‹ La France avec ses colonies;Chapitre 47 sur 147 · CARTE · texte numérisé non relu

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royaume, la suzeraineté du roi de France était devenue effective.

73. I^a France sous les trois branebes îles Valois. — L'avènement des Valois fut le point de départ d'une guerre avec les rois d'Angleterre. Devenus par leurs mariages possesseurs d'une grande partie du bassin de la Garonne en 1154, et du Ponthieu ou France maritime en 1279, ceux-ci prétendaient, au mépris de la loi salique, avoir des droits sur la couronne même de France, comme héritier? plus proches que les Valois, mais par une branche féminine. La guerre dura plus d'un siècle (1337-1453) et est connue sous le nom dé guerre de Cent ans. La France y fut cruellement éprouvée à plusieurs reprises, et nos armées féodales y subirenf,

entre autres, trois grands désastres. En 1346, Edouard III, après être débarqué dans le Gotentin à la faveur d'une trahison et dans l'espoir d'un brillant accueil en Normandie, s'était vu obligé de regagner à la hâte ses possessions du Ponthieu. L'indication du gué de Blanquetaque, près d'Abbeville, passage d'une ancienne voie romaine oubliée, lui permit de tromper la surveillance de Philippe VI de Valois qui croyait avoir gardé tous les passages de la Somme et qui fut défait à Crécij. Dix ans après (1356), ce fut à Poitiers (\) que Jean II, fils de Philippe VI, fut vaincu par le Prince Noir, fils d'Edouard III, qui, après avoir ravagé le Berri, se repliait sur la Guyenne. Enfin, sous Charles VI, en 1 il 5, eut lieu la désastreuse bataille à'Azincowrt, gagnée par Henri V d'Angleterre qui, après avoir ravagé la Normandie, se hâtait de regagner Calais et put aussi traverser la vallée marécageuse de la Somme au-dessus de Péronne, à l'aide du gué de Voyennes, autre passage d'une voie romaine oubliée. L? prise de Calais, que les Anglais- possédèrent plus de deux siècles, avait été le résultat de la bataille de Crécy. Celle de Poitiers avait été suivie du traité de Brétigny (1360) qui céda au roi d'Angleterre en toute souveraineté Calais, Guines, Montreuil et tout le Ponthieu dans le nord ; et dans le sud, le Poitou, l'Aunis, la Saintonge, l'Angoumois, le Limousin, le Périgord, le Quercy, le Rouergue, la Guyenne, l'Agénois, le Labourd, la Soûle et la suzeraineté de l'Armagnac et du comté de Foix. Charles V, par sa tactique prudente autant que par ses armes qui se signalèrent aux victoires navales de la Rochelle et de la Charente (1372), aux combats de Pontvallain (1370) et de Chizé (1372) (2), reprit aux Anglais tous ces territoires : il ne leur resta plus que Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux, Mortagne- sur- Gironde, Dax et Bayonne. Il acquit aussi le comté d'Auxerre (1 370) ; mais, sous Charles VI, la défaite d'Azincourt et la complicité de la reine Isabeau et du duc de Bourgogne livrè-

(1) Le lieu précis de cette bataille est Maupertuis, aujourd'hui la C.ardineiie, écart de la commune de Nouaillé, au sud-ouest de Poitiers.

(2) Les luttes de Charles V contre les Anglais se trouvèrent compliquées par des révoltes de vassaux, entre autres par celle de Charles le Mauvais, roi de Navarre et comte d'Evreux, défait par Dueuesclin à Cucherd (1364).

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290 LA FKANCE.

rent de nouveau la Franee aux Anglais et l'héritage même de la couronne de France fut réservé par le honteux traité de Troyes (1420) au fils du roi d'Angleterre. Charles VII, à son avènement (1422), inauguré par les défaites de Cravant-sur- Yonne (1423) et de Verneuil (1424), ne régnait en réalité que sur Bourges où il avait dû se réfugier, sur Poitiers (1) et sur quelques autres villes au sud de la Loire. Si les Anglais avaient pu forcer par la prise d'Orléans le passage de ce fleuve, c'en était fait de la royauté des Valois. Jeanne d'Arc sauva son pays en délivrant cette ville (1429), et, par la prise de Beaugency et la victoire de Patay (1429) livrée près de Rouvray qui quatre mois auparavant avait été le théâtre d'une de nos défaites, elle débarrassa le cours de la Loire de la présence des ennemis. Après la mort de l'héroïne, Charles VII, par le traité d' Arr as (1435), détacha le duc de Bourgogne de l'alliance étrangère en lui cédant les comtés d'Auxerre et de Màcon, l'Artois et les villes riveraines de la Somme, Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Abbeville, Saint- Valéry, plus Péronne, Royes, Montdidier, c'est-à dire presque toute la Picardie, et en le dégageant de toute vassalité. Puis il rentra dans Paris (1436) et chassa les Anglais de presque toute la France. Il ne leur restait plus, en 1444, que Calais, la Normandie et la Guyenne (2) ; la Normandie (3) leur fut enlevée (14o0) et la possession en fut assurée par la victoire de Formiguy ; la Guyenne (4) fut soumise après la prise de Libourne, de Bor-

(1) Le Poitou, comté en 77 8, fournit des ducs d'Aquitaine depuis 839. Rattaché à la France par le mariage d'Éléonore avec Louis VII, en U37, à l'Angleterre par le mariage delà même princesse avec Henri II (1152); conquis par Philippe-Auguste en 1204, apanage à diverses reprises, occupé par les Anglais de 1356 à 1369; apanage en 1417 à Charles VII, alors Dauphin, qui l'a réuni à la couronne.

(2) Pendant ce temps avait lieu la guerre civile connue sous le nom de Prague/ ie (1440) ; en 1444 le Dauphin marchait au secours de l'Empereur contre les Suisses qui éprouvèrent une défaite à Saint-Jacques, sur laBirs, près de Bàle (1444).

(3) Duché en 911; conquiert l'Angleterre en 1066 et lui reste unie, confisquée par Philippe Auguste en 1204; apanagée pour Jean II en U32; conquise par les Anglais en 1415; reprise définitivement en 1450.

(4) Guyenne, corruption du mot Aquitaine et moitié méridionale de l'ancien duché; depuis le traité d'Abbeville (1257) occupée presque toujours par les Anglais jusqu'en 1453. Apanagée sous Louis XI, en 1469, et réunie définitivement en 1474.

dcaux et de Bayonne (1451); là victoire de Castillon sur les bords de la Dordogne (1453) et la seconde prise de Bordeaux qui avait rappelé les Anglais marquèrent la fin de la guerre de Cent ans.

Une guerre si longue et si souvent désastreuse avait appauvri la France. Cependant le domaine royal s'était agrandi et l'unité morale de la nation française était sortie des souffrances de l'invasion et de la haine de l'étranger. L'avènement de Philippe de Valois avait réuni au domaine le Valois (i), le comté de Chartres, le Maine et l'Anjou; mais de nouveaux apanages détachèrent ces provinces (2). Le dernier dauphin de Viennois, Humbert II, avait, par les traités de Vincennes et de Sainte-Colombe (1343) et celui de Romans (1349), vendu au roi de France ses domaines du Bauphiné (Viennois, Graisivaudan, Gapençois, Embrunois et Briançonnais) ; en 1419, la cession par testament du Valentinois et du Diois au prince qui devait être Charles VII avait à peu près complété l'acquisition de cette province. Le territoire du royaume de France se trouvait encore une fois étendu au delà des limites du traité de Verdun, et, à partir de 1456, le Dauphiné fut rattaché au domaine de la couronne.

Sous le roi Jean, une importante province, la Bourgogne, qui, par déshérence, était tombée dans le domaine royal, en sortit pour constituer un apanage au plus jeune fils du roi et créa une puissante maison qui fut, après les Anglais, la plus redoutable ennemie de la royauté (3). Louis XI en triompha et, après la mort du dernier duc, Charles le Téméraire (1477),

(1) Valois, comté en 880; uni au Vermandois en 1077; à la couronne en 1185; apanage en 1285; rentré au domaine en 1328; apanage à la branche des Valois-Orléans de 1392 h. 1498, et nominalement depuis à toutes les familles d'Orléans.

(2) Les Capétiens directs avaient en général favorisé l'émancipation des communes contre l'autorité des seigneurs. Sous les premiers Valois, la puissance féodale reprit au contraire de l'importance et fut plus d'une fois soutenue par les rois eux-mêmes. C'est ainsi que Philippe VI soutint le comte de Flandre contre ses villes révoltées (victoire de Cassel, 1328), exemple que suivit Charles VI (bataille de Roosebeke, 1380), mais qui indisposa cette province.

(3) Sous Louis XI même, la Bourgogne fut à la tête d'une révolte féodale, dite Guerre du Bien Public, signalée par la bataille de Montlhéry et les traités de Conllans et de Saint-Maur (1465).

il réunit au domaine le duché de Bourgogne (I), les villes de la Somme, le Po?ithieu (2) et le Boulonnais (3). Il réunit également, à la mort de René d'Anjou (1480), Y Anjou (4) et le Barrois mourant, et, à la mort de Charles, héritier de René, le Maine (5) et la Provence (0) (1481). Il avait acquis par confiscation le duché d'Alençon et le Perche (1475), le duché de Nemours, l'Armagnac et la vallée d'Aure ; il tenait le Roussillon à titre de gage, pour argent prêté au roi d'Aragon, et, comme dot de sa bru, petite-fille de Charles le Téméraire, l'Artois et la Franche- Comté (7). La puissance royale n'avait jamais été si grande. Par son mariage avec Anne, duchesse de Bretagne, Charles VIII avait préparé la réunion au domaine royal de cette importante province dont l'existence avait été jusque-là presque entièrement isolée du reste de la France (8); mais ses projets

(1) Fondé en 8-77, occupé en 1012 par Robert le -Pieux, dont le deuxième fils, Robert, fonda une dynastie ducale en 1032; passa par héritage en 13GI au roi Jean, dont le dernier fils, Philippe-le-Hardi, fonda une deuxième dynastie (1 3G3-147 7) ; réunie en 1477, sauf le Gharolais, possédé par l'Autriche- Espagne jusqu'en 1659.

(2) Comté en 859; à l'Angleterre par mariage, en 1279; conquis en 1369; donné en 1435 à la Bourgogne avec les villes de la Somme et l'Amiénois ; comté au ixc siècle; uni au Vermandois et au Valois au xie; à la couronne 1185; réuni définitivement en 1477.

(3) Comté en 860; uni à la Bourgogne en 1419; à la couronne en 1477.

(4) Anjou, comté en 870; fournit en 1154 à l'Angleterre la dynastie des Plantagenets ; confisqué en 1204; apanage (1246) ; réuni définitivement (1481).

(5) Comté en 830 ; uni en 1 1 10 à l'Anjou dont il suit le sort.

(6) Royaume en 879 ; uni à celui de la Bourgogne transjurane pour former le royaume d'Arles en 947 ; comté en 948; à la maison capétienne d'Anjou en 1246; à la couronne en 1481.

(7) Ces deux provinces dont la cession fut consentie au traité d'Arras (1482) avaient été l'objet d'une guerre entre Louis XI et Maximilien d'Autriclie, gendre du Téméraire, laquelle fut signalée par la bataille indécise de Guinegatte (1479), près de Térouanne, où Louis XII devait, en 1513, éprouver une défaite complète.

(8) Bretagne a des chefs nationaux, comtes ou rois depuis 383. En 577, trois comtés principaux; en 594, celui de Cornouailles soumet les autres et devient royaume; en 690, anarchie à la suite de laquelle les rois francs soumettent la Bretagne ; en 824, duché bénéficiaire, devenu royaume et indépendant en 840, puis duché vassal de la Normandie en 992. De 1341 à 1304, lutte entre la maison de Blois soutenue par

de conquête en Italie lui firent perdre une partie des acquisitions de son père, en le déterminant, pour ne pas laisser d'ennemis derrière lui, à rendre à Maximilien d'Autriche, l'Artois, la Franche-Comté et le Charollais (traité de Senlis, 1493), et au roi d'Aragon la Cerdagne et le Roussillon (traité de Barcelone, 1493).

Les guerres d'Italie, qui eurent de brillants résultats pour les arts et les lettres, entraînèrent nos rois et nos armées à la poursuite de conquêtes lointaines et impolitiques. La haute Italie, particulièrement la région entre la Sesia et l'Adda, devint le champ de bataille des Français contre les Suisses ou les Impériaux, parce que c'était surtout la possession du Milanais qu'on se disputait. Les Alpes furent maintes fois traversées par nos troupes : le col du mont Genèvre, le plus facile de tous, vit Charles VIII à l'aller et au retour (1494-1495), les divers passages de Louis XII, et celui de François Ier avant Pavie (1525) ; le col de l'Argentière fut traversé, avant Marignan, (toi 5) par François Ier qui voulait tourner par le sud le pas de Suze et la vallée de la Dora occupés par les Suisses, et qui dut faire de grands travaux pour rendre le passage praticable à ses 72 canons ; le mont Cenis fut franchi par le même dans la campagne de 1536. C'est par le»petit Saint-Bernard que Bonnivetfit sa retraite après la campagne où mourut Bavard (1 524) ; c'est par les passades des Alpes Liguriennes que le duc de Bourbon (1 52 1) et, douze ans plus tard, Charles-Quint (1536) envahirent la Pro-

\t lier.

La principale victoire que les Français aient remportée dans la région des Alpes durant les guerres d'Italie, est celle de Cerisaies (1544), livrée au sud du Pô. Le marquisat de Suze dans la vallée de la Dora Kiparia, Pignerol dans la vallée du

la France et la maison de Montfort soutenue par l'Angleterre, qui finit par l'emporter (batailles de la Roche-Derrien, 1347; d'Auray, 136i); en 1491, mariage de Charles VIII avec l'héritière Anne, qui gouverne néanmoins son duché d'une façon indépendante, môme sous Louis XII, son second mari. Sa fille aînée, Claude, épouse, en 1514, François d'Angoulême qui devient roi de France en 1515 (François Ier) ; ce roi se fait reconnaître comme souverain par la noblesse bretonne à la mort de sa femme, en 1524. et unit le duché à la couronne par lettres patentes, en 1532.

Clusone, Saluées, au débouché du Pô, gardaient les passages et furent plusieurs fois attaqués ou pris. Les Impériaux se trouvant maîtres des Pays-Bas, la France fut également, pendant ces guerres, envahie plusieurs fois par sa frontière du nord et du nord-est : sous François Ier, Charles-Quint, pénétrant par la vallée de la Marne, prit et brûla Vitry, et s'avança jusqu'à Château-Thierry (1344). En revanche, Henri II, allié des protestants contre l'empereur, passa la Meuse en 1552, fut reçu dans Verdun et dans Toul, prit Meta (1), et pénétra môme jusqu'au Rhin. Charles-Quint vint camper au mont Saint-Quentin, près de Metz, essaya en vain de reprendre cette ville (1553), et essuya de nouveaux échecs dans les Pays-Bas (bataille de Renty, 1554). Plus heureux, Philippe II son fils et Emmanuel Philibert de Savoie, « le portier de l'Italie, » dont les Français occupaient le duché depuis 1534, pénétrèrent par la trouée du nord jusqu'à Saint-Quentin et remportèrent une grande victoire près des murs de cette ville (1557). Des succès divers, tels que la prise de Calais sur les Anglais par le duc de Guise (1558) et la défaite du maréchal de Thermes à Gravelines (1558), amenèrent la paix de Cateau-Cambrésis (1559), par laquelle la France recouvrait Ham, Saint-Quentin et le Catelet, pris par les Impériaux, et rendait la Savoie et le Piémont, moins Turin, Villeneuve d'Asti, Quiers, Chivasso, restitués en 1562, Pignerol, Pérouse et Savigliano rendus en 1574, et le marquisat de Saluées échangé contre la Bresse en 1601.

Ces guerres, commencées dans le dessein de conquérir le royaume de Naples, puis le Milanais , n'avaient pas tardé à réduire la France à la nécessité de défendre son propre territoire contre la puissance formidable de la maison d'Autriche. Plusieurs fois elle fut menacée d'un démembrement comme au troisième traité de Blois en 1504, et à celui de Madrid (1526), heureusement non ratifié, qui cédait le duché de Bourgogne à l'Espagne. Elle en sortit, en fin de compte, sinon victorieuse, du moins intacte et môme agrandie.

Les trente années qui suivirent (1560-1589) furent tristement

(1) Le territoire de ces trois vieilles cités lorraines devint dès lors une province française sous le nom de Trois-Évéchés, bien que l'annexion n'ait été sanctionnée que par le traité de Westphalie, en 1648.

troublées par les guerres de religion. La France devint le champ de bataille des partis, et, comme les protestants avaient leurs principaux points d'appui au sud de la Loire, c'est sur. les routes qui relient le nord et le midi que la plupart des engagements eurent lieu : à Moncontour au nord de Poitiers (1569), à la Roche-l'Abeille au sud de Limoges (1569), à Jarnac sur la Charente (1569), à Coutras sur l'Isle (1587), à Auneau dans la Beauce (1587), à Vimory dans le Gâtinais (15S7), à Arnay-le-Duc dans le Morvan (1569); c'était aussi du côté de la Normandie, où les protestants pouvaient recevoir les secours de l'Angleterre, à Dreux (1562), sur les bords de Y Arques (1589) et à Ivry, au passage de l'Eure (1590); c'était à Fontaine-Française (1595), dans la Bourgogne que gouvernait Mayenne, et près des possessions des Espagnols qui appuyaient les catholiques.

Malgré les guerres d'Italie et les guerres de religion, les derniers Valois agrandirent le domaine royal et commencèrent à donner au royaume une administration régulière. François Ier consomma la réunion de la Bretagne ; par son avènement il réunit l'Angoumois (1) ; par la confiscation des biens du duc de Bourbon, il réunit le Bourbonnais, le duché et le dauphiné d'Auvergne, le Forez, le Beaujolais avec la Bombes et la Marche (1527) (2), c'est-à-dire une grande partie du centre de la France. A la mort de Henri III, il ne restait guère que le Nivernais et les provinces au sud de la Garonne et de l'Ariége qui ne fussent pas directement soumis à l'administration des officiers royaux.

(1) Comté en 839; à la famille de Lusignan, en 1181 ; réuni en 1303; occupé par les Anglais de 1360 à 1373 ; apanage aux Valois-Orléans en 1392; réuni définitivement, sauf apanages nominaux en 1531.

(2) Bourbonnais : sirerie en 920; duclié-pairie en 1327.— Auvergne: comté en 8SG ; démembré du Dauphiné en 1169 et de la Terre d'Auvergne en 1202; réunion à la couronne en 1213 de la Terre d'Auvergne, apanage depuis comme duché et réunie définitivement, ainsi que le Dauphiné, en 1527; union du comté en 1615. — Forez : titre de comté pris par les comtes de Lyonnais en 1073, passe à la famille de Bourbon en 1416. — Beaujolais : comté vers 920; passe en 1400 aux ducs de Bourbon avoc la Bombes. — Marche : comté en 944 ; aux Lusignan en 1180; à la couronne par déshérence en 1303; apanage comme duchépairie en 1317 : à la famillo de Bourbon en 1327.

74. La France sou» les Bourbons. — Par son avènement au trône, Henri IV apportait au domaine royal les riches •patrimoines que les maisons de Foix et d'Albret possédaient dans le Midi : vicomte de Béarn(\) et Basse Navarre, Gascogne (2) (Labourd, Landes, Chalosse et Albret, Armagnac, Bigorre, Conserans), comté de Foix, Périgord (3), Limousin (4); la réunion eut lieu officiellement en 1607, et, en 1620, le Béarn fut compris dans le gouvernement de Guyenne et de Gascogne.

Par sa guerre contre le duc de Savoie et par le traité de Lyon qui la termina (1601), Henri IV acquit le Bugey avec le Valromey, la Bresse et le Pays de Gex en échange du marquisat de Saluées.

Louis XIIÏ, peu de temps après son avènement, hérita du comté d'Auvergne (1615) que Marguerite de Valois lui avait laissé par testament, et vers la fin de sa vie, il acquit la principauté de Sedan (1642) que le duc de Bouillon dut céder pour recouvrer sa liberté.

Sous son règne et sous le ministère de Richelieu, un des plus grands hommes d'État qui aient gouverné notre pays, la puissance de la maison d'Autriche, ennemie séculaire de la France, se trouva ébranlée par sa lutte contre les protestants d'Allemagne, lutte connue sous le nom de guerre de Trente ans (1618-1648) et à laquelle la France prit une part directe en 4635. Elle en recueillit les fruits par l'acquisition de l'Alsace que

(1) Béarn : vicomte en 819; uni en 1290 au comté de Foix. — Foix: comté en 1012 ; uni au royaume de Navarre en 1479. — Navarre : royaume en 860; à la maison de Champagne en 1234 ; à la France en 1284; détachée en 1328, passe à la famille d'Albret en 1483; perd en 1512 toute la partie au sud des Pyrénées. — Albret : sirerie en 1060 ; acquiert Bazas en 1250; la Chalosse en 1 361 ; l'Armagnac, la Navarre, Périgueux, Limoges, etc., au xve siècle; passe à la famille de Bourbon en 1548; rentre à la France en 1589.

(2) Duché de Gascogne en (Î02 ; duché héréditaire en 872 ; uni à l'Aquitaine en 1070, forme de nombreux fiefs.

(3) Comté en 886; confisqué en 1399 et apanage à la famille d'Orléans; à celle de Penthièvre en 1438; à celle d'Albret en 1470.

(4) Composé de plusieurs seigneuries vassales de l'Aquitaine (unie en 1204), entre autres la vicomte de Limoges (Haut-Limousin), à la famille d'Albret depuis 1481; dans le bas Limousin était la vicomte de Turenne (page 302, note 3).

Bernard de Saxe-Wèimar laissa en mourant à la France avec son année (1639) et par la conquête faite sur l'Espagne de l'Artois et du Rpussillon (1640). Le traité de Munster, un des deux traités de Westphalie (1648) négociés par Mazarin, élève de Richelieu, assurait à la France la possession de presque toute l'Alsace (Sundgau avec Brisach, landgraviats de haute et de basse Alsace, préfecture de Haguenau, comprenant dix villes impériales) (1) et celle des trois évêchés conquis par Henri II; le traité des Pyrénées (1659) lui assura la possession de V Artois occidental, avec cinq villes de la Flandre et du Eainaut, plus Mariembourg, Philippeville, Montmédy, Thionville pour couvrir la frontière du nord, et au sud la possession du Roussillonfè), avec la Cerdagne française.

Louis XIV eut l'honneur de ces deux traités signés sous son règne. Lorsque, après la mort de Mazarin, il eut pris en main la direction de l'État,- le royaume de France avait atteint au sud la limite des Pyrénées, telle qu'elle est restée depuis. Au sud-est, la frontière atteignait la limite naturelle des Alpes, du Var au mont Thabor (moins la vallée de Barcelonnette), le Guiers et le Rhône jusque dans le voisinage de Genève et jusqu'au lac. A l'est, la Franche-Comté était encore une possession espagnole, comprenant toute la région du Jura et presque toute la vallée supérieure de la Saône, depuis le confluent de l'Oignon ; mais le Rhin, de Bàle à Lauterbourg, coulait sur la frontière de l'Alsace, devenue française, avec Landau comme poste a\ancé. Cependant, à l'ouest des Vosges, la Lorraine, jusque vers la limite des terrains jurassiques, était encore une terre d'Empire, mais mise sous séquestre pendant une partie de la guerre de Trente ans et coupée par les nombreuses enclaves françaises du Toulois, du Verdunois et du pays Messin. Au nord, Sedan,

(1) Une indemnité de 3 millions de livres fut donné aux archiducs d'innsbruck, anciens propriétaires de l'Alsace. A la suite des arrêts des Chambres de réunion, toute la noblesse de la basse Alsace reconnut la souveraineté du roi, et la ville de Strasbourg ouvrit ses portes (1681) ; le traité de Ryswyk (1698) confirma ces acquisitions. Plusieurs princes allemands conservèrent des domaines en Alsace jusqu'à la révolution de 1789; cession de leurs droits fut fuite par le traité de Campo-Formio (1797).

'•.' Comté au ixe siècle; uni à l'Aragon en 1172.

Bocroi, le Catelet, Saint-Pol, le cours inférieur de l'Aa et Gravelines, marquaient la frontière française qui enveloppait aussi les bassins delà Somme, de la Canche, de i'Authie et de la Liane ; Philippeville et Mariembourg servaient de postes avances entre la Meuse et la Sambre.

A l'intérieur, il ne restait plus qu'un petit nombre d'États indépendants, comme la république de Mulhouse, la principauté d'Orange, le comtat Venaissin et le comté de Charolais qui, conservé à l'Espagne, même après le traité des Pyrénées, avait été saisi par Condé en nantissement des sommes que lui devait cette puissance, ou quelques domaines jouissant de l'indépendance féodale, comme le comté de Nevers, le duché de Penthièvre. La féodalité avait été définitivement vaincue durant la minorité de Louis XIV (guerre de la Fronde), mais elle n'en restait pas moins propriétaire de la plus grande partie du sol ; elle conservait, indépendamment de ses droits honorifiques, des immunités et privilèges pour ses propres terres toujours désignées sous les noms de duchés, comtés, marquisats et seigneuries, etc., et de nombreux droits productifs de revenus sur les terres qui dépendaient d'elle.

Louis XIV continua aux dépens de la maison d'Autriche la politique d'agrandissement dont Richelieu lui avait donné le modèle. Il acheta Dunkerque aux Anglais (1662). Son beau-père, le roi d'Espagne étant mort, il réclama la Flandre, l'envahit et, par le traité d'Aix-la-Chapelle (1668), se fit céder les douze villes de la Flandre Française (1).

Quatre ans après, il entreprenait la guerre contre les Hollandais dont il avait à se plaindre, et, par le traité de Nimègue (1678 et 1679), l'Espagne payait encore les frais en cédant, dans le nord, le reste de l'Artois (2) (bassin de l'Escaut), le Cambrésis et le Hainaut Français, dans l'est, la Franche-Comté.

(1) Comté de Flandre, S62; uni par mariage à la Bourgogne en 138i; passe à la maison d'Autriche en 1477; à l'Espagne en 1504 ; conquis en partie de 16ô9 à 1678.

(2) Artois, comté en 863; uni à la France par mariage en 1180 ; apanage réel en 1237; comté-pairie en 1297 ; uni à la Flandre en 1382; à la couronne en 1482; cédé à l'Autriche, comme fief en 1497, et à titre indépendant par le traité de Madrid en 1526.

Les obstacles grandissaient à mesure que l'ambition du grand roi unissait plus étroitement contre lui les puissances étrangères. Aussi la troisième guerre, terminée par le traité de Ryswyk' (1697), l'obligea à rendre certaines places que les traités antérieurs lui avaient données sur la rive droite du Rhin, mais consacra la possession de Strasbourg, de Longwy et de Sarrelouis. La quatrième guerre mit sur le trône d'Espagne un prince français, mais épuisa la France, et le traité d'IJtrecht (1713) n'apporta qu'un seul changement dans sa frontière, la cession de la vallée de Barcelonnetie en échange des petites vallées piémontaises que la France possédait encore.

Dans l'intérieur du royaume, Louis XIV confisqua la principauté d'Orange (1673), dont le possesseur Guillaume d'Orange, <tathouder de Hollande, était son ennemi, et le Charollais dont le domaine utile fut confirmé au grand Condé par arrêt du parlement (1684), sous la haute souveraineté du roi.

La guerre de Trente ans et les grandes guerres du règne de Louis XIV eurent pour principaux théâtres, près des frontières de la France, les Pays-Bas, le Palatinat et le Rhin, les Alpes, les Pyrénées. Entre la plaine des Pays-Bas et le Palatinat, le massif Ardennais était peu propre aux opérations militaires ; entre le Rhin et les Alpes, la Suisse alliée de la France, cou- \ rait la frontière.

1° Du côté des Pays-Bas, la France avait débuté par une victoire à Avein (1635), 'au sud-est de Namur ; elle avait vu, il es1 vrai, l'année suivante les Impériaux s'avancer jusqu'à Corbie, -m la Somme, mais, dès 1640, elle était maîtresse d'Arras. Deux fois Condé arrêtait l'ennemi, à Rocroi (1643), à l'extrémité de l'Ardenne, et a Lena (1648). Dix ans après (1658), il se faisait battre sur les dunes de Dunkerque ; mais cette fois il était dans les rangs ennemis, et ses vainqueurs étaient des Français commandés par Turenne. La guerre de dévolution ne présenta qu une suite de sièges, savamment dirigés par Vauban, comme celui de Lille (1667), sans bataille rangée. Lorsque la guerre tir Hollande fut devenue une guerre générale, il fallut transporter le champ de bataille des bords du Rhin inférieur dans la \;ilh'>(> (|,« l'Escaut, et aux sièges de Liège, Condé, Valenciennes, Cambrai etc., se mêlèrent des batailles presque ton-

jours favorables. Condé attaqua vigoureusement Guillaume d'Orange dans le bois de Seneffe (1674), près de la source de la Senne ; le duc d'Orléans fut vainqueur au mont Cassel (1677), et Luxembourg repoussa heureusement, à Saint-Denis près Mons (1678), Guillaume qui l'avait attaqué en traître pendant la signature de la paix de Nimègue. La victoire fut plus vi\ement disputée encore dans la troisième guerre de Louis XIV : les Français perdirent à Valcourt (1689) la ligne de la Sambre, mais le duc de Luxembourg la reconquit à Fleurus (1690), et il sut se maintenir, après la prise de Namur, par les batailles de Leuze (1691), de Steinkcrque (1692) et de Neerwinden (1693). La quatrième guerre fut surtout signalée par des revers ; Marlborough battit nos armées à Ramillies (1706), tout près du champ de bataille de Neerwinden, à Audenarde (1708), à Malplaquet (1709), et il prit successivement Lille, Mons et Béthune, menaçant la vallée de la Seine. Heureusement il fut rappelé et Villars rétablit nos affaires par la victoire de Benain (1712) qui délivra la Flandre.

2° Du côté du Rhin et du Palatinat, la France fut d'abord (1636) envahie et dévastée par Gallas jusqu'à Saint-Jean de Losne ; mais ce général fut repoussé et Bernard de Saxe-Weimar, vainqueur à Rheinfeld et à Brisach (1638), conquérant de l'Alsace, joua d'abord le principal rôle ; Guébriant, le vainqueur de Kempen(1642), le soutint; cependant, après la défaite de Ranlzau à Dutlingen (1643), il fallut appeler Condé qui battit Mercy sous les murs de Fribourg (1644) et prit ensuite Mayence. Durant la guerre de Hollande, Turenne, posté en Alsace (1674), dut d'abord se contenter de couvrir l'armée du roi qui conquérait la Franche-Comté ; quand il fut libre d'agir, il passa le Rhin et, manœuvrant habilement entre les corps ennemis, battit les Impériaux à Sintzheim (1674).

Un ordre de Louvois, qui voulait créer un désert entre le Rhin et la frontière française, l'envoya ravager le Palatinat ; mais les Impériaux, plus nombreux, le forcèrent à se replier sur les lignes de la Lauter; puis, repassant le Rhin, ils tournèrent la position en entrant en Alsace par le pont de Strasbourg. Après une victoire à Entzheim, près de cette ville, Turenne lit volte-face et vint placer son camp à Dettwiller,

appuyé au col de Saverne qui assurait sa ligne de retraite. Les Impériaux, ayant couvert leur front, disséminèrent le reste de leurs troupes dans la plaine de la Haute-Alsace pour y passer l'hiver. C'est alors que le général, qui avait prévu et annoncé au roi ce mouvement de l'ennemi, quitta sans bruit son camp, se replia par le col de Saverne sur la Lorraine, fila derrière les Vosges , puis rentrant, en Alsace par le Sundgau , prit les Impériaux à revers, les culbuta à Mulhouse, à Colmar, à Turckheim (décembre 1674 et janvier 1675), et les força à repasser le Rhin en désordre. Il les attaquait lui-même sur la rive droite, lorsqu'il fut tué à Sassbach (27 juillet 1675). Nous avons insisté quelque peu sur la dernière campagne de Turenne, parce qu'elle est la plus mémorable des opérations militaires du dix-septième siècle fondées sur la connaissance de la topographie. Après la mort de Turenne, les succès furent plus disputés. Cependant Créqui, après une défaite à Consarbruck, près de Trêves (1 675), finit par se maintenir en Lorraine et en Alsace.

La guerre d'Allemagne commença parla conquête facile des quatre électorats du Rhin, suivie du ravage méthodique du Palatinat, lorsque, la guerre devenant générale, il fallut abandonner cette province ; cette exécution barbare n'empêcha pas les Impériaux de pénétrer jusqu'en Lorraine, et ce ne fut qu'en 1692 que le maréchal de Lorges rétablit les affaires par la victoire d'Heideshcim. Au moment où éclata la guerre de la surcession d'Espagne, Catinat, chargé de garder la frontière «In Rhin, resta sur la défensive; après lui, Villars, plus hardi, passa I»' Rhin, gagna son bâton de maréchal sur le champ de lut;iille de Friedlingen (1702), en face de Haguenau, força le prince (Ir Bàde à s'enfermer derrière les lignes de Stollhofen qui barraient la plaine, du Rhin à la forêt Noire, et alla sur les bords du Danube donner la main aux Bavarois et gagner la bataille d'IIochstett (1703) au même lieu où, l'année suivante, son successeur se faisait battre. Villars reprit le commandement, se maintint sur le Rhin et enleva même sans combat (1707) le- lignes longtemps redoutables de Stollhofen.

'.5° Sur la Ligne (les Alpes, les événements les plus impor tanta de la guerre de Trente ans ont été les victoires de Casai (Hi'iti et d'Ivrée remportées par le maréchal de (>e-

qui. Dans la guerre d'Allemagne, Catinat marcha contre le duc de Savoie qui venait de se joindre à nos ennemis ; il prit la Savoie, envahit le Piémont, s'y maintint par la victoire de Staffarde (1690), livrée au lieu où le Pô débouche des montagnes, et s'empara du Comté de Nice. Mais, Louvois ne lui ayant laissé qu'un corps de 10,000 hommes, il ne put empêcher le prince Eugène de pénétrer dans le Dauphiné et de le ravager ; toutefois celui-ci dut se retirer promptement devant la résistance des habitants, et Catinat, qui avait reçu des renforts et qui le suivait, le battit dans la plaine de la Marsaille au sudouest de Turin (1693).

Dans la guerre de la succession d'Espagne, l'armée française ayant à défendre le Milanais, possession espagnole, opéra d'abord sur la ligne duMincio,où elle éprouva les défaites de Carpi, de Chiari (1701), et de Crémone (1702). Mais la défection du duc de Savoie, bien que suivie des victoires de Cassano (1705) et de Calcinato (1706), obligea les Français à faire le siège de Turin; une manœuvre hardie du prince Eugène nous causa un grand désastre sous les murs de cette ville (1706) ; l'Italie fut perdue et la France même fut un moment envahie (siège de Toulon, 1707).

4° Sur la frontière des Pyrénées, les deux extrémités de la chaîne étaient les seuls points par lesquels la France put entamer l'Espagne. La conquête de Perpignan et du Roussillon, les secours donnés à la Catalogne révoltée, la victoire de Leucate (1637) par Schomberg, celle de Llorens (164o) par d'Harcourt, le siège infructueux de Lérida (1647) par Condé signalent la guerre de Trente ans. Durant la guerre de Hollande, les partisans, désignés sous le nom de Miquelets, empêchèrent Schomberg de pénétrer en Catalogne au delà de Figueras. Durant la guerre d'Allemagne, Noailles s'empara d'Urgel (1691) et de Gerone (1694), après une victoire remportée sur le Ter, à Vergés (1694), et, en 1697, Vendôme s'empara de Barcelone. Enfin, durant la guerre de la succession d'Espagne, la France ayant à défendre le trône de Philippe V, ce ne fut pas sur la frontière, mais au. cœur de la péninsule qu'eurent lieu les opérations militaires.

Sous Louis XV, deux traités modifièrent l'étendue du terri-

toire français; par le troisième traité de Vienne (1735-1738), le duc de Lorraine, marié à Marie-Thérèse et futur empereur d'Allemagne, céda contre la Toscane son duché de Lorraine et de Bar à Stanislas Leczinski, roi détrôné de Pologne et beaupère du roi de France, avec réversibilité à la couronne ; à la mort de Stanislas en 1766, la Lorraine et le Barrois furent réunis à la France (I). Deux ans après, au traité de Compiègne (1768), les Génois cédèrent à la France l'île de Corse dont ils s'épuisaient en vain à soumettre les habitants révoltés depuis quarante ans, et en moins d'une année, les troupes françaises firent cesser la résistance. A l'intérieur, Louis XV réunit défînith ement deux des derniers restes de l'indépendance féodale, la principauté de Dombes (2) et la vicomte de Turenne (3).

Le règne de Louis XV, quoique peu conquérant, ne fut pas néanmoins pacifique et les armées françaises eurent à lutter sur les théâtres qui les avaient déjà vues tant de fois sous le règne de Louis XIV.

Durant la guerre de la succession d'Autriche, Maurice de Saie, voulant couvrir l'armée royale qui assiégeait Tournai, accepta, sur le bord de l'Escaut, entre Antoing et Fontenoy, une bataille qu'il gagna non sans péril (1745), mais qui, suivie de la victoire de Rocour (1746) remportée en face de Liège, sur le plateau de laHesbaie, lui donna la Belgique: il est à remarquer que c'est presque toujours sur le léger dos de pays qui borde au nord la Sambre et la Meuse que s'est décidé le sort de cette contrée. Maurice battit ensuite l'armée anglo-hollandaise ;i Lawfeld (1747), près de Maestricht qu'il investit, et ces

(1) Royaume de Lorraine en 855; rattachée au royaume de Germanie en 900; ù la France par accession des habitants en 91 1 et 940 ; érigé par la France en duché bénéficiaire, 916; usurpé par les Allemands en 939 et 9 i4. — Duché de Lorraine mosellain en 959; à la maison d'Alsace, 1048; à la maison d'Anjou, 1431 ; h la maison de Vaudemont, 1473.

(2) La Dombes, partie du comté de Beaujolais (page 294, note 2) et confisquée par François Ier (15.27), rendue, en toute souveraineté, en 15C0, à la famille de Montpensier, héritière du connétable de Bourbon; échangée en 1702 contre divers domaines utiles (Argentan, Dreux, Gisorgj Vernon, etc.).

(3) Comprenant une grande partie du bas Limousin, érigée au ixe siècle; unie à la maison de Bouillon en 1591; cédée en 1738 à la couronne.

brillants succès décidèrent l'Autriche à traiter. La guerre de Sept ans, quoique malbeureuse pour la France, ne se rappocha jamais autant de sa frontière septentrionale ; c'est surtout sur le Weser et la Saale qu'avaient lieu les opérations ; deux batailles seulement furent livrées sur la rive gauche du Rhin qui servit plus d'une fois à couvrir nos armées en retraite : à Krefeld(\138), où les Français furent vaincus et, non loin de là, à Closter-Camp (1760), où ils battirent l'ennemi qui espérait les surprendre, et l'obligèrent à repasser le Rhin.

Sur le Rhin moyen, les hostilités ne furent pas en général bien vives : les Français prirent Kehl et Philippsburg dans la guerre de succession de Pologne et les rendirent à la paix. Dans la guerre de la succession d'Autriche, ils portèrent d'abord le champ de bataille en Bohême et en Bavière ; mais ils furent ramenés sur le Rhin dès la fin de l'année 1 743. L'année suivante, les Impériaux forcèrent les lignes de Wissembourg et inondèrent l'Alsace ; mais le roi, sortant de son indifférence, se mit à la tête de son armée et, quoiqu'une maladie l'ait arrêté à Metz, l'élan qu'il avait communiqué aux troupes contribua à faire chasser l'ennemi qui perdit même plusieurs places fortes de l'autre côté du Rhin.

C'est sur la frontière des Alpes qu'avaient été portés les coups décisifs dans la guerre de la succession de Pologne, par les victoires de Parme et de Guastalla (1734). Dans la guerre de la succession d'Autriche, nos armées, maîtresses de la Savoie 1742) et du comté de Nice (1744), avaient écrasé l'armée piémontaise à Bassignano (1745), au confluent du Tanaro et du Pô, mais, battues à Plaisance (1746), elles perdirent l'Italie et essayèrent en vain, l'année suivante, d'y rentrer par le col du mont Genèvre et le col de l'Assiette.

Sur la frontière des Pyrénées, il n'y eut d'hostilités que dans la première guerre du règne, lorsque le maréchal de Berwick prit Fontarabie et Saint-Sébastien (1719).

75. L'Administration au clix-buitième siècle. — Au xviie et au xvme siècle, les divisions ecclésiastiques, les divisions judiciaires, les divisions militaires et les divisions civiles constituaient les principaux cadres de l'administration du pays.

Les divisions ecclésiastiques étaient, comme nous l'avons dit

fpag. 275), les plus anciennes et les plus nationales. En effet, sur les 126 cités que contenait la Gaule à la fin de la période romaine, et qui, pour la plupart, répondaient à des divisions ethnographiques, la France de 1789 (non compris la Corse qui ne Faisait pas partie de la Gaule, mais y compris le comtat d'Avignon), en comprenait 103, dont 98 avaient conservé leur siège épiscopal (1). Sur les 17 métropoles gauloises, la France en possédait 13, aijant toutes leur siège archiépiscopal, parmi lesquelles cinq avaient subi un démembrement de juridiction. Des démembrements avaient eu lieu aussi dans le ressort de certains diocèses, surtout au xive siècle, époque à laquelle le pape Jean XXII créa d'un seul coup 17 nouveaux évèchés.

Au résumé, il y avait en 1789 sur tout le territoire français, y compris la Corse, 18 archevêchés et 131 évêchés (2) (voir fig. 09).

Au nord, l'archevêché de Reims représentait l'ancienne Belgique IIe; mais il avait perdu, en 1559, après le traité de Cateau-Cambrôsis, les Pays-Bas où furent créés deux archevêchés, Cambrai et Malines. A l'est, l'archevêché de Besançon, ancienne Grande- Séquanaîse, étendait sa juridiction sur une partie de la Sui-<e; d'autre part, les cinq évêchés de Lorraine, faisant partie de l'ancienne Belgique Ire, étaient suffragants de l'archevêché de Trêves, et l'évôché de Strasbourg était suffragant de l'archevêché de Mayence (Germanie Ire). Enfin quelques

(1) Les cités qui n'avaient pins de siège épiscopal étaient celles des Diablintes (Jublains), réunie au diocèse du Mans; du castrum Portus Abucini, réunie à Besançon; des Elusates (Eauze), réunie à Auch, ville à laquelle elle avait transmis également le titre de métropole (879); des Rigomagnises (Chorges), réunie à Embrun ; des Sollinienses (/), qui paraît avoir été réunie à Fréjus. — Ajoutons que quelques chefs-lieux d'anciennes cités avaient transmis leur titre épiscopal à une autre localité de leur circonscription : ainsi la cité des Curiosolites (Corseult) était devenue l'évôché d'AIeth ou de Saint-Màlo; celle des Veromandui (Vcrmand), l'évôché de Noyon, etc., mais sans modification territoriale apparente.

(2) Les limites politiques ne concordant pas toujours avec les limites ethnographiques, plusieurs évêchés français (Cambrai, Metz, Strasbourg, Grenoble, Glandèves, Bayonnc) étendaient leur juridiction sur des territoires étrangers. En revanche des diocèses étrangers (Ypres, Tournai, Liège, Trêves, Spire, Bàlo, Lausanne, Genève) comprenaient des paroisses françaises.

paroisses de l'Ardenne dépendaient, de l'évêché de Liège suff'ragant de Cologne (Germanie IIe). Au centre, les quatre Lyonnaises étaient représentées par les archevêchés de Lyon, de Rouen, de l'ours et de Sens; Paris, érigé en archevêché en 1622, était un démembrement de la province de Sens. Au sud-ouest,

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Fig. 69.

les trois Aquitaines se retrouvaient dans les archevêchés de Bourges, de Bordeaux et d'^wc/i ; mais, dans l'Aquitaine première, une nouvelle province, celle d'Alby avait été créée en 1676. Au sud-est, la première Narbonnaise était représentée par l'archevêché de Narbonne, dont on avait démembré, en 1322, l'archevêché de Toulouse; la deuxième Narbonnaise par l'archevêché d'Aix; les Alpes maritimes par l'archevêché iY Embrun (i); la Viennaise par l'archevêché de Vienne; mais

(1) L'archevêché de Tarentaise (anciennes Alpes Graies et Pennines) était tout à fait en dehors du territoire français à cette époque.

es la fin du ive siècle, Arles, d'abord simple cité et évôché de •ite dernière province, était devenue en quelque sorte la caitale des Gaules et avait été érigée en archevêché; un second émembroment de Vienne avait formé, en 1475, l' archevêché 'Avignon. Enfin les 5 évêchés de la Corse étaient suffragants a l'ise et de Gènes.

La justice royale était rendue en dernier ressort par 13 parmonts et par quatre conseils supérieurs (voir fig. 70). Le

Fig. 70.

arlement de Paris, devenu sédentaire en 1302, étendait i juridiction depuis Dunkerque jusqu'à l'Auvergne, sur plus u tiers du royaume (environ 10 millions d'habitants), c'est-àire à peu près sur toutes les provinces qui constituaient U xive siècle le domaine royal. Le parlement de Toulouse il crée en 1302 et rétabli en 1443; celui de Grenoble, créé •i I 'i'->.\, lorsque le Dauphiné fut effectivement réuni à la ouronne; celui de Bordeaux, en 1462, par Louis Xf; celui

de Dijon, en 1477, à l'époque de la réunion de la Bourgogne à la couronne; celui de Rouen en 1499, par démembrement de la juridiction du parlement de Paris; celui d'A&e en 15011 après la réunion de la Provence à la couronne; celui de Tré-. >voux, qui ne comprenait que la principauté de Bombes, en 1538, après la confiscation des biens du connétable de Bourbon ; celui de Rennes, en 1553, par suite de la réunion de la Bretagne à la couronne; celui de Pau, en 1620 et celui de

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Metz, en 1635, pour des raisons analogues; ceux de Besançon (1676), de Douai (1686), de Nancy (1775), par suite des acquisi tions de . Louis XIY et de Louis XV, qui donnèrent lieu égale ment à la création de quatre conseils souverains subordonnés cependant aux parlements dans certains cas : ceir d'Arras (1640), de Perpignan (1660), d'Alsace (à Ensishein 1657 à Colmar 1698), et de Bastia en Corse (1770). Au-dessous de parlements et conseils étaient les présidiaux au nombre d<

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III, établis depuis le règne d'Henri II, et au-dessous des présidiaux, quelquefois même confondus avec eux, les bailliages dans le Nord et les sénéchaussées dans le Midi: on en comprit environ 829.

/autorité militaire avait été mise entre les mains des gouneurs de provinces, institués par François Ier au nombre de

douze. Leur nombre, souvent variable ainsi que les limites des | [gouvernements qui ne répondaient pas toujours exactement à |j celles des provinces (1), était de 40 en 1789 ; mais l'autorité leur wnait ete presque entièrement retirée sous Louis XIV, et ils n'a-

vaient plus guère que les honneurs du commandement. On

distinguait quelquefois 33 grands gouvernements, parmi lésais les 12 gouvernements créés par François** avaient une

importance plus notable, et 7 petits gouvernements (voir fig 71 ^ Dans le tableau suivant qui présente les 33 grands gouvernements avec leurs chefs-lieux, nous indiquons en caractères

?ras les. douze gouvernements de première formation, en | taltques les gouvernements qui en ont été démembrés, en

jaracteres ordinaires les gouvernements nouveaux provenant

le conquêtes.

Noms des gouvernements. „ . .

Capitales.

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