L'ARMÉE
(Veir dans l'Atlas la planche de l'Administration et de la Population).
306. La défense tlti sol. — Il faut toujours être prêt à défendre le sol national, avec ses richesses et ses habitants,
es
contre les ennemis qui peuvent l'envahir. Or, l'invasion étant d'autant plus facile que les frontières sont plus découvertes, il est nécessaire d'avoir une armée de terre et de mer, qui protège L'indépendance nationale et qui serve en même temps à l'influence d'un peuple puissant.
307. Le recrutement. — L'armée, qui constitue la véritable force militaire de la France et qui est à la disposition du Gouvernement, est composée (Lois du 27 juillet 1872 sur le recrutement, du 24 juillet 1873, sur l'organisation de l'armée) :
1° Des engagés volontaires et réengagés qui forment à peine 1/10 du contingent annuel; -1° des jeunes gens nés de parents français, au nés de parents étrangers et domiciliés en France, ayant vingt ans révolus au 1er janvier, qui ne sont pas impropres à tout service militaire ; ces jeunes gens forment le contingent, et servent sous les drapeaux, soit dans l'armée de terre, soit dans l'armée de mer, durant vingt années, à savoir : cinq ans dans l 'armée active, quatre ans dans la réserve de l'armée active, cinq jus dans Yarmée territoriale, et six ans dans la réserve de l'armée territoriale ; 3° des engagés conditionnels d'un an (volontaires d'un an), c'est-à-dire des jeunes gens qui, ayant certains titres universitaires (Baccalauréats) ou ayant subi des examens spéciaux, peuvent, moyennant un versement de 1,500 fr., ne rester qu'un an sous les drapeaux, pour passer ensuite dans la disponibilité de l'armée active, jusqu'à leur passage dans la réserve.
Le fonctionnement de ces nouvelles lois donnera comme résultat, au point de vue des forces militaires de la France :
I. Une armée sur le pied de paix, répartie en 19 corps d'armée, y compris l'Algérie, d'environ 450,000 hommes.
II. Pour le temps de guerre: lu l'armée active formée de l'armée sur le pied de paix, portée à l'effectif de guerre par l'appel des réserves; 2° les troupes de remplacement ou de dépôt formées par les parties des réserves et de la disponibilité excédant l'effectif mobilisé par la dernière classe du contingent, non encore instruite, et par les classes suivantes qui peuvent être appelées par anticipation pendant la durée de la guerre ; 3° l'armée territoriale; 4° la réserve de l'armée territoriale.
Ce qui donne pour l'effectif total des troupes de la France.
en tenant compte des non-valeurs possibles, un nombre supérieur à 2,000,000 d'hommes.
308. L'armée active. — L'armée active se compose (Loi du 13 mars 1875 sur la constitution des cadres) :
1° Des corps de troupe de toutes armes, savoir : l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie, le génie, le train des équipages militaires ;
2° Du personnel de l'état-major général et des services généraux de l'armée, savoir: l'état-major général de l'armée, le service d'état-major, le corps de l'inspection de l'administration de la guerre ;
3° Du personnel des états-majors et des services particuliers;
4° De la gendarmerie ;
5° Du régiment des sapeurs-pompiers de la ville de Paris.
I. Troupes. — L'infanterie (280,000 hom. environ sur le pied de paix), 144 régiments d'infanterie de ligne à 4 bataillons de 4 compagnies, plus 2 compagnies de dépôts (1,644 hom.);
30 bataillons de chasseurs à pied à 4 compagnies, plus 1 compagnie de dépôt (592 hom.) ;
4 régiments de zouaves à 4 bataillons de 4 compagnies, plus 1 compagnie de dépôt (2,580 hom.);
3 régiments de tirailleurs-algériens à 4 bataillons de 4 compagnies;
1 légion étrangère à 4 bataillons de 4 compagnies ; 3 bataillons d'infanterie légère d'Afrique.
5 compagnies de discipline, dont 1 de pionniers et 4 de fusiliers.
La cavalerie (73,000 hom. et 65,000 chevaux) comprend
77 régiments, savoir :
1 2 régiments de cuirassiers \
26 — de dragons I à 5 escadrons (soit
32 — de cavalerie légère (20 de f 830 hom. et 710 chev).
chasseurs, 12 de hussards) J
4 régiments de chasseurs d'Afrique \
(1,037 hommes, 930 chevaux) , ,
il d escadron^ 3 régiments de spahis (1,159 hommes,
1,141 chevaux) „
19 escadrons d'éclaireurs volontaires ;
8 compagnies de cavalerie de remonte ; L'artillerie (64,000 hom., 60,000 chev.); comprend : 38 régiments à 13 batteries (en moyenne 1,426 hom., 1,513 chev.);
2 régiments de pontonniers, à 14 compagnies chacun; 10 compagnies d'ouvriers d'artillerie;
3 compagnies d'artificiers ;
57 compagnies du train d'artillerie (90 hom., 44 chev.) ;
Les troupes du génie (11,000 hom., 550 chev.) se composent de :
4 régiments de sapeurs -mineurs, de 5 bataillons à 4 compagnies, une compagnie de dépôt, une d'ouvriers de chemins de fer, une de sapeurs-conducteurs (2,695 hom., 138 chev.).
Enfin le train des équipages militaires comprend 20 escadrons, à 3 compagnies (270 hom., 198 chev.).
II. Personnel de V état-major général et des services généraux de l'armée. — Il comprend l'état-major général, c'est-à-dire les maréchaux de France, les généraux de division, les généraux de brigade ; le service d'état-major, c'est-à-dire les officiers d'étatmajor et les officiers archivistes, et enfin le corps d'inspection de l'administration de la guerre.
III. États-majors et services particuliers. — Ils comprennent : L'état-major particulier de l'artillerie composé d'officiers et de gardes, dont la mission est d'assurer, en campagne, le service des états-majors de l'artillerie des armées et des corps d'armée et la direction générale des divers services de l'arme, et, à l'intérieur, le fonctionnement des établissements et services de larme (manufactures d'armes, fonderies, forgés, arsenaux, écoles, etc.); l'état-major particulier du génie, composé d'officiers et d'adjoints du génie (fortifications, casernement, écoles, etc.); le corps de l'intendance militaire, le corps des officiers de santé militaires, les officiers et sections d'administration, les sections de secrétaires d'état-major et du recrutement, les aumôniers militaires, les vétérinaires, les interprètes, les officiers employés dans les bureaux du recrutement et de la mobilisation, lesquels embrassent les services du recrutement, de la mobilisation, dos réquisitions et de l'armée territoriale; les services de la trésorerie et des postes,
de la télégraphie militaire et des chemins de fer ; les écoles militaires, la justice militaire, les dépôts de remonle, les officiers indigènes en Algérie.
IV. Gendarmerie (30,000 hom. environ). — Elle comprend la gendarmerie départementale à l'intérieur, organisée en légions et compagnies, la gendarmerie d'Afrique, la gendarmerie mobile, la garde républicaine de Paris, la gendarmerie coloniale. C'est un corps d'élite, composé d'anciens soldats et chargé de la police administrative et judiciaire à l'intérieur de l'État. Dans presque tous les chefs-lieux de canton, il y a une ou plusieurs brigades de gendarmes à cheval, quelquefois à pied (la brigade se compose de 5 à 6 hommes) ; chaque arrondissement forme une lieutenance, commandée par un capitaine ou un lieutenant ; chaque département est commandé par un chef d'escadron ; enfin dans chacune des régions territoriales se trouve un colonel ou lieutenant-colonel qui commande à toute la gendarmerie de la région.
V . Sapeurs-pompiers de la ville de Paris. — Soldés et entretenus entièrement par la ville de Paris, ils forment un régiment (170 hom.) comprenant 12 compagnies.
En temps de guerre, les états-majors et les cadres des troupes de l'armée active s'accroissent par l'adjonction d'officiers auxiliaires, dits officiers de. réserve, non soldés en temps de paix.
309. Corps d'armée et régions territoriales. — La plupart de ces troupes font partie des corps d'armée. Chaque corps d'armée, tout organisé pour le temps de guerre, comprend l'état-major, 2 divisions d'infanterie, une brigade de cavalerie, une brigade d'artillerie, un bataillon du génie, un escadron du train et le personnel des services administratifs. Chaque division d'infanterie se compose de deux brigades , de 2 régiments chacune et un bataillon de chasseurs. Les brigades de cavalerie et d'artillerie sont à deux régiments chacune.
Il y a en dehors des corps d'armée un certain nombre de brigades et divisions de cavalerie indépendantes.
Le territoire de la France est partagé, au point de vue du recrutement, en 18 régions territoriales. L'Algérie en forme une 19e. Le commandement de chacune de ces régions est attribué au général de division commandant le corps d'armée
*mi y stationne (en Algérie il revient au gouverneur général). Cet officier général est assisté dans son commandement par la section territoriale de ses divers états-majors et services.
Les hommes de la réserve et de la disponibilité résidant dans la région sont versés dans le corps d'armée correspondant, lors du passage sur pied de guerre.
Les chefs-lieux des régions territoriales sont :
Nos Chefs-lieux. Départements qui en font partie.
Ve Lille Nord, Pas-de-Calais.
2e Amiens Aisne, Oise, Somme; Seine-et-Oise et Seine
en partie.
3e Rouen Calvados, Eure, Seine-Inférieure; Seine-et- Oise et Seine en partie.
4* Le Mans Eure-et-Loir, Mayenne, Orne, Sarthe ; Seineet-Oise et Seine en partie.
5e Orléans Loiret, Loir-et-Cher, Seine-et-Marne,
Yonne ; Seine-et-Oise et Seine en partie. 6e Chalons-sur-Marne Ardennes , Aube, Marne, Meuse, Vosges,
Meurthe-et-Moselle.
"îe Besançon Ain, Doubs, Jura, Haute-Marne, arrondissement de Belfort, Haute-Saône ; Rhône en partie.
8e Bourges Cher, Côte-d'Or, Nièvre, Saône-et-Loire ;
Rhône en partie.
1)e Tours Maine-et-Loire, Indre-et-Loire, Indre, Deux- Sèvres, Vienne.
10e Rennes Côtes-du-Nord, Manche, Ille-et-Vilaine.
11e Nantes Finistère, Loire-Inférieure, Morbihan, Vendée.
l'2e Limoges Charente, Corrèze, Creuse, Dordogne, Haute- Vienne.
13e Clermont-Ferrand. Allier, Loire, Puy-de-Dôme, Haute-Loire,
Cantal ; Rhône en partie.
14e Grenoble Hautes-Alpes, Drôme, Isère, Savoie, Haute- Savoie ; Rhône en partie.
15e Marseille Dasses-Alpes, Alpes-Maritimes, Corse, Bou-
ches-du-Rhône, Gard, Ardèche, Var, Vaucluse.
lGe Montpellier Aude, Aveyron, Hérault, Lozère, Tarn, Pyrénées-Orientales.
NOO LA FRANCE.
\os Chefs-lieux. Départements qui en font partie.
17e Tol'lol'SE Ariége, Haute-Garonne, Gers, Lot, Lot-et- Garonne, Tarn-et-Garonne.
18e Bordeaux Charente-Inférieure, Gironde, Landes, Basses- Pyrénées, Hautes-Pyrénées.
Chacune de ces régions est partagée en divisions et subdivisions, commandées par des généraux de divisions et des généraux de brigades du corps d'armée résidant.
Il y a en outre 2 commandements militaires, ceux de Paris et de Lyon : les gouverneurs de ces deux villes ont le commandement militaire des troupes qui s'y trouvent en garnison, sans être investi d'aucune attribution en matière de recrutement.
310. Armée territoriale. — Elle comprend des troupes de toutes armes, organisées par subdivision de région pour l'infanterie, et sur l'ensemble de la région pour les autres armes.
Chaque subdivision de région fournit (sauf une seule exception) un régiment d'infanterie composé de 3 bataillons à 4 compagnies et une compagnie de dépôt.
Chaque région fournit un régiment d'artillerie et un certain nombre de compagnies du train d'artillerie, un bataillon du génie, un escadron du train des équipages militaires, un certain nombre d'escadrons de cavalerie et de cavaliers volontaires.
Un effectif administratif permanent et soldé est affecté à cette armée et attaché aux bureaux de recrutement des divisions régionales pour l'infanterie, et, pour les autres armes, au chef-lieu de la région, sous les ordres d'un officier supérieur compris dans la section territoriale de l'état-major général du corps d'armée.
Les cadres de l'armée territoriale sont recrutés : 1° pour les officiers et fonctionnaires, parmi les officiers et fonctionnaires démissionnaires ou en retraite des armées de terre et de mer; parmi les volontaires d'un an qui, après avoir fait une année supplémentaire, ont obtenu des brevets d'officiers auxiliaires ou des commissions ; parmi les sous-officiers de réserve ou les
volontaires d'un an, munis du brevet de sous-officiers qui satisfont à un examen spécial, et enfin parmi les officiers de réserve auxquels leur temps de service donne droit de passer dans l'armée territoriale.
2° Pour les sous-officiers et employés, parmi les anciens sous-officiers et employés de la réserve et les volontaires d'un an brevetés comme sous-officiers, et aussi parmi les anciens caporaux et brigadiers reconnus aptes à ce nouveau service.
31 1. l«es se-rwices administratifs. — Les services administratifs sont sous la direction de l'intendance, qui est comptée dans l'état-major. Ils comprennent les officiers comptables de l'hôtel national des Invalides, des hôpitaux militaires, des subsistances (vivres et fourrages), de l'habillement, du campement et des bureaux de l'intendance.
Une armée de 450,000 hommes, avec un budget de près de 400 millions, consommant beaucoup en vivres, étoffes, chaussures, etc., et la plupart des achats étant faits par l'intendance, a de très-importantes relations avec l'industrie et le commerce. On compte 92 établissements du service des subsistances en France, 29 établissements du service de l'habillement et du ciinipement en France et en Algérie.
On compte, comme dépendances de l'artillerie : l'atelier de précision de Paris, l'atelier de construction de l'artillerie à Tarbcs ; 3 poudreries (le Bouchet, le Ripault, Saint-Chamas) ; une fonderie (Bourges); 3 manufactures d'armes (Chàtellerault, Saint-Etienne, Tulle) ; une inspection des forges à Paris et 6 sous-inspections ; 3 parcs de construction des équipages militaires (Vernon, Châteauroux, Alger).
Il y a 20 dépôts de remonte dont 3 en Algérie. •
312. Lu justice militaire. — Les militaires, les individus assimilés aux militaires et les citoyens accusés de crimes contre la sûreté de l'État dans les places mises en état de siège, sont justiciables des conseils de guerre, composés de 7 juges militaires en activité de service, d'un commissaire de la République, d'un rapporteur et d'un greffier. Les jugements rendus par les conseils de guerre peuvent être jugés en appel par un lies cinq conseils de révision (2 pour la France, 3 pour l'Algérie).
Les militaires condamnés sont envoyés aux ateliers de con damnés aux travaux publics (au nombre de 6 en Algérie), ou aux pénitenciers militaires (au nombre de 5, dont 3 en Algérie).
313. Les écoles. — Les écoles militaires sont, indépendamment de l'École polytechnique, qui a le double caractère civil et militaire, le Prytanée militaire de la Flèche, où des fils d'officiers sans fortune et de sous-officiers morts au champ d'honneur reçoivent l'instruction secondaire; YÉcoIe spéciale militaire de Saint-Cyr, où des jeunes gens âgés de 17 à 20 ans, et des militaires âgés de moins de 25 ans sont admis tous les ans, à la suite d'un concours, et sortent, après deux années d'études et un examen, comme sous-lieutenants dans l'armée ; l'École de cavalerie à Saumur, où sont admis des officiers et sous-officiers de cavalerie et des cavaliers élèves sous-officiers, pour apprendre la théorie et la pratique du maniement du cheval de guerre ; Y École d'application d' Etat-major à Paris, où des sous-lieutenants sont admis par concours et formés par deux années d'études au service d'état-major ; Y École d'application de l'artillerie et du génie à Fontainebleau (à Metz avant 1871), composée d'élèves sortis de l'École polytechnique et ayant déjà rang de sous-lieutenants ; Y École de médecine et de pharmacie militaire, établie au Val-de-Grâce à Paris ; l'École normale de gymnastique (près de Vincennes) ; les Écoles d'artillerie (17) et du génie (3), l'École des sous-officiers au camp i d'Avor, près de Bourges.
5e section.