CHAPITRE VIII
I\ote 1.
On peut voir le prix des denrées, note 7 te)\ chap. vi. — Plus nous devons ajouter que le régime du gouvernement fraiiriiis était tellement vexatoire et tellement arbitraire qu'en temps de guerre il devenait intolérable ; la guerre de 173o îi 17G0 fut réellement faite aux frais des maliieureux Canadiens, qui furent écrasés de réquisitions, et ruinés par la monnaie de carte. Montcalm, lui-même, parait avoir été extrêmement dur pour les Canadiens. (Voir la Relut io7i d'un officier caig/ais en 1778.) Ces exigences arbitraires de l'administration paraissent avoir été aussi de tout temps une des causes du ralentissement des progrès de la colonie.
Note 2.
Voir VHisfoire de Garnault, et l'ouvrage de M. Dussieux. Plusieurs de ces familles se sont même illustrées en France : le général du génie de Léry, dont le nom est inscrit sur l'arc de triomphe de l'Etoile, l'amiral de Vaucheuil et l'amiral Bedout^ appartenaient à cette émigration canadienne.
IVote 3.
Histoire de Garnault, liv. II, chap. i. — Il n'y avait alors que 36 familles protestantes dans les campagnes, et dans tout le district de Montréal il n'y avait que 136 protestants en 1765. {Rapport des juges de paix.)
1%'ote 4.
La seigneurie de Mount-Murray, comté de Saguenay, fut concédée en 1762 à sir Malcolm Fraser, lieutenant au 78^ régiment. — Celle de Murrai/-Bay ou Malbaie, dans le même comté, aussi en 1762, à sir John Nairn, capitaine au 78'. — Celle de S/toolbred, [comté de Bonaventure, concédée en à sir John Shoolbred, également officier dans l'armée anglaise. Toutes ces concessions furent accordées par le général Murray, qui gouverna le Canada pendant cinq ou six ans après la conquête.
Voir dans Garnault le récit de la mission envoyée aux Canadiens par le congrès et composée de Franklin, Chase, Charles Carroll, et du frère de celuici, le docteur Carrol, prêtre catholique du Maryland, qui était une colonie fondée par les catlioli(|ues anglais. De telle façon que ce même congrès américain si ardent contre le papisme, ne craignait pas, pour mieux illusionner les Canadiens, de prendre comme ambassadeur un prêtre catholique.
%'otc 6.
C'est dans l'essai couronné de M. Langevin sur le Canada, que nous avons trouvé cette évaluation de la population en 1784. M. Garnault l'estime en 1791 à 125,000, dont 6 à 7,000 Anglais seulement. (Liv. XII, chap. ii.)
Il* PARTIE. 21
IVote 7.
Il ne paraît pas qu'il ait été fait par les Anglais dans le Haut-Canada aucun établissement (lui mérite d'être noté, avant 1780, époque où ils commencèrent à y recevoir des réfu!:;iés loyalistes américains, qui vinrent se réfugier tout d'abord sur les frontières du Bas-Canada, près le comté de Vaudreuil, autour des postes de Frontenac, de Niagara et de Toronto, et à l'extrémité sud-ouest, sur le Détroit^ près des établissements canadiens qui en bordaient les deux rives. Morse et Montgommory-Martin estiment qu'en 1783 il pouvait y avoir 10,000 âmes dans tout le Haut-Canada, mais M. Garnault, en 1791, ne lui donne encore que ce même cliilïre.
A la fin de la guerre de l'indépendance, le gouvernement anglais y plaça, en outre des loyalistes, beaucoup de soldats congédiés, surtout à Lancastre, sur la frontière du Bas-Canada. En 1795 M. de la Rochefoucauld, dans son voyage, estime à 30,000 le nombre des habitants du Haut-Canada, encore dit-il que ce cliilïre lui semble un peu trop élevé. Les principaux groupes étaient alors aux environs de Lancastre et de Johnstown, à Kingstown ou Frontenac, et vers le Détroit, où il y avait à côté de la colonie anglaise une colonie canadienne assez considérable. A Kingstown, il y avait un certain nombre de loyalistes, mais le fond de la population était composé d'Anglais, Irlandais, Ecossais, il y avait aussi un bon nombre de Hollandais, sans doute des loyalistes émigrés de l'Etat de New-York. Cette partie de la population des Etats-Unis, paraît avoir fourni un assez fort contingent a l'émigration loyaliste, car Talbot signale que ce sont ces Hollandais de New-York et de Pensylvanie qui ont peuplé une partie des bords du Saint-Laurent, au-dessus de Glengarry, et du district de Gore sur le lac Erié, ce furent eux enfin qui colonisèrent seuls le canton de Markham dans le comté d'York. Mais il faut ajouter que l'Angleterre dépensait alors (1795) chaque année "2,500,000 francs dans le Haut-Canada en routes, en arpentages, garnisons et travaux divers pour en faciliter le peuplement. (Comparaison bien accusatrice contre le gouvernement français qui l'avait précédée dans ces riches contrées!)
En 1811 le Haut-Canada comptait déjà 77,000 habitants, mais après la paix de 1815, la Grande-Bretagne ayant beaucoup léduit son armée, congédia un grand nombre de soldats et s'efforça de les établir en ce pays. On leur fit, ainsi qu'aux officiers, de grandes distributions de terres, notamment sur les confins du Haut-Canada limitrophes du Bas-Canada, où on fournit pendant longtemps des avances de toute nature pour assurer leur réussite. La paix donna bientôt eu outre une forte impulsion à ce mouvement de colonisation, et les émigrants ne tardèrent pas à arriver naturellement en grand nombre. La première émigration si/stématique^ comme disent les Anglais, eut lieu l'année môme de 1815; ce furent 700 Ecossais auxquels le gouvernement accorda le transport gratuit, et qui fondèrent dans le district de Johnstown le florissant établissement de Perth; puis en 1818 vint une nouvelle émigration écossaise, sous la direction de M. Robertson, qui s'établit dans le township de Beekwith ; en 1820 il s'embarqua à Glascow 1,100 personnes qui se fixèrent h Lanark et à Da//ioitsie, non loin des précédents, en arrière des comtés de Glengarry et de Prescott, et où ils furent rejoints en 18^1 par 1,880 nouveaux Ecossais, dirigés par le capitaine Marshall, etc, etc. — L'ouvrage de Bouchette sur les possessions anglaises dans l'Amérique du nord, contient les détails les plus intéressants sur la formation et la direction de ces colonies, et sur les divers systèmes qui y furent suivis ; nous regrettons que l'espace nous manque pour les relater ici, mais il sera facile aux personnes qui s'intéressent à ces questions (le trouver l'ouvrage de Bouchette soit à la bibliothèque royale, soit à celle du dépôt des cartes de la marine.
En 1820, l'émigration du royaume uni pour ses colonies d'Amérique se monta à 17,921 personnes; de cette époque jusqu'à 1830, elle diminua, se tenant entre les chiffres de 7,000 à 13,000; mais en 1830 elle reprit et s'éleva
à 30,574; en 1831, à 49,383, et depuis lors elle s'est constamment maintenue dans ces chiffres, et souvent miînie les a dépassés, jusqu'en 1833, époque où elle a commencé à faiblir, et depuis lors elle a toujours été en diminuant d'une manière mémo très-sensible, de sorte qu'aujourd'hui elle est tombée î» peu près a. la même proportion que de 1820 à 1830.
C'est h. ces émigrations si considérables que le Haut-Canada doit le développement si rapide do sa population, qui doit aujourd'hui dépasser 1,800,000 âmes. Mais il est facile de voir qu'il a fallu bien du temps, des efforts et des sacrifices pour arriver à obtenir de tels résultats. L'émigration a été longtemps presque nulle, puisque de 17(50 à 1811, en .'^iO ans, la population du Haut-Canada ne s'est élevée qu'à 77,000 âmes, sur lesquelles plus de 20,000 étaient des réfugiés loyalistes des Etats-Unis; de 1811 à 18.30, l'arrivée des colons anglais ne dépassa guère en moyenne 8,000 individus par an. 11 n'y a donc rien de très-extraordinaire à voir l'émigration un peu lento h se dessiner parmi nous; la seule chose que l'on puisse critiquer à bon droit, c'est qu'on ne sache prendre aucune des mesures nécessaires pour l'encourager comme l'avait fait l'Angleterre.
Dans le Bas-Canada la première concession faite en vue d'une immigration anglaise, paraît avoir été accordée en 1764 à M. O'Hara, Irlandais qui vint s'établir avec plusieurs de ses compatriotes sur la baie de Gaspé. Vers 1784 on installa des loyalistes américains et un certain nombre de soldats congédiés dans les comtés de Missisqui et de Stanstead, sur les côtes du golfe Saint- Laurent, comtés de Gaspé et de Bonaventure, et aussi sur l'Ottawa h Hull, vis-à-vis de Bytown.
Ce fut vers 1797 que le gouvernement anglais commença à prodiguer ces grandes concessions de terre faites dans le Bas-Canada à des spéculateurs qui entravent si singulièrement aujourd'hui l'expansion de la colonie. On accorda alors et dans les années suivantes, des quantités de terrain très-considérables dans les comtés alors inhabités de Stanstead, Sliefford, Sherbrooke, Missisqui et Beauharnois. Les principaux parmi ces concessionnaires étaient Aza Porter, David Stewart, Thomas Dunn, Samuel Gale, Robert Ellice, etc. Beaucoup sans doute restèrent inactifs, mais quelques-uns d'entre eux firent de grands efforts pour attirer dans ces cantons des colons anglais, irlandais ou américains, et ils y réussirent dans une certaine mesure, surtout dans les districts riverains des Etats-Unis; ce sont ces colons joints aux loyalistes et aux soldats congédiés établis en 1781, qui sont l'origine de la plus forte part des habitants de race anglaise dans le Bas-Canada. Depuis un cf^rtain nombre d'années on a complètement renoncé à ce système de grandes concessions aux spéculateurs, et on se contente de vendre les terres publiques par petits lots. (Voir note 3, chap. xi.)
\ote 8.
Bouchette estime à 28,000 le nombre des émigrants anglais restés au Bas- Canada de 1827 à 1831 ; Montgommery-Martin, dans le même laps de temps, ne les évalue qu'à 21,880. C'est alors qu'ont été établies les colonies anglaises que l'on tenta d'installer, non plus seulement sur les frontières, mais dans le centre du pays, dans les comtés de Dorcliester, de Megantic, de Port-Neuf, des Deux-Montagnes, etc., et qui avaient pour but de pénétrer et dénaturer l'élément franco-canadien; tentative couronnée de peu de succès, puisque les Canadiens aujourd'hui au contraire débordent môme les anciens établissements anglais.
Kofe 9.
Le recensement de 1831 n'indique pas de distinction d'origine pour établir le chiffre de 380,000 Canadiens sur la population de cette époque, voici donc comment nous avons opéré : nous avons trouvé dans Montgommery-Marlin,
un travail fort détaillé établissant, comté par comté, qu'il y avait alors dans le Bas-Canada 420,000 catholiques, d'autre part Bouchette évaluait à la mùme époque à plus de 40,000 le nombre des catholiques irlandais et écossais dans cette province, il restait donc environ 380,000 catholiques canadiensfrançais.
Note tO.
Les comtés situés en dehors des anciens pays concédés en seigneurie étaient : une assez grande portion de Beauharnois, Missisqui, ShelFord, Stanstead, Sherbrooke, Drummond, Mégantic en entier, une portion notable de l'Ilet, de Dorchester, de Bellechasse et de Rimouski ; Gaspé et Bonaventure à peu près entiers ; une bonne partie des Deux-Montagne? et presque tout Ottawa. Or, en 1S31, dans les comtés de Missisqui, ShetTord, Stanstead, Sherbrooke, Mé- ' gantic, on coiuptait à peine 1:2 à 1,300 Canadiens français, (Voir Montgoinmery-Martin et le Did. de Bouchette), et si dans les autres comtés ci-dessus cités on en trouve une plus forte proportion, cela tient uniquement aux seigneuries qu'ils contiennent et où se trouvaient déjà établis des Canadiens; un seul comté fait exception, celui de Drummond, oti les Canadiens sont plusieurs milliers, ayant envahi de trè's-bonne heure les cantons limitrophes des anciens établissements de Nicolet et d'Yamaska.
Note 1 1.
Bedard naquit à Charlesbourg, d'une famille de cultivateurs établie aux environs de Québec dès 1663, année où nous soyons François Bedard épouser Marie le Bon. En 1681 nous trouvons Isaac «Bedard et Louis Bedard dans le recensement de la Petite-Auvergne (Saint.Jérôme), plus Jacques Bedard à Charlesbourg. En 1723, dans l'aveu de Notre-Dame des Anges figurent trois Bedard, Louis, Thomas et Charles, et dans l'aveu de l'Epinay, un autre Charles Bedard ; nous ignorons ce que l'aveu de la seigneurie d'Orsainville, où est situé Charlesbourg, pouvait ottrir de membres de cette famille. — Les Bedard de 1G81 étaient-ils les frères de François ou ses enfants d'un premier lit, ou bien y a-t-il inexactitude dans le lecensement? C'est ce que nous ne n'avons pu savoir, toujours est-il que François Bedard était de Paris, et que si tous étaient de la même famille, comme tout porte à le croire, l'illustre patriote canadien était d'origine parisienne.
Note IZ.
Un corps de troupes anglaises fort de 500 hommes, attaqua avec du canon les insurgés retranchés, au nombre de quelques centaines, dans le village de Saint-Denis; ces derniers n'avaient que 200 fusils, le surplus était armé de fourches et de piques. Après six heures do combat et un assaut inutile, les troupes anglaises furent obligées de se retirer, en abandonnant leurs canons et leurs équipages. Quand la révolte fut étouffée, las Anglais pour se venger, brûlèrent tout le village de Saint-Denis, il en fut de même des villages Saint- Eustache et de Saint-Benoit. M. Garnault présente dans son histoire, un récit chaleureux et vivement dessiné de cette glorieuse et malheureuse insurrection.