L’AMÉRIQUE FRANÇAISE
281 . La Guyane. — Dans le voisinage de l’équateur, sur la côte nord-est de l’Amérique du Sud, entre l’embouchure de l’Orénoque et l’embouchure du fleuve des Amazones, s’étend une vaste contréè arrosée par un grand nombre de
1. Pomotou signifie îles soumises. Les indigènes ont réclamé et, dans les documents officiels, on dit Touamotou (îles lointaines).
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cours d’eau, comprenant, 1° sur la côte, jusqu’à une soixantaine de kilomètres dans l’intérieur, les terres basses, le plus souvent marécageuses, avec des côtes couvertes de palétuviers et des savanes noyées; 2° à partir des premières cataractes des rivières, des terres hautes, couvertes d’immenses forêts vierges, de cèdres noirs, de bagasses, d’ébéniers, d’acajoux ; on la désigne sous le nom de Guyane.
La portion qui s’étend depuis la rivière Maroni jusqu’à la rivière Oyapoh forme la Guyane française (voir ta carte ix de la planche n° 15); les principaux cours d’eau qui l’arrosent sont, outre les deux que nous venons de citer, le Mana, 1 e Sinnamari , le Kourou, la rivière de Cayenne ou Oyak , l’Approuague ; la portion s’étendant entre l’Oyapok et la rivière Vincent-Pinçon forme un territoire contesté entre la France et le Brésil, mais sur lequel n’existe aucun établissement. On peut dire approximativement que la superficie de ce territoire égale presque celle de la France; mais les quatorze quartiers habités de la colonie, situés aux embouchures des principales rivières, n’ont guère que 1 million d’hectares et une population de 25,000 individus , dont une partie formée par des Indiens entièrement sauvages, une partie par l’administration et la garnison, une partie par les forçats qu’on y transporte depuis 1852; la population blanche librement fixée dans le pays n’excède pas un millier d’individus.
Le chef-lieu de la colonie et du quartier de Cayenne, le plus important de tous, est la ville de Cayenne , située dans l’île et à l’embouchure de la rivière du même nom ; les constructions y occupent à peine un espace de 100 hectares ; quatre autres quartiers sont à l’embouchure de la même rivière. Au nord de rembouchure du Kourou , sont les trois îles du Salut, où se trouvent les deux principaux pénitenciers.
Après le riz, le maïs , l’igname et le manioc , qui nourrissent les habitants, les principales cultures sont le rocouyer, grand arbrisseau dont la graine fournit une sub-
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stance tinctoriale rouge, dite rocou, que l’on extrait de la graine par ébullition et que l’on expédie en pains; le caféier; la canne à sucre; le giroflier et le cacaoyer, qui donne de médiocres produits. On commence à exploiter le bois des forêts quia des qualités supérieures (angélique, balato, cèdre noir, etc., et l’écorce à tan du palétuvier).
La colonie importe principalement des vivres, et exporte de l’or, du rocou, des clous de girofle, les plus estimés après ceux des Moluques, un peu de sucre, du cacao de qualité médiocre et du bois; le total atteint à peine 1 million à l’exportation et 9 millions à l’importation.
282. La Martinique. — Au nord de la Guyane, commence une longue bande d’îles orientées du sud au nord et désignées sous le nom de Petites Antilles ou îles du vent. La Martinique (voir la carte XI de la planche n° 15.) est une de ces îles et occupe à peu près le milieu du groupe ; sa superficie est de 98,000 hect., dont le tiers seulement est cultivé; elle est montagneuse et quelques-uns de ses pitons dépassent 1,200 mètres (la montagne Pelée et le piton du Carbet) ; de ses hautes vallées, couronnées de forêts impénétrables, descendent un très-grand nombre de ruisseaux ou de rivières qui arrosent de petites plaines fertiles au sud, pierreuses et arides au nord-ouest. La côte, à l’est, bordée de récifs madréporiques, est peu hospitalière ; à l’ouest, elle est rocheuse, abritée du vent et creusée de baies qui fournissent de bons abris : la baie du Marin au sud, la rade de Saint-Pierre au nord, la baie de Fort de France au centre , la meilleure rade de toutes les Antilles.
La population est de 135,000 individus, dont plus de 100,000 sont noirs ou mulâtres; pour suppléer au travail des esclaves, on a introduit à la Martinique, comme à la Réunion et à la Guadeloupe, des travailleurs africains , indiens et chinois, engagés temporairement, lesquels forment aujourd’hui à peu près le dixième de la population.
La Martinique compte 25 communes, dont quatre sont de gros bourgs, mais dont deux seulement, les chefs-lieux
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des deux arrondissements, sont des villes : Saint-Pierre (23,000 hab.), le principal port de commerce, et Fort-de -
Fig. 61. Caféier. H. 3™ ,
France (1^,000 hab.), siège du gouvernement, dont l’importance commerciale augmente depuis que son port est le point de relâche des paquebots transatlantiques français du Mexique.
Après les vivres (manioc, banane, igname, patate, etc.) que nie produit en quantité insuffisante, la principale culture est celle de la canne, qui occupe près des 2/3 du sol arable; le café, le cacao, le coton, ont peu d’importance. (Voir tab. de Stax. n os 63 et 64.)
Le caféier (voir, p. préc., la fig. 63, représ, un caféier et un fruit ( b ) à moitié coupé) est un beau et grand arbrisseau toujours vert, qui donne un fruit semblable à la cerise, non comestible, dont le noyau contient deux graines ou fèves accolées par leur surface plate; chacune de ces graines est un grain de café que Ton détache ordinairement à l’aide d’un moulin à décortiquer et qu’on laisse ensuite sécher au soleil. Il a été longtemps la principale culture des Antilles; on y revient.
Les cacaoyers (voir la fig. 64, représentant une branche de cacaoyer, et un fruit (a) coupé en deux) sont des arbrisseaux de
diverses especes, dont les fruits, désignés sous le nom
de cabosses, sont des baies contenant une quarantaine de graines; ces graines, défachées des baies, séchées dans des fosses, avec un léger commencement de fermentation, constituent le cacao; celui des îles est estimé.
L’exportation (19 millions) consiste principalement dans les produits de la canne, sucre brut , rhum et mélasse, dont la fabrication s’est confitures, mêlasse ; il faut y ajou-
Fig.
62 H. 0 ra ,35.
tafia ou eau-de-vie de notablement améliorée 1
1. A proprement parler, le rhum est la liqueur tirée directement du jus de la canne ou vesou, avec lequel on fait le sucre et le tafia, la liqueur de qualité inférieure, tirée de la mélasse, c’est-à-dire du résidu du vesou qui n’a pas pu cristalliser. Cette distinction tend à s’effacer.
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ter le cacao de qualité secondaire, un peu de café, le plus estimé après le moka, et la casse, fruit du canéficier, en forme de gousse, un peu de coton et de bois de Gampêche.
L’importation (26 millions) consiste en denrées alimentaires, farines, riz, viandes et poissons salés, beurre; en vins; en tabac; en tissus, vêtements, en meubles, et, pour alimenter l’industrie sucrière, en machines et en houille.
L’ensemble du commerce, qui est environ de 45 millions, se fait principalement avec le Havre, Marseille et Saint-Nazaire.
283. La Guadeloupe et ses dépendances. — A 100 kilomètres au nord, séparée delà Martinique par l’île anglaise de la Dominique, est la Guadeloupe. La Guadeloupe se compose de deux îles, séparées par un petit détroit, la rivière salée, qui n’a pas en moyenne plus de 60 mètres de largeur: 1° la Guadeloupe proprement dite, à l’ouest, dont le centre montagneux et très-boisé renferme un volcan remarquable, la Soufrière (1,484 mètres), et dont le sol léger est arrosé par un très-grand nombre de ruisseaux; 2° la Grande-Terre, à l’est, dont le sol est bas, sans rivières, et dont la terre grasse est partout labourable. La superficie totale est d’environ 165,000 hectares. (Voir la carte XI de la planche 22.)
Dépendant de la Guadeloupe, sont quelques îlots et plusieurs îles :
1° A 10 kilom. à l’est de la pointe des Châteaux, la Dèsidéracle (2,720 hect.), île rocheuse et peu productive;
2° Au sud-est, Marie-Galante (env. 15,000 hect.), dont le sol est fertile et le centre boisé, avec Grand-bourg pour chef-lieu et pour principal mouillage;
3° A 12 kilom. au sud de la pointe à Launay, les Saintes (1,422 hect.), composées de cinq îlots, d’un sol mon'ueux, mais où se trouve un bon mouillage, très-fortifié, pour les vaisseaux de guerre ;
4° A environ 200 kilom. au nord, l’île Saint- Martin dont la partie méridionale est hollandaise et Ja partie septentrionale, avec l’ilot de Tintamare (env. 5,0(1 D hect.), for-
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niant les 2/3 de 1 île, est française; le sol est très-montagneux et peu fertile; le Marigot est le chef-lieu et le principal mouillage de cette partie.
La Guadeloupe, avec ses dépendances, a une population de 138,000 habitants et forme trois arrondissements: 1° celui de la Basse-Terre qui comprend Saint-Martin et les Saintes, avec la ville de Basse-Terre, sur la côte sud-ouest de la Guadeloupe proprement dite, siège du gouvernement : 2° celui de la Pointe-à-Pitre, qui comprend la Désidérade et s’étend sur une partie de la Guadeloupe propre, avec Pointe-à-Pitre sur la côte sud-ouest de Grande-Terre, près de l’embouchure delà rivière salée, excellente rade et principale place e commerce de la colonie, et le Moule, le seul abri de toute
la cote orientale; 3° celui de Marie-Galante comprenant l’île de ce nom.
Gomme à la Martinique, la canne est la culture dominante. En second lieu, les denrées alimentaires et principalement le manioc et l’arbre à pain, et, en troisième lieu, le café, sur les terrains d’élévation moyenne où la canne ne réussit plus; puis, le coton, le cacao, le rocou. Les
forets, dans les terrains les plus élevés, donnent du bois de campeche.
Le commerce consiste : (Voir tab. de Stat. n° 66.)
tarin/ ' m ^°r ^ m *dions), en denrées alimentaires,
tannes que fournissent la France et les États-Unis, morues
hnn/V / • Terre Neuve > bestiaux et viandes salées, etc.,
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A l’exportation (12 millions), en sucre brut, eau-de-vie
queceluTdè l’a COn,Uures ’ en ca f è ’ P resc I ue aussi estimé 1 e tniai , , "!, qLle ; quel, ï ue P eu en coton et rocou, etc.
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Terrê-Neifv^ Int ," Pleri - e 6t Mit i uelon - — Au sud de l’île de de la nointe ° ssessi0n anglaise depuis 1713, à 16 kilom.
P a te de Lamelme, sont deux îles et plusieurs îlots
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appartenant à la France, dont la superficie totale ne dépasse pas 20,000 hectares et la population 3,000 individus, à savoir : (Voir la carte X de la planche 15 .)
Saint-Pierre, la plus petitê, n’est qu’un rocher stérile, d’origine volcanique, renfermant seulement quelques rares jardins auprès du bourg Saint-Pierre, seul point habité de Plie et chef-lieu de la colonie, avec une bonne rade qu’abrite l’îlot aux Chiens ;
Miquelon, également rocheuse et peu cultivable, divisée en deux portions que réunit une étroite langue de sable : au nord, la grande Miquelon où est le bourg de Miquelon, et, au sud, la petite Miquelon ou Langlade, qui nourrit quelques centaines de bestiaux dans ses pâturages.
La seule industrie de cette colonie est la pêche de la morue, qui a lieu d’avril en octobre. Elle s’exerce en partie dans les eaux voisines de Saint-Pierre et de Miquelon, en partie sur la côte de Terre-Neuve, en partie sur le grand banc de Terre-Neuve. Elle est précédée d’une opération préalable, la pêche du hareng, et du capelan qui servent d’amorce ordinaire pour les morues. Elle se fait, soit par les bateaux de la colonie, soit par les navires qui viennent chaque printemps de France, expédiés principalement de Saint-Malo, de Granville, de Fécamp et de Dieppe, et dont les équipages doublent pendant ce temps la population de la colonie. Elle se fait avec ou sans sécherie. La pêche sans sécherie a lieu sur le grand banc de Terre-Neuve et consiste presque exclusivement en morues vertes que l’on sale seulement après les avoir désossées et qui ne peuvent se conserver longtemps. Les morues sèches exigent une vaste plage et un établissement sur le littoral pour préparer, nettoyer, saler et étendre le poisson qui sèche à l’air : sont affectées à cet usage : 1° les grèves de Saint-Pierre et de Miquelon qui portent des établissements, en partie fixes, devenus depuis quelques années des propriétés privées ; 2° une partie des grèves de Terre-Neuve, sur lesquelles les Français ont, en vertu des traités, le droit, exclusif ou partagé avec les A.n-
glais, de pêcher et de faire des établissements, dits chaufauds, non permanents 1 .
L’usage de ces dernières grèves est attribué temporairement, par tirage au sort, aux armateurs de France qui y envoient leurs navires ; les barques font la pêche côtière avec la seine ou la flotte, et l’équipage travaille dans lechaufaud, pendant que le navire reste désarmé ou va lui-même pêcher à la ligne de fond sur le grand banc. Avec la morue, il faut compter, comme produits accessoires, V huile de foie de morue, la roque, œufs de morue salés qui servent d’appât, et la pêche du saumon.
Cette industrie est une bonne école pour former les marins; mais c’est un rude métier, et, depuis vingt ans, le nombre des hommes qui s’y livrent diminue : malgré les primes d’armements et de produits, on en compte moins de 10,000. La majeure partie fait la pêche avec sécherie sur la côte orientale de File de Terre-Neuve. Le produit total est d’environ 35 millions de kilogr. représentant une valeur de 12 millions de francs. Un tiers seulement de cette somme figure dans le compte de la colonie de Saint-Pierre et Miquelon qui expédie ses produits partie en France, partie à la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion, et reçoit des États-Unis, des Antilles et de France presque tous ses objets de consommation. Son commerce, à l’importation et à l’ exportation, atteint presque 8 millions.
28o. Le résumé des forces coloniales. — L’Algérie est une possession à la fois agricole et militaire. Située dans la région chaude des climats tempérés, elle en a les productions diverses : le blè, le tabac, la viande et la laine avec le coton, les dattes et les plumes d’autruche; aussi contribue-
1. A savoir, droit exclusif de pèche et de séclierie sur la côte nord du cap Saint-Jean au cap Normand, et dans cinq havres de la côte occidentale; droit exclusif de sécherie du cap Normand au cap Rock; di'oit partagé de pêche et de sécherie dans le détroit de Belle-Ile (Ile de Belle), et côte du Labrador; droit partagé de pêche du cap Normand au cap Rock; droit partagé de pêche sans sécherie, du cap Normand au cap Raye.
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t-elle par ses exportations à nourrir la population de la France.
A part F Algérie, qui a un rôle particulier et une administration distincte, et Saint-Pierre et Miquelon , simple station de pêche à la morue, toutes les colonies françaises sont sil uées dans la région tropicale, à savoir :
En Afrique, le Sénégal, les établissements de la côte de Guinée , Mayotte et dépendances, Sainte-Maine , la Réunion:
En Asie, les établissements de l'Inde et la Cochinchine;
En Océanie, la Nouvelle-Calédonie , les établissements de V Océanie;
En Amérique, la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe et dépendances.
Aussi les productions destinées au commerce d’exportation sont-elles celles des climats chauds: \<\ canne à sucre qui occupe plus de la moitié du sol cultivé ; le caféier , qui occupe environ la trentième partie; les arbres à épices , cannelle, girolles, vanille, muscade, qui occupent environ la centième partie; le cacaoyer , le tabac Ql\o cotonnier , qui, réunis, n’en occupentpas davantage; Xerocouyer. Le reste du sol cultivé est employé à la production, presque partout insuffisante à la population, des denrées alimentaires. (Voir Tab. de stat. n°» G3 et 64.)
A ces cultures il faut ajouter le produit des forêts, bois de teinture, d’ébénisterie ou de construction ; la gomme et les plantes oléagineuses, sésame, arachine, coco, récoltées jusqu’ici par les indigènes plus que par les colons.
La superficie totale de nos colonies (avec l’Algérie, Saint- Pierre et Miquelon) et des pays soumis à notre protectorat est de 50 à 60 millions d' hectares , et la population de quatre millions et demi d'individus , dont plus de 3 millions et demi sont des indigènes, sauvages ou à demi civilisés, sur lesquels nous n’exerçons, hors de l’Algérie, qu’une autorité médiocre. (Voir Tab. de Stat. n c * 61 et 65.)
Après l’Algérie, le premier rang appartient à la Réunion, le second à la Martinique, le troisième à la Guadeloupe et à
la Gochinchine, dont le chiffre se trouve surélevé par les fournitures administratives ; la côte d’Afrique, puis les possessions françaises de l’Inde occupent le quatrième rang dans le mouvement total du commerce colonial qui s’élève à 06O millions , dont moitié pour les colonies proprement dites et moitié pour l’Algérie. (Voir Tab. de stat., n 03 57 et 66.)