y compte parmi les Acadiens plusieurs propriétaires cultivateurs, riches et possesseurs de nombreux troupeaux. Dans la m^me lettre, !M. Girouard nous indique la haie de Sainte-^Iarguerite, comme habitée par envimi 1,200 Acadiens, en deux paroisses.
I^'ote C 5 .
« Pendant le temps où la marine disparaissait faute d'argent, où nos colo- « nies étaient conquises faute de secoprs, le gaspillage des deniers publics « était porté à son comble; madame "de Pompadour recevait, pendant les « dix-neuf ans que dura sa faveur, l'énorme somme de 36, 924,140 livres de ce « temps. » (Relevé des dépenses de madame de Pompadour dans les J/emoires de la société des sciences de Versailles.)