‹ La France (avec ses colonies) (volume 2)Chapitre 25 sur 87 · TA FRANCE · texte numérisé non relu

TA FRANCE

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trie, l’agriculture est subordonnée au climat et à la nature du sol. C’est principalement d’après le climat qu’ont été tracées les quatre grandes zones de culture qui coupent obliquement, du sud-ouest au nord-est, le territoire français :

1° La zone de l’olivier, dont la limite septentrionale est à peu près figurée par une ligne allant du pied des Corbières aux Alpes du Dauphiné, et qui comprend, sur la côte de Provence, la petite zone de r or nng ^j /

2° La zone du Maïs, clônt la limite septentrionale est à peu près figurée par une ligne allant de Tîle d’Oléron à la source de la Sarre, et qui renferme la zone du mûrier , zone secondaire dont la limite est une ligne courbe s’étendant jusqu’à Toulouse, et contournant le Massif central sur lequel ne poussent ni le mûrier ni le maïs;

3° La zone delà vigne, dont la limite septentrionale s'étend de l’embouchure de la Loire à la source de l’Oise ;

4° Au nord de cette ligne, la zone du pommier.

Chaque ligne marque seulement le point septentrional au delà duquel la température ne permet plus la culture indiquée, et elle n’est pas elle-même une limite absolue ; car on cultive du maïs en Bretagne et même en Flandre; dans la Seine-Inférieure, on trouve près de 20,000 hectares de vignes, tandis qu’on n’en plante pas dans la Beauce, et qu’elle ne pousserait pas sur le Massif central ; à Cherbourg, grâce aux tièdes émanations de la Manche, on fait venir en pleine terre des plantes qui ne poussent à Paris que dans des serres.

84. La région des céréales. — Les céréales, autres que le maïs, 7i ont pas de zone proprement dite, et poussent surtout le territoire français, à l’exception de certains rivages de l’Océan et des sommets des montagnes. Cependant elles ne viennent pas également bien dans toutes les terres; le froment aime les sols riches ; le seigle le remplace avec avantage dans les sols pauvres, sous les climats froids et dans les régions élevées. L’orge, quoique d’une acclimatation

l'agriculture.

facile, craint les contrées humides; l’avoine, au contraire, redoute la grande sécheresse et prospère particulièrement dans nos départements du nord.

85. L’altitude. — L'élévation des terrains au-dessus du niveau de la mer, la constitution géologique du sous-sol, l’exposition au soleil levant ou au soleil couchant, au nord ou au midi, exercent en effet une influence non moins notable que le climat sur la production agricole. Sous le rapport de l’altitude, on distingue trois régions:

1° La région des montagnes, qui forme moins du cinquième du territoire français, et s’étend, d’une part, par les montagnes granitiques et schisteuses des Alpes, des Pyrénées et des Vosges, sur 13 départements; d’autre part, sur 7 départements, par les montagnes calcaires du Jura et de la Provence. Les rochers, les forêts et les pâturages y dominent.

2° La région des plateaux, qui forme environ le quart du territoire, et comprend, d’une part, les plateaux granitiques ou schisteux, celui du Centre s’étendant sur 16 départements, celui de Bretagne s’étendant sur 11 départements, celui des Ardennes sur un département; d’autre part, les plateaux calcaires, celui des Causses sur 2 départements, celui de Languedoc sur 2 départements, celui du Quercy . sur un département, celui du Haut-Poitou sur 3 départements, celui de Bourgogne sur 5 départements, et celui de Lorraine sur 3 départements. On y trouve, à côte des céréales, les bois, les pâturages, les bruyères.

3° La région des plaines, qui forme plus de la moitié du territoire, et se compose de la partie centrale des grands bassins des fleuves; elle comprend : 1° la Champagne (3 départements) et la Neustrie (22 départements) qui représente à peu près le bassin de l’ancien golfe de la Seine durant la période calcaire, c’est-à-dire avant l’existence de l’homme; 2° l’Aquitaine (12 départements) qui représente l’ancien golfe de la Garonne; 3° la Limagne ou vallée moyenne de l’Ailier ; 4° la Bresse, portion de la vallée de la

Saône. Là dominent les terres labourables et les prairies.

86. Les outils. — Pour la culture, on emploie un trèsgrand nombre d’instruments qui varient, comme les outils d’un ouvrier de fabrique, selon le genre de façon que Ton veut donner, et qui, comme les autres outils, se perfectionnent et tendent à devenir plus automatiques, à mesure que l’agriculture devient plus riche et plus savante.

La première façon à donner au sol est le labourage, qui consiste à retourner la terre et qui a pour objet de détruire les mauvaises herbes et de mettre les mottes de terre en contact avec l’air, l’eau et la lumière. On la donne, à la main, avec la houe ou la bêche, surtout dans la petite culture et sur la pente des montagnes, plus souvent à l’aide d’un attelage de bœufs ou de chevaux, avec la charrue , le plusim portant des instruments agricoles. Il y a un grand nombre d’espèces de charrues, depuis l’araire, qui n’a pas de roues et qui est surtout usité dans les terres légères et F, g. 3. — Charrue en fer. dans le Midi, jusqu’aux char-

Long. 2*«,5 o. rues-défricheuses à vapeur ; on

comprend, en effet, qu’elles doivent varier, non-seulement

Semoir. Larg.

Moissonueuse.

Jk : mi —

avec les progrès de la science agricole, mais aussi avec la nature du travail que l’on doit exécuter et du terrain sur lequel on l’exécute, de môme que la forme et la dimension des limes varient avec l’objet que l’on veut fabriquer et le métal que l’on emploie. Nous donnons ici, comme exemple, une charrue en fer. (Voir la fig. 3 représentant une charrue perfect.)

Après les semailles, la herse et le rouleau servent à recouvrir les semences, à lasser la terre, à écraser les mottes. Depuis que la mécanique agricole s’est perfectionnée, on emploie dans beaucoup d’exploitations des semoirs qui remplacent avec avantage les semailles faites à la volée, de main d’homme. (Voir la fig. 4, à la page 77.)

Quand le lemps de la récolte est venu, s’il s’agit d’une céréale, on moissonne à la main, c’est-à-dire avec la faucille , la faux ou la sape , quelquefois aussi avec la moissonneuse mécanique que quelques grandes exploitations essayent d'introduire dans leur outillage. (Voir la fig. 5, à la page 78.)

Pour séparer le grain de la paille, on le bat; dans certaines régions du Midi, en le faisant piétiner par des chevaux, dans le Nord, en frappant les gerbes avec le fléau ; mais on remplace avec profit ce travail peu parfait ou pénible par la batteuse mécanique, grande machine mue par une locomobile , et qui, malgré son prix, se répand aujourd’hui non-seulement dans la grande culture où chaque propriétaire possède sa batteuse, mais dans la petite culture où la batteuse s’installe dans le village et loue ses services. (Voir la fig. G, à la page 79*)

Les prairies nécessitent d’autres instruments: râteau , faneuse , faucheuse ; chaque genre de culture aies siens qu’il serait inutile d’énumérer et qui, avec les charrettes , etc., composent le mobilier de l’agriculture. Ce n’est pas ici le lieu de le faire connaître en détail; nous voulons seulement que, de bonne heure, les élèves se familiarisent avec les machines perfectionnées de la culture moderne.

87. La nature des terrains. — La connaissance de ces divisions ne suffit pas encore pour apprécier la valeur d’un

l’agriculture.

Si

sol; dans chaque zone et dans chaque région, il y a des champs de nature et de richesse très-diverses. Il faut tenir compte d’un grand nombre d’autres circonstances secon daires pour le géographe, capitales pour l’agronome, au nombre desquelles il convient de placer le voisinage d’une grande ville ou la facilité des communications pour exporter les denrées ou pour apporter les engrais : dans ce dernier cas, on triomphe des obstacles de la température et du sol par des soins plus savants et plus coûteux.

Dans la région des plaines et des plateaux particulièrement, toutes les terres de labour, qui forment à elles seules à peu près la moitié de notre territoire (plus de 26 millions d’hectares), sont loin de se ressembler. Quel qu’en soit le sous-sol, qui lui-même a une grande importance pour juger de la productivité, la surface ou sol arable forme un lit peu épais, composé de débris des roches et des couches voisines, dans lequel on ne retrouve pas toujours les mêmes éléments ou dans lequel on les retrouve mélangés à diverses doses. Selon que l’un ou l’autre domine, on a classé les terres de labour en quatre espèces :

1° Les terres siliceuses , qui contiennent plus de moitié de sable siliceux. Elles se dessèchent promptement. Sous un climat suffisamment humide, elles donnent de belles récoltes; mais sous un climat sec, elles sont d’un médiocre produit. Cependant, dans le voisinage des villes, lorsqu’on peut leur donner de l’eau en abondance, elles conviennent à la culture maraîchère, et, lorsqu’elles sont caillouteuses et bien exposées sur la pente d’une colline, elles constituent d’excellents vignobles.

2° Les terres argileuses , dans lesquelles domine l’argile formée par la décomposition des roches feldspathiques. Ce sont des terres grasses, compactes, rudes à labourer, avides d’eauj d’amendements et d’engrais, mais qui, bien traitées, récompensent largement le cultivateur de la peine qu’elles lui ont coûtée.

3° Les terres calcaires } dans lesquelles domine le carbo-

nate de chaux. Ce sont des terres ordinairement blanchâtres, toujours froides, légères et friables. La vigne se plaît souvent dans ces terrains, généralement ingrats pour le laboureur.

4° Les terres d'humus , dans lesquelles dominent les débris organiques ayant formé par leur décomposition le terreau ou la tourbe; terres noirâtres, riches quand on peut suffisamment les aérer et les amender, mais qui ne peuvent être utilisées pour la culture des céréales sans un assainissement préalable.

D’ailleurs, le sable, l’argile, le calcaire et l’humus se retrouvent souvent mélangés dans un même terrain. En proportion convenable, ils constituent un sol excellent; beaucoup d’agriculteurs désignent sous le nom de terres franches celles où l’argile et le sable se mêlent également. Beaucoup n’emploient que deux dénominations pour désigner les terres où le rapport n’est pas convenablement équilibré : terres fortes où l’argile est en excès, terres légères où domine le carbonate de chaux ou le sable. Quant aux terres d’humus, elles ne sont qu’une exception en agriculture.

88. Les amendements et les engrais. — La culture doit se préoccuper, relativement aux terres, de deux choses: établir l’équilibre lorsqu’il n’existe pas, et rendre au sol par des amendements , à la culture par des engrais, les principes fertilisants que les récoltes lui enlèvent. Amendements et engrais agissent souvent de la même manière et peuvent être confondus théoriquement.

Les deux principaux amendements sont la marne , qui convient aux terrains argileux ou sablonneux, selon qu’elle est elle-même calcaire ou argileuse, et la chaux, qui a pour principal effet de hâter la décomposition des matières organiques; le sable, le plâtre, la terre calcinée sont assez fréquemment employés.

Les principaux engrais sont :

1° Les engrais de ferme qui se produisent et se consom-

L’AGRICULTURE

ment le plus souvent sur place, engrais en vert qui consistent en plantes cultivées ou sauvages qu’à l’époque de leur floraison, on enfouit en terre par un labour, et en fumier qui provient soit de la litière des animaux à l’écurie et à l’étable, soit du séjour des animaux eux-mômes sur le terrain.

2° Les engrais commerciaux , que les cultivateurs achètent à l’industrie ou au négoce, poudrette, cendres , noir animal, boues des villes, tangue des bords de l’Océan, guano ou fiente des oiseaux qu’on tire en grande partie de certaines îles d’Amérique, et en général tous débris, résidus ou dé* jections, quels qu’ils soient, provenant de végétaux ou d’animaux; il faut ajouter à cette liste les engrais factice*, composés de sels divers parmi lesquels le phosphate de* chaux et les dérivés de l’ammoniaque jouent un grand rôle. C’est la région du nord qui en emploie le plus.

89. Les régions agricoles. — D’après les diverses données du climat, du sol et de la culture, l’administration a partagé la France en neuf régions agricoles, contenant en moyenne 6 millions d’hectares chacune (1) :

(1) M. de Lavergne ne reconnaît, que six régions. Souvent l'administration fait une dixième région en séparant la Corse de la région du Sud-Est. Relativement aux concours régionaux, l’administration partage la France eri douze régions (même en 2S),qui sont (voir la carte n° 12):-

l re Région : Calvados, Eure, Eure-et-Loir, Manche, Orne, Sarthe, Seine-Inférieure.

2 e Région : Côtes-du-Nord, Finistère, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Mayenne, Morbihan.

3 e Région: Aisne, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Seine, Seine-et-Marne- Seine-et-Oise, Somme.

4 e Région : Allier, Cher, Indre, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Loiret, Nièvre.

5 e Région : Ardennes, Meurthe, Meuse, Vosges.

6 e Région : Aude, Côte-d’Or, Doubs, Marne, Haute-Marne, Haute- Saône, Yonne.

Ré g on : Charente, Charente-Inférieure, Dordogne, Gironde, Deux- Sèvres, Vendée, Vienne, Haute-Vienne.

8 e Région : Ariége, Haute-Garonne, Gers, Landes, Lot-et-Garonne, Basses-Pyrénées, Tarn-et-Garonne.

(Toir la carte n° 9.)

Au nord-ouest:

1° Lu région du nord-ouest (9 déparlements), comprenant la Basse- Normandie avec la campagne de Caen, si riche en céréales, et surtout avec ses gras pâturages dont le Cotentin et le Bessin fournissent le type le plus complet, avec ses nombreux troupeaux de moutons, de bœufs et de chevaux ^ le Maine , terre fertile, non moins célèbre par son chanvre que par ses chevaux percherons et ses volailles engraissées ; la Bretagne (moins le département de la Loire- Inférieure), dont le sol granitique est assez bien cultivé sur les côtes, grâce aux engrais que la mer fournit, mais présente, au centre, de vastes landes où paissent* au milieu des bruyères et des ajoncs, de petits chevaux, sobres et robustes, et une race de petites vaches donnant un lait excellent. On y fait plus d’orge, plus de chanvre, beaucoup plus de sarrasin que partout ailleurs, et nulle part les bêles à cornes ne sont aussi nombreuses.

2° La région du nord (11 départements), comprenant la Flandre, V Artois et la Picardie , pays riche et très-peuplé, couvert de grandes fermes, où la terre, fertilisée par des engrais, savamment aménagée, donne abondamment, à côté des céréales, la betterave, le colza, rœilletle, le lin, le houblon ; la Haute- Normandie,, avec le pays de Gaux que ses fermes entourées d’arbres font ressembler à un vaste jardin; V Ile-de-France et le département à? Eure-et-Loir, contrées qui, renfermant les bonnes terres à blé du Sois-

0 e Région : Aveyron, Cantal, Corrèze, Creuse. Lot, Puy-de-Dôme, Tarn.

10 e Région : Ain, Jura, Loire, Rhône, Saône-et-Loire, Savoie, Haute- Savoie.

11° Région : Alpes-Maritimes, Aude, Bouches-du-Rhône, Corse, Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales, Var, Vaucluse.

12 e Région: Basses-Alpes, Hautes-Alpes, Ardèche, Drôme, Isère, Haute-Loire, Lozère.

L’AGRICULTURE

sonnais, de la Brie et de la Beauce, approvisionnent Paris de ses meilleurs fruits et des légumes les plus estimés, et dont les campagnes, dans le voisinage des bois et des rivières, sont peuplées chaque jour de très-nombreuses maisons de plaisance. C’est par excellence la région du froment, de l’avoine, de la betterave, des légumes secs, des graines oléagineuses, du lin, du houblon, des cultures jardinières et des prairies artificielles ; c’est aussi celle qui compte le plus de chevaux et d’ânes.

Au nord-est :

3° La région du nord-est (10 départements), comprenant, la Champagne , immense plaine crayeuse, jadis aride et rebelle à toute autre végétation que celle des arbres verls^ aujourd’hui en partie domptée par les amendements, qui, cependant, ne donne que de médiocres récoltes, sinon dans la Brie, dans le Bassigny et sur le bord des rivières, mais qui offre en compensation deux abondantes sources de revenu : la laine que fournissent les moulons des pâturages, et le vin que donnent les vignes des coteaux situés sur la lisière du terrain crétacé ; la Lorraine , avec la plaine de la Moselle qui commence à s’élargir dans le département de la Meurthe et offre toute l’apparence de la richesse avec ses vignes sur les coteaux et ses prairies artificielles dans les fonds, avec ses chevaux et ses nombreux porcs, bornée à l’ouest par l’étroite vallée de la Meuse peu propice aux céréales, mais abondante en bois, à l’est,, par la chaîne des Vosges qui élève ses croupes arrondies toutes couvertes de beaux pâturages et de magnifiques forêts de sapins. Sur le revers oriental de cette chaîne, est Y Alsace avec sa plantureuse plaine, ravie, en 1871, à la France avec la portion nord-est de la Lorraine. Dans aucune région, la pomme de terre n’est plus cultivée; les bois y occupent le tiers de la superficie.

4° La région de l’est (11 départements), comprenant la Franche-Comté , la plus grande partie de la Bourgogne , le

LA FRANGE

Lyonnais , la Savoie et le département de V Isère. Ces diverses provinces sont loin de présenter un caractère uniforme.

Le Jura, dans lequel domine la petite propriété, est cultivé avec soin. Le paysan ne craint pas le travail ; il soutient sur les pentes sa terre avec des murailles de pierres sèches ; et, quand les orages ouïes neiges l’entraînent dans la vallée, il la charge dans sa hotte et la remet en place. Certains coteaux produisent des vins estimés ; dans les parties élevées, les pâturages dominent et se mêlent aux plus belles forêts de sapins et de mélèzes que possède la France ; pâturages excellents , nourrissant de bonnes vaches laitières : aussi la grande industrie agricole de ces montagnes est-elle la fabrication des fromages.

Dans la vallée de la Saône proprement dite, la plaine, sur la rive droite de la rivière, est bordée de coteaux tout couverts de vignes ; là sont les vins fins qui ont fait donner le nom de Côte-d’Or aux collines qui les portent; sur la rive gauche, s’étendent les riches campagnes de la Bresse, qui donnent à la fois le froment, le maïs et la vigne, qui engraissent des volailles, et, dans leurs vastes prairies, nourrissent de beaux moutons.

Tout autre est l’aspect des Dombes, enfermées entre l’Ain, le Rhône et la Saône; ce ne sont que marais dont le sous-sol, formé d’une argile compacte, retient les eaux, et dont les habitants, décimés par les fièvres, ont su tirer profit en exploitant le poisson, puis en soumettant pendant un an à la culture le sol de l’étang desséché et fertilisé par le limon.

Au delà du Rhône, la Savoie et l’Isère ont le caractère alpestre. La vallée du Rhône proprement dite est étroite jusqu’à Montélimart; à droite du fleuve, les montagnes du Vivarais, avec leurs rocs de basalte ; peu de céréales, mais le châtaignier, le noyer, le mûrier abondent; c’est là que poussent les marrons de Lyon, et que commence la grande industrie rurale du Midi, l’élevage du ver à soie. A gauche, le territoire est tout sillonné de longues et hautes chaînes.

l’agriculture.

Les pâturages escarpés nourrissent une partie des chèvres dont la peau est employée à la fabrication des gants et de nombreux moutons qui viennenty passer l’été; hautesmontagnes, pâturages et forêts de sapins. Dans les vallées, la petite culture règne, on é’iève des abeilles ; dans l’Isère on trouve des champs fertiles couverts de froment, de maïs, de chanvre, etc., et ombragés de mûriers ou d’érables autour desquels serpente la vigne. Le climat est rude l’hiver; les neiges éternelles couvrent les pics les plus élevés, et on rencontre, en remontant l’Arve, le mont Blanc, la plus haute montagne de l’Europe, gigantesque masse de granit aux sommets dentelés, toute couronnée sur une longueur de cinq à six lieues de dômes de neige d’où descendent jusque dans la vallée de Chamounix de larges glaciers.

Au sud-est :

5° La région du sud-est (I l départements), comprenant, outre la Corse, toute la vallée du Rhône au midi de Saint- Rambert, c’est-à-dire une partie du Dauphiné , le Comtat, la Provence, le Comté de Nice , et, de l’autre côté du fleuve, les départements de la Haute- Loire , de Y Ardèche et du Gard

On y retrouve encore les Alpes, leurs paysages pittoresques, leurs pâturages et leurs moutons. On y trouve aussi la plaine fertile du Valentinois et surtout du Comtat que d’habiles irrigations ont depuis longtemps transformée en un jardin comparable à la Lombardie.

Au midi, le sol de la Provence occidentale, brûlé du soleil et tout sillonné de montagnes, souvent nues ; près du Rhône, la grande plaine de la Crau, toute formée de cailloux roulés parle Rhône, ayant très-peu d'arbres, et, l’été, très-peu d’habitants; l’hiver, elle se couvre d’une herbe line, et les moutons, qui quittent alors les pâturages alpestres, viennent par centaines de mille y chercher leur nourriture; dans le delta même du Rhône, la Camargue, terre

basse composée de limon sans cailloux, marécageuse, où paissent d’immenses troupeaux de bœufs et de chevaux à demi sauvages. La Haute-Provence, vallée supérieure de la Durance, appartient au climat des Alpes ; la rivière, souvent débordée, y exerce ses ravages, et les dévastations des torrents semblent y devenir plus fréquents à mesure qu’on dépouille les montagnes de leurs forêts.

La Provence orientale et le Comlé de Nice contrastent avec les deux autres parties; la mer azurée resplendit des feux du soleil; le rivage et les vallées, protégés par des montagnes et des forêts de chênes-lièges, jouissent du climat de ritalie tempéré parles brises de la Méditerranée ; là, poussent les orangers, les aloès et parfois les palmiers (Nice, etc.); les grands oliviers, les mûriers étêtés, les citronniers odorants se pressent à côté les uns des autres dans les mêmes campagnes à côté du blé, des légumes ei des fleurs (immortelle, jasmin, cassie, héliotrope, rose, laurier, thym, tubéreuse, violette, etc.).

A la droite du Rhône, le Vivarais étale ses rocs de basalte; peu de céréales, mais le châtaignier, le noyer et le mûrier; puis, au delà, le Velay non moins montagneux et plus pauvre ; au midi, la plaine de Nîmes, une des plus fertiles de France, avec ses champs de vignes ou de blé au milieu desquels les oliviers et les mûriers sont semés, comme les pommiers en Norma ndie, mais une des plaines les plus exposées aux inondations.

La Corse est une contrée montagneuse, très-boisée et peu cultivée.

Cette région est celle des mûriers, des oliviers, des pâturages de montagnes, mais c’est aussi la moins productive en céréales.

6° La région du sud (10 départements), comprenant la plus grande partie du Languedoc et le Roussillon , c’est-àdire le rivage méditerranéen avec ses lagunes et ses marais dont les roseaux fournissent de l’engrais à la plaine, et avec ses vins qui depuis quinze ans l’ont enrichi; la plaine

L’AGRICULTURE

de l’Hérault n’est pour ainsi dire qu’un immense champ de vignes.

Au delà des Gévennes, le Quercy et l’ Albigeois, que caractérisent le maïs et la vigne.

Puis le Rouergue , le Gévaudan et les départements du Cantal et de la Corrèze qui, tout différents des bords de la Méditerranée, dépendent du Massif central et rappellent les climats du nord : sol granitique ou calcaire, champs de sarrasin, forêts, châtaigneraies et pâturages.

Nulle part on ne fait moins de froment, moins de betteraves ou d’autres racines, ni plus de seigle.

Au sud-ouest :

7° La région du sud-ouest (9 départements), comprenant le reste de la Guyenne et Gascogne , le Comté de Foix et le Béarn , et embrassant des régions agricoles très- diverses ; au midi, la ligne des Pyrénées avec ses longues vallées parallèles dont les pâturages nourrissent bœufs, chevaux et mulets, et dont les fonds produisent du maïs et du lin ; en descendant vers le nord, on rencontre l’Armagnac avec ses vins, le Comminges avec ses pâturages, les Landes où un sous-sol imperméable a formé des marécages pestilentiels, et étendu longtemps sur la contrée la solitude du désert ; les forêts de pins maritimes et, beaucoup plus rarement,, de chênes-lièges, y réussissent seules ; aujourd’hui elles couvrent une grande partie de la contrée. Près de la Gironde, les coteaux fameux par leurs vins, et, au delà du fleuve, les plantureuses vallées de la Dordogne.

C’est par excellence la région du maïs et de la vigne.

8° La région de l’ouest (9 départements), comprenant la Saintonge , pays riche, surtout en vignes, V Angoumois , pays pauvre, le Haut-Limousin , portion du Massif central, le Poitou, dont la côte est marécageuse, mais qui nourrit dans ses prairies un nombreux bétail; puis, sur les bords de la Loire, la Touraine, surnommée le jardin de la France, V Anjou, avec ses champs plantés de pommiers et bordés de

haies, et ses fruits renommés, et le riche département de

la Loire- Inférieure .

Au centre :

9° La région du centre (9 départements), comprenant la Marche , pays pauvre et montagneux, une partie del’Awvergne (département du Puy-de-Dôme), où, à côté des montagnes volcaniques, se trouve la Limagne, la plus fertile terre de France, le Bourbonnais, bonne plaine, le Nivernais , montagneux et boisé, la Basse- Bourgogne, avec des plaines très-productives et de riches vignobles ; la majeure partie de Y Orléanais (Loiret et Loir-et-Cher) et le Berry , vastes plaines d’alluvion bien cultivées, mais où se rencontrent cependant quelques sols ingrats comme celui de laBrenne, toute marécageuse, et celui de la Sologne, terre humide, avec son sous-sol argileux et rebelle à la culture, faute de calcaire .

C : est la région des prairies naturelles et du bétail, bœufs et moutons; c’est aussi la région où la jachère est le plus généralement pratiquée.

90. Les pays. — Des divisions plus anciennes et plus persistantes sont celles des pays dont le nom et quelquefois aussi la superficie rappellent les « pagi a de l’époque gallo-romaine. Nous en avons déjà cité plusieurs. Les pays sont des subdivisions de provinces aux limites souvent indéterminées, et ils ont pour la plupart une constitution géologique ou tout au moins une physionomie particulière ; c’est pourquoi ils sont demeurés, à travers les temps, dans le langage des populations, et ils sont souvent utiles à connaître au point de vue agricole. Voici la nomenclature des principaux pays classés par province :

(Voir la carie n° S.)

1° Au nord-ouest:

I. Flandre. — Flandre (maritime, wallonne, flamingante), Cambrésis, Hainaut français.

L 'agriculture.

IL Artois.

III. Picardie. — Pays reconquis. Boulonnais, Ponthieu , Vimeux, Amiénois , Santerre, Vermandois , Thiérache .

IV. Normandie. — Haute- Normandie, comprenant Bray, Caux , Vexin normand, Roumois, Lieuvin. Campagne d’Evreux ; et Basse-Normandie , comprenant Ouche, Houlme, Marches, campagne de Caen, vallée d’ Auge, Bessin, Bocage normand, Cotentin , Avranchin.

V. Bretagne. — Divisée en duché de Retz, Nantois, Haute- Bretagne et Basse-Bretagne, subdivisée en neuf évêchés ou diocèses et comprenant les pays d’Armor, de Léon, de Cornouailles, de Trégorois, etc.

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