‹ La France avec ses colonies;Chapitre 45 sur 147 · FRANÇAISE · texte numérisé non relu

FRANÇAISE

08. Les temps préhistoriques et la Gaule barbare. — On ignore à quelles races appartenaient les premiers habitants du sol qui est aujourd'hui la France, mais on sait, par les ossements, les monuments et les instruments qu'on retrouve enfouis dans les couches quaternaires du sol, qu'à une époque antérieure à la période glaciaire, il existait sur notre territoire île- hommes dont le crâne et la charpente osseuse accusent un type très-inférieur, et qui paraissent avoir appartenu à une race répandue également sur une grande partie de l'Europe qu'ils ont occupée pendant de longs siècles. On peut suivre jusqu'à un certain point les progrès de leur état social par le perfectionnement de leurs outils et par leurs ornements (t) ; munis de haches de silex plus ou moins grossièrement taillé, puis de flèches et de harpons, ils paraissent avoir vécu de chasse et de pêche et avoir habité des cavernes ; c'est pourquoi l'anthropologie les désigne sous le nom de troglodytes (Tpw-yXvi, trou, à6'w, entrer), ou hommes de la période quaternaire. On retrouve en effet leurs traces avant, pendant, et après la période glaciaire. Ils ont peut-être appartenu eux-mêmes à des races différentes, et ils ont dû être en grande partie détruits soit par les bouleversements du diluvium, soit par les changements de climat que la Fiance a subis durant cette longue période, soit par les invasions successives de races plus guerrières. Mais ils subsistaient encore au commencement de la période géologique actuelle.

(l) Parmi les localités, assez nombreuses, dans lesquelles on a découvert des traces de ces premiers hommes, on peut citer Saiiit-Aclieul, près d'Amiens, qui présente les caractères d'une antiquité très-reculée ; la .Madeleine et les Eyzies, sur les bords de tla Vézère, le Moustiér, également sur les bords de la Vézère, Solutré (Saône-Loire), Lombrives, Ornolac, Ussat, Sabart, etc., dans l'Ariége, appartiennent à des époques postérieures, mais encore très-anciennes.

D'un point de départ inconnu, et par une longue suite d'émigrations lentes, vinrent sur notre territoire des populations distinctes de troglodytes; on peut suivre leur route depuis les bords de la Baltique, à l'aide de leurs monuments, dits mégalithiques parce qu'ils sont formés le plus souvent de pierres colossales: cairns ou monceaux de pierres ; dolmens, ou tables de pierre supportées par deux ou plusieurs pierres ; menhirs ou pierre> levées ; cromlechs ou cercles de pierres. La plupart sont des tombeaux clans lesquels on retrouve des haches et des instruments tranchants'de pierre polie et de bronze, des outils en os, des poteries etmême,dans la France méridionale, des objets de verre que peut-être le commerce phénicien avait introduits dans la contrée. Ces populations, encore sauvages, qui ont dû le plus souvent détruire les populations primitives, et quelquefois se mêler à elles, avaient pour séjour des camps situés dans des lieux élevés, ou des cabanes bâties sur pilotis au bord des lacs. Plusieurs lacs de la Suisse et du Jura présentent des restes bien conservés de ces habitations lacustres. C'est dans le nord-ouest et l'ouest de la France, particulièrement en Bretagne, que les monuments mégalithiques sont le plus nombreux.

A côté de ces découvertes récentes de l'archéologie préhistorique, il faut placer les connaissances géographiques et ethnographiques que les anciens écrivains nous ont transmises, et d'après lesquelles la Gaule aurait été peuplée par deux courants d'émigrations successifs et opposés, celui des Ibères et celui des Celtes et des Gaëls. Il paraît assez difficile de rattacher celui des Ibères à l'existence des troglodytes qui avaient sans doute précédé ces migrations (1); mais il est assez vraisemblable que les monuments mégalithiques marquent le passage des Celtes.

Les Ibères, venus du sud parles passages des Pyrénées, ont, à une certaine époque, occupé toute la partie méridionale de la Gaule, et se sont même avancés jusque dans l'Irlande au nord (2), et à l'est jusque dans l'Italie et les îles voisines, Corse,

(1) 11 faut toutefois rappeler que c'est dans le midi de la France que l'on trouve les grottes à ossements les plus nombreuses. Florus disait d'ailleurs de ses anciens habitants : Aquitani, callidum genus, in speluncas serecipiebant (liv. III).

(2) Voir Tacite (Agricolœ vita, cb. n).

Sicile, etc. Leur type était celui des races méridionales : taille moyenne, yeux bruns, cheveux noirs et bouclés, teint basané, caractère énergique. Lorsque les historiens et les géographes Anciens les ont connus, ils étaient déjà, sur le continent, presque tous refoulés par les invasions du nord, les uns sous le nom d'Aquitains au sud de la Garonne, les autres soute le nom de Ligures, dans la région des Alpes de Provence, des Alpes Maritimes et Liguriennes. Ils parlaient une langue particulière, toute différente des langues ariennes et des langues sémitiques, et qui n'a laissé de traces que dans l'Euskuara, langue parlée aujourd'hui par les Basques. Les Vascons ou Gascons sont des descendants de cette môme race, mélangés avec d'autres populations; mais ils parlent une langue latine, et leur type s'est profondément modifié. Les Basques même qu'on trouve sur les deux versants des Pyrénées, à l'ouest du pic d'Anie, sont loin de présenter un type uniforme (1).

L'émigration des Celtes paraît avoir eu lieu de l'est à l'ouest à travers l'Europe centrale dont ils ont longtemps constitué la principale population. En Gaule ils refoulèrent les Aquitains et pénétrèrent jusqu'à la Garonne ; ils occupèrent presque toute la vallée du Rhône et les bords de la Méditerranée, où ils se sont mêlés aux Ligures également refoulés ; ils ont môme passé en Espagne, où, sur plusieurs points, ils se sont unis aux peuplades ibériennes (Geltibériens, etc.), et ont occupé une grande partie de l'Italie et des îles Britanniques;

A la suite de ces peuples, à la taille petite et aux cheveux châtains, vinrent, à travers les plaines germaniques, de nouveles migrations de tribus à la taille élevée, aux yeux bleus, aux •heveux blonds, qui refoulèrent les Celtes, les soumirent ou.se Mélangèrent avec eux. C'est à ces migrations qu'il faut rattacher les Gaèls et les Ki/mris, Belges ou Cimbres. Les Gaëls s'étendirent sur la rive gauche du Rhin jusqu'aux orcts de la Seine et de la Marne, où leurs tribus dominèrent peu près exclusivement sous le nom général de Belges. Pluieurs de ces tribus pénétrèrent bien au delà de la Seine, vers sud; les Volces, qui habitaient le Languedoc, paraissent

(l) On trouve aussi d'anciens Ibères dans les Alpes Rhétiqucs.

avoir été des Gaëls. Leur nom se retrouve également dans le pays de Galles, en Angleterre, dans le pays wallon, au nord de la France, dans la Galice, ancienne Gallœcia, en Espagne. D'humeur belliqueuse et aventureuse, ils se répandirent même par de nombreuses incursions sur l'Italie, la Grèce, la vallée du Danube et l'Asie Mineure.

Les Celtes et les Gaëls furent compris par les Romains sous le nom commun de Gaulois. Leurs divers dialectes mêlés au latin et aux langues germaniques sont entrés dans la composition du français, de l'anglais, etc. ; plusieurs ont conservé une physionomie propre, comme le breizad, parlé en basse Bretagne, le wehh du pays de Galles, les langues erses de l'Irlande et de l'Ecosse.

En résumé, à l'époque de César, c'est-à-dire au ier siècle avant l'ère chrétienne, la Gaule barbare se trouvait ainsi occupée par trois groupes dépopulation, subdivisés en un grand nombre de peuplades ou tribus que n'unissait aucun lien politique régulier et qui étaient souvent en guerre les unes avec les autres (voir fig. 67). Chacune de ces peuplades occupait un canton plus ou moins étendu, ordinairement délimité par des accidents physiques ou par la nature géologique du sol, et leurs noms se retrouvent encore, avec des altérations plus ou moins profondes, soit dans le nom moderne du pays, soit dans celui de sa ville principale.

1° La Belgique comprenait le territoire situé entre le Rhin, au nord et à l'est, les monts Faucilles, la Marne et la Seine, au sud-ouest (1), c'est-à-dire les bassins de la mer du Nord, à l'exception du Rhin supérieur, et la partie droite du bassin de la. Seine. Ses principales tribus étaient les Menapii, qui occupaient d'abord le Brabant et qui, refoulés plus tard par le^ Toxandri, peuplèrent la Flandre maritime ; les Nervii (Flandre wallonne et Hainaut) ; les Eburones, dans le pays de Liège et 1î Hesbaie, où ils furent, après leur destruction par César, rem

(i) Ces limites ne doivent pas être prises dans un sens absolu. Plu sieurs peuples, dont le centre de population principal était sur la riv droite de la Marne (les Suessiones, par exemple), avaient aussi un partie de leur territoire sur la rive gauche. La même observation s'ap plique aux autres grandes divisions de la Gaule.

placés parles Tungri; les Aduatici, derniers venus de l'émigration cimbrique, dans le Namurois ; les Treveri (Trêves) ; les Mediomatrici (Metz) ; les Leuci (Lorraine méridionale) ; les Rcmi, avant pour villes principales Burocortorum (Reims) et Bibrax (vieux Laon) ; les Suessiones (Soissons) ; les Silvanectes (Senlis) ; lee Veromandui (Vermandois) ; les Atrebates (Arras) ; les Morini

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Kg. 67.

Itoulonnais); les Ambiant (Amiens) ; les Bellomci (Beauvaisis)

ec la forteresse de Bratus-puntmm (près de Breteuil) ; les Velcasses (Vexin); les Caleti (pays de Gaux). 2° La Celtique s'étendait entre la Seine et la Marne, au nordt, les Cévennes et la Garonne, au sud-ouest, c'est-à-dire sur la rtie gauche du bassin de la Seine, sur tout le bassin de la ire, sur celui de la Saône et sur la partie supérieure du bassin

du Rhin. On y remarquait les Helvetii (Suisses), déjà partagés en pagi ou cantons distincts ; les Rauraci (Alsace méridionale et Baie); les Sequani (Franche-Conté), ayant pour capitale Vesontio (Besançon) ; tes Lingones (Langres) ; les Tricasses (Troyes) ; les Senones, ayant pour villes Agendicum (Sens) et Vellaunodunum (Château-Landon) ; les (Edui (partie de la Bourgogne), les Mandubii (basse Bourgogne), chez lesquels était Alésia; les Meldi (Meaux) ; les Parisii (Paris), avec la ville de Lutecia;les Carnutes (Chartres et Orléans), ayant pour ville principale Genabum (Orléans) ; la confédération des Aulercï, composée de trois peuples principaux : les Cenomani (le Mans), les Diablintes (Jublains) et les Éburovices (Évreux) ; la ligue armoricaine comprenant tous les peuples maritimes situés entre l'embouchure de la Seine et celle de la Loire, tels que les Lexovii (Lisieux) , les Bajocasses (Baveux), les Unelli (Gotentin), les Ambivarii ou Abrincatui (Avranches) , les Redones (Rennes) , les Curiosolites (Corseult) , les Osismii (Basse-Bretagne), les Veneti (Vannes), les Namnètes (Nantes) ; puis les Andes (Angers) , les Turones (Tours) , les Bituriges-Cubi (Bourges), les Pictones (Poitou), les Scmtoneè (Saintonge), les Bituriges-Vivisci (Bordelais), seule tribu celtique sur la rive gauche de la Garonne, les Petrocorii (Péri gueux), les Lemovices (Limousin et Marche), les Segusiavi (Lyon nais et Forez) ; la confédération des Arvemi (Auvergne), capi taie Gergovia (au sud de Clermont), auxquels se rattachaient le Éleuteri (Hante- Auvergne', Lieutadès), les Vellavi (Vélay) , le Gabali (Gévaudan) , les Helvii (Yivarais) , les Ruteni (Rouergue) les Cadurci (Quercy), avec la forteresse de Uxellodunum (le Pu dissolu); les Mtiobriges (Agénois).

3° L'Aquitaine, resserrée entre la Garonne et les Pyrénées comprenait les Vasates (Bazas), les Ausci (Auch), les Élusaù (Eauze) , les Sotiaies (Sos), les Garites (Gaure), les Tarusah (Tursan,cap. Aire), les Pretiani (Albret),les Cocosates (Landes les Tarbelli (Dax),les Subollates (la Soûle), les Venearni (Béan les Bigerri (Bigorre), les Garumni (Bas-Comminges et pays < Rivière).

Il faut ajouter à ces trois sections les peuples compris da les limites de la province romaine qui appartenaient à c vers groupes ethnographiques : les Volcœ Tectosages (Haï-

Languedoc), et les Voleœ Àrecomici (Bas-Languedoc), que l'on rattache aux Belges ; les Consorani (Conserans), les Convenae (Comminges), les Sardones (Roussillon), les Atacini (Narbonne), les Salyes (Basse-Provence), les Sculteri (Esterel); les Albiœci (Riez), les Oxybii, les Nerusi, les Deceates, etc., dans les Alpes maritimes, qui paraissent avoir appartenu à la branche ligure des Ibères; enfin, quelques peuples de race celtique, comme les Cavari (Avignon), les Tricastini (Tricastins), les Vocontii (Die), les Vertacomicori (Vercors), les Segalauni (Valentinois), les Allobrogcs (Dauphiné et Savoie). A cette dernière race appartenaient aussi les innombrables tribus alpines, comprises entre les deux Gaules romaines, mais réellement indépendantes et dont les principales étaient : les Centrones (Tarcntaise), les Nantuates (Chablais), les Veragri et les Seduni (Valais), les Belagi (Beauges) , les Graioceli (Graisivaudan) , les Caturiges (Chorgcs et Embrun), les Tricorii (Gap), etc. Le commerce pénétra de bonne heure dans la Gaule barbare. Dès le xie siècle avant notre ère, les Phéniciens, les premiers navigateurs de l'antiquité, avaient des comptoirs en Corse; sur la côte de la Méditerranée, ils avaient fondé Rhodanusia à l'embouchure du Rhône. Alésia leur doit égalemont sa fondation, au rapport de Diodore de Sicile, et l'on trouve de leurs traces jusqu'à l'embouchure de la Somme. Les Grecs leur succédèrent dans l'empire de la mer. Dans une petite plaine tertiaire et fertile, présentant, non loin des bouches eniblées du Rhône, un abri favorable aux navires, les Phocéens, jni fuyaienl la domination des Perses, fondèrent Massilia, vers 'an 000; Massilia, devenue un centre florissant, fonda à son tour, le plus souvent sur les ruines d'anciens comptoirs phéniciens, Nice (Nucflua), Antibes (.ivtîwoXtç), le Ciotat (K-iflapiarà), \gde (A/yaôyi t6/;/î), et d'autres colonies sur les côtes de Gaule L'Espagne et d'Italie. Ce fut par Marseille que les Romains eni èreut en rapport a\cc la Gaule.

69. La Gaule roiiiaine. — Les Romains désignaient sous e nom de Gaule cisalpine la vallée du Pô peuplée en grande partie letribus gauloises, [nsubres, Cenomani, Senones, Boii, Lingoes, etc., e1 sous le nom de Gaule transalpine ou de Gaule cheelue (Gallia comata), à cause de la chevelure que les bar-

bares laissaient croître, toute la partie située au delà des Alpes relativement à Rome. Ils conquirent la première de 283 (défaite des Senones au lac Vadimon) à 101, époque où fut créée la province gauloise cisalpine ou intérieure. La Gaule transalpine les vit en 154 av. J.-C. comme alliés des Massiliotes contre les Ligures du voisinage. Appelés une seconde fois (125), ils restèrent dans le pays, et, au nord du territoire de Marseille, près d'une source d'eaux minérales, le consul Sextius fonda la colonie à'Aquae Sextiœ (123), aujourd'hui Aix. Peu après, les Allohroges et les Arvernes étaient vaincus, et tout le territoire, jusqu'au Rhône et jusqu'au lac Léman, devenait province romaine (120) : d'où le nom de Provence. Deux ans après, les Romains franchissaient le Rhône, occupaient jusqu'aux Pyrénées le bas pays situé entre les Cévennes et la Méditerranée et fondaient (118) dans une ancienne ville gauloise la colonie de Narbonne (Narbo Martius, du nom du consul Q. Martius Rex). Située sur la route commerciale qui relie la vallée de la Garonne à la Méditerranée, Narbonne devint la capitale de la province qui comprit toute la vallée du Rhône jusqu'à la Saône exclusivement, et même la plaine de Toulouse au delà du col de Xau- .rouse.

Nommé proconsul des deux provinces gauloises, Jules César entreprit de soumettre la Gaule indépendante en se présentant d'abord comme libérateur. Il commença par arrêter l'émigration des Helvètes en fermant par une muraille fortifiée le passage entre le Rhône et le Jura au-dessous de Genève ; puis, les Helvètes ayant rebroussé chemin et passé parles cols du Jura, il les battit au passage de la Saône et au pied du mont Beuvray, près de Bihracte (Autun) (58 av. J.-C.). La môme année, il repoussait l'invasion des Suèves après avoir défait Arioviste leur chef dans la plaine d'Ochsenfeld, en Alsace, près de Cernay, entre la Thur et la Doller. Puis au libérateur succéda le conquérant. De 57 à 51, César soumit la Gaule en sept campagnes signalées par de nombreuses batailles : défaites des Belges aux bords d^ L'Aisne, près de Berry-au-Bac, et de la Sambre, près de Hautmont (57) ; victoire navale sur les Venètes à l'entrée du Morbihan (56) ; défaite des peuples de FArmorique près d'Avranches et des Aquitains près des'Sos (56) ; échec des Romains chez les

Ëburons près de Tongres (54); victoire sur les Serions et les Aulerques près de Paris (52) ; défaite de César près de Gergovia (52) et enfin victoire complète sur Vercingétorix et les Gaulois coalisés iiAlésia (52) (1).

La Gaule resta soumise à Home pendant 456 ans. Les Romains >'\ établirent en grand nombre et y introduisirent leur administration, leurs lois, leur langue qui remplaça, au moins dans les villes, les anciennes langues gauloises, leur civilisation qui transforma la Gaule barbare en une Gaule romaine, florissante par le commerce et par les arts. Arles (Arelate), surnommée la Rome des Gaules, Narbonne (Narbo Martius), Toulouse (Tolosa) et Bordeaux (Burdigala) étaient les cités les plus importantes de la région méridionale ; au centre, étaient Lyon (Lugdunum, qui signifie « soit la hauteur du corbeau » Lug Dun, soit « la hauteur marécageuse » Luck Dun) et Autun (Augustodunum), célèbre par ses écoles ; au nord, Reims (Durocortorum), Metz. flDivodurum), Trêves (Augusta Trevirorum), Cologne (Colonia Àgrippina).

La Gaule fut divisée en plusieurs provinces, dont le nombre s'accrut à mesure que l'administration provinciale devint plus compliquée. En 27 avant Jésus-Christ, Auguste avait formé des provinces spéciales de chacune des quatre grandes divisions île la Gaule, province propre ou Narbonnaise, Celtique ou Lyonnuise, Belgique et Aquitaine, mais en agrandissant cette dernière, aux dépens de la Celtique, de tout le pays situé entre la (.nonne et la Loire. Tibère créa en Belgique le long du Rhin deux nouvelles provinces, ou commandements militaires, dans le but de surveiller et de maintenir les Germains; de la leur ïint le nom de Germanie inférieure et de Germanie wpèrièure. A la fin du troisième siècle (297), par suite de démembrements Buccessifs, le reste delà Belgique avait formé trois provinces ; la Lyonnaise, deux; l'Aquitaine, trois; la Narbonnaise, deux ; suit en tout douze provinces, nombre qui monta jusqu'à dix-septàlafin du quatrième siècle. Ces dix-sept provinces étaient: Narbonnaisc première, métropole Narbonne ; Narbon-

Uesia, que plusieurs érudits placent pu Franche-Comté, doit être placée en Bourgogne, dans le bassin de la Seine, au mont Auxois, "litre l'Oze et l'Ozerain.

mise seconde, métropole Aix ; Viennaise, métropole Vienne : Alpes Maritimes, métropole Embrun; Alpes Graïes et Pennines, métropole Tarentaise; Aquitaine première, métropole Bourses ; Aquitaine seconde, métropole Bordeaux; Novempopulanie ou Aquitaine troisième, métropole Éauze; Lyonnaise première, métropole Lyon; Lyonnaise seconde, métropole Rouen; Lyonnaise troisième, métropole Tours ; Lyonnaise quatrième, métropole Sens ; Belgique première, métropole Trêves ; Belgique deuxième, métropole Reims ; Germanie première ou supérieure, métropole Mayence; Germanie seconde ou inférieure, métropole Cologne ; grande Séquanaise, métropole Besançon.

Ces provinces, depuis l'organisation du pays par Auguste, se subdivisaient en cités (civitates), au nombre de 120, dont le territoire était presque partout le même que celui des anciennes peuplades gauloises et les cités se subdivisaient en yagi (pays ou cantons) (1). Le Christianisme ayant établi de bonne heure des évoques dans la plupart des cités, il est facile de retrouver, à peu de différence près, les limites des cités et, par suite, celles des peuplades, dans les diocèses épiscopaux avant 1789. Les sièges archiépiscopaux représentent les métropoles ou chefslieux de province.

La Gaule, pendant ces quatre siècles et demi de paix, fut plusieurs fois troublée par des révoltes ou par des ambitieux qui tentèrent d'y former un empire séparé ; plusieurs fois aussi, dans les derniers temps, quand l'Empire s'affaiblissait, elle fut exposée aux invasions des barbares d'outre-Rhin. Plusieurs points de notre territoire ont été ainsi signalés par des événements militaires. Trêves et Autun virent, en *2J, la défaite des chefs gaulois Julien Florus etSacrovir qui s'étaient insurgés; Albinus, compétiteur de Septime-Sévère, fut défait par ce dernier près de Trévoux (197) et Posthumus, compétiteur de Gailien, près de Mayence (261). Une des premières invasions des Francs fut arrêtée près d'Arles par la défaite de leur roi Crocus (2(i8) ; Aurélien défit son rival Tetricus à Châlons- sur-Marne (273) ; les Bagaudes ou paysans révoltés furent exterminés pai

(1) Pagi minores par opposition aux pagi majores qui, là où il er existait, représentaient en général le territoire même des cités.

Maximien au lieu où est aujourd'hui Saint-Maui -les-Fossés (285) ; Constance Chlore défit à Langres (301) les Alemans qui à leur tour défirent Magnence près de Sens (353); Julien remporta une victoire sur les Francs près de Strasbourg- (357) et Jovien deux victoires sur les Alemans à Metz et à Chalons-sur-Marne (366). L'empereur Gratien demanda contre les Alemans l'alliance des Francs dont le roi Merobandes, victorieux à Colmar (377), reçut la pourpre consulaire.

70. li<kH invasion» barbares du cinquième au neti vièiiii» siècle. — Du troisième au cinquième siècle, Home avait pu arrêter les invasions barbares en Gaule, soit par ses propres forces, soit avec les barbares qu'elle soudoyait et opposait les uns aux autres; elle avait même établi dans ses provinces frontières des bandes germaines à titre de colons militaires; quand elle n'eut plus de troupes pour les repousser, d'argent pour les soudoyer, le chemin demeura ouvert. Au ■commencement du cinquième siècle, de nombreuses tribus germaines et slaves [tassèrent une fois le Rhin sans obstacle (janvier (406), dans la plaine entre Mayence et Haie, et envahirent la Gaule qu'ils mirent au pillage; l'invasion se composait principalement de Burgondes, de Vandales, de Suèves et d'Alains. Les Burgondes, pénétrant par le large passage ouvert au sud des Vosges, ravagèrent les provinces de l'est, puis, avec l'autorisation des empereurs, ils s'établirent successivement au pied des Vosges et en Savoie : de là ils occupèrent la vallée (Ki Rhône et de la Saône, et formèrent un nouvel état, le royaume des Burgondes, d'où est venu le nom de Bour-

le.

Les autres peuplades, après avoir semé de ruines leur route |à travers la Gaule, avaient passé pour la plupart en Espagne )ar Saint-Jean-Pied-de-Port (41 1). Sur un autre point, à travers les Alpes maritimes, pénétrait un autre peuple germain, un peu dus civilisé, les Visigoth*, qui, venus des bords du Danube, in aient successivement ravagé la Grèce et pillé Home et auxquels l'empereur d'Occident donnait le commandement de la ■aille pour débarrasser l'Italie de leur présence,. Sous EuriC, ils " Séparèrent entièrement de l'empire auquel ils obéissaient nominalement, et fondèrent un royaume qui s'étendait sur la

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Narbonnaise et l'Aquitaine, de la Loire aux Pyrénées, et au delà sur presque toute l'Espagne.

Au nord, une troisième peuplade barbare était déjà, depuis le milieu du quatrième siècle (344), fixée dans la Toxandrie (aujourd'hui le Brabant septentrional), où l'empereur Constant lui avait donné des terres en la chargeant de défendre la frontière : c'était le peuple des Francs Salie?is, ainsi nommés peut-être à cause de l'Yssel ou Sala, sur les bords de laquelle ils habitaient antérieurement. Les uns étaient disséminés à titre de colons militaires ; les autres dits « fœderati » étaient groupés en corps d'armée. Ces Francs, grossis d'autres bandes, après avoir en vain essayé d'arrêter la grande invasion, avaient eux-mêmes pris part au pillage et s'étaient établis dans la Tongrie et jusqu'à Tournai, tout en restant nominalement soumis à l'autorité impériale.

La Gaule, vers le milieu du cinquième siècle, était partagée en quatre groupes dont les chefs, réellement indépendants, se disaient encore les serviteurs de l'empire : le royaume des Burgondes au sud-est, le royaume des Visigoths au sud-ouest, les royaumes francs au nord, les cités entre la Somme et la Loire qui obéissaient au romain Syagrius ; à ce dernier se rattachait peut-être la confédération des villes armoricaines dont une partie forma bientôt le royaume de Bretagne.

Un danger commun réunit un jour tous ces anciens et nouveaux possesseurs de la Gaule sous l'autorité d'Aétius, le dernier général romain: c'était la formidable invasion d'Attila, à la tête des Huns et autres tribus tartares ; Romains, Gaulois, Francs, Goths, Burgondes, triomphèrent des Huns à la bataille des champs Catalauniques livrée dans la grande plaine de la Champagne pouilleuse (431).

A la fin du cinquième siècle, les Francs prirent le premier rang en Gaule; vainqueur des Romains à Soissons (486), des Alemans à Tolbiac, près de Cologne (4^6), Clovis, leur roi, embrassa le christianisme et, avec l'appui des évoques, soumit ou se rallia les cités romaines jusqu'aux rives de la Loire. La bataille de Vouillé ou Youlon (Vocladum) (507) lui donna la partie du royaume des -Visigoths entre la Loire et les Pyrénées; toutefois ce dernier peuple, grâce à Théodoric, roi des Ostro- £oths d'Italie, conserva quelque temps la Provence, conquise

depuis par les Burgondes, et la Narbonnaise qui prit, de ses sept évêchés, le nom de Septimanic et ne fut soumise par les Francs que sous Pépin le Bref.

Clovis réunit ensuite sous son autorité les différentes tribus des Francs, gouvernées jusque-là par des chefs distincts, entre autres les Francs Ripuaires ou habitant les bords du Rhin, et il étendit sa domination au delà du Rhin, jusqu'à la forêt de Thuringe. Mais, pour lui comme pour ses successeurs, la Gaule était moins un État à fonder et à gouverner qu'un domaine à exploiter; de là les partages bizarres et irréguliers qui eurent lieu entre les quatre fils de Clovis et les quatre fils de Glotaire. Toutefois l'unité de domination se complétait; en o34, les fils de Clovis mettaient fin au royaume des Burgondes, sans cependant déposséder les Burgondes de leurs domaines, et l'on vit, sous Clotaire II et Dagobert, l'empire des Francs s'étendre sous un seul chef des Pyrénées à la forêt deThuringe et môme au delà. Néanmoins, grûce aux partages et à la diversité des éléments ethnographiques, il se constitua plusieurs groupes de population tendant à former des nations distinctes et correspondant à peu près aux quatre grandes divisions naturelles de la Gaule, le bassin géologique parisien, les bassins fluviaux de la mer du Nord, le bassin du Rhône et le bassin Aquitanique avec le Massif Central.

Au nord-ouest, les Neustriens (Ne-ost-reich, royaume qui n'est pas à l'est), formés du mélange des Francs Saliens et des Gallo-Romains, occupaient le vaste triangle entre l'embouchure de l'Escaut, la source de la Seine et la Bretagne, et par conséquent à peu près tout l'ancien bassin Parisien avec la Normandie actuelle.

Au nord-est, les Ostrasiens (tu Francs du royaume oriental (Ost-reich ), avant conservé plus complètement les institutions et les mœurs .germaniques, s'étendaient à l'est de l'Escaut, de la forêt d'Argonne et de la source de la Seine jusque par delà le Rhin.

Au sud-est, les Burgondes soumis, mais non mêlés aux Francs, habitaient avec les Gallo-Romains le pays situé entre ni ce de la Seine, la Loire et l'embouchure du Rhône d'un <ête. l>are et les Alpes de l'autre.

Le sud-ouest, jusqu'aux Pyrénées et à l'embouchure du Khône, était occupé, sauf la Touraine et l'Orléanais, par les- Aquitains, qui, malgré la domination des Yisigoths et la conquête des Francs, étaient demeurés à peu près tels qu'ils étaient durant la période romaine.

En dehors de ces quatre grandes divisions, les peuples situés au sud de la Garonne, dans la Vasconie ou Gascogne, retranchés pendant un temps dans leurs monlagnes, avaient plus complètement encore échappé à l'influence des Francs. Il en était de môme à l'ouest, dans la presqu'île Armoricaine, où les Francs n'avaient pas pénétré ; là, la vieille race gauloise avait été renforcée, quelquefois môme opprimée par les Bretons quittant leur île devant les invasions saxonnes, et la presqu'île commençait depuis la fin du sixième siècle, à être désignée sous le nom de Bretagne. Au nord-est, des Alemans occupaient les deux rives de la plaine du Rhin jusqu'aux Vosges.

Les Francs d'Ostrasie et les Francs de Xeustrie se disputèrent pendant plus d'un siècle la prééminence. Cette lutte donna lieu à denombreuses batailles livrées pour la plupart sur lalimite des deux empires : Droissy (593), Toul (61 i), Latofao aujourd'hui Laffaux (596 et 680), Testry (687), Vincy près Cambrai (717), Soissons (719). Quand les Burgondes entraient en lice contre les Neustriens, c'est en général au sud de Paris que les rencontres avaient lieu : Dormeilles (600), Étampes (604).

L'avantage demeura en dernier lieu aux Ostrasiens sous Pépin d'Héristal (687) et, après lui, sous son fils Charles Martel (719), qui, sans avoir pris le titre de roi, est le fondateur de la dynastie des Carlovingïens.

Les Carlovingïens, ayant réuni sous une même autorité les deux fractions du peuple franc, reconstituèrent l'unité de l'empire par la soumission de la Bourgogne (734), par la victoire de Poitiers (732) sur les Musulmans, qui avaient envahi l'Aquitain 3 par le col de Roncevaux et qui s'étaient avancés jusqu'au delà de la Loire, enfin par la conquête, longue et difficile, de la Septimanie et de l'Aquitaine elle-même. Ils s'étendirent à l'est jusqu'à l'Elbe, après avoir conquis et converti la Saxe au christianisme, et au sud sur la plus grande partie de l'Italie occupée

depuis deux siècles et demi par les Lombards. Charlemagne, petit-fils de Charles Martel, reçut même du pape la couronne d'empereur d'Occident (800), parce qu'en effet il possédait la plus grande partie des contrées qui avaient composé autrefois l'empire romain d'Occident.

Mais cet empire était trop vaste et se composait d'éléments trop différents pour durer ; moins de trente ans après la mort de son fondateur, il se disloqua. Après la bataille deFontanet (841), li\ rée au sud d'Auxerre, le traité de Verdun (843) partagea les États de Charlemagne entre les trois fils de Louis-lel'i^ux.

Lothaire, l'aîné, eut, avec le titre d'empereur, les deux capitales, Aix-la-Chapelle et Rome, et par suite l'Italie, presque tout l'ancien royaume des Burgondes, l'Ostrasie et la Frise au delà du Rhin.

Louis eut la Germanie, à l'est de la Frise et du Rhin, avec quelques villes de la rive gauche du fleuve.

Charles le Chauve eut le pays des Francs de l'ouest, qui commença dès lors àporter le nom de France occidentale et bientôt celui de France proprement dite. L'Escaut, depuis son embouchure jusqu'à sa source, les dernières pentes de l'Ardenne, la Meuse, la Saône, les Cévennes et le Rhône, depuis Avignon jusqu'à la mer, la séparaient des domaines de Lothaire (1).

Mais ce traité, qui a eu une influence capitale sur toute la rapine du moyen âge, ne fut cependant pas respecté longtemps. L'empire de Lothaire se brisa de bonne heure et forma les royaumes d'Italie, de Provence et de Lorraine, ce dernier comprenant l'ancienne Ostrasie et ainsi nommé de Lothaire II [Lother reich, puis Lotharingie ou Lorraine). A la mort de Lothaire II, les deux rois de Germanie et deFrance se partagèrent une partie de ses dépouilles par le traité de Mersen (870), qui flonna a Charles le Chauve pour limites la Meuse, l'O.urthe et la Moselle jusqu'au pied des Vosges. La Lorraine, disputée entre le- empereurs d'Allemagne et les rois de France de la dynastie carlovingienne. demeura aux premiers (940). Quant au royaume

(1) Nithard dit que les deux seigneurs du pa^ti de Charles envoyés pour fixer les limites furent trompés et mirent indûment la forêt des tn«8 Jans la part de Lothaire.

de Provence, qui composait presque tout l'ancien royaume des Burgondes, sauf la partie qui était située sur la rive droite de la Saône jusqu'au-dessous de Màcon et qui resta à la France, il échut à Boson, beau-frère de Charles le Chauve (879), et subsista sous le nom de Bourgogne cisjurane et sous le nom de royaume, d'Arles jusqu'en 1033, époque à laquelle Rodolphe III le céda à l'empereur Conrad IL Mais les grands vassaux, les comtes de Provence, de Savoie, de Bourgogne, devienne et d'Albon (depuis dauphin de Viennois) et les comtes-archevêques de Lyon étaient indépendants. Cependant, au milieu des luttes des princes carlo- \ingiens, les Normands (North-mann), pirates venus des régions Scandinaves, pouvaient impunément ravager les côtes de la France, pénétraient dans l'intérieur par les embouchures des fleuves et se fixaient dans le pays qui, désigné encore sous le nom de Neustrie, leur fut cédé en 911 et prit le nom de Normandie.

Les Normands furent les derniers barbares qui aient fondé un établissement stable en Gaule. Les Sarrasins, qui avaient repris leurs invasions dans le Midi, où ils possédèrent longtemps la station deFraxinet (888-972), dans les monts des Maures, pillèrent plus qu'ils ne colonisèrent. Quant aux Hongrois, ils ne se signalèrent que par d'affreux ravages au milieu duxe siècle.

Au résumé, trois peuples composés eux-mêmes d'éléments divers ont ainsi, par une longue suite d'invasions, de conquêtes et de dominations, contribué à former la nation française, dont ils sont, à des titres divers, les ancêtres : les Gaulois, les Romains et les Germains.

2me section.

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