CHAPITRE XIH
Idiote 1.
Les six comtés du sud-est font un total de 7,610 milles carrés (760 lieues carrées environ) ; ils comptaient 94,325 habitants en 1851, c'est-à-dire 12 habitants et 1 cinquième par mille carré. Or la plus grande densité de la population au Canada est de 80 à 100 habitants par mille carré, proportion atteinte dans les populeux comtés d'Huntingdon, de Chambly, à peu près par Verchèrcs, et qui ne paraît pas pouvoirètre beaucoup dépassée, au moins dans l'état actuel de la culture. Mais, en outre, les pays que nous venons de citer sont des plus fertiles du Canada, et les comtés de l'est, plus montagneux, et contenant d'immenses savanes, ne pourront jamais prétendre à une aussi forte densité; lorsqu'ils auront atteint SO à 60 habitants par mille carré, s'ils sont encore susceptibles d'amélioration et de progrès , il est en tous cas à peu près certain que lus émigrants y trouveront alors difficilement à se placer.
Lors donc que ces comtés seront parvenus à ce point de densité, c'est-à-dire à 430,000 habitants, il faudra que l'émigration reflue vers d'autres régions; or en 1861 on y comptera déjà plus de 160,000 âmes. Français et Anglais, et eu quinze ans la région du sud seule est fort capable de leur envoyer 200,000 émigrants canadiens français; mais comme il en viendra aussi des autres parties du pays et que la population actuelle continuera à s'accroître, il est visible par cet exposé qu'une certaine portion du Canada peut dans quinze ans d'ici se retrouver de nouveau sans issue convenable pour l'excédant de sa population.
Note 3.
Cette colonie n'a d'autre origine que l'agglomération spontanée d'un certain nombi'O di; voyageurs et d'agents des compagnies de fourrures autour d'un poste établi en ce lieu par la compagnie d'Hudson. Vers 1814 lord Selkirk entreprit d'y fonder un centre de colonisation ju'opre aux montagnards écossais; il y amena lui-mùme plusieurs convois d'éniigrants tii'és de ses inunenses domaines du nord de l'Ecosse. Malheureusement la dissension qui s'établit d'abord entre ses colons et les Canadiens, puis entre lui-même et la compagnie du nord-ouest, amena des luttes sanglantes dans lesquelles une grande partie des Ecossais furent tués ou di-persés; néanmoins, il en resta un noyau dont les descendants forment une partie importante et distincte de la colonie de la rivière Rouge, Cette colonie, située à l'ouest du lac Supérieur, est à une grande distance non-seulement de tout point habité, mais même de toute voie de communication facile ; la distance entre elle et le lac Supérieur varie, selon les directions, de 450 à 600 milles, et au sud entre elle et Saint-Paul du Minnesotta (Etats-Unis), 530 milles.
La population, composée en majeure partie de métis issus des unions des Canadiens et des Ecossais avec des femmes indiennes, se montait en 1856 6,523 âmes, en 1,0S2 familles dont 816 formées de métis, 92 de pure race ca-j nadienne, et 174 de pure race écossaise ou anglaise ; 2,798 individus, métig ou Canadiens appartenaient à la race et à la langue française, et 2,345 à la race anglaise. Ces dnux populations vivent côte à côte sans se mêler; les Ecos-, sais et métis écossais forment, à l'embouchure de la rivière Rouge dans le lacj Winipeg, les paroisse.5 protestantes de Saint-Pierre, Saint-André, Saint-PaulJ et Saint-Jean ; au-dessus, toujours sur la rivière Rouge, viennent les paroissesj catholiques de Saint-Boniface où demeure l'évêque, et deSaint-Norbeit de lai rivière Sale ; puis sur la rivière Assiniboine sont : la paroisse mélangée de| Saint-Jacques et les paroisses catholiques de Saint-Charles et de Saint-François-Xavier. Mais en outre de ce groupe aggloméré sur la rivière Rouge, plu-l
sieurs établissements de métis canadiens se sont formés aux environs; ainsi on en trouve 5 ;\ 600 établis ;\ la montagne à la Tortue et k Saint-Josepii, vers la frontière américaine, 150 au portage de la Prairie, une petite paroisse au lac Manitoba, et une grande quantité d'autres dispersés à l'état de chasseurs ou de coureurs de bois parmi toutes les tribus sauvages des environs, où beaucoup même sont établis.
Note 3.
Sir Haldimand écrivait à lord North, le 27 novembre 1783 :
« Vous me parlez des avantages qu'il y aurait à établir les loyalistes
« américains, sur les terres sises à l'est du Saint-Laurent et à la limite des
« colonies révoltées; sur ce chapitre je vous observerai que il vaut mieux
(( laisser ces terres désertes aussi longtemps que possible ; c'est pourquoi j'ai « rejeté les demandes répétées de beaucoup de gens du Vermont, qui se disent i( nos amis, et de quelques loyalistes. Autre considération : les Canadiens « croîtront en population et dans peu d'années ils manqueront de terres pour « s'établir, il semble donc d'une bonne politique que les frontières soient « peuplées de gens professant une religion différente, parlant une autre « langue et accoutumés à d'autres lois que celles de nos entreprenants voi- « sins de la Nouvelle-Angleterre » (Voir Garnault, tome m, Appendice.)
Déposition de M. Parker, négociant anglais, devant le parlement à l'enquête
de 1827-lSiîS « J'encouragerais les Canadiens français dit-il, ce sont les
n seuls habitants sur lesquels vous puissiez compter ; la population des autres « provinces est mêlée, bien que renfermant beaucoup de bons et dévoués servi- « teurs, lesCanadiens français au contraire, sont unis par une origine commune « dont ils sont justement fiers, par leur religion, leurs mœurs et leurs vertus, « et sont intéressés à soutenir une réputation qu'ils ont conservée jusqu'ici sans
« tache Le Bas-Canada et autres colonies de l'Amérique du nord sont le
« bras droit de l'empire britannique ; je suis convaincu que quand les Canadiens « seront le double de ce qu'ils sont actuellement, ils défieront toute l'Union » américaine. Ce sont les meilleurs colons de l'Angleterre et la seule chance « qui reste à celle-ci de conserver ses possessions américaines, c'est de laisser « les Canadiens français s'étendre dans toute la province basse et s'y régir «par leurs institutions actuelles, autrement cette colonie sera perdue à «jamais pour la métropole. » {Revue des Deux-Mondes 1831, 1er trimestre.)