‹ La France aux coloniesChapitre 55 sur 85 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Dépèches de Colbort du 5 avril 1669, lettres de Talon du4 octobre 1665, du 10 novembre 1670, etc., etc. [Doc. de Par.)

Quant aux noms des concessionnaires de ces seigneuries, et à la date de leur titre, nous les avons tous tirés du dictionnaire de Bouchette, et nous avons retrouvé l'indication de plusieurs dans les aveux de foi et hommage. Enfin en considérant au recensement de 1681 les noms des colons de ces seigneuries, l'absence presque complète d'émigrations venues de Québec ou de Montréal montre assez que leur population est venue en quelque façon en bloc du dehors, ce qui concorde bien avec l'idée de l'établissement daus ce canton d'un grand nombre de soldats licenciés.

IVote 3.

« Leroy est satisfait de voir que le plus grand nombre des soldats

« sont disposés à s'établir dans ce pays au moyen de quelque aidesupplémen-

« taire qu'on leur donnerait afin de cet établissement Cela parait si impor-

« tant à Sa Majesté, qu'elle désirerait les voir tous rester au Canada. ■» {Dépêche de Cotberl du 3 avril 1668, Doc. de Par.)

Voir aussi la note 9 du chapitre ii, 2e parapraphe.

Note S.

Voir la note 9 du chap. ii.

TVote 4.

Les recensements de 1666 et 1G67 sont déposés aux archives, ils sont nominaux et fort détaillés; celui de 1068, que nous avons trouvé relaté dans l'histoire de M. Garnault, mentionne, en outre de la population, 300 soldats, formant les l compagnies laissées en garnison au Canada. Nous avons mentionné au texte la reparution des habitants en 1667; voici celle de 1666 : à Québec, Doîj habitants; à la côte de Beaupré, 67S; à Beauport, 172; dans l'ile d'Orléans, 471 ; sur les côtes Saint-Jean, Saint-François et Saint-Michel, 156; à Sillery, 217; à Notre-Dame des Anges et la rivière Saint-Charles, 118; sur la côte de Lauzon, 6; à Montréal, 584; à Trois-Rivières, 461. Total 3,418, dont 1 ,344 en état de porter les armes.

Les recensements forment sans doute des documents d'une grande autorité, mais ceppndant, quelque soit le soin dont leur confection ait dû être entourée par la vigilance de Talon, nous avons malheureusement la preuve qu'il s'y est glissé de nombreuses inexactitudes : en effet, en comparant le relevé des actes de mariage avec le recensement de 1666, nous nous sommes aperçu qu'un bon nombre de colons établis au Canada depuis plusieurs années n'y étaient point portés. Ainsi Louis Garnault se maria à Québec en 1662, et il ne ligure que dans le recensement de 1667. Il en est de même pour Pierre Parent, qui s'était marié à Québec en 1654. Bourasseau, marié en 1665, ne figure ni sur le recensement de 1666 ni sur celui de 1667, mais il paraît à la côte de Lauzon en I68i ; les deux frères le Mieux, Pierre et Gabriel^ mariés en 1647 et en 1658, ne figurent ni l'un ni l'autre dans le recensement de 1666, etc., etc.

Note 5.

« Je prépare un plan pour la création du premier village ; aussitôt qu'il sera

« terminé je vous en enverrai le dessein On devrait toujours se pré-

« parer en bonne saison pour envoyer ici des familles l'aniiée suivante ; je puis u assurer que leurs établissements seront ici tout préparés, et si le roi veut en « envoyer un plus grand nombre la prochaîne fois que les quarante pour les- « quels vous m'avez avisé de faire des préparatifs cetie année, je me tiendrai « en mesure de les recevoir.» (Lettre de Talon du 4octobre 1605, Doc. de Par.)

■ Conformément à votre idée, j'attacherai au château Saint-Louis la mou- « vanct- dts trois villages que je veux établir dans ce voisinage pour renforcer (( ce poste central par un grand nombre de colons; le roi ou la compagnie, « commepla ra à Sa Majesté, restera le seigneur propriétaire, concédant scule- « ment le diiname utiln et les droits qui auront été stipulés dans les contrats c( aux soldats, aux familles récemment arrivées, et aux colons du pays qui auront « épousé quelqu'une des jeunes filles que vous m'envoyez. J'ai fait préparer « ces terrains aux frais du roi, et h>s concéderai, à charge par les occupants « d'en préparer autant d'ici trois ans pour les nouvelles familles (jue l'on a enverra de France, supposant que d'ici là ce pays sera en état de subvenir « aux besoins de la plupart des familles qui y seront établies. Mon but principal « est de peupler ainsi les enviions de Québec d'un bon nombre d'habitants « capables de contribuer a sa défense, .luns que le roi ait besoin de la jiayer. u Je tâcherai de pratiquer le même système dans tous les lieux oii on formera « des villes ou des villages, mêlant ensemble les soldats et les cultivateurs, « de façon qu'ils puissent s'instiuire les uns les autres dans la culiure du sol, « et s'aider dans tons les autres besoins de la vie. » (Lettre de Talon du 9.1 octobre 1607. Doc. Par.)

« Afin de concourir par les fait? aussi bien que par les con-

« seik à la colonisation du Canada, j'ai donné moi-même l'exemple en ache-

t( tant une certaine (^tondue de terrain couverte de bois, sauf deux arpentsque « j';ii trouvés déj;\ drfriclics. Je me propose de l'étendre encore de manière à (i pouvoir y établir plu>ieurs hameaux; il est situé dans le voisin-age deOué- « bec et pourra être utile à cette ville. On pourrait doter cet établissement d'uu « titre nobiliaire si Sa Majesté y consentait, et on pounaitniême annexer à ce « fief, avec les noms (pii pourront lui convenir, les trois villages que je désirc- « rais y créer. On arriverait ainsi, en commençant par mon exemple, à faire « surgir une certaine émulation parmi les ofliciers et les plus riclies colons, h « s'employer avec zèle à la colonisation de leurs terres, dans l'espoir d'en « Être récomi)onsés par un titre.

« Vous savez que M. Berilielot m'a autorisé, jusqu'à concurrence de 10,000 « livres, à faire établir ici une ferme pour son compte; d'autres personnes de « France m'ont adressé de pareilles demandes, et la création de titres que je « propose serait un moyen facile de faire progresser la colonie. » (Lettre de Talon du 10 novembre 1067. Doc. Par.)

On peut voir dans Boucliette, à l'article Charlesbourg, dans les détails qu'il donne sur la disposition des concessions et des constructions originaires de ce village, comment Talon avait conçu et appliqué les plans de colonie dont il parle, et auxquels il consacrait tant de zèle et de dévouement.

IV'ote 6.

Concessions de seigneuries accordées de 1G60 à 1673, savoir:

En 1061, la seigneurie de Mingan (Labrador), concédée au sieur Bissot, (cette concession n'avait en vue ((u'un établis-ement de pêcherie). — En KîU'l, Champlain (comté de Champlain), au sieur Pczard de la Touche. — En 1667, Bonsecoitrs (comté de Lotbinière), au sieur Bellanger.

Eu 167:2, Chamhly, Trem'i/tn/, UonchervU/e (comté de Chambly), à MM. de Chambly, de Varennes et Boucher i—Fare«>ie9,(7a;jSûi/i/-3/ic/ie/, GuillaudièrCy Verchères, Bellevue, ContreLŒur (comté de Vei chères), à MM. de Varennes, de Saint-Michel, Borney deGrandmaison, de Verchères, de Vitré et de Contre- CjEur; — Saint-Ours et Sorel (comté de Richelieu), à MM. de Saint-Ours et de Sorel; — Nicolet (comté de Nicolct), à 11. de Laubia; — Tilly, Lotbinière, Marauda (comté de Lotbinière), à MM. de Villieu, Marsolet, de Lotbinière et Duquel; — Berthier, Saint-V/dlier, Saint-Michel, Beautnont., Vinccnnes (comté de Bellechassc), à MM. Berthier, de la Durantaye, Desilets de Beaumont et gissot; — Yincelot (comté de l'ilet), à la veuve Amiot; — Vîlet du Portage, la. rivière Quelle ou Bouiei/lerie, Sainie-Aïuie on la Pocatière (comté de Kamouraska), à MM. de Granville, delà Bouteillerie, à mademoiselle Lacombe de la Pocatière; — Lussaudière (comté d'Yamaska), à M. de la Lussaudière; — île Bouchard (comté de l'Assomption), h M. Fortel; — Maskinonge, Dupas et Chicot, la Valterie, Randin, Antaya (comté do Berthier), à MM. Legardeur de Saint-Michel, Dupas, delà Valterie, Randin, de Comporté; — La/jndie, Gatineau, Yamachiche on Grosbois (comté de Saint-Maur,ce),à MM. Labadie, Boucher fils, Boucher de Grandpré; — Sainte-Anne Sainte-Marie (comté de Champlain \ h MM. Lesueur, Lanaudière et Lemoine; — Belair ou les Ecureuils, la Tesserie, les Grom/ines (comté de Port-Neufj,. à M. Toupiii, à mademoiselle de la Tesserie, à l'Hôtel-Dieu de Québec; — Vile Perrot (comté de Montréal), au sieur Perrot.

Cette longue liste de concessions faites en 1672 représente toutes celles accordées pendant la féconde administration de Talon ; elles furenttoutes régularisées en môme temps, y compris les concessions données aux officiers de Carignan.

Kotc 9.

ijaulac ou plutôt Dollard des Cormiers partit avec 17 jeunes gens de Montréal, qui après s'être préparés, comme les anciens chevaliers, par la réception

des sacrements , formèrent un parti contre les Iroquois cn'1760, de concert avec 44 Hurons; abandonnas par ces sauvages, ils no voulurent point s'enfuir, ils résistèrent pendant liuit jours, dans un petit retranchement de iiicnx, aux Iroquois, qui les avaient enveloppés au nombre de 700; ces héros se tirent tons tuer jusqu'au dernier; mais les sauvages perdirent tant de monde et furent si effrayés de cette résistance, qu'ils se trouvèrent découragés autant que par une défaite, et les colons de IVIontréal purent recommencer à sortir de la ville et h reprendre leurs cultures. (Voir la Vie de la sœur Bourgeois ctVIIistoire de Garnault.)

Note 8.

« Ce qu'on appelait les filles du roi étaient de jeunes personnes tombées « orphelines ou malheureuses en bas âge, et qui étaient élevées aux frais du « roi à l'hôpital général de Paris. C'était de cet établissement que l'on diri- « geait des envois sur Je Canada; malheureusement ces jeunes fdies étaient « élevées trop délicatement pour le climat et les travaux du Canada; en 1670, « M. Colbert pria donc M. de Harlay, archcvCque de Rouen, de faire choisir défi sormais par les curés de oO ou 40 paroisse des environs de cette ville, une « ou deux tilles eu chaque paroisses pour les enroyer au Canada, en rem- « placement des anciennes filles du roi. » {Vie de la sœur Bourgeois.)

Note 9.

Voir la note 9 du chap. ii. — Nous avons nous-méme vérifié dans les receniements la présence de plusieurs de ces filles installées dans les meilleures familles du pays, à titre de pensionnaires, en attendant leur mariage.

Note lO.

Le système des engagés, qui a été en vigueur dans nos colonies de l'Amérique, fut suggéré avant 1660, par un avis du conseil supérieur de Québec, qui, afin de parvenir à accroître la population et de procurer aux pays les ouvriers dont il avait besoin, proposa dans un avis motivé un ensemble de mesures qui, adoptées en France, devinrent la base du règlement des engagés. Chaque capitaine de navire qui se destinait pour l'Amérique étant obligé de se munir d'un passe-port spécial, qui était une sorte de faveur, on ajouta comme condition générale à tous ces passe-ports l'obligation de transporter en Améiique 3 engagés pour un navire de 60 tonneaux, G pour un navire de 100 tonneaux, etc. Les capitaines embarquaient ainsi des jeunes gens qui s'obligeaient à aller servir en Amérique pour 3 ans, ce qui les fit ai)peler des 36 mois, moyennant un salaire convenu et l'obligation par le patron de les nourrir et entretenir de vêtements.

Arrivé à sa destination, le capitaine, pour s'indemniser des frais du transport et de l'équipement de l'engagé, cédait son contrat pour une somme qui variait suivant la qualité de l'engagé, et suivant le plus ou moins de besoin que l'on avait d'ouviiers dans la colonie. Il fallait pour que le capitaine fût bien couvert de ses frais, (|u'il put tirer en moyenne 131) livres de chaque engagé, mais souvent il était obligé de les céder pour beaucoup moins, puisqu'à diverses reprises ils obtinrent d'être déchargés de cette obligation, en versant GO francs à la caisse de la marine pour chaque engagé qu'ils auraient du transporter.

Souvent les capitaines, pour remplir sans grands dépens les obligations de l'ordonnance, prenaient des engagés incapables ou même de^ enfants- les recensements nou-4 montrent plnsiems engagés de 10 à 1:2 ans. En 1661 il arriva un convoi de 100 hom.mes amenés par deux capitaines, :20 seulement t'fttient en état de travailler de suite; on les distribua aux habitants moyennant un

salaire qui s'élevait de 20 à 30 écus, (Dépêche de M. de Villeroy.) En 1708 une ordonnance obligea à ne pas prendre d'engagés aii-desous de 18 ans.

Vers 17:20 le salaire des engagés était tombé îi 40 livres par an, plus la nourriture et le vêtement. Les capitaines étaient respon.',ii.bles de la moralité de leurs engagés, et lorsque ceux-ci ne paraissaient jioint convenables, on les obligeait à les ramener eu France, en remboursant au patron tous loyaux coûts et dépens.

En 1706 o« donna dispense d'emmener des engagés, à cause de la guerre funeste où la l'rance se trouvait compromise; mais les armateurs devaient verser à la place (JO francs à la caisse de la marine. Eu 1721, on renouvela cette faculté de rachat, ainsi qu'en 1744.

IVote t 1.

« Les naissances cette année sont de 6 ou 700; le pays pourra fournir l'an « prochain 100 jeunes filles à marier; il sera donc inutile de nous faire un « envoi de filles l'an prochain, afin que les colons puissent plus facilement « marier les leurs aux soldats établis ou que l'on congédiera. Il est inutile « aufsi d'envoyer des demoiselles de condition ; nous en avons reçu cette « année 15, outre 4 que j'avais amenées pour former des mariages avec les M officiers et les habitants de distinction. » (Lettre de Talon de 1671, Doc. Par.)

AIo«e 12.

Voir la Vie de la sœur Bourgeois.

Note «3.

La correspondance de MM. les gouverneurs de Frontenac et de Denonville, et de M. Duchesneau, l'intendant, ne tarissent pas en plaintes sur le fléau des coureurs de bois à cette époque, fléau dont l'extension dépeuplait le pays et menaçât sérieusement son avenir. (Voir Doc. Par., passim.) La guerre des Iroquois arrêta un pea le développement de cette habitude, puis il finit par s'établir un usage qui en amoindrit les inconvénients. Au fur et à mesure que les jeunes gens atteignaient 18 à 20 ans, ils s'engageaient ordinairement dans une e\pédiiiiin de plusieurs années pour la traite des fourrures, puis au bout de cette campagne ils revenaient se marier et s'établir chez eux, on appelait cela faire le voyage de l'ouest; on'disait de ceux qui y étaient engagés qu'ils étaient en voyage., et on les appelait du nom générique et spécial de voyageurs.

Cet usage, qui resta fortement implanté dans les mœurs du Canada, surtout dans le district de Montréal, pendant un siècle et demi, rappelle, sous beaucoup de rapports, bien qu'il ait été tout volontaire, la conscription qui chez nous enlève, chaque année, la jeunesse de nos campagnes; et il ne laissait pas de produire sur le progrès de la population des effets analogues à ceux que la conscription produit ici. Quoique moins funeste en effet que l'entraînement désordonné qui sévit sur la population du Canada de 1672 jusqu'après 1700, celte coutume ne laissa pas d'être très-préjudiciable : quelques-uns de ces jeunes gens périssaient dans ces expéditions lointaines et périlleuses dont nous ne pouvons nous faire même une faible idée, et beaucoup d'autres, se passionnant pour cette existence aventureuse, demeui aient dans ces solitudes poétiques célébrées par Cooper, auquel nous avons à reprocher l'inexactitude très- volontaire l't très-injuste de n'avoir jamais parlé des Canadiens. Parmi ceux qui revenaient, plusieurs n'avaient plus le même goût et la même aptitude pour les travaux luraux, de sorte qu'il est difficile d'apprécier à sa juste valeur le dommage qui, durant de longues années, est résulté de celte coutume pour le développement de la population et de l'agriculture au Canada.

Ceux qui demeuraient dans l'ouest se sont retrouvés en partie dans les colonies canadiennes de ces contrées, mais pour une faible portion seulement, à cause de la grande déperdition qu'occasionnaient dans leurs rangs les accidents, les misères de leur genre de vie, la débauche et surtout leur dispersion dans les tribus indiennes, où ils finissaient fréquemment par se marier avec une squaw et se fixer pour toujours. (Voir le chap. iv, p. 54 et oo; la note de ce chapitre et l'appendice.)

Kote 14.

Le recensement de 1681, qui est nominal, donne la distribution suivante de la population du Canada :

Basse ville de Québec, 5G4 habitants ; haute ville, 316; — Monceaux, 5 ; — côte Saint-Frauçois-Xavier, 51 ; — Gaudarville, 66; — Desmaure, 175.

Donibouret Neuville, 376; — pointe aux Ecureuils, 16; — Port-Neuf, 31 ; — Chauvigny, 1:2; — Saint-Charles des roches, 55; — Sainte-Anne, 106.

Batiscau, '2Q[; — Champlain, 253; — fief Hertel 25; — prairie Marsollet, 16; — le Cap, 203; — la ville des TroisRivières, 150; — Rivière du Loup, 20; — Villemur, 30.

Autraye, 22 ; — la Valterie, 42 ; — Repentigny, 1 18 ; — la Chenaye, 72 ; — l'île Jésus, 24; — Montréal, y compris la maison du gouverneur, le séminaire, la congrégation, etc., 1,426; — la prairie de la Madeleine, 142.

Longueuil, 89; — île Sainte-Thérèse 54; — Tremblay, 38; — Boucherville, 177; — Varennes, 73; — Verchères, 61 ; — Contrecœur, 69; — Saint- Ours, 86; — Chambly, 78; — Saurel, 117; — Saint-François, 51 ; — Nicolet, 37 ; — Lyntot, 48; — laPrade, 25; — Lotbinière, 58; — Villieu, 15.

Lauzon, 293; — cap Saint-Claude, 27; — Beaumont, 53; — la Durantaye, 59; — Bellechasse, 225; — la Bouteillerie. 62; — l'ile aux Oyes, 39.

Cote de Beaupré, 717; — Beauport, 298; — Bourg-Royal, 98;" — Charlesbourg, 86; — Saiut-Joseph, 38; — Saint-Bernard, 63; — Petite-Auvergne, 318; côte Saint-Michel, 109; — comté Saint-Laurent (île d'Orléans), 1,081 ; — Anticosii, 12; — Total, en 1681, 9,710 habitants, en y comprenant la maison du gouverneur, le clergé et les communautés de Québec et quelques menus articles non compris dans l'énumération ci-dessus. t

Les recensements qui suivent sont : en 1683, de 10,231 habitants, et en 1683, de 10,725 habitants. ( Extraits des recensements déposés aux archives.)

IV'ote 15.

Quand M. de la Barre remplaça M. de Frontenac, les forces de la France se composaient au Canada de 900 miliciens (c'est-à-dire à peu près la moitié de la population mâle valide, environ le dixième de la population), 130 soldats et 7 à 800 sauvages aUiés ; mais un renfort de soldats vint bientôt de France. (Garnault, Histoire du Canada.)

Le recensement de 1679 au Canada a été de 9,400 personnes, et 513 en Acadie; 21,900 arpents de terre sont en valeur, et on compte 6,983 bêtes à cornes, 145 chevaux, 719 bûtes à laine, 33 chèvres et 12 ânes. — On a baptisé cette année 404 enfants, savoir: 193 garçons et 211 filles; 85 personnes sont mortes, il y a eu 76 mariages. (Lettre de M. Duchesneau, du 13 novembre 1780. Doc. l'ar.)

^ote 16.

En 1673 : la seigneurie de Chateaugay (comté de Huntingdon), au sieur Lemoine de Longueuil ; Terrehois(com\.é de Kamouraska) au sieur Dionis Bourgeois: Tevrebonne (comté de Terrebonne) au sieur Dautier Deslandes; — en 1674 : la Pelite Xntion (comté d'Ottawa), h monseigneur de Laval ; Ber- (hier (comté de Bcnhicr), au sieur Berthier; Vieuport (comté de Saint-Mau-

rice), au sieur Godefroy de Vieuport; Kamoura<ika ou \es Caps Mowaska (comté de Karaouraskaj; Sahit-Jean Deschaillons (comté de Lotbinière), au sieur de Saint-Ours; augmentation Randin (comté de Berthier), au sieur Berthier. — En 1G75 : à.'Orsuinville (comté de Québec), aux religieuses de l'hôpital ; Roquetaillade (comté de Mcolct), au sieur Godefroy de Roquetaillade ; Gagnier (comté de l'Ilet), au sieur Gagnier de Belle-Avance-, Bic et 31itii (comté de Rimouski), aux sieurs de Vitré et de Peiras. — En 1676 : Gentilly^ (comté de Nicolet), au sieur Pelletier de la Teirade. — En 1677 : Ylslet, Saint-Jean Port-Joly^ Réaume, (comté de l'Ilet), à mademoiselle Geneviève Couillard, au sieur Noël l'Anglais, à mademoiselle de Lacombe ; Matane (comté de Rimouski), au sieur Damour ; les îles Mingan (Labrador), aux sieurs de Lalande et Jolliet.

En 1678, augmentation : Verchères (comté de Verchères), au sieur de Verchères; Saint-F)-a?içois (comté d'Yamaska), au sieur Crevier; l'île Hizard (comté des Deux-Montagnes), au sieur Bizard. — En 1679, Samt-Denii (comté de Kamouraska), au sieur Juchereau de Saint-Denis. — En 1681), augmentation JS'ico/et (comté de Nicolet), au sieur de Cressé; Saut Suint-Louis (comté d'Huntingdon), aux jîères jésuites; île à^Anticosti, au sieur Joliet. — En 168"2 : Guillaume-Bonhomme (comté de Port-Neufj, au sieur Guillaume Bonhomme; le Gouffre (comté de Saguenay), au sieur Pierre Dupré. — En 1683 : /a Vallière^ Pierreuille, Lussaudière, la baie du Fèvre (comté d'Yamaska), aux sieurs de la Vallière, Laurent Philippe, Lamothe de Lucière, Lefèvre; Levrard (comté de Nicolet), au sieur Levrard; Monta peine (comté de Bellechasse), au sieur Denis de Vitré ; Madawaska (comt/; de Rimouski), au sieur Aubert de la Chetiaye; les Eboulemenls (comté de Saguenay), au sieur Pierre Lessard; Mille lies (comté des Deux-ilontagnes), au sieur Dugay. — En 1684, Vile Verte (comté de Rimouski), aux sieurs d'Artigny et de la Cardonnière.

Nous aurons une observation à faire sur cet état de concessions, à propos delà seignerurie d'Orsainville, concédée en 1675; elle avait été primitivement accordée à Talon avec le titré de comté, et c'était là où il avait établi ses villages modèles de Charlesbourg, Bourg-Royal, la Petite-Auvergne, etc. (Voir la note 5 du chap. m). Mais Talon, aussi modeste qu'intelligent, était sans arrière-pensée, lorsqu'il écrivait à Colbert d'attacher un titre à cette seigneurie, afin d'exciter une salutaire émulation pour la colonisation ; il n'avait réellement en vue que le bien du service, sans le moindre grain de vanité, et lorsqu'il quitta le Canada après lui avoir donné l'organisation et la vie, il abandonna la seigneurie et le titre de comte, rentra obscurément dans la vie administrative et finit sa carrière en laissant un nom ignoré; c'est ainsi que la sottise humaine, surtout en France, laisse dans l'ombre le mérite intelligent mais modeste, la gloire véritable et utile qui ne déploie ni faux brillant, ni charlatanisme, tandis que nous nous attelons comme dos fous à la remorque de tous les tambours, de toutes les trompettes et de tous les intrigants vaniteux et inutiles, qui souvent n'ont d'autre intelligence que celle d'avoir su faire attacher des galons sur leurs habits.

C'est par suite de ce désintéressement de Talon que la seigneurie du comté d'Orsainville put être concédée de nouveau en 1673, aux religieuses de l'hôpital; destinée vraiment providentielle, car après avoir été honorée parla maîtrise d'un aussi noble esprit, cette seigneurie ne pouvait mieux convenir qu'aux saintes filles de la charité et à Dieu.

Note 19.

Tous ces détails sont extraits des recensements de 1681, 1683 et 1685, déposés aux archives du ministère des colonies.

I^ote 18.

Ces seigneuries en elTct progressaient d'un pas rapide : de 1667, époque où l'on y commença les établissements, ;\ IGHl, en 14 ans, elles avaient acquis 700 habitants, et en 1688, leur nombre s'éleva à 1,020, ayant ainsi gagné 300 habitants, c'est-à-dire près de 50 p. 100 en 7 ans. Maisia guerre avec les Iroquois, qui commença à sévir alors, arrêta court ce développement, réduisit même bientôt la population de plus de moitié. (Voir le cliap. iv, page yO.)

Les habitants que nous y trouvons en 1681 formaient 195 familles, dont 25 seulement paraissent provenir des familles établies antérieurement au Canada, savoir : 10 venant de Montréal, de'jTrois-Rivières, et 8 des environs de Québec; tout le reste parait d'importation nouvelle, et c'est une des raisons qui nous font penser que cette population fut en grande partie recrutée par les officiers concessionnaires, parmi les soldats licenciés de leur régiment.

Note 19.

Robert Cavelier de la Salle, qui découvrit et suivit le cours du Mississipi, avait fondé en cette contrée, en 1680, un fort qu'il appela Crèvecœur (Relation du P. Henncpin), qui plus tard fut nommé fort Saint Louis, puis fort de Chartres, et dont les ruines existent près de la petite ville de Cahokia (Illinois), encore peuplée par les descendants des Français. Il y avait laissé son lieutenant Tonti, et voici ce que le gouverneur Denonville rapporte de cet établissement en 1687 :

<( M. de la Salle a fait des concessions au fort Saint-Louis à quelques « Français qui y résident depuis plusieurs années sans esprit de retour. Cela a « donné lieu à une infinité de désordres et d'abominations. Ceux à qui M. de « la Salle a fait ces concessions sont tous des jeunes gens qui n"ont aucun « moyeu de cultiver le sol; toutes les semaines ils épousent des squaws à la « jnanière indienne, qu'ils achètent à leurs parents, aux frais des marchands. « Ces vauriens prétendent être les maîtres indépendants de ces terres él'oi- « gnées, tout cela est en désordre. Cette année, 10 d'entre eux avaient com- « ploié d'aller trouver les Anglais pour les amener au Mississipi: la guerre a « arrêté ce. dessein. Le remède à tout ceci, c'est que ces concessions si éloi- M gnées soient révoquées par le roi, et que les garnisons de ces postes éloi- « gnés soient changées au moins tous les deux ans; que le commerce y soit

« réservé aux postes fortifiés où il y aura des commandants Nous tàche-

« rons de discipliner nos gens et de régulariser la traite sur ces rivières par « des associations entre nos coureurs de bois ; autre ment ils deviendront « sauvages et perdront notre commerce. Et c'est pour ce but que des compa- « gnies de Canadiens sont nécessaires, sous les ordres d'officiers éprouvés. » (Lettre de Denonville du 25 août 1687. [Doc. Par.)

M. do Tonti étant venu trouver Denonville, celui-ci lui donna 20 bons Canadiens dans 8 canots, avec 150 fusils, pour emmener au fort Saint-Louis. « II « aura donc, dit-il, 20 bons Canadiens pour marcher avec lui à la tôte des « Indiens sur les derrières des Illinois. » {Doc. Par., p. 300.)

On voit déjà paraître ici la préférence accordée aux Canadiens sur les Français d'Europe pour les expéditions en pays sauvage.

Note ZO.

La milice canadienne préluda dès lors aux services éminents qu'elle a rendus à la France pour la défense non-seulement du Canada, mais de la Louisiane ; ces miliciens valaient nos soldats, et pour la guerre indienna ils leur étaient même infiniment supérieurs, ainsi que le déclare M. de Denonville dans sa lettre du 27 octobre 1687 :

« Nous ne pourrons cette année lever plus de 400 miliciens, sous

« peine de ruiner le pays; or vous saurez que je ne puis me dispenser d'em- « mener de la milice, lors môme que vous m'enverriez toutes les troupes que « je demande, parce qu'elle est infiniment plus propre à ce genre de {guerre. « C'est pourquoi j'ai formé une compagnie de 1^0 hommes, sous les ordres

« de M. de Vaudreuil et de i bons lieutenants natifs du pays Ils coùte-

c( ront six sols par jour. » [Doc. Par.)

Cet éloge se renouvelle assez fréquemment dans la correspondance des gouverneurs; et il n'est pas étonnant du reste que la vigoureuse race canadienne, formée à une existence dure et sobre, et exercée en grande partie à cette vie difficile des prairies et des forêts, n'ait dû présenter naturellement de grandes qualités militaires. Aussi, à partir de cette époque, on jieut dire (|ue la milice canadienne a constitué une partie essentielle, et quelquefois la \ù\vtie capitale des forces dont le gouvernement français disposa dans cette partie du monde, jusques et y compris la glorieuse et terrible lutte de 17o5, où ces valeureuses milices nous eussent assuré uu incontestable triomphe, si la population canadienne eût été le double de ce qu'elle était alors.

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Rien n'est plus curieux que le plan audacieux et habile qu'il avait conçu pour s'emparer de toute la colonie de New-York, et sur lequel le gouvernement français resta en délibération pendant près de deux ans, sans se décider à rien. Il s'agissait d'organiser une expédition de 2,000 hommes, soldats et miliciens, qui, descendant en bateau le lac Champlain, puis l'Hudson, eut surpris et ruiné les colonies d'Albany et de New-York^ et ainsi assuré à la fois et l'annihilation de la puissance anglaise dans ces parages, et la soumission desiroquois, privés désormais d'appui et de munitions.

Cette audacieuse entreprise, dont les moyens d'exécution sont calculés et détaillés avec la plus grande intelligence et une parfaite connaissance des lieux et des circonstances (Mémoires déposés aux archives), dénote un de ces esprits habiles, énergiques, pleins de ressources, cjui savent pour ainsi dire de rien faire sortir quelque chose; or, lorsque l'on réfléchit au.ï coups de main exécutés vers la même époque par les Canadiens sur Sheuectady et dans le Maine, on est obligé de convenir que rien n'était plus praticable, et n'avait plus de chance do succès que le plan de M. de Callières. Le ministère français n'en allégua jamais du reste l'inipossibilité, mais il se retrancha derrière des difficultés d'hommes et d'argent; et de quoi s'agissait-il? Il fallait (JOO soldats de renfort et une dépense de 7o,000 livres. (Rapport sur le mémoire de M. de Callières, Dnc. de Par.) Mais déjà Louis XIV commençait à se sentir enibarrasé dans ces difficultés redoutables oii son orgueil l'engageait de plus en plus, et il lui devenait impossible de subvenir, hors de France, même au nécessaire.

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