CHAPITRE VI
Xote fl.
C'est dans la collection des actes de mariage, (lu'avait bien voulu nous co:iimuni(|ucr M. Margry, que nous avons puisé les quelques noms que nous citons ici. Depuis lors une brochure publiée à Québec par M. l'abb'j Ferland, sur les anciens regisires de paroisse de cette ville, et qui r,ous est i)arvenue mallieureusemeni trop tard, nous a !)ermis de connaître en bien plus grand nombre les noms des calons primitifs du Canada. On peut consulter la note R du chap. it et ajouter encore les noms de .Martin Tronquet, Delaunay, Bissot, Guetet et Jolliet. C'est h tort que nous supposions la famille Pelletier vetiant de la Saiutonge, elle sortait du Percht .
Xote 3.
Cette môme brochure de M. Ferland, que nous venbns de citer, a éclairci complètement pour nous cette question, de l'émigration du Perche et enlevé nos derniers doutes sur ce point, en nous apprenant que Robert Giffard, le jeau-père de MM. Juchereau d»- la Ferlé, et qui était venu au Canada comme chirurgien, était lui-même du Perche; elle nous a montré aussi que ce fut lui qui commença ce mouvement d'émigration, comme il résulte de deux contrats passés à Mortagne, devant M^ Roussel, le \i mars lt)3i, entre lui d'une part, et Jean Guion, maçon, et Zacharie Ciouticr, d'autre part; lesquels vinrent s'installer au Canada avec toute leur famille, s'obli;;eant à aider le sieur Gitlard à cultiver sa terre et à lui fournir du bois de chaufl'agn jusqu'en 1637; moyennant quoi celui-ci s'oblige à donner à chacun d'eux mille arpents de terre en bois et une partie des récoltes. Les deux familles devaient se bâtir pour leur logement une maison de iiîi pieds de long sur 10 d^; large et six pieds sous poutres. Robert Gi!Tard commençait donc ainsi le ■mouvement d'émigration du Perche vers le Canada, que nous pouvons sidvre Jès 1G3() jusqu'en lOiO, par les mariages de Robert Drouin, François Bellanger, François Drouin, Claude Poulin, JacqucS Maheu et iNotil Morin, tous du Perche et des environs de Mortagne.
D'ai.tre part les actes de mariage que nous acomnniniquéa M. Margry nous montrent la famille Juclicreau venant en quelque sorte s'installer en bloc au Canada. Ainsi avant lUiO un premier mariage s'était déjà ellectué entre M. Juchereau l'ainé et une des filli-s de GilTard, puis en lUio, M. Jean Juchereau, sieur de !a Fertt;-Vi lame, deuxième fils di.; Jean Juchereau, sieur de More, épousa Marie (.iflfard, fille de Hobeit GitVard, seigneur de lîi'auport. En lGi8, madi-moi-^i'lle Genevi^-ve Juchereau épousa à Québec un sieur Cliarh s le Gardera-, de Thurie ee Normandie, et enfin, en 10(ii, M. Claude de Berment de la Martinièie, lils de la sœur de M. Juchereau, vint épouser à Québec Aune Desprez, veuve de Jean de Lauzon. MM. Juchereau appaitenaient à une favai\h: fort bien posée dans le Peiclie, les actes de mariage qualifient leur père de sieur de .More H de la Ferté. et leur oncle. M. Juchereau des Chàtelets,
qui sans doute les attira au Canada, était membre du conseil à Québec et commis général de la compagnie du Canada: il paraît df's lors à peu près évident que ce fut sous la double influence de M. Gilïai-d ei de la famille Juchei'cau <|ue dut s'acconi|>lir l'immigration qui nous OL-cujie.
Voici maintenant la listr des émigiants venus du P>rclie, dont nous avons jiu découvrir les noms : de la Veiitrouse; Jean Gtatfjaon maiié en lUiO, Pierre Gangnon, Matlmriu Gtuignoii marié en lGi7, i\obert Gangnon en 1057, Marie Mésange en lOiJl ; — d'Kperrais, Roberte ijculois mariée en 164t; — de Raudonnay, Alarie Taver/iier mariée en l(5i<), Pierre Tremble marié en IU57-, — lie Brescler, Antoine Pc Hier marié eu 1017.
De Mortague, Jac(|ucs Maheu et Noël Monn mariés avant 1610, Mathurine Poisson maiiée en 10^7, Pierre Puran marié en lOoi, Kené Maheuit en 1657, Claire Maria en 1002, i3arbe Bayer en 107:2, enlin Jean Gnion et Zacharie Cloutitr amenés par Gitîard en lùlil, suivant contrat passé devant M' lîoussel, notaire à Mortagne; — de Gliamps, Louis Gniniont marié en 1653; — de Feynis ou F(;ings, Mcolas G'iw/ri/ marié eu 105 < ; -— de Manon, louis Houde marié en 1055; — d'' Saiut-.Mai tin de Vieux-Beiltsme, Marguerite Gulin mariée en 1054, Françoi;; Galin ou Gnslin en 1057, Pierre Sormund en 1665.
De Tourouvrc; Guillaume Bi^o/ et Pi'iguet, mariés vers 1040; Françoise Bigot mariée en 1647, I\obert Gignière en 1652, Madeleine RoiKsin en 1051, Julien Mercier en 1054, Jean Cre.st en 105i; Nicolas Delaunay en lOGl, François Prorot en 1004, Malhiea Brunet en 1667; — du Pin, François Drou'in marié en 1038, Robert Droi/ia marié en 10i^7,' — d'Alençon, Paul Huppé marié en 1651 ; — d'Igry ou Igé, Julien Troltier marié en 1000; — de Saint-Langy, François Z?OMc/ier, fils de Alarin Boi/c/ie/', marié en lOil.
De Sainl-Cosme Levenl, Rouillurd marié en 1653^ Mauffoy en 105/i, Jacqueline Boullois et Marie Bocheron en 1057, Garnier et Bisson en 1003; — de Bonnetable, Miclirl l'Homme, marié en 1658; — de Saint-Jean Leverd, Julien Fnrti.i marié en 1052.
De la Ferté-Vidame, JtiânJucliereau, Claude de Berment, demoiselle Geneviève Juchereau, Françnise Juche reau; — de Saint-IUiers, Geneviève Gamache mariée en 1052; — de Senoncbes, Pierre Duboin-Morel marié en 1058.
Sans indication de paroisse : Claude Paulin, Jeanne Mercier, mariés en 1039; Pais-ion, Badeau et probablement Panis et Girou. Tous les lieux ci-dessus cités se trouvent groupés dans les départements de l'Orne, d'Eureet-Loir et de la Sartlie, dans un rayon de 5 à 8 lieues autour de Mortagne.
Voici donc 57 noms que nous avons pu recu<^i!lir sur cette émigration du Perc'ie, il est visible par le contrat passé entre Robert Giffard et Guion et Cloutier, p;ir l.-s unions nombreuses qu'ils ont contractées entre eux, et ])ar le bon nombre de filles natives du Perche que nous y rencontrons, qu'ils sont venus non par individus isolés, mais en bloc et par familles entièies; il est donc probable que beaucoup de familles nous échappent parce qu'étant arrivées toutes mariées au Canada, elles n'ont point eu leurs noms portés sur les actes de l'état civil de ce pays. Nous n'en citerons qu'un exemple bien frappant : Deux familles nous sont connues par un contrat de concession, Guion et Cloutier, or ni l'une ni l'autre précisément ne figure dans le relevé des actes, combien d'autres ont pu être dans le même cas? Ce n'est donc point exagérer que de supposer (juc celte immigration amena environ 100 familles au Canada, ce qui devait faire au moins 3 à 400 personnes.
Voici quelle était la répartition de ces familles aux recensements de 1660 et 1007 : — à Beauport : Pierre Parent, Jean Crest, Paul Huppé dit Lagronois, Roussin, Bisson, François Boucher, Girou, Belianger et b-s sieurs de Juchereau et de Berment, et peut-ètie bien doit-on attribuer à la même origine, Jacques Lemarié et Jean Mignot; — sur la co/e de Beaupré: les 3 frères Gaguon, Kobeit Ciigiiière, Louis Guinroiit, Jean Guion, Zacharie Cloutier, Mercier, Malien, Treinblé, Fortin, Gamachi-^ iloullois, Ponlin, Garnier, Bigot, Robert Drouin , Tavernier; — dans la cale Scnnl-Mithel, près Québec : Nicolas Gaudry, liouillard, Pierre Manflby, Morin; — dans l'ile d'Orléans : Louis Houde', François Golin,Uoclieron, Robert Gagnon, Nicolas Delannay, Mésange
Marin Bouclier ; — à Québec : Maheu, Pierro Normand ; — à Muntiénl : Pinguet, Gadoin ou Gadois, Boyer ; — à Trois-Rivières : Julien et Pi^'rre Trottier.
Au recensement de 1681, nous voyons que cette portion des émip;rants du Perche dont nous connaissons ainsi les noms s'est sinçiulièrement multipliée et mt'me a envoyé déjà des émi(;rants dans les seignonries voisines. Ainsi dans la côte Beaupré il y a déj^ .'i t'aniilles Gagnon, 15 familles Cloutier, 8 familles Poulin, ;{ faLuilles Boucher, etc, etc, et un grand nombre de tilles des familles percheronnes mariées dans le pays et aux environs. Dans les nouvelles seigneuries nous tiouvons: en /.«^f^rn.desBisson, Boucher, Rocheron et Ronillard ; en Nenvil/e, plusieurs familles Garnier et Pelletier; dans la Pocafièrc, des Boucher, Pelletier et Morin-, sur la côte Saùit-Michi /, un Gaudry; à Sciyit-Frnnrois crVamaako, un Giguière ; à Saint-Ours, un Badant ; mais c'est surtout dans Bellechnss^ qu'ils paraissent s'être portés, de concert du reste avec toutes les autres familles de la côte de Beaupré et de B'^auport, (jui cemblcut avoir grandement confibué à peupler cette seigneurie, ainsi nous y trouvons 3 familles Bellanger, '2 Fortin, :2 Girou, dont le nom commence à se corrompre en (Jiron, !2 Pelletier, I Morin, 1 (LIoutier; presque tous sont mariés avec des tilles issues comme eux de l'émigration perchoise.
Au grand aveu de foi et hommage de 17'23 et années suivantes nous trouvons dans Vile d'Orléans, 9 familles Golin ou Goslin, i familles Drouin, 6 familles Guion, 2 Gagnon, 1 Poulin, 1 Rocheron ou Rochon, 1 Poisson, 1 Pelletier, plusieurs familles Beaucher, qu'il faudrait lire Boucher; — dans fieflw/ior/,8 familles Girou, 3 Bellanger, 3 Parent, 1 Crest, 1 Garnier, 1 Maheu, 1 Morin; — dans Notrc-Dcnne des Anges, 2 Bellanger, 3 Huppé, 1 Gagnon, 1 Prévôt, 3 Normand, o Parent, 1 Rocheron; — dans l'Epi'ifiy, I Girou; — dans Desmaiires, "2 Tremblay, 1 Bellanger, 2 Morin, 1 Maheu, 1 Roussin, i Mercier; — dans Gaudarville, 2 Huppé dit I.agroix, 1 Boucher ; — dans les Eboulemenls, 3 Tremblay, 1 Gagnon; — dans Kcaytoiira^ka, 1 Peltier et î Mignot ; — dans la Bouteillerie, 3 Boucher, 3 Gagnon, 2 Mignot, 1 Pelletier ; — dans la Pocatiére, 2 Boucher, 3 Morin, 3 Peltier; — à ia rivière du Sud, -2 Bellan2er, 2 Cloutier, 1 Mercier, 9 Morin ; — sur la côte de Lnuzon, 3 Boucher, 1 Bisson, 1 Morin; — Bonsecours et Tilly, A Houde, 1 Grenier ou Garnier, I Normand; — Beaumont, 1. Goslin; — Port- Joli/, 1 Bellanger; — Vllet, 3 Fortin; — la Durantni/e, 1 Delaunet, 1 Gaulin, 3 Rouillard; — dans Seuville, 2 Grenier, 2 Peltier; — enfin dans la côte de Benupré, 8 familles Gagnon, 2 Boucher, 2 Bellanger, 6 Cloutier, 1 Mercier, 1 Maheu, 3 Fortin, 1 Gignière, 2 Guimont, 2 Guion, 1 Goslin, 6 Poulain, 1 Roullois et 3 Tremblay ; — et dans Bellechasse, 2 Fortin, 3 Morin, 3 Poulin, 6 Mercier, 1 Boucher ; — dans Bonsecours de l'Ilet, 2 Bellanger, l Cloutier, 1 Gagnon ; — dans les Grondincs, 1 Brunet, 1 Cloutier, 1 Bellanger, 1 Trottier; — etc., etc.
Cet exposé ne présente que le résumé des seigneuries des environs de Québec sûrement ; mais nous savons en outre que plusieurs de ces familles avaient été se fixer ou avaient envoyé des branches dans les seigneui-ies du haut pays. Ainsi les Trottier, dont quelques-uns ont pris plus tard le nom de Beaubien, et les Bigot, avaient été à Trois Rivières; les Gadoin ou Gadois, les Pinguet, les lioyer, à Montréal; dans l'île .lésus il y avait des Bellanger, dos Parent, des Rocheron; dans les seigneuries de la rivière Richelieu, des Brunet, des Prévôt, des Gignière, etc, etc. En somme nous retrouvons toutes les fauiilles de l'émigration percheronne dont nous avons pu connaître les noms, sauf Tavernier, .Mésangp, Gaudry, Mauffoy ou Manffais, l'Homme, Gamache et Badaut, c'est-à-dire 7 noms sur 37, encore sur ces 7 noms, 3 ne nous sont contais que par le mariage des filles qui les portaient et qui ont pu, quoique cela soit peu probable, être venues au Canada sans leur famille. Cette série d'observations et le grand développement que nous offrent la plupart de ces familles, nous montrent que cette immigration se distingua entre toutes par ses habitudes laborieuses et sédentaires, et qu'elle participa peu aux entraînements et aux désordres des coureurs de bois, où se perdit une partie de la population.
11 y avait à peine 80 ans que la plupart d'entre elles étaient fixées dans le
pays, et déjà plusieurs présentent une multiplication des plus notable^. Ainsi les Tremblay et les Guion formeni déjà 8 branches chacun, IcsGirou 9, les Bellanger et les Clouiier 13, les Parent 11, les Goslin 1:2, les Gajjnon et les Morin Iti ; mais pour ces derniers il ne nous paraît pas bien certain que tous sortissent de la même souche. Si maintenant l'on tient compte du fjrand nombre de familles de même origine dont nous ne pouvons l'tablir les noms faute de documents suffisants, on peut juger ce (|ue le peuplement et la tradition des mœurs dans le Canada ont dû dans l'origine à ce petit district du Perche, surtout dans les environs de Qurbec. Il est probable que M. Paillon dans son Histoire <le Moutréul pourra donner de curieux détails sur l'énMgration angevine, qui a dû être considérable dans ci tte province; il serait bien à désirer que l'on ptît compléter l'étude de l'émigratioii du Perche, et établir aussi l'origine, le développement et la filiation de celle qui vint du Poitou ;\ peu près k la môme épo lue, et qui fut plus considérable encore peut-être (lue les deux autres. En terminatit cette note nous ferons observer (|u'il est remarquable que les deux pri'iiiiers colons un peu notables du Canr.da aient été un médecin, Piobert Gitî'ard, et un pharmacien, Louis Hébert. Lue des familles primitives de TAcadie était aussi celle d'un médecin, Jacob Bourgeois,
\ote 3.
D'après la Vie de la sœur Bourgeois, les 53 premier- colons amenés par M. de Maisonneuve et les 11 qui suivirent en 16i2, venaient de bien des provinces diverses : ainsi M. de Maisonneuve, M. d'Ailleboust et probabiement plusieurs autres venaient de Champagne, j\!. de P>epentigny venait de Normandie, Gilbert Barbier était des environs do Nevers, plusieurs furent recrutés à Paris, et il est probable que M. de la Dauversière dnt en envoj-er quelques-uns de l'Anjou. Mais les 10^ hommes envoyés en IGo3, paraissent avoir dû venir principalement de l'Anjou et du Jlaine, car I. s actes d'engagement furent passés chez Lafousse, notaire à la Flèche. Il est donc probable que l'Anjou, qui ne figure que pour nu contingent très-faible dans l'immigration de Québec, doit jouer un rôle beaucoup plus important dans celle de Montréal.
Cette colonie qui paraît avoir été une sorte de petite république chrétienne, présente dans sa formation un caractère aussi éminemment religieux que les colonies puritaines du Massachusets, la ville fut appelée ViUemarie^ le gouverneur, M. de Maisonneuve, vivait dans l'austérité la plus rigide et était regardé par ses contemporains comme un saint; les exercices religieux, exécutés en commun, semblent être entrés dans les usages réguliers de la vie des colon?, et avoir été liés intimement à tous les développements de la petite colonie ; plusieurs des émigrants enfin qui vinrent s'y fixer par;i!ssent y être venus principalement dans une vue pieuse, et pour s'associer à une œuvre utile à la religion et agréable à Dieu.
\ote 4.
Les émigrants poitevins qui figurent dans les actes de mariage de la province de Québec sont au nombre de 93, de 16*0 à 1700, desquels mariages 7 ont eu lieu avant 1660, 6o de 1660 à 1680 et 21 seulement, de 1680 à 1700 ; de 1700 à 1720, on n'en trouve plus que lo, et de 1720 à 1710, 23. Il est donc visible que l'émigration poitevine a eu principalement lieu de 16'-o à 1673; c'est-à-dire qu'elle a commencé à peu près quand celle du Perche commençait à finir. Cette circonstance de s'être concentrée sur un petit nombre d'années, après lesquelles elle paraît s'être réduite presqu'à rien, semble dénoter, comme dans l'émigration du Perche, une influence pariiculière, opérant sur cette province durant ce laps de temps. Mais nous n'avons rien trouvé qui pût nous mettre sur la voie d'aucune présomption raisonnable à cet égard ; un
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instant nous avons pensé que c'était peiit-étic eu ce pays que Talon avait cherché une partie des nombreux immigrants qu'il fit venir dans la colonie; mais comme il est évident que ce mouvement avait commencé bien avant lui, nous avons dû renoncer à cette supposition -, la situation niùiric de ces familles ne fournit aucune indication, car on lestreuvc réparties :\ peu i)rès partout aux environs d.^ Québec. La majeure partie de ces immigrants sont des hommes : jusqu'à 1700, il ne figure dans les mariages (|ue 11 filles natives du Poitou.
Doit-on l'expliquer par l'intervention de quelque seigneur canadien ou par celle d'une communauté religieuse? Est-ce l'administration qui a recruté des colons dans cette i)rovince? Questions d'au'ant plus curieuses à étndiiT, que cette immigration a dû avoir une certaine influence sur la population du Canada; elle est arrivée en effet en bloc et toute en môme temps, et elle a dû être encore plus nombreuse que ne jieuvent nous l'indiquer les actes de mariage, car il nous parait plus que probable qu'une part:e des émigrants attribués à l'Aunis et à la Saintonge doivent être l'apportés au groupe poitevin, vu les affinités de voisinage et de mœurs qui unissent étroitement la partie du nord de la Saintonge, à cette portion du Poitou qu'on a appelée la Vendée, et d'oii est sortie une bonne part des immigrants poitevins du Canada.
On se demandera peut-être pourquoi nous semblons attacher h ces émigi-ations du Perche, de l'Anjou et du Poitou plus d'importance qu'à celles de l'Aunis par exemple, ou de la Normandie et de Paris, qui paraissent avoir envoj'é bien plus de nioiide au Canada. Nous répondrons d'abord qee ce qui nous a frappé dans les premières, c'est le caractère de condensation qu'elles présentent quant à leur point de départ, qua'U an lieu de leur établissement, etquant au petit nombre d'années durant lequel elles se sont effectuées, à une époque oii il y avait encore si peu d'habitants dans la colonie. Mais nous ferons observer ensuite q^e la physionomie générale des émigrants de l'Aunis et de la Saintonge, de Paris et même de la Normandie, ne nous paraît pas offrir cette émi^;ration systématique et faite en quelque sorte d'un commua accord, qui rend importantes et curieuses celles des provinces pi-écédentes : évidemment eu effet 50 familles partant ensemble et s'établissant ensemble, ont plus d'influence sur un pays que 100 et même 130 autres arrivant de divers côtés, à diverses époques et sans aucune pensée commune qui les unisse.
Ainsi dans l'Aunis et dans la Saintonge une bonne part sont venus isolément, par la force des relations fréquentes de la Rochelle au Canada, ou encore emmenés comme engagés par les capitaines de navire; une autre portion se compose de filles envoyées ou venues pour se marier dans la colonie ; de i6i0 à 1700 elles figurent presque pour un tiers sur le total ; en somme il n'est peut-être venu de ces pays qu'un petit nombre de familles toutes constituées. — Pour Paris l'importance en est encore bien moindre : de Ui-iO h 17(10, sur 112 émigrants, 81 ont épousé des filles envoyées par l'administration, et dans le reste un bon nombre d'employés, d'officiers, etc., dont plusi<urs certainement ne sont restés au Canada que le temps que les y ont retenu leurs fonctions. — Dans l'émigration normande, les filles figurent encore pour un tiers et le surplus des énngrants nous a paru venir d^' taot de côtés divers de la Normandie, que cest la vaste étendue seule de cette province qui fait leur grand nombre; beaucoup d'entre eux ont dû aussi venir comme engagés sur les navires qui venaient de celte province au Canada.
Néanmoins il est incontestable que ces émigrations ont joué un rôle considérable dans le peuplement du Canada, et ce serait aussi une étude utile que de rechercher ces origines, et d'en suivre la filiation dans le développement de la colonie, surtout pour l'Aunis et la Normandie; peut-être niême cette dernière province a-t-elle opéré des envois plus importants encore à Montréal, oti plusieurs familles normandes jouissaient d'une certaine influence, telles que les Lemoyne, les Kepentigny, les Cavelier de la Salle, etc.
Quant à la Bretagne, ses émigrations surtout à l'origine de la colonie, ont été três-minimes, eu égard à la grandeur de cette province.
Nos appréciations sur riminigration sont principalement fondées sur l'étude comparée de la collection des actes do mariages (voir cliap. u, note 8), des recensements, licenciements de soldats, envois de colons et autres documents.
Il résulte de la collection ci-dessus citée, que de IGiO ;i 1770, il s'est marié dans le seul district de Québec, 1,775 personnes natives de France; mais ce relevé ne donne évidemm.ent qu'une idée fort incomplète du mouvement de rimmigration, puisqu'il ne i enferme ([ue les noms de ceux (|ui se sont mariés dans la province de Québec, et (|u'il omet nécessaii-emenl tous les immigrants des dis»,iicts de 'l'i'ois-Iîivières et de Montréal, ainsi que ceux qui sont venus de France déjà mariés ; cependant, à défaut de documents plus complets, il nous fournit un point de départ précieux pour évaluer proportionnellement le mouvement général de l'immigration française.
Nous savons en elfet, d'autre i)art, par les documents des archives, que depuis 1660 jusqu'à 1672 enviiou, 2,o00 colons furent dirigés sur le Canada (voir clia]). m, p. 34; ; dans le même laps de lenqjs on licencia 1,200 soldats, qui s'établirent dans le pays; enfin il faut joindre à ces deux catégories les familles immigrantes venues isolément et les engagés amenés par le commerce, qui ont pu être omis sur les états partiels et fort irréguliers qui se trouvent aux archives; cela suppose en tout 4,000 immigrants, chiffre rond dans ces 12 années. Nous avons estimé en outre de 1672 à 1700 le nombre des immigrants et des soldats congédiés à f'.OO (voir note o, du cliap. m), d'où il résulte un total de 1,800 immigrants venus de France au Canada, de 1660 à 1700.
Or dans le même laps de temps nous trouvons dans la province de Québec 647 mariages d'immigrants; la proi)Oition du nombre d( s immigrants au nombre des mariages constatés dans le relevé des actes était donc donc comme 4,800 à 647, soit 7 immigrants i^our un mariage; c'est-à-dire que pour 2 immigrants qui se mariaient dans la province de Québec, il en arrivait simultanément 5 autres qui se mariaient dans le district de Trois-Rivièies et de Montréal, où qui venaient de France déjà mariés ou qui ne se mariaient pas. C'est en suivant cette règle .proportionnelle que nous avons évalué la quantité d'immigrants venus au Canada après l'année 1700, e:i multipliant par 7 le chiffre des mariages constatés dans le relevé de Québec. (\"oir chap. ii, note 8.)
Nous n'avons pas besoin de faire observer combien sont peu rigoureuses de telles appréciations, que nous n'avons mises en avant que faute de renseignements plus précis. C'est un peu mieux qu'une supposition rationnelle, tout en restant encore bien loin de l'autorité d'un fait constaté. Nous devons ajouter cependant que les données que nous possédons sur les licenciements de soldats; l'inspection des recensements et le grand nombie de noms nouveaux qui se montrent dans chacun d'eux, confirment nos appréciations au uioins comme fait général, en établissant ([u'il se lit au Canada une émigration beaucoup plus nombreuse qu'on ne se l'était imaginé jusqu'à présent.
Une erreur non moins généralement répandue attribue à la Bretagne et surtout à la Normandie l'origina de la presque totalité des Français du Canada; or nous avons montré que non-seulement les émigrants vinrent un peu de toute la France, mais que les provinces ci-dessus ne fournissent même jias l'origine dominante. En lésumant toutes les données que nous avons sur ce sujet, nous présumons que c'est d'abord l'Aunisetla Saintonge, puis le Poitou, la Normandie, l'Anjou et le Perche qui ont été les principaux paj's d'origine des Canadiens, et qui ont dû leur imprimer le type général de leurs traditions, de leurs raractèi"es et de leurs mceurs.
Le Perche eut surtout de l'influence à Beauport, sur la cote de Beaupré et aux environs de Québec, puis par extension sur la rive opposée du Saint- Laurent; l'Anjou à Montréal; le Poitou fournit beaucoup de colons à l'ile d'Orléans, aux environs de Québec et probablement aussi à Montréal. L'Aunis et la Normandie se trouvent représentés à peu près partout, mais surtout dans les villes, entre autres, à Trois-Rivières où ils durent être les plus nom-
breux, la population de cet établissement s'étant surtout recrutée parmi les personnes attirées au Canada par les affain^s de pelleteries et le commerce plutôt que par la culture; comme il arrive toujours en pareil cas dans les colonies, ces habitants finirent par s'adonner aux travaux agricoles, et les environs de Trois-Rivières étant peu fertiles, cette petite localité a fourni constamment du nombreux émigrants au sud du Saint-Laurent et à la rivière Richelieu, comme il est facile de le voir dans les recensements, Trois-Rivières a été ainsi une véritable pépinière d'émigrants, se tenant pour ainsi dire toujours au môme nombre, et envoj'aiii tout l'accroibsement de sa population dans les seigneuries nouvelles.
Nota. Nous croyons devoir observer, en terminatit cette note, qu'il nous est difficile de penser que cette collection des actes de mariage ^oit partaitement co-nplète, même pour Québec, car de 1660 à 1700, nous ne trouvons que 647 mariages, or il est constant que durant cette période, rien que les filles envoyées par l'administration et marié» s au Canada se sont élevées à plus de 800, et en admettant qu'un certain nombre se soient mariées à Montréal et à Trois-Rivières, comme il faut tenir compte des mariages contractés par les filles nées dans le pays et par celles qui vinrent des autres points l'e la France, il est visible soit que quelques actes aient été perdus, soit qu'ils n'aient pu être retrouvés tous, ou par toute autre cause, qu'il doit en manquerpeut-Ctre 200 ou 2o0. Cette observation, qui peut être prise en considération pour faire accroître d'autant nos évaluations sur la quantité d'émigrants français venus au Canada, ne prut du reste influer en rien sur les appréciations de proportionnalité que nous venons d'exposer ici, car la recherche de ces actes ayant été opérée par mi seul travail d'ensemble, If^s causes d'erreurs ou d'ouiissions ont dû être proportionnellement les mêmes sur la totalité de la collection, et la proportion d'époque à époque dnit rester toujours à peu près la même.
Nous ferons observer aussi que le mariage faisant supposer une certaine antérioriié de l'immigration de celui qui le contracte, une quantité donnée de mariages à une certaine époque doit faire supposer la quantité proportionnelle et correspondante des immigrants pour une époque un peu antérieure, environ quatre à cinq ans. \insi il est évident que les soixanteneuf mariages contiactés de 1760 à 1768 se rapportent à des immigrations antérieures à la conquête anglaise et par con^équent à Tannée 1760.
IVote 6.
Avant 1660 arrivèrent au Canada l'émigration presque entière du Perclie, que nous avons évahée en totalité à 3 ou 400 âmes, et les émigrations dirigées sur Montréal, 300 à 350, ce qui joint aux émigrations diverses venues à Québec et à Trois-Rivières, ne peut gnèr» dépasser le nombre de 1,000 à 1,200 émigrants dans cette période ; ce qui, joint aux naissance-, forme le chiffre de 2,000 habitr^nts qu'a\ait le Canada r-n 1660, avant l'arrivée des convois de M. de Mezy (voir, note 12, c'.ap. n) — De 1621 à lt)61 il y eut à Québec seul 674 baptêmes d'enfants européens {brorhun^ de M. Firland), ce à quoi il faut ajouter Ips baptêmes de Trois-Rivières, et 150 environ pour Montréal. — Pour les émigrants de 1660 à 1672, on peut consulter pag.s 33 et 34.
De 1672 à 1700 la suspension des émigrations administratives, les guerres cruelles qui désolèrent les colonies et la France elle-même, arrêtèrent le mouvement d'émig'-ation, comme le témoigne le petit nombre des mariages que nous relevons à cette époque et dans les années qui suivirent 1700 ; de 1()85 en effet jusqu'en 1710, nous ne trouvons guère plus de 150 mariages d'émigrants français à Qnt-bec en 25 ans, c'est-à-dire une moyenne d^- (> p;ir an, et si nous multiplions ce cliiflre de 150 par 7, selon la proportion établie ci-dessus, nous arrivons au nombre de 1,030. — De 1700 à 1760, il e^^t facile de «uivre
sur le tableau clos mariages la piogreseion de l'émigration, puisque du chiffre de 50, dans la première dt-cade, olle atteint celui de 261 dans la drrnière.
Quand aux liccrnciomonts de soldats et ii leur mariage dans la colonie, la pratique en fut constante; et mCnic lors de la capitulation de i760, les soldats mariés au Canada ayant été exceptés de l'obligation de retourner en France, on les évalue au nombre de o à 600 (Garnault); un état militaire de 17i9 nous apprend que sur 886 soldats qui forinaient alors la garnison du Canada, 164 étaient mariés dans le pays, et on demande un congé définitir pour eux et des n^crues de Fi'ar.cc pour les remplacer. En IToO, par une lettre de M. de la Joncjuière, nous voyons que l'on congédia 233 soldats, qui s'établirent dans la campagne ou dans les villes du Canada. En i7.S3 M. Duquesne se plaint môme de la trqp grande facilité avec laquelle on accorde les congés et les permissions de mariage aux soMals; il a donc été, dit-il, très-rigoureux sur ce point, de sorte qu'il n'a congédié cette année que 20 soldats, et seulement parce qu'ils i)renaient des filles d'habitants et des terres à cultiver, de sorte que s'ils quittent leurs cultures ils rentreront au service.
La comparaison que nous avons faite sur la côte de Beaupré des recensements de 1666, 1681 et des aveux de 1732 nous a donné les résultats suivants : de 1666 à 1681, sur 1S3 familles ou ii^dividus isolés il a disparu 41 noms, dont 12 familles et 29 garçons ou engagés. En revanche il se trouve en 1681, 5i noms nouveaux, dont 31 familles et 23 garçons. En 1732 on trouve 24 noms nouveaux. Nous pouvons facilement apprécier ici co i bien l'éparpillement et la déperdition agissaient fortement sur la classe des engagés, mais on y voit aussi le srand nombre d'émigrants qui venaient même dans les anciennes seigneuries.
Sur la côte deLanzon,en comparant lerecensemontde1681 aux aveux de 1723, nous trouvons 16 noms disparus et 26 nouveaux, plus, bien entendu, la multiplication des anciennes familles; sur la seigneurie de Beaumont, de 1681 à 1723, 10 noms disparus et 18 noms nouveaux, etc., etc. ^ous ne citons ces seigneuries que comme spécimens. Déjà nous avons fait remar(|uer, note 1'''', chap. IV, le grand nombre de noms nouveaux amenés par l'émigration dans les seigneuries de la rivière Richelieu de 1700 à 1723.
Kole î.
Si on eût entretenu constamment un courant de loO familles par an, de 1675 à 1700, on aurait compté au Canada, à cette dernière éi oque, 36,000 âmes au lieu de li,000, et en continuant cette immigration chaque année, on fut arrivé en 1760, avec l'accroissement naturel de2,50à3p. 100 par an à un chiffre de 488,000 âmes. En prenant pour base les calculs énoncés première partie, note 9 du chap. m, ou aurait eu 500 fr. de frais par famille, à raison de quatre personnes l'une, ce qui eût fait par an 75,000 fr. Mais nous ferons observer que cette évaluation de frais est fort élevée, car une dépêche de 1670 nous apprend que pour un envoi de 100 engagés et 150 filles il fut fait un fonds de 25,000 livres, on n'évaluait donc les frais qu'à 100 fr. par tête. Telle est la faible dépense de laquelle dépendait la perte ou la conservation de l'Amérique pour la France.
Kofe 9 bis.
L'ouvrage de Vauban d'où nous avons extrait celte citation était resté longtemps en manuscrix, ainsi que plusieurs autres de ses travaux, qui ont été publiés en 1843 à Paris par l'éditeur Corréard, sous ce titre: i.es Oisivetés DE M. DE Vaibak; ce recueil, extrêmement curieux, contient les études les pins variés, et tous parfaitement dignes de figurer à la suite de la célèbre Dixme ROYALE. Rien ne peut être comparé à l'universalité et à la souplesse de ce génie si actif et si remarquable : à côté de ces études sur les colonies est un
traite de la culture des forêts écrit de main de maître; à quelques pages de là sont les considérations les plus élevées sur les finances do l'État au point de vue des dépenses militaires et des économies qu'on jient y réaliser; puis, ramenant son attention sur la campagne où il demeurait alors, il se laisse aller à une charmante petite étude sur la construction des bâtiments ruraux et surrélt've du bétail, etc., etc.; tout cela est traité avec une vervf et une liauteur de vues qui relnussent tout ce qu'il touche par la grandeur des aperçus qu'il projette sur les plus humbles sujets.
Dans cette esquisse faite sur les colonies au courant de la plume, bien qu'il n'y eût jamais été, rien ne lui échappe, et frappé du spectacle do ce fleuve Saint-Laurent et de l'enchaînement des grands lacs qui le do uinent, il s'écrie
avec enthousiasme : « Je ne vois rien de comparable dans le monde à
« cette propriété qui peut rendre commuiiicables tous ces grands et vastes
« pays On alléguera les rapides et sauts qui se trouvent en plusieurs en-
«1 droits, notamment celui de Niagara, qui est d'une hauteur prodigieuse, mais c( il n'y a rien là au-dessus de la correction des hommes, et un canal de 8 ou <i 10 lieues avec des sas en applanira les difficultés et pourra faire une com- <( municaiiou du lac Frontenac à celui d'Erié, pour des bâtiments de 60, 80, <c 100, 150 :\200 tonneaux. »
C'est tout simplement le canal Erié que Vauban concevait ainsi dans son cabinet en l'an 1699; ne semble-t-il pas, dans cette description du canal, de la navigation, des bâtiments, de leur contenance, que cet bomme voie déjà tous ces pays peuplés, civilisés et animés du commerce actif qui s'y déploie aujourd'hui. Tels sont les dons du génie de prévoir à de telles distances, mais tel est aussi le don de la sottise que, 60 ans après lui, à la veille de voir éclore ce magnifique avenir, on n'e<timait encore à la cour de France ce riche pays que comme une charge inutile, et en le cédant à l'Angleterre il semblait presque que l'on fît une lieureuse transaction.
Vauban prévoyait également la communication des grands laTs avec le Mississipi, il l'établissait par le système des rivières perfectionnées et complétées par des canaux. Dans ses calculs sur la population, il en expose les développements à venir avec une vigueur incomparable, et montre que si l'on parvient en 1730 à avoir établi 100,000 âmes au Canada, ils produiront par le seul essor de leur croissance, 400,00(» âmes en 1790, « et en suivant cette « proportion, disait-il, on arriverait tn 1970 à 2.5,600,000 âmes au Canada, et « si on poussait cela jusqu'à la dixième génération, on trouverait qu'entre ci « et 300 ans, c'est-à-dire vers l'an 2000 du Seigneur, elle pourrait produire
<i 31,000,000 de personnes Cependant il n'y a rien là de forcé et ri'exa-
« géré (en effet il ne compte le doublement que tous les 30 ans et il s"est » souvent opéré en 20 ans;, il ne faut pour tout cela que les assister dans les « commencements, les gouverner avec douceur, et les empêcher de se dissiper « par des guerres et d's entreprises hors de portée. »
Telles étaient dans ses loisirs les méditations de cet homme illustré par son admirable talent d'ingénieur, qui cependant ne fut à Lien prendre que la plus mince partie de son mérite et de son génie. Aprè-^ ces considérations sur le Canada vient une lettre de Vauban au gouverneur de ce pays, et dont nous citerons quekiaes extraits : " 11 y a ([uaire ou cinq jours, monsieur, que j'ai H reçu celle que, vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, avec le dénombrement H ou table du Canada, f|ui marque la quantité des peuples, terres défrichées, «bestiaux, etc., d'une manière si précise, qu'elle fait beaucoup de plaisir à « lire. Ces dénombrements font toujours voir l'étal où se trouve l'accroissement <( et le dépérissement des peuples, fonds de terres et bestiaux, qui est à mon avis
« une chose pour laquelle il se faut donner une grande attention C'est
Il pourquoi je vous exhorte, monsieur, à faire répéter ces mêmes revues tous Il les ans une fois dans votre gouvernement. Je joins ici un formulaire que nj'ui donné à plusieurs de mes amis, pour faire le dénombrement de leur
Il gouvernement Vous ne m'avez rien dit de l'Acadie; dites-moi à la pre-
« mière occasion ce que vous en savez. Ce 17 mai 1700. »
Le gouverneur du Canada était alors M. de Callières, esprit riui, sur une moindre échelle, offre du reste quelques traits ds famille avec celui de Vauban,
L'essai tenté par le maréchal Bugeaud en Algérie, et auquel nous faisons allusion, est celui du village de Beni-Mered, sur la route d'Alger à Blidah : il lit insialler en cet endi'nit un certain nonibre de soldais, conservant l'organisation militaire, en compagnie, casernes, marchant au trav;iil sous les ordres de leurs officiers et sons-otîiciers, et dirigés dans l'ensemble de leurs opérations par le commandant du camp, c}ui était, croyons-nous, M. de Montign}-. Les soldats étaient tous ;issociés dans It's travaux et dans les produits ; sans donner de brillants résultats, cette colonie, fortement soutenue par l'administration, n.archa assez bien sous cette forme pendant quelques années, mais dès (ju'on en vint à vouloir opérer la transformation tinale et inévitable des soldats en colons particuliers, le désordre se mit dans cette colonie militaire, qui se serait promptement annihilée si on ne lui avait adjoint des culti\ateurs oïdinaires, auxquels on fit quehjues concessions; ces nouveaux colons maintinrent le village et finirent par en faire un des plus prospères de la Mitidja. Cet exemple, joint à plusieurs autres du reste en Algérie et dans les premières colonies anglaises, a jifouvé ui^e fois de plus l'infériorité du travail collectif dans î'œuvre colonisatrice, et la supériorité, pour ne pas dire la nécessité, de l'essor libre et individuel de l'homme et de la famille pour la formation d'une société vigoureuse.
Xote t fer.
Le l*""" novembre 1759 la barrique de vin valait 700 livres, le pain 8 sous la livre, le lard 40 sous, le bœuf :20 sous, un chou 20 sous, douze œufs SO sous, une paire de souliers 20 livres, etc., etc. (Voir l'ouvrage de M. Dussieux sur le Canada.) Il faut noter que la livre d'alors valait bien 3 ou 4 francs de nos jours.
En 1750 la dépense du Canada, fort augmentée par suite de travaux de fortifications, fut de 2,100,000 livres; or en 1753, première année de la guerre, elle monta à 6,100,000 livres; en 1736 à 11,300,000 livres; eu 1758 à 27,9011,000 livres; en 1759 à 26.000,000, et en 1760, pour six mois, à 13,500,000 livres. (Voir Dussieux et Isidore Lebrun.)
l\ote 8.
De 1607 à 1620 diverses compagnies anglaises de commerce, excitées par l'exemple des Hollandais et des Français, essaj'èrent à plusieurs reprises de former des établissements sur les côtes d'Amérique; toutes ces tentatives furent sans succès, sauf celle de la Virginie, encore cette dernière colonie traina-t-elle pendant longtemps une existence misérable Tous les essais faits sur les côtes nord avaient échoué à quatre ou cinq reprises différentes, lorsqu'en 1620 que ques centaines de puritains, qu'un zèle exagéré avait engagés à se rél'ugii^r à Leyde, en Ho:lande, songcrent à se créer en Améiiquc un établis ement à eux propre, et tout à fait séfiaré des séductions et des contradictions des gentils ;i\s obtinrent de l'Angleterre une concession en Virginie^ et une partie d'entre eux s'y dirigea aussitôt. Une erreur du pilote (d'aucuns prétendent qu'il avait été séduit à cet effet par les Hollandais) les conduisit sur les côtes du Maine, au lieu où est aujourd'hui .Ne\v-P!ymouth -, ils s'y fixèrent néanm-^ins et y funnt bientôt rejoints par le reste de la petite congrégation de Leyde ; ce furent eux qui fondèrent ainsi, après bien des fatigues et des misères, soutenus seulement par la ferveur de leur foi religieuse, la prem ère colonie viable qui ait été établie par les Anglais sur la côte nord des Etats-Lnis, et encore huit ans ajTès toute la colonie ne comprenait-elle que 300 habitants.
Mais leur exemple nr- resta pas stérile, les puritains moins rigides mais
bien plus nombreux qui étaient restés en Angleterre, résolurent alors de former, ea\ aussi, une colonie puritaine en Amérique; les principaux d'entre eux formeront à Boston, dans le Lincolnshire, une société qui réunit assez de fonds pour |)ouvoir équiper, en KMi), six navires cliargés de 2i)0 émigrants, de bétail et de provisions de toute esjjùce; ils allèrent débar(|uer un peu au sud de la colonie de New-Plymoutli, dans la baie de Massachuseis, oii on éleva plus tard la ville de Boston, qui prit le nom de la ville d'où étaient l)artis ses fondateurs. Les puritains anglais étaient riches, actifs et dévoués, et ils s'appliquèrent à pousser vivement cettj entreprise qui, dans leurs vues, devait olîrir un refuge à tous les |)uritains de l'Angleterre; l'année suivante ils y envoyèrent (|uinze vaisseaux, mille émigranis, quatre ministres, le tout accompagné d'une grande quantité de provisions et de bestiaux; cliaque année ils y dirigèieiu ain-.i de uomhi'eux convois, jusqu'à ce que le roi, etï ayé de cette émigration, eût arrêté ces expéditions en déft'iidant tout nouvel envt'i de colons.
Voilà quelle a été l'origine des plus puissantes et des plus jjopuleuses colonies de l'AngletiTre en Amérique; ces émigrations, comme on le voit, furent, dues entièrement à l'esprit religieux., et ce sentiment leur donna seul la force de persister dans une entreprise oii jusque-là leurs compatriotes avaient ccnstamment échoué, ^ous devons faire remarquer en effet (jue les premiers colons anglais paraissent avoir beaucouj) plus souffert dans leur établissement et avoir beaucoup moins bien dirigé leur installation que ks colons français du Canada : on iie peut douter même ([ue sans la ferveur de leurs croyances religieuses, (|ui les soutint, il en serait arrivé aux émigrants de New-Plymoutli comme à tons ceux qui les avaient précédés, c'e-^t-à-dini la. misère, le découragement, la Uiortalité et le retour en liurope des débris qui auraient survécu.
Ce sont ces premiers colouj que les Américains révèrent comme des saints, sous le nom de fathers pilgrbns (les pères pèlerins); en outre du livre de Purcliase (il faut lire dans le texte Purchnse's pi/qrhns), il y a les Chroniques des Pères pèlerins, de Young; le Journal des pèlerins, de Cheever, etc., etc.
Kote 9.
En consultant l'état ofliciel des passagers arrivés aux Etats-Unis, de 1819 à 1855, on voit que jusque vers 1830 l'immigration des Irlandais fut extrêmement minime; ces émigrants môme pendant longtemps ne furent pas distingués de ceux de l'Angleterre, et vers 18:20 ils ne paraissent pas avoirdil dépasser le chiffre de 1,000 à 1,200 par an; en 1836, on commence à trouver 29,ir>2 immigrants, et en 18i7 ils s'élevaient à 9(5,310. Dans la période de 1847 -h 18,")5 le nombre de ces émigrants, rien qu'aux Etats-Unis, dépassa 1,100,000 — Nous voyons aussi dans ce môme tableau que de 181!) à 18ol , en 32 ans, r Ecosse n'a pas envoyé 20,000 émigrants aux Etats-Unis; par exemple, de 18ol à 18ori elle en envoja 2ri,000.
r( Les immigrants irlandais envoient d'Améri(]ue de l'argent économisé sur « leurs salaires, pour faiie venir leurs parents et amis d'Kurope: en 1818, ils « ont envoyé ainsi 12 millions; en 1850, 22 millions; en 1851, 25 millions. » {Journal des Débats, 25 juillet 1853.)
Noie lO.
L'Amérique présentait <le grands avantages que n'offre pas l'Algérie : le colon trouvait partout une telle abondance de bois de construction, qu'il ne lui en coûtait (jue quelques journée> de travail pour se construire une maison solide, chaude, dont les forêts lui fournissaient les matériaux sur la place môme où il devait bâtir. — En Algérie, la rareté et souvent l'absence du bois, force presque partout le colon à n'employer que des matériaux coûteux, et l'asservit aux ouvriers d'étai, chaufourniers, tuiliers, maçons, couvreurs, etc.;
il lui faut donc des avances bien plus fortes, et ce défaut de bois se fait sentir en outre chaque année, en frais courants assez lourds, pour l'entretien de tout son matériel agricole. Kn s'^cond lieu, les récoltes sont communément plus sûres en Amérique qu'en Afrique, où les chaleurs extrêmes ramènent pérloiliquement de temps en temps des récoltes presque nulles. Enfin l'absence ;i peu près complète de laita<;e dans ce pays y apporte aussi un grand inconvénient pour l'établissenient.des colons.
D'autre part, le climat y est moins sain, et presque partout il a fallu passer pendant les premières années de Tétabli-^sement par une période de mortalité ou au moins de maladie fort longue et sévère; les grandes chaleurs énervent l'homme, tandis que ie froid l'excite à. l'action, et si on objecte que pendant (quelques mois la neige et la j^lace rendent la terre incultivable au Canada, nous ferons observer (jue les grandes chaleurs produisent exactement le même etlet en Algérie, depuis le mois de mai jusqu'au mois d'octobre, époque pendant lafiLielle la terre devient aussi dure qu'un rocher.
Cependaiit, malgré ces désavantages et les exigences plus grandes des émigrants d'aujourd'hui (au moins des éinigranis français), nn doit dire, surtout pour ces dernières aniiées, que ce ne sont point généraleim^nt les colons qui ont manqué à l'Algérie, mais bien l'administration de la colonie qui a f;iit défaut au\ demandes des émigrants. Jamais, depuis bien dos années, on n'a annoncé la création d'un village, sans recevoir d'avance beaucoup plus de demandes qu'il ne se trouvait de lots disponibles, lots d'autant moins nombreux que les meilleurs se trouvaient presque toujours (on ne sait comment) répartis avant la distribution publique. Il est donc resté constamment un excédant plus ou moins fort de familles, qui ne demandaient pour s'établir que du terrain et des conditions favorables.
Un administrateur de la colonie nous a rapporté lui même le fait suivant, dans un accè* de mauvaise humeur contre l'incurie et les lenteurs de son propre corps : en 4858, la commune de Jernmapes (province de Constantine), comptait depuis trois ans plus de 100 familles, dem^niant inutilement des établissements nouveaux, soit pour se dédoubler, soil pour y placer quelques parents. Ces familles sont toutes aisées, nous disait-il, et riee. ne serait plus facile que de créer près de Jennnapes une nouvelle corumunc de 100 ;\ loOfeux, qui ne coûterait à l'Etat que la concession du terrain ; mais voilà trois ans que nous sommes arrêtés parles lenteurs et la paresse des administrations diverses qui d .ivent accorder le ti-rrain, le faire cadastrer, délimiter, libérer, allotir, ordonnancer, concéder, etc., etc., si bien c)ue l'on i:e finit à rien. Que l'on juge d'après cet exemple, comment sont traitées en ce pays les affaires d»» simples particuliers. En Algérie, comme il est arrivé autrefois au Canada, l'Etat veut tout faire et il marche fatalement dans la même voie d'impuissance; embarrassé dans une tâche pour laquelle il est incapable, il avance lentement, gauchement et n'aboutit pas. C'est ainsi que presque toujours et presque partout nous retrouvons, dans les mêmes principes et ies mômes faits, la cause delà ruine ou de la paralysie de nos établissements coloniaux.
Pour revenir à l'objet qui nous occupe, on peut donc se convaincre que l'émigration prendrait *on essor en France comme en tout autre pays, s'il lui était présenté un but facile et convenable, et si l'Etat, dont les prétentions à tout diriger ont eu jusqu'ici si peu de succès, si l'Etat, disons-nous, au lieu défaire paperasser laie multitude d'employés inutiles et trop souvent paresseux, s'était seulement résolu à patronner fortement quelqu'un des systèmes qui lui ont été proposés, depuis les orpiielinats d'enfants trouvés, jusqu'aux villao'es départementaux de M. Ducuing, il est plus que probable que la population européenne seiait aujourd'hui 4 ou S fois plus forte en Algérie.
liais cela même n'est -qu'un détail, le mal capital eu x^lgérie comme au Canada est dans le système lui-même, et tant que ne saurons pas mettre en pratique les principes libéraux qui sont la force vitale d'ui'.e «'olonie, nous continuerons à traîner devant le monde i'inîi)uissance flagrante de nos aduiinistralions coloniales, fort embarrassées de leurs colonies, dont elles sont r'iles-mêmes le plus grand embarras.
;îii>
!Vote a i.
C'ebt un fait bien remarquable que la race européenne devient de moins en moins l'écondi' à mesure qu'elle dépasse uue certaine zone plus ou moins rapprochée de l'éiiuatcur, selon les climats divers, si bien qu'en certains climats il ne paraît même pas qu'elle puisse constituer une souche véritable, comme on le voit dans les colonies fort anciennes du Sénégal, de l'Hiîidoustan et des îles de la Sonde, où les Européens se sont rendus en grand nombre, et où se trouvent :\ peine quelques familles créoles. Dans les Antilles la race blanche ne j.rogresse pas, et si elle s'y maintient, ce n'esc guère que grâce à l'ininiigration continue de nouveaux Eurepéeus. Les Espagnols et les Portugais nous ofl'rent bien quelques exceptions dans l'Amérique centrale et méridionale; mais si on distingue dans la population de ces contrées, à travers son assimilation, la portion qui descend des indigènes et celle qui appartient au sang mêlé, on s'apercevra que la véritable race européenne est encore bien peu nombreuse dans cis pays, et que sa progression y a été fort peu sensible. Aux Eiats-Unis mêmes, nous sommes persuadé qu'une ditiérence doit Otie établie déjà entre la progression naturelle des Etats du nocd et celle des Etats du sud, et lios Français de la Louisiane ii'ottrent rien qui puisse être comparé avec le dévelippement de ceux du Canada et de l'Acadie.
L'Algérie nous présente ce spectacle curieux et triste, d'une population (européenne) dont l'ensemble, depuis 30 ans, n'a pas tncoie pu obtenir une seule année un excédant des naissances sur les d.cès (il en était du moins ainsi encore en I800J. Quelques rares communes prises isolément offrent cet excédant, mais la plupart se trouvent précisément situées dans les montagnes ou sur des plateaux élevés, c'est-à-dire dans des positions qui les rapprochent plus ou moins du climat de i'Kurope. Nous citerons entre auti es les petits villages des enviions de Médéah et quelques autres dans la province de Coustantine, lesquels dès leur origine ont presque const;imment p ésenté un excédant de naissances. Cei^endant ces communes sont généralement des plus pauvres du pays, et quelques-unes assez mal composées, tandis que les villages de la iMitidja et même ceux du petit massif montagneux d'Alger, bien plus richfs et formés de familles bi;'n plus régulièrement installées, équilibrent à peine leurs naissances avec la mortalité, qui souvent les dépasse. Ceci n'est évidemment (ju'une affaire de climat et de situation.
Aussi nous croyons pouvoir conclure des diverses observations que nous avons fait- s, que les régions dont les températures varient de — H» centigrades à — iQo et même au-dessous durant l'hiver, et de -)- 15 à -j- 30" pendant l'été, sont les plus favorables au rapide développement de la race européenne, et les plus froides ne sont pas les moins convenables.
Nous avons tiré ces détails et ceux (lui suivent de diverses descriptions et renseignements, épais dans les documents des Arch/ces, de quelques documents sur les établissements canadiens à Détroit et de données recueillies dans divers auteurs, tels que la brochure de M. P'erland, S«/- le.<> reç/i.sfres ; Thimothée Fliiit, Sur les Canailiens de l'Iliinois: le Voijafje de Collât^ la Vie de la sœur fiourfj^ois, vie, c\i\
\o(e as.
Dans les aveux de foi et hommage nous avons remarqué fréquemment que les pères de famille prenaient ensemble plusieurs lots placés successivement les uns derrière les autres dans les différents rangs de concessions, afin d'y placer leurs eufanis à mesure qu'ils avanceraient en âge. (Voir note 5 du chau. V.
La succession des recensements nous montre en outre d'une manière évidente comment les familles anciennes distribuaient leurs enfants dans les seigneuries voisines.
Voir la Vie rie la sœur liourqeois. C'était du reste un usage de France transplanté au Canada, car dans beaucoup de provinces encore aujourd'hui les paysans fabriquent eux-mimes leurs étoffes, infiniment supérieures, il faut en convenir, à celles du commerce.
I\otc 15.
Voir le Voijuge de Wchl ; — Thimotliée Flint, Sur /ev cclo>}ies cnnaïUennes de rilliniyis\ — Relation du juge Lockwood^ {Wisconsin senate's journul 1856) ; — Parkman, Tr/iil of Oregon sur les Franco-Missourieus de Saint-Louis et environs; — Bradford, Notes on t/ie Nortlt-W'est ; — Logan, Essai sur le Canada ; — Smith, llist. du Wisconsin; — Alexander, VAcadic; — Halliburton, ete, etc.
.\ote 16.
J'ai trouvé mesdemoiselles de Saint-Ours occupées à couper le blé, et M. de Saint-Ours labourait lui môme. (Dépêche de Denonville en 1686.) La famille Saint-Ours était du Daupliiné et ils étaient parents du maréchal d'E-.trade;:. (Lettre de Frontenac, 2 nov. 1681.) On peut voir aussi ce que dit la Hontan du peu de fortune des seigneurs canadiens, et sur le môme sujet la Relation d'un officier de l'armée anglaii^! en 1778.