CHAPITRE XI
IVofe I.
M. Ducharme, un des déposants de cette enquête, établit qu'il avait personnellement constaté en 1832 la sortie de 2,16d émigrants canadiens-français, 2,678 en 1853, 4,837 en 1834 et 3,207 en 1833, total, près de 13,000 personnes en quatre ans, et cela sans compter les omissions inévitables dans les observations d'un seul particulier. D'après la même persor.ne, la moitié de ces émigrants se compose de jeunes gens ou ouvriers isolés, l'autre moitié de familles entières ; une partie plus ou moins forte des premiers revient au pays, mais il en revient très-peu des seconds.
D'après le sens général de l'enquête et l'opinion communément répandue au Canada, les constatations ci-dessus mentionnées ne correspondraient guère à plus de la moitié des émigrations. On peut juger par là dans quelle proportion le mal agissait sur une population aussi peu considérable.
Note 2.
La terre reste couverte de neige depuis le milieu de novembre jusqu'au mois d'avi il, sans aucun dégel ; il y a donc une nécessité absolue d'assurer quelque occupation aux bras pendant l'hiver.
rVote 3.
Les règlements établissent deux sortes de terres : 1° les unes déjà cadastrées et divisées en lots sont affichées eu vente et vendues au fur et à mesure des demandes à tous ceux qui se présentent pour les acheter, sur des prix fixés à l'avance dans l'affiche. Ce prix est communément de 2 à 4 francs par acre (un demi-hectare), dont un cinquième doit être payé comptant et le reste en quatre ans. Celles de ces terres qui sont ainsi restées en vente pendant toute une année sans être achetées, sont alors mises en adjudication publique tous les six mois, jusqu'à ce qu'elles trouvent amateur.
2° Dans les townships ou portions de townships non encore cadastrés, toute personne est admise à former la demande d'une étendue de terrain désignée par elle, à condition de le faire arpenter à ses frais et de payer 2 fr. oO c. par acre, mais argent comptant et en passant l'acte. Dans tous les cas, même dans celui de concession gratuite, le concessionnaire doit résider ou fr.ire résider un fermier dans les six mois de la vente, puis, dans un délai de quatre ans, avoir bâti une maison habitable de 16 pieds de long, et défriché ol mis en état de récolte au moins le dixième de son terrain.
A partir du 1" septembre 1839, le système des squatters, c'est-à-dire le droit de préemption, a dû être aboli. (Extrait du règlement publié le 13 janvier 1839 par le bureau des terres.)
Il a été ouvert de 1834 ;i 18o8 inclusivement, 1,143 milles do chemins de colonisation (iOO lieues environ); 40 milles de chemins ouverts avant 1838 ont été terminés cette même année, et 59 milles de chemins ont été en outre ouverts ou complétés, de sorte que 99 milles (33 lieues) ont été rendus praticables aux voitures d'été pendant 18o8. Le coilt des chemins a été, terme moyen, de 180 livres (3,600 fr.) par mille, y compris les ponts. (Rapport de M. Bouthillier sur la colonisation eu 1858 )
« IVote 4.
Nous devons témoigner à M. l'abbé Pilotte une reconnaissance toute particulière pour la bienveillance qu'il a bien voulu accorder h nos recherches pendant son séjour à Paris; esprit aussi distingué que modeste et affable, possédant une grande expérience des hommes et des choses, il est certainement appelé ù, rendre de grands services à sa patrie.
Note 5.
En 1831 les 6,984 Canadiens du comté d'Ottawa étaient répartis de la manière suivante : Petite-Nation, 2,835; Templeton, 900; Buckingham, 72! ; Masham, 449; Calumet, 297; aux Allumettes, 276; à Mansfield, 216; plus dans la ville d'Aylmer, 344, et dans celle de Hull, 243 ; le surplus réparti dans douze autres localités. Aujourd'hui, tout en maintenant leur grand nombre dans les trois premiers cantons, ils sont devenus la grande majorité aux Allumettes, au Calumet et à Masham ; sur la rivière Gatineau et dans ces trois townships, on les évalue à 4 ou 5,000. Ils paraissent se répandre en grand nombre sur les deux rives de la rivière Gatineau, à Masham, à Sainte- Cécile et aux environs, et sur l'Ottawa en avant des Allumettes ; l'émigration canadienne, si heureusement détournée des Etats-Unis, envoie chaque année dans ces parages de nombreux renforts qui tendent de jour en jour à les rapprocher du nombre des colons anglais, qui autrefois étaient presque seuls dans ce comté.
Dans le comté des Deux-Montagnes nous trouvons depuis 1831 cinq paroisses nouvelles établies dans l'intérieur des terres, vers les confins du précédent, savoir : Sainte-Angélique, Saint-Joseph, Saint-Joachim, côte Sainte-Marie et Jérusalem. — Dans le comté de Leinster, trois paroisses nouvelles : Epiphanie, Saint-Liguori et Saint-Paul l'Ermite. — Dans Berthier, une paroisse nouvelle, Saint-Jean de Matha. Toutes ces paroisses sont peuplées de Canadiens.
Dans le comté de Saint-Maurice, la colonisation prend de l'importance à Chaouinigam et aux environs, sur le Saint-Maurice, et il se porte déjà des émigrants plus haut jusque vers le lac de la Tuquc; on se loue beaucoup généralement des terres de cette vallée du haut Saint-Maurice. Sur le haut Saguenay et vers le lac Saint-Jean voici quel est en ce moment l'état de la colonisation : rive droite du Saguenay, les townships de Bagot, Chicoutimi et la Terrière, qui comptaient 4,005 habitants en 1851, ont triplé depuis lors, et foi mont quatre paroisses ainsi nommées : Sainl-Âleœis, S(iù,t-Alp/ionse, Clncoutbiii et le Grand-Bn/lé. Le township de Jonquiàre contient maintenant plus de 200 âmes et est compris dans la paroisse de Chicoutimi. Dans les townships de la Barre et de Mesi/, où se trouvait à peine une centaine d'individus en 1851, il s'est porté, sous l'impulsion de la société de colonisation que dirigeait M. l'abbé Hébert, une centaine de familles venant de? comtés de Kamouraska et de l'Ilet, de sorte qu'aujourd'hui il y a 6 à 700 habitants qui y forment la paroisse à Uéhertville. Kinogomi a moins progressé, mais sur les bords du lac Saint-Jean à Metahetchoûari et à Chaihvoi.r où il y avait à peine quelques bûcherons il y a dix ans, il s'est établi une centaine de familles et il s'y trouve une succursale qui dépend d'Hébertville. On dit beaucoup de bien des terres du lac Saint-Jean et de l'avenir de la colonisation sur ses rives,
surtout sur la rivière Periboka. !i l'est du lac, dont le bassin pourrait, assuret-on, contenir 120 à 150,000 liabitaiits; le nord du lac est encore très-mal connu. La rive gauche du Saguenay est moins favorablement disposée, parce que les montagnes s'approchent trop près de la rivière; néanmoins les deux townships d'iiarvay et de Treuthlai/, vis-à-vis de Chicoutimi, se sont beaucoup développés depuis 1851, où ils ne comi>taient guère que 500 âmes, et il est question d'y ériger une nouvelle paroisse.
A l'est de rombouchure du Saguenay, après Tadousac, se trouvent les Escoumains, MiUci'ac/ies\ Poj f-Neuf et le Saut au cochon>i en 1831 il y avait à peine 200 habitants, aujourd'hui ils dépassent 1,000; la ^ituatioll naturelle et la communauté des habitud';s nous font comprendre ces localités dans la région du Labrador, bien que ce pays ne commence réellement que vers la pointe Des Monts, à 20 lieues environ de l'embouchure du Saguenay. Du Saut au cochon jusqu'à Mingan, sont dispersées une trentaine de familles, à Mingan, à la pointe aux Esquimaux, à Natashkouan et à Nigaska, jiostes tous compris dans l'ancienne seigneurie de Mingan, on comptait en 1^58 cinquante familles acadiennes venues pnsque toutes des îles Madeleine depuis trois ou quatre ans, et chaque année en amène un nouveau contingent. De Kigaska h la Tabatière sont établies 40 familles canadiennes venues du comté de Bellechasse et des environs de Québec; à la Tabatière même, qui est le centre de la pêche du phoque, il y a 8 familles, et de la Tabatière à l'anse des Dunes, 22 ou 23 familles, à la Tète à la Baleine, aux Belle-Amours, à Saint-Augustin, etc., le tout canadien, acadien ou jerseyais. Là s'arrête l'existence du bétail, le sieur Labadie, établi à l'anse des Dunes, ayant essayi* plusieurs fois sans succès de conserver des vaches en bonne intelligence avec ses chiens. Néanmoins on peut encore y faire quelques cultures manuelles, et tôt ou tard on y introduiia du bétail, car l'heibe n'y fait point défaut; sur les rivières Saint-Augustin et Saint-Paul se trouvent même dans l'intérieur beaucoup de terres cultivables et un climat plus doux qu'au bord de la mer. De l'anse des Dunes aux Blancs-Sablons, on con)pte 13 familles. Blanc-Sablon, situé à l'entrée du détroit de Belle-Ile, vis-à-vis Terre-Neuve, est la borne du Labrador canadien. Tous ces habitants sont pêcheurs, sauf quelques-uns qui sont gardes-magasins ou gardes-phares, mais tous ils font plus ou moins de culture, et comme l'immigration vient chaque année y accroître notablement leur nombre, on ne peut douter que ces cultures n'y prennent promptement toute l'extension possible, et ne puissent soutenir une population assez nombreuse; voilà pourquoi nous nous sommes appesanti avec quelque détail sur cette région.
Note 6.
Ou peut voir dans les relations d'hivernages à la Nouvelle-Zemble la description des singulières forêts de ce pays, composées principalement de trembles hauts de 3 à 3 pieds; mais leurs racines ont quelquefois 20 ou 30 pieds de long et sont énormes, comme si la végétation, cherchant aussi à s'abriter contre le froid, se réfugiait dans les entrailles du sol.
IVote 9.
Il résulte des renseignements contenus dans l'enquête sur l'émigration, que les habitants de l'Ilet commençaient à se porter dans les townships. Montmini, Arago et Le Verrier; l'on était occupé dès lors (1856) à faire des routes pour en faciliter l'accès. Dans le comté de Bellechasse nous trouvons depuis 1851 trois paroisses nouvelles : Notre-Dame de Mailloux, Armagh et Saint- Léon deStaudon; cette dernièie comprenait en 1858 23 familles canadiennes et 8 irlandaises, plus un assez grand nombre de familles anglaises, qui vendent leurs terres depuis que les Canadiens se portent vers cette localité. — Dans le comté de Dorchester trois paroisses nouvelles : Saint-Romuald, Sainte-
Hénédine et Saint-Malachie; cette dernière, qui est un démembrement de la colonie ii'landaisc de Fiampton, comprend 72 familles canadiennes et 05 irlandaises, formant 71(5 habitants, plus un certain nombre de familles anglaises. Les Canadiens établis de longue date dans ce comté, sur la rivière Chaudière, rayonnent de chaque bord dans l'intérieur jusque dans les comtés de Mégantic et de Sherbrooke.
Le comté de Mégantic compte 8 paroisses nouvelles : Wolfestown, Saint- Victor, Saint-Ephrcm, Saint-Calixte et Sainte-Julie, qui sont des dédoublements de l'ancien township de Somerset; ce township, en 1851, comptait 2,29- Canadieiis,et la seule paroisse de Sainte-Julie en comptait 1,579 en 1858; il y a ou en 1857, à Sainte-Julie, 89 naissances et 17 décès; là encore ou remarqui^ que les Anglais ont vendu leuis terres pour émigrer: Saint-Ferdinand, c'est aussi un démembrement de l'ancien township d'Halifax, formant aujourd'hui 2 paroisses : Sainte-Sophie, qui compte 1,800 âmrs, et Saint- Ferdinand 3,200; sur !e tout, 5 ou 600 seulement ne sont pas Canadiens. En 1851 tout Halifax ne comptait que 2,550 habitants; il y a eu en 1858 265 naissances et 95 décès. Dans ce même comté, Lambton, qui ne renfermait que 558 âmes en 1851, en comptait en 1858 1,312, tous Canadiens, 106 naissances et 30 décès. — Dans le comté de Drammond, en outre des paroisses nouvelles, toutes les anciennes, surtout sur la traversée du chemin de fer, se sont fort accrues, comme à Acton, Upton, Stanfold et Arthabaska où on a dû créer 2 paroisses. — Dans le comté de Sherbrooke, les Canadiens se sont portés surtout dans Shipton, Stratford, où est la paroisse de Saint- Olivier d'Aylmer, Weedon, Winslow et Garthby; à Sherbrooke même il y a déjà un collège français. — Dans le comté de Shefford, 2 paroisses nouvelles : Saint-Rooiuald et Saint-Valérien.
Note 8.
Depuis 1851 il a été érigé dans le comté de Kamouraska une paroisse nouvelle, Saint-Pacôme, et il est question d'en ériger prochainement d'autres dans le township d'Ixworth et sur le lac Pohuegamook. — Dans le comté de Rimonski, sur le lac Temiskouata, on comptait, en 1858, 352 habitants, et il venait tous les ans de nouveaux émigrants; Mttis, qui comptait en 1831 637 âmes, en avait 1 ,200 en 1858 ; Mac-Xider, qui avait 200 âmes, en compte 700. A propos de cet endroit, nous citerons une phrase du curé à son
évèque, (|ui ne manque pas de couleur locale : « Je ne puis m'empêcher
« de vous dire que je suis fatigué de ces noms écossais et anglais; la pronon- M dation de M. Nider me met à la torture, et j'ai déjà songé de donner à
« cette mission le nom de Notre-Dame des Anges, mon intention princi-
« pale est de faire changer tous ces noms anglais et écossais, » Sur tout le développement de cette côte, M. Pilotte et M. Tessier nous ont témoigné que la population surabondante des rivages a formé de nombreux établissements qui pénètrent dans l'intérieur, et d'uprès ces renseignements nous estimons la population actuelle du comté à 50,000 âmes.
Pour la distribution de la population franco-canadicMme dans le comté do Gaspé on peut voir au chap. ix, page 138, que les habitants anglais sont toujours restés concentrés autour de la baie de Gaspé; la rivière du Renard et le cap D' srosiers, où la population était mêlée autrefois, tendent de plus en plus à devenir exclusivement canadiens; celle-ci s'est surtout augmentée au cap Chat et à Sainte-Anne des Monts par les émigrants venus du haut du fleuve. Dans le comté de Bonaventure la répartition des Acadieus était, en 1831, en partant de l'entrée de la baie des Chaleurs à remonter le Ristigouche : Port-Daniel, 368 Acadiens sur 826 habitants; Hope, 521 sur 1,107; Cox, 6-48 sur 1,693; Hamilton, 918 sur 1,031; Riclirmond, 470 sur 1,27i; Maria, 876 sur 1,349; Carli.'ton sur le Ristigouche, 797 siu' 855; \ouvclIe, 607 sur 1,309 ; etc., etc. Paspebiac est situé sur les tovvnships de Hope et de Cox, Bonaventure dans celui d'Haaiilton, ïracadigash dans Carleton. (Voir
chap. IX, p. 1S9.) L'augmentation depuis lors s'est opérée partout dans la proportion de 5,300 h 8,000.
IVote 9.
Les comtés voisins du Bas-Canada, extrêmement peuplés, tels que Beauliarnois, Montréal et surtout Vaudreuil, versent chaeiue année une quantité d'émigrants fort notable sur les frontières du Haut-Canada. Le comté de Prescott, qui en 18ol ne comptait que 3,4;^8 Canadiens français, atteint maintenant le ciiiffre de 3,000, répartis princii)alement dans les lovvnships de Longueil ou l'Orignal, Hawkesbury Est, Alfred, etc. — Le comté de Russell, qui n'en comptait que 688, en contient 12, .'500. — Dans le comté de Glengarry on peut les évaluer aujourd'hui entre :2,500 et 3,U00. — Le comté de Carleton contient maintenant environ 4,500 Canadiens français, principalement établis dans la ville de Bytown ou Ottawa, où ils sont ^2,900 sur une population totale de 9 à 10,000 âmes. On doit noter que la population française y croit plus vite que la population anglaise; ainsi depuis 1831 cette dernière a augmenté à peine de quelques centaines d'âmes sur 3,600 qu'elle comptait alors, tandis que la population canadienne s'est accrue de près du tiers, et encore ne tenons-nous pas compte de la population flottante, qu'il faut estimer, comme nous le disons dans le texte, à un millier d'artisans et de mariniers. — Le comté de Renfrew compte maintenant 1,400 Franco- Canadiens établis à demeure et environ 3 à 4,000 en outre dispersés dans les vastes forêts de ce pays, ou ils travaillent à l'exploitation et au transport des bois. Sauf ces derniers et ceux qui sont à Ottawa, les Canadiens établis dans tous ces comtés sont généralement propriétaires-cultivateurs, comme dans leur pays.
Nous ferons observer que nous ne nous occupons ici que des frontières du Haut-Canada; que de nom'oreux émigrants franco-canadiens se sont encore dispersés dans le reste de ce pays depuis 1831, et que le groupe canadien du sud-ouest, dans les comtés d'Essex et de Kent, a continué à prendre son accroissement, mais nous renvoyons cet examen à l'étude particulière que nous ferons des colonies canadiennes de l'ouest. ( Pour la situation de 1831, voir le chap, iff, voir aussi l'Appendice.)
Note lO.
Voici l'état statistique qui nous a été transmis sur la population canadienne des frontières de l'Etat de New-York : 1° Sur le lac Cliamplain , Champlain et Corbeau 800 familles canadiennes, Plattsburgh et Keeseville 800 également, à Morristown, Fort-Henri et ïiccnderaga 1,000 à l,i00 âmes; — 2" sur la rive du Saint-Laurent et à la tête du lac Ontario, à Ogdensburgh 300 familles, dans Wexport, Blackbrook, la Fourchette, Lewis et Boquette ; on comptait 2,700 communiants canadiens, ce qui peut supposer 6,000 âmes; enfin au cap Vincent et à Rosière, sur le lac Ontario, il peut s'en trouver 8 ou 900. Un peu plus dans l'intérieur des terres il se trouve encore quelques villages où l'on compte encore un assez grand nombre de Canadiens, comme h Malone^ Chateaugay, etc. » Les Canadiens, ajoute M. l'abbé Mignaut, con- « servent chez 1 étranger leur langue, leurs usages, et le précieux trésor « de la foi, presque aussi bien qu'au foyer paternel, mille fois j'en ai été « témoin depuis les quarante-deux ans que j'ai soin des missions qui avoi- « sinent le Canada. » ■
Voici maintenant le récit de la fête de saint Jean-Baptiste à Plattsburgh, en 1839^ extrait de la Minerve de Montréal :
« Le comité ayant décidé que nous aurions un dîner champêtre
« ce jour-là, il fut résolu d'un commun accord que le bénéfice de ce dîner « serait employé h l'achèvement de l'église Saint-Pierre. Ce fut à qui fourni-
« rait le matériel du dîner. Les gens de la campagne comme ceux de la <i ville se donnt;rent la main ; en un rien de temps on fit des prodiges. . .
« Dès le point du jour nous pouvions voir passer de ma fenêtre, des voitures M venant de la campagne chargées d'hommes et de petits drapeaux ; ces bra- « ves gens voulaient absolument fùter leur patron Jean-Baptiste. A neuf heu- « res et demie, les officiers ordonnateurs, en tète desquels se trouvait leur chef, M M. Borde, tous à cheval, allèrent au-devant des deux compagnies de pom- (1 piers, tous habillés en uniforme, ayant chacune leurs capitaines en tète, u précédées, par le corps de musique "de Plattsburgh (qui est exclusivement « canadien), conduit par M. J. Mignault, et les conduisirent jusqu'à L'église « Saint-Pierre, où elles furent placées du mieux qu'il fut possible. Il va sans « dire qu'il y avait foule.
« Jamais l'église n'avait été aussi bien décorée. Ici on voyait un immense u saint Jean-Baptiste en plâtre, tenant d'une main un drapeau avec les mots : « Soyons unis. — Vive le Canada ! — Industrie, » et montrant de l'autre une « croix avec cette inscription : « In hoc signo vinces. » Près de la statue de « saint Jean-Baptiste, un grand drapeau national peint par notre artiste <t P. T. Gauthier, sur lequel on voyait un castor de grandeur naturelle, qui a « attiré plus d'un regard de l'oeil curieux et inquisiteur de Frèke Jonathan. « Sur le drapeau on lisait en lettres entrelacées de feuilles merveilleusement <( faites : « Sotre langue, nos in-stitutiois et nos lois. — Fête de la Saint- <( Jean-Baptiste — Liberté', Egalité, Fraternité. » — En levant la tète, on « apercevait vers la route, en lettres faites en feuilles d'érable sur un fond « blanc, et assez grandes pour être vues à distance : « Saint Jean-Baptiste. »
« Le prédicateur du jour a été le P». P. Garin, qui, dans une allocution très- « courte mais très-appropriée, nous a fait voir ce qu'étaient la fraternité, « Végalité et la liberté au point de vue catholique. Devant un auditoire « aussi respectable il s'est montré maître de son sujet. Armé de la parole de « Dieu, il a commandé aux orgueilleux l'humilité, aux haineux, le pardon
« des injures, et aux égoïstes l'amour de leurs frères
« Après avoir tous participé à cet immense banquet national, les convives « firent la causerie, d'autres dansèrent sur l'herbe, aux sons des accords du « corps de musique de Saint-Pierre. — Plus loin, d'autres se rappelèrent le •( Canada, en chantant : « Vive la Canadienne, — A la claire fontaine ; » — « quand tout à coup on appela le docteur Dorion, qui, montant sur une des « tables, fit lecture d'une lettre venant d'un de nos compatriotes, le docteur « Daviguon, s'excusant de ne pouvoir assister à la fête.
« Le soir approchait, le soleil disparaissait à l'horizon, nous sor-
» tîmes du bois en procession, corps de musique en tète, jouant Vive la Canai< dienne! et nous nous séparâmes à la porte de l'église Saint-Pierre, en criant « mille hourrahs.
« J'ai assisté autrefois, à cette fête patronale dans nos villes et dans no3 « paroisses du Canada, mais jamais je n'ai été spectateur d'un pareil mouvc- « ment national, d'une semblable manifestation populaire, d'un entrain aussi « général que celui dont je vous fais part par ces lignes écrites à vol « d'oiseau. »
P. S. « Les revenus de la journée destinés à l'achèvement de l'église ont <( produit 300 livres (3,000 fr.). Les trois journaux américains de Plattsburgh « font mille compliments aux Canadiens, et pour qu'ils parlent d'eux, il faut Il qu'ils l'aient bien mérité. »
Xote If.
M. Taché évalue que dans les Etats de New- York et de Vermont on peut compter actuellement 40,000 habitants d'origine canadienne, évaluation qui nous paraît tout à fait confirmée par les renseignements fort détaillés que
nous a transmis M. l'abbé Mignaut, qui évalue le nombre des Canadiens dans le Vermont h 14,000.
Il sera d'autant plus facile aux Canadiens de pouvoir s'agréger d'une manière solide dans ce pays, que, depuis un certain nombre d'années, la population américaine, loin de s'y augmenter, semble diminuer; ainsi en 1840 on comptaitdans le Vermont ^yi,:218 habitants, et 314,1:20 en 1850; augmentation en dix ans, i23,0U0 âmes. Or à cette époque le Vermont contenait 15,377 Irlandais, 14,470 émigrants de l'Amérique anglaise et 3,000 autres immigrants environ de diverses nations; total: 32,800 étrangers qui, pour la plu])art, étaient arrivés dans cette période décennale, d'où il suit que dans le Vermont, de 1840 à 18o(), le nombre des immigrants a dé|)assé le chiffre de l'augmcntalion de la population; ce qui prouve, d'une part, le faible accroissement de la population américaine du Vermont, et de l'autre, que ce faible accroissement est absorbé et au delà par l'émigration que ce pays envoie dans l'ouest; sa ijopulatiou ne se soutient donc qu'à l'aide des immigrants venus du dehors. Si cet état de choses se continuait, il est donc évident que tôt ou tard ces immigrants arriveraient à peupler certaines portions notables du pays, et comme les Canadiens figurent pour un bon tiers dans ce mouvement, il n'y aurait rien d'étonnant, s'ils savent se soutenir et se grouper, qu'ils puissent s'assurer la prééminence dans certains cantons du Vermont.
Kote ta.
Le fleuve Saint-Jean étant devenu la frontière entre l'Angleterre et les Etats-Unis, les Acadiens établis à Madawaska sur les deux rives du fleuve, se sont trouvé partagés entre ces deux puissances; sur le côté anglais sont : Saint-Basile, 3,500 âmes, et un peu au-dessus Saint- François, 800 âmes; sur la rive américaine Saint-Bruno, 2,320 âmes; Sainte-Luce, 2,950; et enfin, un peu avant dans l'intérieur des montagnes, sur le lac de l'Aigle, une petite paroisse de nouvelle formation, Saint-Joseph, de 350 habitants, partie Acadiens, partie émigrants canadiens. Ceux qui sont sur le côté anglais sont compris dans le Nouveau-Brunswick, comté d'York; ceux de la rive américaine dépendent de l'Etat du Maine et de la circonscription du comté d'Arrostook ; Saint-Bruno et la Grande-Chute forment le township de Madawaska, et Sainte-Luce le township de Van-Buren. L'observation que nous avons présentée sur le peu d'accroissement du Vermont doit aussi être appliquée, quoique avec plus de réserve, ;i l'Etat du Maine; si l'on déduit les immigrants reçus parce pays de 1840 à 1850, on trouve que sa population s'est à peine accrue de 1 pour 100 par an pendant cette période.