INTRODUCTION
La France a été jusqu'au milieu du siècle dernier une des plus grandes puissances coloniales du monde; et l'Espagne seule pouvait lui disputer la prééminence; mais les situations sont bien changées depuis lors : l'Espagne a perdu les trois quarts de ses possessions, et malgré quarante-cinq ans de paix et de laborieux efforts pour relever nos colonies, c'est à peine encore si elles atteignent une importance de quatrième ordre. De nos jours cependant un véritable intérêt d'actualité s'attache aux travaux qui ont pour but l'étude de la colonisation et de l'expansion des peuples; d'une part en effet les stalistiques constatent que notre population, gênée par le défaut d'espace, cesse de s'accroître, et d'autre part l'attention depuis quelques années s'est fixée de nouveau sur l'examen des questions coloniales avec une certaine sollicitude. Le moment nous a donc semblé favorable pour présenter au public les recherches que nous publions ici.
Il est triste sans doute pour notre amour-propre national d'avoir à rappeler, en abordant un pareil sujet, la douloureuse issue de tentatives qui, à leur début, avaient pu faire concevoir les plus légitimes et les plus brillantes espérances. iMais il faut savoir surmonter cette répulsion
qu'inspire naturellement l'iiistoire du malheur, et savoir attacher sa réflexion sur ces souvenirs mélancoliques du passé, afin de tirer de nos désastres mômes d'utiles enseignements propres à éclairer et à fortifier notre conduite à l'avenir.
Nous avons pensé aussi qu'il n'était pas sans intérêt de suivre les Français que nous avons laissés dans nos anciennes possessions, et de montrer ce qu'était devenue leur postérité à travers les difficultés et les épreuves de la domination étrangère. La France semble avoir oublié en effet qu'aux époques funestes de son histoire elle a jadis abandonné des populations considérables sorties de son sein et restées, malgré le malheur des événeoients, fidèles à leur origine. Qui se souvient aujourd'hui de l'Acadie, du Canada, de la Louisiane et môme de l'ile Maurice, perte si récente? qui se souvient de ces lieux illustrés par tant de combats héroïques et par le patriotisme si dévoué de leurs habitants? « Quoi de plus pieux que de réveiller « ces souvenirs de notre ancienne gloire et de rappeler que « c'est la France qui a donné la première l'impulsion à ce « grand et merveilleux développement de civilisation dont « l'Amérique du nord est aujourd'hui le théâtre '? »
Tandis que leur mère patrie, trop insouciante, perdait de vue les généreux enfants qu'elle n'avait pas su défendre, ces courageux colons, avec une persistance énergique qui a défié les persécutions, les séductions et l'isolement, ont conservé partout non-seulement la tradition, mais la religion, les mœurs, la langue, l'amour de leur patrie primitive. — N'est-il pas temps pour nous de sortir de cette indifférence égoïste dont nous payons si mal ces affec-