Le climat rhodanien. — Le climat rhodanien, qui
tire son nom du Rhône, appartient non moins à la Saône qu'au Rhône. Il s'étend des monts Faucilles au nord jusqu'à Privas cl Digne au sud, c'est-à-dire du 48e au 44e degré. La chaleur moyenne est de 11°, mais avec des différences considérables entre les parties .basses et les parties hautes. C'est en effet la région de France où l'on rencontre les plus grandes différences d'altitude; pendant que la température moyenne est d'environ 11°, 1 à Dijon, de 10°, 3 à Besançon, elle s'élève à 12°, .'j à Valence ; elle descend à 5°, 5 à Barcelonnette et dans la haute montagne, à l'hospice du St-Bernard (I), à 1° au-dessous de zéro (— 8°, 5 en hiver, — 2°, 4 au printemps, 4- 4°, 6 en été, — 0°,2 en automne). L'influence de la Méditerranée se fait sentir par le vent brûlant et desséché du sud qui alterne avec le vent froid du nord ; par suite, ce climat, à Lyon particulièrement, est sujet à de brusques variations de température. Dans le Jura, et surtout dans le Jura méridional, dans les Alpes et dans les Cévennes, la pluie est très-abondante; la neige couvre pendant trois ou quatre mois le sol des hautes vallées et couronne pendant huit à neuf mois le sommet des grandes montagnes ; à l'hospice du mont St-Bernard il tombe 94 centimètres de pluie et plus de 7 mètres de neige. Mais la pluie est rare en hiver dans les plaines et les étés sont généralement chauds et secs dans les vallées des Alpes et des Cévennes.
63. E«e cliniat nié<Si terra néen. — Le climat méditerranéen comprend, entre les Pyrénées et les Alpes Liguriennes, une région de plaines qui est bornée au nord par les Cévennes et qui pénètre jusque dans les Alpes de Provence; il s'étend jusqu'au col de Naurouse et remonle jusqu'à Privas dans la vallée du Rhône. Il est nettement caractérisé par sa chaleur; la température moyenne y est de 14°,o. L'été y est chaud et sec : c'est le soleil d'Italie. Quoique les jours de pluie (56 par an en moyenne) y soient bien moins fréquents que partout ailleurs, l'eau y tombe en abondance dans les parties élevées par les orages d'automne et d'hiver. Le climat méditerranéen, en France, comme sur les autres côtes du bassin
(1) La France n'a pas jusqu'ici de station météorologique dans les hautes montagnes.
occidental de celte mer, est précisément caractérisé par la rareté des pluies d'été. A Montpellier, qui est en France une des villes où, sous ce climat, la pluie est le plus abondante (91 cent.), il n'en tombe que 9 centimètres, c'est-à-dire 1/10 en été. Sur la côte de Provence, il n'en tombe guère en été que 4 centimètres sur une moyenne d'environ 50 pour l'année; la Provence est la partie la plus sèche de nos côtes. La pluie commence à devenir abondante en octobre ; mais cette pluie qui se manifeste surtout par des orages, varie beaucoup d'une année à l'autre. « Hiver pluvieux, été abondant », dit-on dans le Comtat. L'agriculture cependant y désire, comme dans le nord, les pluies de printemps ; « boues en avril, épis en été », est un dicton répandu. Deux ennemis y sont à redouter : le mistral au souffle impétueux et glacé, et le sirocco qui apporte du Sahara la sécheresse, la chaleur étouffante et le sable du désert. C'est surtout dans la plaine du Languedoc et dans la Provence occidentale jusqu'à Toulon que sévit le premier. Les orages se forment d'ordinaire dans les Cévennes : « mer claire et montagne obscure annoncent la pluie sûre ». A l'ouest, le Roussillon, mieux abrité, a une température plus élevée; à l'est, la Provence, de Cannes à la frontière, entièrement couverte par le rideau des Alpes, atteint à une moyenne de 16 degrés, voit l'orange et le citron mûrir sur ses coteaux et, sur quelques points, le palmier porter des dattes; la température estivale à Nice est en moyenne de -i'.}0, et la température hibernale de 8°,5; cependant les vents du nord et de l'est y sont quelquefois rudes.
64. i.e <Ibiu.ii girondin. — Le climat girondin comprend les bassins de l'Adoiw, de la Garonne, de la Charente et I< la Sévre jusqu'à la limite du Massif Central. La température moyenne \ dépasse 12°, :j. il participe de hi nature des climats maritimes; la pluie tombe surtout par les vents d'ouest et de nord-ouest : « montagne claire, Bordeaux obscur, pluie à coup sûr », dit-on dans la campagne de Montauban. Ces vents apportent une quantité assez notable d'humidité, surtout au printemps, et arrosent très-largement la région pyrénéenne. « Jamais pluie au printemps ne passe pour mauvais temps », dit-on en Gascogne. A Saint-Ferréol, dans le Tarn, sur 69 centimètres d'eau le printemps en fournit 21. Cependant ce climat
est bien moins humide que le climat armoricain. Il a des étés beaucoup plus beaux, plus chauds et de longs automnes. A Bordeaux, la moyenne de l'été est de 21?; elle est plus élevée encore à Pau qui jouit d'un climat exceptionnel ; à Toulouse, la température estivale est de 219,5, mais la température hibernale descend à 4°,1-
65. l-c climat central. — Le climat central comprend toute la région du Massif Central. Sur ces hautes terres granitiques l'hiver est long et rude ; la neige reste pendant plusieursmois sur le sol, six mois dans les montagnes de l'Auvergne. La température de la saison froide est de 3° à Rodez et à Aurillac, tandis qu'à trois degrés plus au nord, sous le climat armoricain de Tours, elle ne descend guère au-dessous de 4°. Les vents sont violents, les pluies d'autant plus abondantes que l'altitude est plus grande : 88 centimètres à Limoges, 113 à Aurillac, 211 à Yialas. L'été, malgré les lourdes chaleurs des vallées, ne dépasse pas en moyenne 17°, et la. température moyenne de l'année n'est guère que de 9°,o, comme sous le climat vosgien. Quelques grandes vallées, bien abritées, font exception : la Limagne, par exemple, a une température moyenne de 11°, 5, peu de pluie et un été de 19°,5. Sur les hautes terres de ce massif, les vents s'entre-croisent et le régime des pluies participe de celui des climats voisins : à l'ouest, jusqu'à Limoges, Tulles et môme Mende dans la région des Causses, les vents d'ouest et les pluies d'automne dominent : à Argentat, sur 79 centimètres de pluie, l'automne en fournit 25; au nord, jusqu'à Clermont-Ferrand, les pluies d'été l'emportent, comme dans le climat vosgien, et les pluies d'hiver sont peu abondantes.
66. Le§ harmonies solaires et les harmonie» terrestres. — La principale cause des phénomènes météorologiques et par suite de la différence des climats est, comme on le voit, le soleil qui, par sa chaleur et son attraction, détermine les grands mouvements des eaux et de l'atmosphère sur le globe terrestre. Bernardin de Saint-Pierre aurait désigné cette influence, intimement liée à l'influence que le sol exerce et à la nature des travaux auxquels se livrent les hommes, sous le nom d'Harmonies solaires de la France. Ces
harmonies ont en effet une action considérable sur l'économie générale de notre pays; car elles règlent en grande partie la végétation et la production du sol; elles imposent à l'homme une hygiène propre à chaque climat et influent par là sur le costume, sur les habitations, sur les industries et jusque sur les mœurs des populations.
Le sol a une influence non moins considérable, qu'on peut designer sous le nom d'Harmonies terrestres. Non moins que le soleil, par sa chaleur et par les phénomènes météorologiques qui en sont la conséquence, le sol, par sa composition géologique, par ses ondulations, par son exposition, permet ou rend impossibles les cultures, et par suite, hâte ou retarde le progrès de la civilisation. En absorbant les eaux dans son sein ou en les conduisant dans les rigoles qu'elles se tracent à sa surface, il donne la fertilité ou la stérilité, fait les torrents dévastateurs ou les fleuves qui servent de routes au commerce; en se découpant sur le bord de la mer en golfes et en ports, et, en ouvrant sur une plus ou moins grande étendue l'Océan à une nation, il invite celle-ci à la navigation et fait naître en elle le désir des entreprises maritimes ; en opposant aux invasions ses montagnes et ses cours d'eau, il garantit quelque peu les hommes contre les attaques de leurs voisins, les réunit sous une même autorité par la proximité et la communauté des intérêts, et détermine en partie la forme des États.