CHAPITRE VII
Note 1.
La croissance naturelle des populations européennes ep Amérique, varie généralement de 2,o0 à 4 p. 100 par an, et se double ainsi en 28 ans au moins, et en 18 ans au plus. (Voir le chap. xii de la deuxième partie.)
Kote %.
En 1671 nous trouvons en Acadie 67 familles (voir note 4, chap. ii), mais qui ne formaient en réalité que 47 souches, dont les noms suivent; quelquesunes étant déjà alors subdivisées en plusieurs branches, le nombre de celles-ci est indiqué par les chitfres (jui précèdent les noms :
Aucoin, 2 Bourgeois, Babin, 2 Blanchard, Brun, o Bourc, Boudrot, Belou, Brot ou Breau, Bertrand^, Bellineau, Corperon, 2 Commeaux, Cormié, Daigre ou Daigle, Dupent, 2 Doucet, Dugast, de Forest, Gougeon, 2 Girouard, Grange, Guillebaut, Gauterot, 2 Gaudet, Knessy, 2 Hébert, Labatte, Landry, Leblanc, Lanaux, 4 Martin, Morin, 2 Mélanson, Pèlerin, Petitpas, Poirier, Pitre, Scavoie, Rimbaut, Richard, Robicheaux, Sire, 4 Tériau, Trahan, Thibodeau, Vincent. (Voir note 5, du chap. ii.)
La physionomie générale que présentent ces familles, le grand nombre de subdivisions qu'elles offrent déjà, le croisement nombreux des alliances, tout tend à faire présumer, pour beaucoup d'entre elles du moins, que leur installation dans le pays est déjà ancienne et date peut-être de deux générations; quelques-unes môme, comme les Martin, les Bourc, les Landry, Tériau, Ira-
han, Gaudet, Boudrot, remontaient peut-être jusqu'aux premiers temps do l'Acadie, et seraient alors les fondateurs de cette race. Tous, sauf 16, sont mariés avec des filles appartenant aux familles du pays.
Si nous passons maintenant au recensement de 1686, que l'on retrouvera reproduit dans la bibliothèque du parlement canadien, nous y trouvons que sur 107 familles établies à Port-Royal, 83 sortent des familles de 1671 ; et dans les établissements, alors tout nouveaux, des Mines et do Beau-Bassin nous trouvons, aux Mines, sur 11 familles, 8 provenant de celles de 1671, et à Beau- Bassin, 12 sur 25; soit en tout en 168G, 103 familles sortant des souches primitives, sur un total de 113. On voit à la fois combien les anciennes familles se sont multipliées et combien il venait peu d'immigrants. — En 1709, dernier recensement nominal de l'Acadie, h Port-Royal, sur 102 familles, 63 sortaient des souches primitives de 1671 ; aux Mines et à Cobegnit 91, sur un total de 10.); à Beau-Bassin, 37 sur 46; soit en tout, sur une population de 2o3 familles, 19-4 provenant des familles originaires signalées en 1671, et 59 seulement d'importation postérieure.
Nous ferons observer ici un fait particulier, c'est l'émigration des anciennes familles de Port-Royal, -qu'elles abandonnent peu à peu pour les Mines et Beau-Bassin, où elles forment presque exclusivement la population, tandis qu'à Port-Royal elles sont remplacées par l'immigration française, qui n'est réellement appréciable que sur ce point, où elle a amoné en 36 ans 39 familles nouvelles. Ceci prouve que Poil-Royal seul, en Acadie, avait quelque relation avec la France, et que les occupations paisibles du fond de la baie de Fondy attiraient de préférence les descendants industrieux et plus paisibles des anciens Acadiens. Port-Royal ayant été conquis définitivement par les Anglais en 1710, les communications avec la France cessèrent donc complètement, et avec elles le peu d'immigrations qu'elles pouvaient amener (voir note 8, du chap. m), et les seules familles nouvelles qui purent survenir désormais, furent dues à quelques communications difficiles, if régulières et rares avec le Canada ou les pêcheurs fiançais du golfe Saint-Laurent. Ce recensement de 1707 forme donc un point de repère dans la formation de la population acadienne ; elle se montait alors à 1,484 âmes, dont environ 1,200, c'est-àdire les quatre cinquièmes, provenaient des familles primitives de 1671. ' Cette proportion s'est-elle conservée depuis lors? tout porte à le croire, et bien qu'il n'existe aucun document régulier pour le constater d'une manière précise, nous possédons quelques moyens de contrôle assez sérieux pour apprécier dans son ensemble la composition proportionnelle de la population acadienne.
1° Nous avons trouvé aux archives l'état nominal des familles venues des Mines et de Beaubassin se réfugier sous la protection de M. Boishébert, en 1752, au nombre de 468 familles, et dont nous avons donné la repioduction sommaire à la note 7 du chap. iv. Sur ces 468 familles, comme on peut le vérifier sur cette nute, il s'en trouve 316 descendant des familles primitives, savoir : 3 familles Aucoin, 14 Bourgeois, 3 Babin, 14 Blanchard, 5 Brun, 14 Bourc, 6 Boudrot, 4 Breau ou Brot, 2 Bertrand, 1 Bellineau, 1 Corperon,
11 Gommeaux, 16 Cornaié, 1 Daigre nu Daigle, 10 Doucet, 14 Foret, l.'î Girouard, 2 Grange, 16 Gaudet, 6 Kuessy, 29 Hébert, 12 Landry, 10 Le Bland, 2 Lanoue (il est douteux pour nous que ceux-ci aient tenu aux Lanoux primitifs), 7 Martin, 4 Melanson, 2 Pèlerin, 29 Poirier, 4 Pitre, 10 Scavoie,
12 Richard, 5 Robicheaux, 11 Sire, 3 Terriau, 3 Trahan, 13 Tliibeaudeau, 2 Vincent, et 3 Deslauriers originaires de la rivière Saint-Jean.
Dans cette masse de réfugié-s les anciennes familles figurent donc pour un peu plus des deux tiers, et si nous prenions ce groupe de la population acadienne comme un échantillon de la niasse totale, nous pourrions déjà aflirmer cette proportion. Mais ceci ne serait point exact; il faut considérer en effet que cette émigration a dû entraîner tout d'abord les gens qui se trouvaient le moins letenus dans leur pays par leurs intérêts, les moins aisés, les moins bien établis, et par conséquent, les derniers venus dans une proportion bien plus forte que les anciennes familles. Et en effet, dans l'état résumé que nous
venons de présenter, certaines fiimill s no (lf,'iiront que pour un chiffre insigniliaiit, d'autres ne s'y trouvent point, c<juime les Belou, Dugast, Dupout, Gougeon, Guillcbaut, Guutei'Ot, Morin, l'etitpas, lîiniijaut ; or ces familles étaient loin d'ùti-e éteii.tes ou moins nombreuses que les autres, ainsi parmi les prisonniers de l'ort-lloyal (|ui s'emparent du navire qui les portait, nous voyons des Duga-t et des Guillebaut, note, 8, chap. iv,et parmi les réfugiés de Saint-Pierre et Miquclon en 1761, il y a des Gauterbt (note:2i, ciiap. vi); seulement les uns résidafent à Port-Hoyal, dont l'éloignement les empêchait d'émigrer, et les autres restèrent sur leurs liéritagcs jusqu'au dernier moment.
Nous ne pensons donc pas être au-de>sus de la vérité en estimant que lors de la proscription qui les frappa en 1735, les Acadiens étaient formés pour les quatre cinquièmes par la descendance des familles primitives que nous avons constatées en 1071. Cela ne doit pas du reste beaucoup nous surprendre, car l'immigration y était devenue à peu près nulle; ainsi parmi tous les iToms des réfugiés de 1752, note 8, chap. iv, nous uq trouvons que 36 nopis qui ne soient pas sur le recensement de 1708, c'est-à-dire >iG immigrants en quarantehuit ans. D'autre part, aujourd'hui, partout où se trouvent les Acadiens on rencontre dans une proportion extrêmement dominante les noms originaires de 1671 (voir note 18, chap. vi). Dans sa relation du Labrador, M. Ferland cite quelques noms des Acadiens qu'il y trouve, tous appartiennent îi cette catégorie, et partout les témoignages s'accordent sur ce point.
11 nous parait donc évident que plus des trois qtjarts de la population acadienne proviennent des 47 familles de 1671, qui, formant alors 400 personnes, se trouvent en avoir produit aujourd'hui près de 80,000, sans compter les réfugiés au Canada, à la Louisiane, à Saint-Domingue, et tant d'autres dispersés de tous côtés; de telle sorte que sans là déperdition éprouvée dans les proscriptions de 1755 et de 1763, nous trouverions peut-être que les 47 familles de 1671 auraient donné le jour à une véritable petite nation de 130 à 140,000 âmes. Cette étude fournit certainement un des plus curieux exemples de la multiplication de la race humaine, et nous montre qu'en moins de deux siècles une population, môme dans des circonstances difficiles, pourrait assez régulièrement se centupler trois fois, pourvu qu'elle eût avec de l'espace pour s'étendre, des mœurs solides et une industrieuse énergie pour se développer.
IVote 3.
Une fiction, peut-être même une histoire touchante, forme le sujet de ce poëme : Evangéline est la fille d'un riche cultivateur des Mines, et ses fiançailles se célèbrent le 4 septembre 1755, la veille même de ce jour fatal où les Anglais devaient frapper de proscription cette population infortunée. On ne sait encore rien de leurs projets, mais leurs vaisseaux, qui sont à l'ancre dans la baie, ont déjà jeté dans la population une certaine inquiétude sourde. Cette anxiété donne aux fiançailles d'Evangélinc un caracfire touchant et mélancolique, rendu par Longfellow avec une grande finesse de sentiment. Le lendemain éclate la funeste catastro))he au moment même où le mariage venait d'être béni; Evangéline est entrahiée d'un côté, son époux de l'autre; emmenés ainsi en captivité sur deux points difTérents des Etats-Unis, ils passent leur vie à chercher à se rejoindre, et Evangéline, devenue en quelque sorte sœur de charité, finit par retrouver son mari mourant sur le grabat d'un hôpital de Philadelphie où elle allait visiter les malades, de sorte que ces époux d'un jour, unis devant Dieu, séparés par la proscription, se trouvent de nouveau rejoints devant Dieu en face de la mort, pour n'être réunis que dans le tombeau.
Ce récit triste et émouvant, où Evangéline semble personnifier les malheurs et les souffrances de l'émigration acadienne, se trouve en parfaite harmonie avec la poésie douce et mélancolique de l'école lakiste, à laquelle semble appartenir LongfeUow. Les harmonies de la nature et les délicatesses du cœur
y sont dépeintes avec un grand charnu', et les détails de la vie dos Acadiens y sont présontt'S avec un rare bonheur, ainsi (ju'on pourra en juger par le début du poume que nous citons note 5.
!Vote 4.
Voir Lafarguo, Raynal et Halliburton; nous avons dû, en outre, quelques renseignements à un des descendants de ces malheureux proscrits.
Note 5.
Lafargue nous apprend qu'ils vivaient dans une grande union, et que les affections de famille étaient telles, qu'elles continuaient souvent à demeurer toutes ensemble pendant plusieurs îrénérations, et Raynal assure qu'il ne vint jamais du pays des Mines au bailliage de Port-Royal un seul procès. — Le début dli- poëme d'Evang''line donne un'3 heureuse idée des mœurs patriarcales de cette petite société qui jouissait peut-être, comme le dit Halliburton , de tout le bonheur que comporte la fragilité de la nature humaine :
<i Dans les terres de l'Acadie, sur les rives du bassin des Mines, s'élevait, « dans un heureux isolement au milieu d'une vallée fertile, le petit village du « Grand-Pré. De vastes praiiies qui s'étendent à l'e^t. donnent au village son « nom et fournissent un pâturage à de nombreux troupeaux. Des digues que (1 les laborieux cultivateurs avaient élevées, et qu'ils maintenaient avec une <i constante sollicitude, arrêtaient les flots agités; mais à des époques fixées,
« les écluses s'ouvraient et laissaient la mer se répandre sur les prairies
« C'est là, au milieu de ces fermes, que reposait le village acadien; ses mai-., « sons étaient solidement construites en charpente de chêne ou de noyer, " <i comme celles que les paysans de Normandie bâtissaient sOus le règne de « Henri. Les toits en étaient de chaume, elles recevaient le jour par des lu- <i carnes, et le pignon, formant un auvent au-dessus de la muraille, protégeait <i et ombrageait la porte. Sous ce porche, dans les calmes soirées de l'été, aux <i heures où le soleil couchant éclairait la rue du village et dorait le faîte des « cheminées, les matrones et les jeunes filles, coiffées de leurs bonnets blancs « comme la neige, ornées de leur jupon rouge, bleu et vert, se tenaient assises, <( tournant dans leurs mains la quenouille chargée de chanvre, qu'elles « filaient pour les métiers ; et de l'intérieur, les navettes venaient mêler « leur bruit au bourdonnement des roues et aux chansons des jeunes filles. « Quand le curé de la paroisse descendait solennellement la rue, les enfants (1 arrêtaient leurs jeux pour baiser la main qu'il étendait pour les bénir, il « marchait gravement au milieu d'eux, les mères et les jeunes filles se ie- « vaient à son approche en le saluant d'un affectueux accueil. C'est alors que n les laboureurs revenaient des champs; le soleil qui se couchait à l'horizon « faisait place au crépuscule; bientôt l'angélus se faisait entendre au beffroi, « et on voyait s'élever au-dessus des toits du village des colonnes d'une fumée « bleuâtre semblable ;\ des nuages d'encens qui sortaient d'une centaine de « foyers séjours de paix et de bonheur. C'est ainsi que vivaient les simples «cultivateurs acadiens, réunis dans l'amour de Dieu et de l'homme; ils « étaient également étrangers à la peur qui règne sous les tyrans, et à l'en- « vie, vice des républiques. Point de serrures à leurs portes, point de bar- « reaux à leurs fenêtres, leurs demeures étaient ouvertes comme le jour et « comme le cœur de leurs maîtres. » (Longfellow, Evongëline.)
Ne semblc-t-il pas, en parcourant cette ravissante description, y retrouver la peinture un peu embellie de quelqu'un de ces villa^ps retirés que l'on peut trouver encore sur quelques points de la Bretagne et de la Vendée?
Note 6.
Halliburton nous mentionne les exportations des Acadiens à Boston; on trouve aussi dans les archives des traces de ces relations commerciales; et en outre, de nombreux documents nous montrent que le district des Mines pourvoyait presque entièrement à l'alimentation de Louisbourg, par Chedabouctoo et la baie Verte.
Note 9.
Ce n'est point sans dessein que nous disons que les Acadiens étaient alors, le peuple le plus avancé en culture de toute l'Amérique; non-seulement en effet nous avons le témoignage d'Halliburton en faveur de leurs industrieux travaux, mais les faits parlent assez pour eux. Par leur système de culture, ils n'occupaient en effet que dos étendues assez restreintes, qui ne produisaient de riches récoltes qu'à la condition d'un travail aussi intelligent que soutenu; l'Américain n'opérait au contraire que sur des fermes immenses, où il changeait de terrain au fur à mesure de l'épuisement du soi. Aujourd'hui môme encore l'Américain se ressent de ce défaut; habile et spéculateur plus encore que cultivateur laborieux, il s'attache plus particulièrement au défrichement des vallées, en s'efforçant d'en tirer, par des cultures épuisantes, le produit le plus prompt possible. Ce sont généralement les émigrants allemands qui défrichent les hauts plateaux boisés ; les Américains les dédaignent en disant que, sur les terres en bois, on ne travaille que pour ses enfants, et qu'il faut s'attacher aux prairies des vallées pour faire de l'argent. Ce sont généralement les émigrants allemands qui défrichent les liants plateaux boisés; ces braves gens ne craignent point, pour assurer l'établissement de leurs enfants, de prodiguer leurs fatigues présentes, donnant beaucoup au sol, lui demandant moins, mais heureux déjà en songeant aux joies à venir de la famille. Les premiers sont plus habiles, sans nul doute, mais qui oserait dire que les seconds ne sont point préférables pour la fondation d'une société nouvelle?
Note 8.
Le mémoire de l'abbé de l'Ile-Dieu, du 7 mars 1755, renferme de grands détails sur l'abboiteau entrepris par les Acadiens réfugiés, sous la direction de l'abbé Leloutre, pour garantir les marais qu'ils veulent des^^écher pour s'établir de nouveau. « Cet abboiteau est construit en grande partie au moyen « des contributions volontaires des pauvres Acadiens en matériaux et en trace vail. Grand zèle et grand souci de l'abbé Leloutre, qui conduit lui-même « toute cette construction. » {Archives.)
Note 8 bis.
Nous devons observer cependant que les Acadiens établis en Louisiane s'y sont trouvés tellement jetés en dehors de leurs habitudes, par le climat, par l'effet du travail servile dont ils étaient entourés, et par l'envahissement de la population et des mœurs yankees, qu'ils paraissent y avoir moins bien conservé qu'ailleurs les traditions industrieuses de leurs ancêtres. Une partie d'entre eux, même dans la Fourche intérieure et autres cantons marécageux situés entre le Mississipi et le golfe, paraît s'êire retranchée dans une sorte d'existence isolée et un peu farouche, ne vivant qu'entre eux et se livrant principalement à lâchasse etàlapêche ; ils y cultivent aussi quelques rizières, mais toujours par eux-mêmes, et on ne voit que bien peu de noirs dans ces districts; cependant un certain nombre s'est adonné aussi aux différentes exploitations du pays, et Thibodeauville, chef-lieu du comté de la Pointe-
Coupée, et une des principales villes de la Louisiane, doit son nom et son origine à un Acadien, M. Thibodeau.
Puisqu'il est question ici do la Louisiane, nous en profiterons pour dire deux mots d'une brochure que nous venons de recevoir de M. Tliomassy, membre de l'Académie di^s sciences de la Nouvelle-Orléans, travail bien intéressant pour l'histoire des origines de ce pays; cette publication renferme plusieurs lettres et rapports de Cavelier de la Salle, que M. Thomassy vient de retrouver au dépôt des cartes de la marine. Rien de plus curieux et de
S lus attachant que ces lettres qui racontent avec une simplicité naïve une es entreprises les plus grandes et les moins connues de l'histoire de l'Amérique : la découverte ei le parcours du Mississipi effectués avec de simples canots d'écorces, en 1682, par quelques partisans français commandés par l'illustre la Salle.
IVote 9.
Halliburton témoigne en divers endroits de cette répulsion des Acadiens à s'éloigner des côtes de la mer et à aller cultiver les hautes terres. Nous devons cependant faire remarquer que non-seulement ;\ Madawaska, où la ■force des choses l'a voulu, mais à Tracadie, au nord de la Nouvelle-Ecosse, à la rivière Marguirite (cap Breton) et en plusieurs endroits des côtes du Nouveau-Brunswik, les Acadiens s'adonnent principalement à la culture.
Note tO.
Nous ne pensons pas exagérer en nous exprimant ainsi en présence du matérialisme croissant qui nous envahit. Lamennais a publié un livre éloquent sur l'indifférence en matière religieuse, i! conviendrait d'en faire un aujourd'hui sur l'indifférence publique en toute espèce de matière. Pour nous restreindre au sujet qui nous occupe, chacun peut encore se rappeler la froideur que rencontra, il y a bientôt vingt ans, la cause de nos colons d'Akaroa (Nouvelle-Zélande); l'insurrection du Canada en 1837 ne parut pas non plus éveiller beaucoup la sollitude du public français, et sauf quelques honorables exceptions, on n'a guère trouvé parmi les Uautes classes en France ce zèle patriotique qui a si fort distingué l'aristocratie anglaise dans l'histoire coloniale de son pays; nous avons vu il y a quelques années un Canadien, M. Barthe, publier un livre dont l'idée, quoi qu'on ait pu en dire, reposait sur un sentiment généreux et qui sollicitait la France à renouer une union au moins morale et intellectuelle avec le Cana^Ja; ce livre n'a pas rencontré certes l'accueil que dans une cause, pareille on lui eût accordé en Angleterre; il est donc évident qu'on ne doit compter qu'avec une grande réserve sur l'élan présumé des sympathies, ou sur quelque entraînement sentimental vers le dévouement et la justice, dans un siècle beaucoup plus disposé h railler qu'à s'émouvoir.