‹ La France avec ses colonies;Chapitre 42 sur 147 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

(Voir la planche des cartes météorologiques.)

55. Les conditions générales du climat de la rance et les harmonies solaires. — Le climat démd de plusieurs causes qui sont : en premier lieu, la chaur solaire, la direction des vents, l'humidité et la pluie ; en îcond lieu, la nature du sol, son altitude, son exposition, le igime des eaux, la proximité de la mer. Aussi les difféinces sont-elles souvent très-grandes pour des lieux très-rap- 'ochés; nous ne devons indiquer ici que les lois les plus înérales. Les premières causes sont du ressort de la méorologie! Les secondes, qui sont du ressort de la géologie et î la topographie, ont été étudiées dans la première partie de ! livre.

Le soleil est la source principale de la chaleur sur le globe

rrestre : celle qu'émettent les étoiles est sans action sur

►us et celle dont l'intérieur de la terre est le foyer se fait

às-médiocrement sentir à la surface. La France, située dans

zone tempérée de l'hémisphère boréal, jouit, par sa latitude,

îhe température douce. Le voisinage de l'océan Atlantique, tra-

raé, depuis le golfe du Mexique jusque sur les côtes occiden-

es de l'Europe; par un courant chaud, dit Gulf-Stream, et la

édominance des vents du sud-ouest, qui viennent, comme le

ilf-Stream, de la zone équatoriale, contribuent à réchauffer

climat de la France et surtout à y tempérer la rigueur de

iver.

>6. Les vents. — Deux grands courants atmosphériques, diés en sens contraire, passent sur la France et y produisent la is grande partie des vents. L'un est le contre-alizé ; il est formé

par les masses d'air qui s'échauffent dans les régions tropicales, s'y élèvent jusqu'aux couches supérieures de l'atmosphère et s'écpulent vers le pôle en s'alourdissant et en se rapprochant du sol à mesure que leur température diminue ; il produit le j vent du sud-ouest, c/taud^parce qu'il vient de la zone torride, qu'il emporte avec lui leslîuées formées,sur l'océan Atlantique, et qu'étant à une haute température il peut conserver une grande quantité de vapeur ; sa direction varie du sud-ouest à V ouest. L'autre est le courant polaire; celui-ci est formé par Y air froid qui au pôle s écoule vers 1 équateur, tantôt dans les hautes régions de l'atmosphère, tantôt à la surface du sol, pour remplir le vide laissé par le départ des couches d'air chaud ; c'est la bise ou vent du nord-est qui se dirige du nord-est au sudouest, comme l'alizé qui en est la continuation, mais qui rase constamment la surface de la terre dans la zone torride de l'hémisphère boréal, tandis qu'il ne se manifeste à terre que de temps à autre dans la zone tempérée.

Ces deux grands courants varient continuellement en largeur et en hauteur et sont tantôt superposés, tantôt juxtaposés; sur leur limite, comme sur la rive d'un cours d'eau, se produisent des contre-courants, des remous, des tourbillons qui sont une des causes les plus fréquentes des orages en France; c'est pourquoi les orages suivent en général la direction du sud-ouest au nord-est, quand les accidents particuliers du sol ne les font pas dévier.

Dans la Manche, ouverte précisément à l'ouest, et dans les provinces qu'elle baigne, ainsi que dans la Flandre, le vent s'engouffre comme la marée et souffle le plus souvent du sudouest, assez souvent de Y ouest (1). Ainsi, au cap Lévi, le ven1 vient du sud-ouest pendant le quart de l'année, et de l'oues pendant un cinquième ; les autres vents, qui soufflent de tou: les coins de l'horizon dans cette péninsule, sont plus rares.

Dans la Bretagne méridionale et dans le golfe de Gascogne il semble que le courant tourbillonne en longeant l'arc d cercle que lui oppose la côte ; c'est la direction ouest qui do

(1) Ces règles générales sont, comme partout, modifiées par les ace; dents particuliers : à Granville, par exemple, c'est le vent du sud-e: qui domine.

mine vers la pointe de Saint-Mathieu, et la direction nord-ouest <lans le bassin de la Garonne.

Tout autre est la direction des vents sur les bords de la Méditerranée, où le Gulf-Stream et le contre-alizé n'exercent plus leur action, mais où les courants atmosphériques viennent le plus souvent des massifs montagneux des Alpes, en soufflant ■du nord-est, comme on le remarque du côté de Nice, ou du centre de la France, en soufflant du nord-ouest, comme à Montpellier. Ce dernier vent, le plus froid et le plus violent, est snommé pour cette raison, par les habitants du Midi, le mistral, c'est-à-dire le « maître vent » ; il est causé par la grande différence de température qui existe entre la plaine chaude de La Méditerranée et les hautes terres froides qui la bordent au nord et au nord-ouest, et quelquefois il est la suite du grand courant atmosphérique de l'ouest; déjà, dans l'antiquité, Stra- Lon le signalait comme un des fléaux de cette contrée. Il a pour adversaire principal le sirocco qui vient du Sahara, souvent chargé de poussière de sable, toujours sec et brûlant, malgré la traversée de la Méditerranée, et soufflant du sud. Dans la négion alpestre, le vent suit ordinairement les vallées •qu'il descend ou remonte ; des hautes montagnes s'abattent dans les fonds des vents froids et redoutés. A Nice, le vent Aient principalement de l'est, et le mistral ne se fait presque jamais sentir ; il vient du nord ou du nord-ouest pendant plus de la moitié de l'année à Marseille, pendant les deux tiers de l'année à Aiguës-Mortes.

Quand on s'avance vers le nord, dans l'étroite plaine du Rhône, ce sont encore les deux vents du nord et du sud qui prédominent; à Lyon, le vent du sud, apportant une chaleur ourde ou des nuages pluvieux, règne pendant 80 jours environ, it celui du nord, sec et froid, pendant 130 ; à Gap, à Privas, la girouette est presque constamment dirigée vers le nord ou le sud. Dans la vallée inférieure et moyenne de la Loire et dans la allée moyenne de la Seine, le vent de sud-ouest apporte d'orlinaire la pluie. A Paris, les vents d'ouest, de sud-ouest et de ud régnent pendant 200 jours environ, et ceux du sud-ouest ont ordinairement les plus forts. Dans l'Alsace et dans la Loraine, le vent de nord-est, la bise toujours sèche et froide en

LA FhV^CE. {o

hiver, et le vent pluvieux de sud-ouest dominent. Dans le Jura, le vent d'est est fréquent.

• 57. Lot pluies. — Ce sont les vents qui transportent, sous (orme de nuages, l'humidité que fournit l'évaporation de l'eau sous l'influence de la chaleur solaire; c'est un abaissement de température qui détermine la chute de ces nuages sous forme de brouillard, de pluie, de grêle ou de neige. Comme le vent du sud-ouest vient de l'océan Atlantique, immense surface d'évaporation, il convoie beaucoup plus de nuages que les autres vents ; et, comme il part des régions chaudes de cet océan, il est capable de maintenir à l'état de vapeur une grande quantité d'eau qui, au contact du sol plus froid de la France, doit se résoudre en pluie ; aussi les vents d'ouest et de sud-ouest sont-ils, par excellence, les vents pluvieux clans notre pays.

C'est au premier contact, près des rivages de la mer, que lés nuages versent la pluie en abondance. Aussi les côtes de la Manche (Bretagne, Normandie et Picardie) sont-elles largement arrosées, surtout dans les anses où le vent s'engouffre et où les nuages sont retenus par une ceinture de hauteurs, comme dans l'espace compris entre les montagnes d'Arrée et les montagnes Noires, qui semble être, pour ainsi dire, un entonnoir ouvert exprès pour recueillir les premières nuées de l'ouest ; comme sur les côtes de la baie du mont St-Michel ou sur celles de l'embouchure de la Somme; dans ces anses, il tombe, année moyenne» une hauteur d'eau égale à 8 et 10 décimètres. Dans toute cette région, où la chaleur est tempérée et où les nuages fournissent leur eau par des brouillards très-fréquents et des pluies fines plus que par des orages, la terre n'est presque jamais desséchée. Le vent, qui se replie dans le golfe de Gascogne pour souffler du nord-ouest, vient accumuler les nuages au fond du golfe et surtout dans le massif pyrénéen. Il tombe environ 8 décimètres d'eau par an dans les Landes; il en tombe 1 mètre dans les Pyrénées, jusqu'à 1"',4 dans le pays basque, et lm,8 dans la haute région du Vignemale.

Quand les vents d'ouest ont franchi la ligne du littoral, ils portent leurs nuées jusqu'aux régions montagneuses, et ne déposent dans les parties intermédiaires, qu'une quantité d'eau relativement plus faible : 6 décimètres environ dans la

plaine de la Garonne, 5 à 6 dans les vallées moyennes de la Loire et de la Seine.

Les hautes terres, plateaux ou montagnes, leur présentent une digue qui les arrête, et, comme les hautes terres sont toujours plus froides que les plaines basses, elles déterminent la condensation des vapeurs : c'est pourquoi la pluie est plus abondante encore dans les régions montagneuses de la France que sur les côtes. Dans une grande partie du Limousin et de la Haute-Auvergne, particulièrement sur le plateau des Millevaches, sur le massif du Cantal et sur les monts d'Aubrac,\\ tombe environ 1 mètre d'eau; sur toute la ligne de Cévennes, du Pilât à la montagne Noire, la pluie tombe en plus giande quantité encore, parce que ce long môle arrête et condense à la lois les nuées de la Méditerranée et celles de l'océan ; certains points des monts du Vivarais reçoivent environ 2 mètres d'eau qui leur sont fournis, «non par une humidité constante, mais par des averses et des orages apportés par les vents de l'Océan et de la Méditerranée et alternant avec la sécheresse (1). Les Alpes, plus hautes et plus froides que les Cévennes, sont dans la même condition et fixent autour de leurs crêtes et de leurs pitons les nuages qui avaient passé audessus des régions précédentes ; aussi dans les Alpes du Dauphiné et de la Savoie, la pluie atteint-elle lra,o et 2 mètres. Klle est également d'environ lm,5 dans le Jura central et méridional et dans le Morvan.

A mesure qu'on s'éloigne des mers vers le nord-est, la quantité de pluie devient moindre ; cependant les hautes Vosges reçoivent 1 mètre d'eau, et la lisière des Ardcnnes et du plateau Lorrain en reçoit G décimètres.

Les pluie- étant apportées en général par les vents d'ouestr les versants occidentaux; des montagnes en ont une plus large p;irl que les versants orientaux; cette différence est très-sensible dans le Massif Central el dans les Vosges. Elle l'est même pour de médiocres altitudes : c'est ainsi que dans l'étroit bassin de la Meuse, les collines de la rive droite sont plus arrosée- que celles de la rive gauche. Elle est aussi très-sensible

(I) A Yiala*, en 1873, il est tombé *2m,G0 de pluie, dont lm.30 en hiver.

pour certaines plaines et vallées abritées du coté de l'ouest par un rideau de hauteurs ; il pleut très-peu à Clermont et dans la Limagne, abritée par les monts d'Auvergne, où la moyenne ne dépasse peut-être pas 5 décimètres, peu dans le bassin moyen de la Seine, très-peu dans la plaine calcaire de la Champagne pouilleuse qui est abritée par le plateau de la Brie et où la pluie (4 à 5 décimètres) est moins abondante que nulle part ailleurs en France. Le nord et le centre de la France, à partir de la ligne allant de l'embouchure de la Gironde au Jura méridional, paraît soumis au même régime de pluies d'hiver ; ce sont les mêmes vents d'ouest et de sud-ouest qui amènent les nuages, et la pluie se propage successivement de l'ouest à l'est dans l'espace d'un ou deux jours.

Le bassin de la Garonne et le bassin du Rhône, surtout au sud de Lyon, sont soumis à un autre régime pluvial. La pluie ■est rare sur la. côte occidentale de Provence (5 décimètres à Marseille), parce que le vent de la Méditerranée apporte beaucoup moins de nuages que celui de l'Océan et parce que les vents les plus fréquents viennent de terre. Ces vents prédominent en été ; aussi les pluies d'été sont-elles très-rares dans le bassin méditerranéen qui est arrosé surtout en automne «t en hiver.

De très-légers accidents de terrain, quelquefois le simple rideau des arbres d'une forêt, suffisent pour modifier le régime des pluies. Ainsi, dans la plaine de la Beauce, où la pluie moyenne n'est guère que de 60 centimètres en général, les nuages crèvent souvent du côté de Patay qui reçoit jusqu'à 9 décimètres de pluie et plus. Dans le Maine, à Sillé-le-Guillaume, dans les Coévrons, on reçoit 7 décimètres, pendant qu'à quelques kilomètres au sud, dans la plaine, à Lorée, on n'en reçoit que 4. C'est surtout en été, principalement en juillet, que les orages sont fréquents. Les brusques variations de pression barométrique expliquent leur formation ; le vent de sud- ouest est celui qui les apporte le plus fréquemment et ils suivent d'ordinaire certaines directions déterminées. Dans la plaine du Languedoc, ils viennent souvent de l'ouest, c'est-àdire du Massif Central ; dans les plaines de l'ouest, ils glissent vers le nord-est, le long du Massif central, jusque dans la

vallée de la Seine; dans la Lorraine, ils partent du sud-ouest.

En hiver, la pluie tombe surtout dans la zone voisine de l'Océan Atlantique et dans les hautes montagnes des Cévennes et de l'est, où elle s'amasse sous forme de neige ; les vallées de la Garonne supérieure, du Rhône, de la Loire, du Rhin, et le bassin de la Seine en reçoivent moins. Au printemps et en été ce sont les régions du centre et de l'est, avec la région pyrénéenne et quelques autres massifs montagneux de moindre importance, qui sont le plus arrosées; en été, ces pluies sont très-rares dans les parties situées au sud du 45e degré, à l'exception toutefois du Massif pyrénéen, de la Montagne Noire, de la Lozère et des monts des Maures. En automne, les parties montagneuses de la France, Pyrénées, Cévennes, Alpes, Jura, Vosges, sont largement arrosées, et les plaines du sud et du centre reçoivent plus d'eau que les plaines du nord.

La hauteur moyenne de la pluie qui tombe annuellement en France peut être évaluée à 8 décimètres (1).

Une partie de cette eau s'évapore immédiatement et retourne à l'atmosphère. Une partie glisse sur la surface du sol, forme les ruisseaux et va grossir aussitôt les rivières ; c'est ce qui se produit principalement sur les terrains imperméables. Une partie pénètre dans le sol et peut avoir deux destinées très-différentes ; ou elle filtre à travers les couches perméables et donne naissance aux sources et aux nappes souterraines, ce qui a lieu dans les terrains perméables supportés par des couches imperméables et ce qui est la condition la plus favorable à un bon régime des rivières ; ou elle est pompée par les racines des plantes qu'elle nourrit et qui par leur transpiration la rendent à l'atmosphère.

58. La température. — La température moyenne de Tannée en France est d'environ 11 degrés centigrades. La température est déterminée, en premier lieu, par la latitude? et en second lieu, par ['altitude ; on a calculé qu'une élévation de 140 mètres dans les Alpes augmentait le temps nécessaire à la maturité du seigle dans la même proportion (4 jours) que

(1) Le calcul donne 77 centimètres; mais, dans les parties montagneuses où la pluie est le plus abondante, les stations météorologiques manquent sur la plupart des points.

le rapprochement d'un degré vers le pôle. Au pied du mont Ventoux, la température moyenne de l'année est de 13° et l'olivier mûrit ; au sommet, c'est-à-dire à une altitude de l,9(i:2 mètres, la température moyenne est seulement de 2°, comme dans la Finlande méridionale, et la végétation consiste uniquement en quelques graminées. La température est déterminée aussi par la direction des vents: les régions où le vent du nordest domine sont, à la même latitude et à la même altitude, plus froides que celles où règne le courant du sud-ouest. Elle l'est parle degré d'humidité de V atmosphère : les brouillards et les nuages forment pour ainsi dire un écran qui tempère, d'une part, l'ardeur des rayons solaires et, d'autre part, le refroidissement causé par le rayonnement et l'évaporation. Le voisinage de la mer, surtout celui de l'Atlantique échauffé par le Gulf- Stream, exerce à cet égard une grande influence, parce que la mer, conservant en toute saison une température beaucoup plus égale que la terre, fait fonction d'un réservoir de calorique et devient une source de fraîcheur en été et de chaleur en hiver. En traçant une diagonale de l'embouchure de la Vire au col de Tende, on divise à peu près la France en deux grandes régions ; celle du nord-est est au-dessous de la température moyenne ; celle du sud- ouest est au-dessus. L'influence de l'océan Atlantique et celle de l'altitude sur la direction générale de cette ligne de démarcation qui coupe obliquement les degrés de latitude sont manifestes. La ligne isotherme moyenne de la France est d'ailleurs loin d'être droite. De l'embouchure de la Aire, elle se dirige vers le sud, laissant dans la région froide le massif des collines de Normandie et du Maine et dans la région chaude la Bretagne que l'Océan enveloppe ; elle se replie en forme de golfe pour envelopper jusqu'au delà de Blois la vallée de la Loire, où pénètrent profondément les vents d'ouest, et pour laisser ainsi dans la région chaude la Touraine, surnommée le jardin de la France ; elle longe le pied du Massif Central qu'elle relègue, malgré la latitude, dans la région froide ; sur le flanc oriental des Cévennes, elle remonte jusqu'à Dijon la vallée du Rhône et de la Saône que réchauffe le souffle méditerranéen ; mais de l'autre côté de la vallée, elle se recourbe au sud, laissant dans la région froide tout le Jura, les Alpes de

Savoie et du Dauphiné. Au milieu du Massif Central, la Li magne, abritée contre les vents, constitue un îlot de la région chaude. Les températures moyennes les plus élevées sont celles de Nice et de Menton, placées en espalier au bord de la Méditerranée (16° et 16°, 5), celle de Perpignan (\'5°) ; les plus basses sont celles des provinces du nord-est : 9°, 8 à Strasbourg, 8°,o dans la Meurthe-et-Moselle.

C'est en hiver surtout que l'influence de l'Atlantique se fait sentir par la douceur relative de la température dans les parties où elle s'exerce. La moyenne température de V hiver en France est d'environ 6° au-dessus de zéro. La ligne isochiméne moyenne de la France, c'est-à-dire celle qui passe par les lieux où régne en hiver cette température moyenne, commence au Pas-de- Calais, descend à l'ouest du pays de Caux, au sud de la campagne de Caen, enveloppe le massif des collines de Normandie et du Maine où l'hiver est un peu plus rude, dessine, comme la ligne isotherme moyenne, un grand golfe pour laisser la vallée inférieure de la Loire dans la région des hivers doux, contourne toute la froide région du Massif Central, remonte aussi, comme la ligne isotherme, la vallée du Rhône, mais sans s'avancer jusqu'à Lyon, et enferme toute la région alpestre, moins la basse Provence, dans la région des hivers froids. A Barcelonnette, la moyenne de l'hiver descend à l°,o au-dessus de zéro, beaucoup plus bas qu'à Lille, tandis qu'à moins d'un degré de distance, à Nice, la moyenne de l'hiver est de plus de 12° au-dessus de ::éro.

En été, l'influence de l'Océan cesse d'être sensible. La température moyenne de l'été en France est de 18°,2. La ligne isothére, qui marque cette moyenne, part de la pointe de Chemoulin au QOrd de L'embouchure de la Loire, suit jusqu'au delà d'Orléans la limite septentrionale de la vallée de ce fleuve privilégié, se replie ensuite jusqu'à Ghâteauroux, passe au sud de l'humide Sologne et du Morvan granitique, puis entre Dijon et Vesoul jusque vers Baie, serpentant ainsi presque constamment entre Le j7c et le 48e degré de latitude.

Cependant les parties de la France situées au sud de cette ligne isothére n'appartiennent pas toutes à la zone des étés chauds. Presque tout le Massif Central ou du moins sa partie

occidentale, celle qui est exposée aux influences de l'Océan, a des hivers rigoureux au-dessous de la moyenne, ainsi que la région des hautes Alpes voisine de la ligne de faîte.

59. lie cl i mai armoricain. — La Bretagne, le Maine, Y Anjou, la Touraine, la Normandie et la Picardie occidentdh sont les provinces qui subissent le plus Yinfluence de l'Océan et des vents d'ouest. Un été modéré, un hiver doux, beaucoup d'humidité, des brouillards, sont les traits généraux de leur climat tout maritime ; on peut le désigner 'sous le nom de climat armoricain, du mot celtique armor qui veut dire un pays baigné par la mer. Sur les bords de l'Océan, on compte jusqu'à 132 jours de pluie par an. La pluie tombe principalement en automne et en hiver. La température est si douce en hiver sur les côtes qu'à Cherbourg les magnolias et les figuiers vivent en pleine terre ; la moyenne de l'hiver y est de 6°, tandis qu'elle descend à 3°, 3 à Paris; l'été y est moins chaud (16°, 7) qu'à Paris. La moyenne de l'hiver est de G degrés au-dessus de zéro à Brest, celle de l'été de 17° ; les fraîches prairies du Cotentin el du Bessin sont dues en partie à l'imperméabilité du soussol, en partie à l'humidité de l'atmosphère. La Touraine et la région de la basse Loire ont les mêmes hivers avec les vents d'ouest, et des étés plus chauds à cause de la latitude; aussi, la bénignité de son climat et la fertilité de son sol, célébrées de tout temps, ont-ils fait donner, vers le xvc siècle, à la Touraine, moins humide que la basse Loire, le nom de Jardin de la France. Dans la région plus élevée du Maine et des collines de Normandie, la saison d'hiver est plus rude ; mais les pluies sont encore abondantes dans presque toute cette contrée et donnent naissance à de nombreuses rivières.

60. Le climat scquanien. — Le climat séquanien comprend le bassin de la Seine, moins le cours inférieur du fleuve depuis Rouen, et la partie orientale du bassin. Il s'étend aussi au nord sur la Flandre, au sud jusque sur les terrains granitiques qui forment la limite du bassin géologique de Paris. L'influence maritime y domine avec les vents de sud-ouest et d'ouest. Mais, abrité par la Normandie et la Bretagne, ce climat est bien moins arrosé de pluie que le climat armoricain ; la température de l'hiver y descend un peu au-dessous de la moyenne

de la France. La Champagne, qui ne reçoit que 4 ou 5 décimètres de pluie, fait partie de ce climat. La moyenne de la pluie qui tombe à Paris est de 5 décimètres.

La température moyenne de Paris, qui peut être prise comme type de ce climat, est de 10°, 7; la moyenne.de l'hiver est de 3°,3 au-dessus de zéro ; celle du printemps, où les vents et les pluies alternent avec les jours sereins, est de 10°,3 ; celle de l'été, souvent brûlant, est de 18°,1 ; celle de l'automne, pendant lequel les beaux jours se prolongent souvent assez longtemps, esl de ll°,2. Il y a d'ailleurs des différences sensibles entre le nord et le centre de la région; la température de Lille est inférieure en moyenne d'un degré à celle de Paris (9°,7), avec un hiver plus froid (2°, 4) et un été à peu près semblable.

61. Le climat Yosgien. — Le climat vosgien comprend la région du nord-est, au nord du 47e degré de latitude et du bassin de la Saône. La température moyenne est d'environ 9°, 5. Comme cette région est, en France, la plus éloignée de la mer, elle subit moins que les autres l'influence maritime»; elle a, comme tous les climats continentaux, des hivers froids et long>, des étés chauds. La neige y tombe en grande quantité; dans la vallée de la Moselle, la température moyenne de l'hiver descend à 0°. La pluie est assez abondante dans les Vosges (158 cent, à laRothlach, à 1000 mètres d'altitude), principalement sur les versants lorrains (108 cent, à St-Amé, à 730 niches d'altitude, et 78 à Nancy) et sur le plateau de Langres qui arrêtent les nuées de l'ouest. Elle décroît dans la plaine de l'Alsace (115 cent, à Wessêrling dans la montagne, 45 ;i Colmart et 66 à Strasbourg) ; et dans cette plaine elle tombe beaucoup moins en hiver qu'au printemps et en été. En général cependant, la pluie tombe moins par le vent d'ouest, déjà épuisé, que par le \ent de nord-est, la froide bise qui abaisse tout à coup la température et cause les orages d'été. « Quand il pleut à ht bise, dit-on, il pleut à sa guise. » La transition de l'hiver à L'été est beaucoup plus brusque que dans les climats maritimes. Au nord des Vosges, la région ardennaise, froide et très-longtemps couverte de neiges, reçoit plus de pluie qu'aucune iiutre région du nord-est.

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