LES FRONTIÈRES
(frontière de mer, frontière de terre.)
( Voir la carte n» 5. )
53. La disposition générale des frontières. — Des six' côtés de l’hexagone que figure la France, trois sont des frontières de mer, et trois sont des frontières de terre.
Le premier côté (de Zuydcoote à la pointe du Gorsen) est baigné par la mer dit Nord, le Pas-de-Calais et la Manche ; le second côté (de la pointe du Corsen à la. v ^ ; dassoa) par Pocéan Atlantique proprement dit et le golfe de Gascogne ; le quatrième (du cap Cerbera à Menton) par la Méditerranée.
Le troisième côté (de la Bidassoa au cap Gerbera) est limité par I’Espagne ; le cinquième (de Menton à la source de la Sarre) par le royaume d’Italie, la Suisse et la Prusse ; le sixième (de la source de la Sarre à Zuydcoote) par la Prusse, le grand-duché de Luxembourg et la Belgique.
Le développement total des frontières est d'environ 4,010 kilomètres, dont 2,500 kilomètres maritimes et en-
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viron 2,060 kilomètres terrestres. Ce partage explique comment la France, baignée par les deux grandes mers d’Europe (Océan et Méditerranée), et rattachée par ses frontières orientale et septentrionale au centre de l’Europe, est une puissance à la fois continentale et maritime ; il impose à sa politique des obligations particulières et donne à son commerce un certain avantage de position sur les autres contrées européennes.
1 er côté :
54. Les côtes de Flandre, d’Artois et de Picardie. — La côte de la mer du Nord est basse, marécageuse sur certains points, bordée de dunes formées par les sables que les vents y amoncellent. Ces dunes, dont la hauteur varie de 10 à 20 mètres, s’étendent jusqu’à l’embouchure de la Somme ; elles sont percées, de distance en distance, par les canaux de la Flandre et par les petites rivières qui se rendent à la mer et dont l’embouchure a donné naissance à autant de ports : un canal a donné naissance à Dunkerque( 1 ), port acheté par Louis XIV, que Vauban fortifia et dont les Anglais se montrèrent souvent jaloux ; un autre canal, à Calais que les Anglais ont possédé pendant deux siècles (de 1347 à 1558) et qui est le peint de communication le plus rapproché avec la côte anglaise (Douvres); l’An, à Gravelnes ; la Liane , à Boulogne qui correspond avec Fulkestone ; la Candie , à E tapies et à Montreuil- sur- Mer ; 1 a Somme, dont l’estuaire est large, à Saint- Valéry et à Abbeville.
La chaîne des collines d’Artois se termine sur cette côte, où elle forme les caps Blanc-Nez , Gris-Nez, d ’Alprech, et ne laisse entre la France et l’Angleterre qu’un détroit de 34 Kilomètres de largeur, le Pas-de-Calais (que les Anglais nomment détroit de Douvres). Du cap Gris-Nez, on voit
(1) Le mot Dunkerque signifie église des Dunes.
distinctement la côte de Douvres dont les falaises, par la similitude des couches, témoignent de la révolution géologique, relativement récente, qui a séparé la Grande- Bretagne du continent ; de toutes parts, de nombreuses voiles apparaissent dans ce passage, un des plus fréquentés du monde, et le pilote a toujours en vue les phares de Douvres et du cap Gris-Nez.
A partir de ce cap, la côte, qui avait une direction sudouest, court directement au sud, et longe le dangereux banc de sable nommé Bassure de Bass.
55. La côte de Normandie- — Sur la rive gauche de la Somme, le terrain, relevé par le plateau de Gaux, forme bientôt une côte escarpée qui atteint, sur certains points, 250 mètres. La mer en sape la base, et tantôt la falaise surplombe, tantôt elle se fait un rempart de ses propres éboulements dont elle couvre le rivage, pendant que le flot roule de plage en plage et arrondit en galets les cailloux mêlés au calcaire qu’elle ronge. Là sont les falaises du pays de Caux qui ceignent le golfe de la Seine et où l’on remarque le 7 report, à l’embouchure de la B reste, Dieppe , à l’embouchure de l’Arques, Saint- Valéry en Caux et Fécamp. Au cap à.' Antifer, un peu au delà CYÉtretat , la côte tourne tout à coup au midi jusqu’au cap de la Hève.
Là s’ouvre Y estuaire de la Seine , dont le courant porte les eaux vers l’ouest sur la côte du Calvados. Ce fleuve a une embouchure large, mais embarrassée pardes bancs de sable mouvants qui en rendent la navigation difficile. Quand la marée monte, le flot qui vient de haute mer se précipite dans cet entonnoir et s’étend sur toute la largeur de la rivière comme une montagne d’eau qui submerge les barques et met en péril les bâtiments : c’est le phénomène de la barre, qu’on a cherché à rendre moins redoutable par de récents travaux d’endiguement. L’embouchure de la Seine est flanquée de deux porls, Honfleur et le Havre, et la navigation maritime se prolonge jusqu’à Bouen . Honfleur fut le port du moyen âge: mais les bas-fonds du fleuve en in-
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terdisent l’entrée aux gros navires; le Havre, sur la rive droite, l’a dès longtemps éclipsé, et, depuis l’établissement du chemin de fer, a réduit de beaucoup le mouvement du port de Rouen (Voir § 32).
Du cap d’Antifer à la pointe de Barfleur, le rivage présente un enfoncement qu’on appelle la baie delà Seine; au fond, les cours d’eau de la Touques , de la Dive, la rivière de Y Orne que les navires d’un faible tirant d’eau remontent jusqu’à Caen; puis une suite de roches basses qui s’étendent en mer, parallèlement à une côte sablonneuse: au xvi e siècle, un des vaisseaux de l’invincible Armada que Philippe II envoyait contre l’Angleterre, le Salvador, s’y brisa et donna à la partie occidentale de ces roches son nom qui par corruption est devenu Calvados. Le sable de la plage, la beauté des prairies voisines et la proximité de Paris en font fréquenter les villages, tels que Trouville , Villers sur- Mer, Lion- sur- Mer , Cour seul les, Beuzeval , Dives , Arromanches , par de nombreux baigneurs durant la saison d’été.
Au delà de la Vire , la liante et la Douve forment un estuaire, sablonneux et marécageux, flanqué à son entrée par les îles de Saint- Mar cou f, et abritant les ports d'Isigny et de Carentan. De là, la côte se dirige vers le nord jusqu’à la pointe de Barfleur ; Saint- Vaast de la Ilougue et Barfleur en sont les ports.
Le Cotentin forme une presqu’île avancée qui sépare la baie de la Seine du golfe du mont Saint-Michel et qui projette, à son extrémité, la pointe de Barfleur à l’est, le cap de la Hague à l’ouest ; entre les deux, se trouve le cap Lévi et une anse peu profonde qu’abrite en partie l’île Pelée. Là est situé Cherbourg, le port militaire de la Manche. Dans cette région, les côtes, plus découpées, présentent, au lieu de dunes et de falaises, des roches granitiques qui défient l’effort des flots.
Quand on a franchi le cap de la Hague, tristement célèbre par le désastre de 1G92, on trouve, enveloppées de récifs et de bancs de sable, les îles Anglo-Normandes , Aurigny
LA FRANGE
d’abcrd, puis, en allant vers le sud, Guernesey, Jersey, la plus importante de toutes, et quelques autres plus petites ; plusieurs passages, dont quelques-uns rappellent nos revers (passage de la Déroute, entrée de la Déroute), existent entre ces îles et la côte toute hérissée de rochers. Au fond du golfe, sont les îles Chausey , derrière lesquelles commence la baie de Cancale ou baie du mont Saint-Michel, célèbre naguère par ses bancs d’huîtres. Le mont Saint-Michel, , qui lui donne son nom, est un rocher isolé au milieu d’une vaste plage de sable qui sert d’embouchure à la Sée r à la Sélune et au Couesnon. Dans cet enfoncement, la marée monte à une hauteur de 15 mètres ; sur la plage unie, le Ilot se précipite en grondant avec une vitesse qui dépasse celle d’un cheval, et, deux fois par jour, fait une île du mont Saint-Michel. Granville , situé sur la pointe d’un rocher qui ferme la baie au nord-est, en est le soûl port important.
56. La côte septentrionale de Bretagne. — Ensuivant vers l’ouest la côte granitique de (a presqu’île bretonne, on trouve, derrière la pointe du Grouin , l’embouchure de la Rance avec les ports de Saint-Malo et de Saint-Servan et, de l’autre côté de la Rance, Dinard, puisle golfe de Saint- Brieuc entre le cap Frehel et la pointe du Sillon; au delà, les Sept-Iles, la rivière et le port de Morlaix , Vile de Batz ; dans ces parages tout semés de rochers, la mer est dangereuse. On arrive ainsi à l’extrémité du Finistère, à l’endroit où la côte tourne vers le midi et conduit à la pointe de Corsen.
2 e côté :
57. La côte méridionale de Bretagne. — En face de la pointe de Corsen, sont Vile Molene et I’ile d’Ouessaint célèbre par une de nos victoires navales, séparées du continent par le chenal du Four et le passage du Frondeur; puis, environ à 12 kilomètres au sud, la pointe Saint-
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Mathieu, qui est plus connue que la précédente, et en face de laquelle est l 'île Béniguet. La côte rentre brusquement vers Test, et un étroit passage, le goulet, donne entrée dans une vaste baie ( rade de Brest ) parfaitement abritée et découpée en plusieurs anses; des rivières (entre autres l’Aulne) y versent leur eau douce, et toutes les flottes de l’Europe pourraient s’y donner rendez-vous. Sur le côté septentrional de cette rade, à l’emboucbure de la Penfeld, est située une des principales défenses maritimes delà France, Brest, qui surveille l'Océan. Au fond de la rade, est le petit port de Landerneau. Au midi, est la baie , beaucoup moins sûre, de Douarnenez , fermée par le cap de la Chèvre et par Y île de Sein, ancien séjour des prophétesses druidiques : entre le raz de Sein et la pointe de Penmarch, est la baie d'Audierne , A cette extrémité du continent, au milieu de ces rochers sans cesse battus des vents et des flots, la mer est mauvaise, et les naufrages sont fréquents : il a fallu multiplier les phares pour guider les pilotes.
Dans la partie méridionale de la presqu’île, depuis l'embouchure du Blavet, la côte devient généralement basse, et la mer a pu y découper des baies profondes : les embouchures de VOJet , la baie de Concarneau, Y embouchure du Blavet , le Morbihan (mer petite, en bas-breton), tout parsemé d’iles basses et de bancs de sable, la rade de Penerf , dans laquelle débouche la Vilaine. On remarque encore sur ce rivage accidenté la longue et étroite presqu'île de Qaibcron où les émigrés furent vaincus par Hoche (1795), et la presquîle de Sarzeau , les ports de pèche de Quimper, de Concarneau, de Quimper lé, de Vannes , le grand port militaire de Lorient dont Port-Louis est le poste avancé; en mer, les îles de Glenans, Yîle de Groix, Belle-Isle, etc. ; puis on atteint la pointe clu Croisic. Entre la pointe de Chemoulin et la pointe rocheuse de Saint-Gildas est l’embouchure de la Loire, qui, comme la Seine, a un port intérieur, Nantes, et deux ports à l'embouchure, sur la rive gauche, le port ancien, Paimbœuf, sur la rive droite, le nouveau port,
très-florissant, Saint-Nazaire (Voir § 36 ) : là se termine la presqu’île bretonne.
58. La côte du Sud-Ouest. — Depuis la baie de Bourgneuf que ferme, d’un côté, I’île de Noîrmoutiers, la côte est basse, unie, môme marécageuse. La mer perd du terrain clans ces parages; Plie de Bonin n’est plus séparée du continent que par un fossé; les basses mers laissent à nu une vaste plage vaseuse et permettent qu’on se rende à pied de Beauvoir à Pile de Noîrmoutiers par le passage du Goa. Des Hollandais ont autrefois desséché et livré à la culture une partie de ces polders ou lais de mer; on se propose d’endiguer et de dessécher le reste en réunissant définitivement Noîrmoutiers au continent.
La côte se couvre de sables et de dunes dajis le Bas-Poitou et dans le marais Vendéen; là sont l 'anse Saint- Gilles, la ville des Sables-d'Olonne et Vile d’ Y eu ; près de l’embouchure de la Lay et de la Sèure Niort aise, tout le rivage est occupé par des marais salants; le pertuis Breton sépare ce rivage de I’île de Ré, laquelle est séparée à son tour de I’île d’Oléron par le pertuis d’ Antioche . En face d’OIéron se trouve la petite île d'Aix, les embouchures de la Charente , de la Seudre et le pertuis de Maumusson . Depuis la Sèvre Niorlaise, la côte prend la direction du sud, qu’elle conserve sans dévier jusqu’à la frontière espagnole. La Rochelle, célèbre par le siège qu’en fit Richelieu en 1628, est le principal port de commerce de cette région, et Rochefort en est le port militaire.
Au midi de la pointe de la Coubre , commence l’estuaire de la Gironde , au milieu duquel est la tour de Cordouan et que ferme, au midi, la pointe de Grave. La Gironde, large et profonde comme un bras de mer, est navigable pour les gros bâtiments qui peuvent remonter dans la Garonne jusqu’à Bordeaux, dans la Dordogne jusqu’à Libourne ; le Verdun, Blaye et Royan sont de petits ports échelonnés sur ia Gironde. (Voir § 40.)
Quand on a franchi l’embouchure du fleuve et la pointe
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du Médoc, on trouve de nouveau les dunes , qui, à travers les terres incultes et basses des Landes, faisaient de rapides progrès, jusqu’au jour où les plantations de pins les ont arrêtées. Derrière la digue qu’elles forment, les eaux croupissent en étangs; le bassin d’Arcaciion, en se frayant un passage au sud jusqu’à la mer, est devenu une véritable baie semée d’îles; la Leyre s’y jette, et on y trouve Arcachon, lieu de plaisance, et Teste- de Buch, petit port de pêche. De la pointe de Grave à l’Adour, la côte est inhospitalière et déserte.
Au midi de l’embouchure de YAdour dont Bayonne est le port, les falaises reparaissent. Là sont Biarritz , bain de mer fréquenté, et Saint-Jean de Luz , situé au fond d’une baie délicieuse où se jette la Nivelle. Puis, les montagnes bordent l’embouchure de la Bidassoa , limite de la France et de l’Espagne. Sur la rive espagnole de la Bidassoa , s’allonge dans la mer la tointe du Figuier.
Toute cette côte est baignée par le golfe de Gascogne, fameux par ses tempêtes.
3 e côté :
59. Les étangs du Languedoc. — Au pied des Pyrénées, du cap Cerbera à l’embouchure du Tech , la côte est élevée et rocheuse. Bientôt, elle s’abaisse, ne présente plus que sables, dunes, étangs, marais ctt lagunes; les principaux étangs sont ceux de Leueate , de Sigean , le grand étang de Thau à l’entrée duquel est le port de Cette, creusé au pied d’une colline au débouché du canal du Midi, les étangs de Maguelone , de Mauguio , etc., qui s’ouvrent tous sur le Golfe du Lion.
Puis, on rencontre les bouches et le delta du Riione (Voir § 4S), avec l 'île de la Camargue, Y étang de Valcarès , et des marais.
60. Les côtes de Provence. — A l’est du Rhône, l’aspect de la côte change. On remonte d’abord le golfe de Cos où
débouche le canal Sainl-Louis (au mouillage du Repos), puis le port de Bouc, tête du canal d’Arles et en même temps débouché de 1 ’étcmg de B erre , vaste baie entourée de collines. Au delà est Marseille, le grand port marchand de la Méditerranée, occupant la côte orientale du golfe de Marseille; les îles Pomègue et Ratoneau avec le rocher du château d’If sont jetés en avant du port que signale de loin le phare du Plauier. A l’est, la baie de la Ciotat , le cap Sicié, la presqu'île de Sepet, qui abrite une double rade profonde : c’est la rade où se trouve le port militaire de Toulon. Au delà, la presqu'île de Giens, le cap Binât , le cap Taillât , ayant en face d’eux le panorama des îles d’Hyères (Porquerolles, Porleros, île de Levant). La côte, qui, toujours rocheuse, se replie au nord-est vers le golfe de Gênes, dessine plusieurs petits golfes, le golfe de Grimaud où est le port de Saint-Tropez , abri naturel des navires poussés des côtes d’Italie par le vent et le courant d’est; le golfe de Fréjus , où se jette la rivière d ’Argens, le golfe de la Nopoule et le golfe de Jouan avec les îles Lérins (Sainte-Marguerite et Saint-Honorat) ; plus loin est le cap de la Garoupe , avec son phare ; au delà le petit port d ncibes; puis l’embouchure du Var, la ville de Nice et s< 1 1 cap; le golfe de Villefranche avec le petit port du même nom, le cap Saint-Hospice et le cap Saint-Martin. Toute celte côte, baignée par les eaux bleues de la Méditerranée, avec ses caps avancés, ses baies arrondies, ses montagnes pelées et sévères, sa belle végétation d’orangers, de citronniers et de palmiers, est une suite ininterrompue de délicieux paysages.
A 8k lomètres environ au delà de la frontière de Fiance, est l'embouchure de la Roja.
La marée, si forte dans les golfes de l’Océan, s’élève à peine de 50 centimètres dans cette partie de la Méditerranée.
61. La Corse. — A 170 kilomètres environ de la côte de Fiance. 1’île de Corse est séparée en deux versants par
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une chaîne de montagnes qui forme au nord une longue presqu'île terminée par le cap Corse. Au sud, le détroit ou bouches de Bonifacio la sépare de la Sardaigne. Le versant oriental, côte basse, est assez uni ; on y trouve cependant le beau golfe de Porto- Vecchio. Le versant occidental présente une côte rocheuse dont les principaux golfes sont ceux de Saint -Florent, de Calvi , avec la ville du môme nom; de Porto , de Sugone, d'Ajaccio, avec la ville du même nom, et de Va line o.
4 e côté :
62. La fronüère des Pyrénées. — La frontière méridionale de la France commence dans le lit môme de la Bidassoa , sur le territoire de la commune d’Hendaye; elle quitte la Bidassoa à une dizaine de kil. de son embouchure pour suivre la crête des monts de la Basse-Navarre et rejoindre ensuite les Pyrénées qui, sur une longueur d'environ 360 kil., du col de Belate au cap Cerhera , séparent la France et l’Espagne. (Voir. § 20.)
Denombreuxcols ou « ports» s’ouvrent entre les crêtes de cette muraille escarpée ; mais, dans toute la partie centrale, ils sont d’un accès difficile et ne sont guère praticables que pour les muletiers. Les plus connus sont le port de Roncevaux, ditaussid J lbagnetta, célèbre par le souvenir légendaire de la mort de Roland, et qui de Saint-Jean Pied de Port conduit à Pampelune; le Sumport qui, parOloron et le fort d’Urdos, mène dans le val de Ganfranc (1), puis à Jaca et à Saragosse, et par lequel pénétra en France l’armée des Arabes vaincue peu de temps après à Poitiers par Charles Martel; le port de Cauterets qui passe au pont d’Espagne; le port de Gavarnie , célèbre par son cirque gigantesque couronné de neiges et sillonné de cascades, et par la brèche de Roland, profonde entaille faite par la nature dans le roc et
( 1 ) On rejoint aussi cette vallée espagnole par la vallée française des Eaux -Chaudes.
que la légende raconte avoir été pratiquée par Roland d’un coup de sa terrible épée ; le col de Bielsa , peu élevé et par suite très- fréquenté en hiver; puis, au sud de Bagnèresde-Luchon, le port d'Oo et, près de la Maladetta, le port de Vénasque , le plus fréquemment visité par les touristes; au delà, la route du val d’Arran qui, bien que situé sur le liane septentrional de la chaîne, appartient à l’Espagne, et communique avec la France par l’étroite gorge où se trouve le Pont-du-Roi, jeté sur la Garonne; deux routes, qui partent de Saint-Girons et ne sont plus dans la haute montagne que des sentiers; le chemin du val d’Andorre, situé sur le liane méridional de la chaîne, petite république comptant environ 18,000 habitants, et restant, depuis le temps de Charlemagne, indépendante entre la France et l’Espagne sous la protection desquelles elle est placée.
63. Les routes des Pyrénées. — De grandes c-outes carrossables, il n’y en a qu’aux deux extrémités de la chaîne, où les montagnes s’abaissent. Ce sont :
1° A l’occident, les deux routes qui partent de Bayonne, l’une longeant la mer et franchissant la frontière et la Bidassoa pour atteindre Fontarabie, l’autre s’engageant dans la montagne par Saint-Étienne de Baigorry, franchissant le col de Notre-Dame des Aldudes et aboutissant à Pampelune (4).
Le chemin de fer qui relie la France et l’Espagne suit à peu près le môme tracé que la première de ces deux roules.
2° A l’ouest, les routes qui partent de Perpignan, l’une se dirigeant vers le sud jusqu’à Boulou (2), puis s’engageant de là par le col de Perthus pour gagner Figuières en Espagne; l’autre remontant la vallée du Tet, par Prades, reliant à Mont-Louis la route qui vient d’Albi, puis celle qui vient
(1) La route de Suint-Jean Pied de Port devient chemin de mulets à la frontière.
(2) A Boulou, ur.e roule carrossable remonte le Tech, mais ne dosasse pas li frontière.
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de Foix, et traversant la frontière au passage de la Sègre par le col de la Perche pour aboutir presque aussitôt hPuy-
cerda.
Aussi ces deux extrémités sont-elles les points vulnérables de notre frontière du sud. A l'une et à l’autre, nos armées se sont battues durant les diverses guerres que nous avons eues avec l’Espagne, sous Louis XIV comme sous la République; maintes fois nous avons envahi par là l’Espagne, et c’est aussi par là, à l’extrémité occidentale, que l’armée anglo-espagnole a pénétré sur notre territoire à la fin de l’année 1813. C’est pourquoi l’art militaire a placé là ses forteresses, à l’ouest Bayonne , avec le fort d’Urdos et Saint- Jean Pied de Port pour postes avancés, à l’est Perpignan, avec Port-Vendres et la citadelle de Collioure sur le bord de la mer, le fort de Bellegarde au col de Perthus, Prats-de-Mollo sur le Tech, Viliefranche et Monl-Louis sur le Tet.
5 e côté :
Gâ. La frontière des Alpes. — La frontière commence à un ravin situé entre la ville de Menton et l’embouchure de la Roja, traverse bientôt celte rivière, et gagne le col de Tende , grande route qui conduit de Nice à Coni en Italie, pendant qu’à mi-côte la route pittoresque de la Corniche et que, le long de la mer, le chemin de fer conduisent de Nice vers Gênes; depuis le col de Tende, elle suit la crête des Alpes jusqu’au nord du mont Blanc.
On y trouve plusieurs cols, la plupart d’un accès difficile comme le col de Largentière ou col de la Madeleine, dans les Alpes maritimes, par lequel cependant François I er fit passer l’armée qui gagna la bataille de Marignan; d’autres, plus accessibles, comme le col du petit Saint-Bernard. Deux seulement donnent passage, comme le col de Tende, à des routes carrossables, à savoir : le col du mont Genèvre , conduisant de Briançon à Suse ou à Pignerol (par Fenes-
trel!e>), el le col du mont Cenis, suivi du Pas-de-Suse, conduisant de Chambéry à Turin. Le second était la grande route de communication de la France avec l’Italie ; on y a creusé un tunnel de près de 12 kilomètres et demi qui relie les chemins de fer italiens aux chemins de fer français; ce tunnel, qui passe au col de Fréjus, dans la direction du nord au sud entre le mont Cenis et le mont Tabor, est le plus long qui existe sur la terre.
Il faut citer encore, quoiqu’on dehors des limites de la France, deux passages du Valais, le col du grand Saint- Bernard franchi en 1800 par Bonaparte, et la route du Simplon, parce qu’elles font aussi communiquer la France et l’Italie.
A l’extrémité septentrionale du mont Blanc où se trouve le col de Balme, connu des touristes, la frontière suit le contre-fort désigné sous le nom d ’ Alpes du Valais , et atteint, au village de Saint- Gin golph , la rive méridionale du lac de Genève. Sur une longueur de 60 kilomètres, la France possède cette rive sur laquelle elle a deux petits ports, Evian et Thonon ; elle s’en détache au village génevois d’Hermance, enveloppe le canton de Genève avec lequel elle communique par trois routes, et traverse VArve et le Ithone.
Villefranche et Antibes défendent la côte de la Méditerranée. Les principales forteresses des Alpes sont : Sisteron, el Embrun , qui gardent les passages des Alpes maritimes elles hautes vallées de la Durance; Briançon , petite ville nichée, avec ses divers forts, à 1,400 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une étroite vallée que domine le mont Infernel et qui garde la route du mont Genèvre; derrière, sur la rive gauche de l’Isère, Grenoble , la plus forte place de celte région, dans une position pittoresque, ayant vue d’une part sur les pentes escarpées du mont Radiais dont les derniers gradins sont occupés par sa citadelle, el de l’autre sur les sommets souvent neigeux du Dauphiné et sur la plaine du Grésivaudan.
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G3. La frontière du Jura. — La frontière s’approche, en contournant le canton de Genève, de la rive septentrionale du lac, sans la toucher; à la hauteur de la petite ville suisse deNyon, elle remonte vers le Jura dontellesuit à peu près la crête jusqu à la ville suisse du Locle; elle longe ensuite le Doubs, le traverse deux fois, et s’enfonce en formant une sorte de demi-cercle autour de la ville suisse de Porenlruy.
Entre le Rhône et le Jura, le chemin de fer de Lyon à Genève s’est frayé un passage avec la pioche et la mine.
Les routes carrossables, qui, par le Jura, donnent accès en Suisse, sont : la route qui, comme le chemin de fer, passe au fort de l’Écluse; la route qui, par le col de la Faucille, débouche sur Gex , celle qui, par le col des Rousses , conduit de Dôle àNyon; la route de Pontarlier qui, se divisant en deux branches au fort de Joux, conduit, d’une part, à Orbe, et, de l’autre, à Neufchâlel par d-es vallées pittoresques : cette dernière route est sillonnée par un chemin de fer. Au nord on trouve la route de Mortcau au Locle et à Neufehâtel, la route de Baume-les-Dames à Bâle, Berne, etc., par Porentruy, puis la route et le chemin de fer de l’Alsace à Bâle.
Besançon , dans une presqu’île du Doubs dont l’isthme est un rocher couronné par sa forteresse, et Montbéliard sont les principales défenses de cette ligne. En arrière, sont les forts détachés de Lyon. En avant, le fort de Joux , sur la route de Pontarlier, le fort des Rousses sur la route de Lons-le-Saunier, le fort l'Écluse sur le penchant d’une montagne qui descend à pic dans le Rhône et qui barre la route de Genève, avec le fort de Pierre- C hâtel pour arrièregarde, sont comme les sentinelles de la montagne.
66. La frontière des Vosges. — La guerre funeste de 1870-71 a ravi à la France presque toute l’Alsace et une notable partie de la Lorraine, en tout plus de 14,000 kilomètres carrés. La frontière, qui naguère suivait la ligne du Rhin, va aujourd’hui des dernières pentes du Jura, près de Delle (restée française), au contre-fort des Vosges qui
ferme à l’est la petite vallée de la Savoureuse; elle gagne le sommet du Ballon de Giromagny , suit la crête des Vosges jusque vers la source de la Brusche qui coule aujourd’hui sous la domination prussienne. Les principaux passages sont la route de Giromagny restée française, le col de Bussang , le col de la Schlucht, le col du Bonhomme, la roule de Saint-Marie aux Mines qui conduisent de Lorraine en Alsace.
6 e côté :
G7. Entre Vosges et Meuse. — La frontière du Nord est bien plus vulnérable encore ; car elle ne présente à l’invasion ennemie ni le rempart d’un grand fleuve, ni celui d’une chaîne de montagnes, et, depuis que la grande forteresse de la Moselle, Metz, la ville si longtemps imprenable, est aux mains des Prussiens, la France est entièrement ouverte, et il n'y a plus que l'épaisseur de la Meuse entre la Prusse et la vallée de la Seine. A la source de la Brusche, la frontière s’écarte des Vosges, abandonnant à l’Allemagne les deux versants naguère français. Elle se dirige au nordouest, suit quelque temps le cours de la Vézouze, petit affluent de la Meurlhe, plus loin celle delà S cille qu’elle traverse plusieurs fois, franchit la Moselle h 8 kilomètres en aval de Pont-à Mousson, suit la direction du nord, passe sur le plateau de Mars-la- Tour et de Doncourt, villages célèbres par les combats de 1870 et placés aujourd’hui sur notre extrême frontière ; les Prussiens sont en possession de toutes les hauteurs qui bordent à Pouest la vallée de la Moselle ; la nouvelle frontière rejoint l’ancienne près de la source de l’Alzelte, à 10 kil. à l’est de Longwy. Ensuite la frontière court sur un plateau accidenté entre les deux petites vallées de la Semoy (en Belgique) et du C hiers (en France), affluents de la Meuse, traverse la Semoy, et se prolonge, au nord, à travers la forêt des Ardennes, le long de la Meuse qu’elle traverse en aval de Givet.
Longwy et Montmèdy sur le Chiers, Verdun , Sedan , Mè-
zières, Givet avec le fort de Charlemont, sur la Meuse, détendent cette frontière, la plus faible et surtout la plus menacée de toutes, depuis les perles cruelles que nous avons subies en 1870-71. Ce sont deux lignes de bataille que l’art de Vauban avait tracées pour disputer à une invasion le passage de nos cours d’eau ; mais un ennemi déterminé peut les tourner.
68. De la Meuse à la mer. — De Charlemont, la frontière remonte, vers le sud, le cours de la Meuse durant l’espace d’environ 25 kilomètres, puis s’écarte à l’ouest, franchit Y Oise qui n’est encore qu’un ruisseau né dans une forêt de la Belgique ; le terrain est déjà moins accidenté. Au delà, ce n’est bientôt plus qu’une plaine au milieu de laquelle la frontière serpente dans la direction du nord-ouest, en traversant successivement VHelpe, la Sambre , légèrement encaissée, Y Escaut à son confluent avec la Scarpe, puis en longeant la Lys de Menin (en Belgique) à Armentières (en France), et en aboutissant à travers un pays plat, coupé de marécages et de canaux et arrosé par YYser, à la côte de la mer du Nord, à 12 kil. au nord-ouest de Dunkerque.
Dix ou douze routes et cinq voies ferrées la traversent.
De toutes nos frontières, c’est la moins défendue par la nature, et une des plus importantes à défendre à cause de la proximité de la capitale : c’est ce qui explique comment toutes les grandes villes y sont devenues des forteresses. Elle est heureusement couverte aujourd’hui par un pays neutre, la Belgique. C’est sous Louis XIV que les plus importants travaux en ce genre ont été exécutés, et c’est à Vauban qu’ils sont dus. Les places fortes présentent à peu près toutes le même aspect : dans une plaine unie, une ceinture de bastions reliés par des courtines, rasant la plaine et projetant en pointes avancées divers ouvrages de terre; la place d’ordinaire est appuyée sur un canal ou sur une rivière qui remplit les fossés et qui peut, en cas de guerre, inonder les alentours.
Rocroi barre le chemin entre la Meuse et les Ardennes.
Entre la Meuse et la Sambre s’ouvre un angle par lequel on peut pénétrer aisément dans la vallée de la Seine. Ph;lippeville et Marienbourg, que le traité de 1815 nous a enlevés, le défendaient autrefois. Aujourd’hui, Rocroi , Maubeuge , Landrecies, sur la Sambre, ne suffisent à en protéger qu’un côté; mais la Fère, sur l’Oise, Boissons , sur l’Aisne, quoique loin de la frontière, barrent le passage des rivières.
Dans le département du Nord, Coudé , Valenciennes , Bouchain , Cambrai tiennent la ligne de l’Escaut; Douai et Arras, celle de la Scarpe; Lille, Bergues et Dunkerque complètent cette ligne de défense, appuyées sur les forteresses du Pas-de Calais et de la Somme (Saint-Omer, Aire, Béthune, Péronne). Tout ce système de fortifications, depuis les Vosges jusqu’à la mer, s’appuie sur les fortifications de Paris qui forment en quelque sorte l’arrière-garde et la réserve de la défense.