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LA FRONTIÈRE DU NORD

80. L'étendue. — La frontière septentrionale de la France a une longueur de 790 kilomètres et peut être divisée en trois parties ayant chacune un caractère particulier : la frontière du Nord proprement dite, la frontière de V Ar demie et la frontière lor-

(1) Ou plutôt depuis le territoire de la commune de Ghyvelde (Voir la note, page 219).

raine. Par les deux premières, la France est limitrophe de la Belgique sur une longueur de 550 kilomètres; parla troisième, elle est limitrophe du Grand-Duché de Luxembourg sur une longueur de 13 kilomètres et de l'Empire allemand sur '227 kilomètres.

81. La frontière du Nord, proprement dite, a subi de nombreuses modifications dans la suite des siècles (voir fig. 73). Le traité de Verdun (843) avait donné pour limites de ce côté au royaume de Charles le Chauve, le cours de l'Escaut jusqu'à sa source et de là une ligne à peu près droite rejoignant la Meuse à l'embouchure du ruisseau de Fallières près de Kevin, à travers la Thiérache; la Flandre s'y trouvait comprise, mais vers la lin de la guerre de Cent ans, Charles VII, roi de France, par le traité d'Arras (1436), renonça à ses droits purement nominaux de suzeraineté , en faveur du duc de Bourgogne, possesseur de la Flandre et de l'Artois. Rattachée momentanément à la France par Louis XI, cette dernière province fut cédée à l'Autriche par le traité de Senlis (1493) sous réserve de suzeraineté ; mais, par le traité de Cateau-Cambrêsis (1559), la France abandonna de nouveau tous ses droits sur les deux provinces. Calais venait d'être reconquis sur les Anglais (1558) ; alors la frontière française, partant de l'embouchure de l'Aa, se dirigeait vers le sud jusqu'à YAuthie, dont elle remontait le cours, en nous laissant Doullens, et allait de l'ouesl à l'est, au nord du Catelet, de Bohain, de La Capelle et de Rocroi, jusqu'à la Meuse. Les succès de la guerre de Trente ans rendirent à la France, par le traité des Pyrénées (1659), la plus grande partie de Y Artois jusqu'à la source de la Lys, avec les territoires flamands de Gravelines, de Bourbourg et de Saint-Venant, auxquels vint s'ajouter, en 1662, celui de Dunkerque resté comme gage entre les mains de l'Angleterre, et une partie du Hainaut (Avesnes, Landrecies, le Quesnoy, etc.) ; le traité (Y Aix-la-Chapelle (1668) ajoutait à ces possessions douze villes des Pays-Bas, situées entre la mer et la Sambre, avec leur territoire (Dixmude, Bergues, Fumes, Armentières, Courtrai, Lille, Douai et fort de Scarpe, Tournai, Audenarde, Ath, Binche, Charleroi) ; celui de Nimègue (1678), en échange de Charleroi, Binche, Ath, Audenarde et Courtrai,

rendues à l'Espagne, céda les dernières villes de V Artois, Aire et Saint-Omer, le Cambrésis et huit villes de la Flandre et du Hainaut Bailleul, Cassel, Ypres, Poperinghe, Valenciemnes, Condé, Bouchain, Maubeuge) qui lui donnèrent un territoire compact depuis l'embouchure de l'Yser (moins Nieuport) jusqu'à Jeumont sur la Sambre, et jusque vers les sources de l'Helpe et de l'Oise. Plus à l'est, dans la contrée connue sous le nom d'entre Sambreet- Meuse, la France possédait quelques enclaves isolées. Le traité des Pyrénées lui avait donné Philippeville et Mariembourg, villes du Hainaut qui, des hauteurs de l'Ardenne, gardaient le passage de la Sambre ; la souveraineté de Chimay lui fut cédée par l'Espagne en 1684 ; plus loin encore et sur la Meuse, elle occupait Givet et la forteresse de Charlemont, bâtie par Charles- Quint, deux villes cédées par l'Espagne en 1678. Mais le traité d'Utrecht (1713) enleva à Louis XIV Furnes, Dixmude, Poperinghe, Ypres, Menin, Tournai, et dessina la frontière telle qu'elle est restée jusqu'en 17S9. Les victoires de la République ratifiées par les traités de Campo-Formio (1797) et de Lunéville (l 801) firent de la Belgique des départements français ; mais les traités de 1814 ramenèrent la France à sa limite du premier janvier 1792, modifiée toutefois à son avantage par la cession du territoire enveloppant entièrement les anciennes enclaves de Philippeville et de Mariembourg; celui de 1815 lui enleva ces deux villes, ainsi que le pays de Chimay, et fit en quelque sorte une trouée dans notre frontière jusqu'au delà de la source de l'Oise.

La frontière actuelle du Nord commence à 12 kilomètres au nord-ouest de Dunkerque, traverse en se dirigeant vers le sudest plusieurs petits affluents de l'Yser, passe entre Poperinghe et Bailleul, atteint la Lys à Armentières et la suit, vers le nord-est, jusqu'à Menin; elle reprend la direction sud-est, liasse entre Mouscron et Tourcoing, Tournai et Saint-Amand, traverse l'Escaut au confluent delà Scarpe, se replie vers le sud en enveloppant Condé et Valenciennes, puis va à l'ouest, a travers une région boisée, toucher la Sambre à Jeumont, audessous de Maubeuge. De la, elle se dirige à peu près vers le sud jusqu'à l'Oise, à travers les forêts de la Thiérache, puis vers I est jusqu'à l'étroite vallée où coule la Meuse; elle tourne vers

le nord, en suivant l'escarpement occidental de cette vallée, sur 25 kilomètres environ, et traverse le fleuve en aval de Givet-Saint-Hilaire.

Cette frontière est toute de plaines entre la mer et l'Escaut ; légèrement accidentée de collines et boisée entre l'Escaut et la Sambre, plus agreste et couverte de forêts plus épaisses entre la Sambre et la Meuse, c'est-à-dire dans la région qui fait partie du plateau de l'Ardenne. Elle est traversée par une douzaine de grandes routes, par plusieurs canaux (ceux de Dunkerque à Furnes, de la Basse-Colme, de Mons à Condé), et par dix chemins de fer (ceux de Dunkerque à Furnes, de Hazebrouck à Ypres, d'Armentières à Comines, de Lille à Gand et à Tournai, de Valenciennes à Mons par Quiévrain, de Maubeuge à Mons et à Charleroi, de Vervins à Ghimay, de Givet à Dinant, le long de la Meuse, avec deux embranchements sur Mariembourg et Florennes. Elle est partout accessible aux armées, et il a fallu multiplier les forteresses pour opposer à leur marche des obstacles que la nature des lieux ne fournissait pas.

C'est sous Louis XIV que les plus importants travaux en ce genre ont été exécutés, et c'est à Yauban qu'ils sont dus. Les places fortes présentent à peu près le même aspect : dans une plaine unie, une ceinture de bastions reliés par des courtines, rasant la plaine et projetant en pointes avancées divers ouvrages de terre; la place est ordinairement appuyée sur un canal ou sur une rivière qui remplit les fossés et qui peut, en cas de guerre, inonder les alentours.

La Belgique a concentré presque toute sa défense dans la place d'Anvers, sur l'Escaut inférieur.

La France a dû conserver plusieurs lignes de places fortes. Dunkerque, Bergues et Calais gardent les bords de la mer et sont appuyés à la naissance du plateau de l'Artois par Aire; Lille sur la Deule, Douai et Arras sur la Scarpe, Condé, Bouchain, Cambrai sur l'Escaut, tiennent le passage par lequel on pénètre danvallée de la Seine ; Maubeuge et Landrecies, sur la Sambre, complètent ces lignes défensives; dans la Thiérache, au pied de l'Ardenne, veille Roeroi. Quand nous possédions Mariembourg et Philippeville, cette partie de la frontière était mieux gardée, et nous dominions le passage de la Sambre.

Derrière ces lignes de défense est Paris. Après les invasions de 1814 et de 1815, on a compris la nécessité de fortifier une capitale qu'une armée ennemie atteignait trop vite quand une fois elle avait franchi les obstacles de la frontière du nord ou du nord-est; après l'invasion et le siège de 1870, on a pensé qu'il fallait étendre ces fortifications, et, au delà des forts qui entourent l'enceinte de la ville, on a commencé la construction d'un plus vaste cercle de forts : à Villeneuve-Saint-Georges Bt à Villiers, aux extrémités du plateau de la Brie, qui dominent la Seine et la Marne ; sur les hauteurs de Vaujours qui, à l'est, séparent la Marne du canal de l'Ourcq; à Stains, à Ëcouen, sur les hauteurs que couronnent Montmorency, Montlignon et Domont ; sur la hauteur de Cormeilles, au nord-ouest; à Aigremont, à Saintc-Jamme et à Marly au-dessus de la basse Seine; au bois d'Arcy, à Saint-Cyr et au Haut-Buc, pour défendre les approches de Versailles ; à Villeras pour occuper le plateau qui est au sud de la Bièvre; sur les hauteurs qui dominent Palaiseau, à l'extrémité du môme plateau, et en face sur la butte Chaumont.

82. lia frontière de l'Ardenoie. — A deux kilomètres au nord de Givet, la frontière se détache de la Meuse dont elle a remonté la rive pendant deux kilomètres environ (voir fig. 73); elle serpente vers le sud, sur une longueur de trente kilomètres en ligne droite, à travers la forêt des Ardennes, traverse la Seiu<>\ . prendla direction du sud-est, et, à travers les bois, sur une longueur d'environ îi'O kilomètres, suit à peu près la ligne de partage des eaux de la Semoy et du Chiers; elle atteint la rive du Chiers à 7 kilomètres à l'est de Montmédy, la quitte pour envelopper le territoire de Longwy, traverse ensuite le Chiers et aboutit a l'Alzette dont la source est à 0 kilomètres 1/2 de la, en France. Entre la Meuse et la source de l'Alzette, la meilleure défense du territoire français est encore la neutralité de h Belgique. Le pays d'ailleurs se prête mal aux opérations des armées: c'est, en Belgique, le massif agreste et boisé de l'Anl.Mine, coupé au sud, en première ligne, par le profond fossé de la Semoy qu'aucun chemin de fer ne traverse; en seconde ligne, par la Meuse et le Chiers que défendent Givet et la citadeUi de Charlemont, Mézières et Sedan dominés par des

Fi g. 74.

hauteurs, Montmédy fortifié dans Montmédy-haut et Longwy dominé aussi par des hauteurs d'où les ennemis l'ont bombardé en 1870. Les principales routes de l'Ardenne aboutissent à Bouillon sur la Semoy, ville qui a été occupée, en 1676, par les troupes de Louis XIV et qui est restée à la France jusqu'en 1815, puis de là à Sedan et à Virton. Mais ces positions peuvent être tournées ; avant même que notre frontière nord-est n'eût été complètement désemparée, l'armée allemande, victorieuse à Reichshoffen, l'a prouvé en pénétrant dans la plaine de Champagne par la vallée de l'Ornain et en se repliant ensuite au nord par l'Argonne pour empêcher l'armée formée au camp de Châlons de passer la Meuse et de marcher à la délivrance de Metz (batailles de Psouart, de Beaumont, de Sedan, livrées sur les plateaux entre l'Aisne et la Meuse, et sur la rive droite de la Meuse, combat de Bazeilles).

83. La frontière lorraine. — La frontière entre l'Alzette et les Vosges est une de celles que les succès et les revers de notre politique ont le plus modifiées (voir fig. 74 et 75). Sous Louis XIV, les grands-duchés de Lorraine et de Bar étaient encore terre d'Empire; mais les trois évêchés, Metz, Toul, Verdun, étaient à la France depuis 1552. Le traite des Pyrénées (1659) nous avait cédé Montmédy, Thionville et leur territoire ; le grand roi avait quelque temps occupé Luxembourg (1684-1697); depuis 1661, il possédait, par cession du duc de Lorraine, certaines parties de l'importante ligne de la Sarre (Sarrebourg), et il avait construit sur la rive gauche de la rivière la forte citadelle de Sarrelouis, dont les traités de 1697 et de 1718 cédèrent à la France les environs. Lorsqu'en 1766 la Lorraine devint française, en vertu des stipulations du traité de Vienne (1738), cette frontière se compléta par l'acquisition de Longwy, de Sarreguemines, etc. Cette frontière, qui était restée ensuite sans changement jusqu'en 1792, est à très-peu près celle à laquelle le traité de Paris du 31 mai 1814 ramena la France, qu'une ambition inconsidérée avait portée même au delà du Rhin ; le traité de Paris, du 20 novembre 1815, l'amoindrit en lui enlevant, avec Sarrelouis, la ligne défensive de la Sarre qu'elle ne retrouvait qu'à Sarreguemines, et en découvrant le nord de la Lorraine. La funeste guerre de 1 870-7 1 et le traité de Francfort (10 mai 1 871 )

l'ont bien plus cruellement atteinte en livrant à l'étranger les portes de la vallée de la Moselle avec la ville de Metz, et en éventrant en quelque sorte la frontière lorraine. De l'Alzette, cette frontière, depuis 1871, se dirige vers le sud en suivant le plateau qui borde à l'ouest là vallée de la Moselle, traverse la forêt de Moyeuvre, l'Orne, laisse au pouvoir des étrangers les champs de bataille de Saint-Privat, de Gravelotte, de Rezonville, atteint la Moselle au confluent du Rupt de Mad, remonte le cours de la rivière, l'espace de 4 kilomètres, puis s'élève sur le plateau oriental de la vallée de la Moselle, traverse la Seille dont une petite partie (canton de Nomény) reste française, suit Cette rivière sur une longueur d'environ 20 kilomètres et en abandonne enfin à l'étranger le cours supérieur avec Château- Salins et Marsal pour se diriger vers le sud-ouest jusqu'au pied du Donon, en traversant le canal de la Marne au Rhin, le chemin de fer de Strasbourg au-dessous de l'embranchement de Dieuze et la crête qui sépare laVezouse de la Sarre.

Cette frontière est un des passages par lesquels l'Allemagne

et la France se sont le plus souvent entrechoquées. A l'ouest,

la position la plus importante est celle de Luxembourg où

viennent aboutir les chemins de fer de l'Ardenne, de Trêves et

de Metz. L'Alzette, dont la vallée est escarpée à Luxembourg,

ne présente plus dans son cours supérieur et vers sa source, à

Tiercelet, qu'une vallée spacieuse et d'un accès facile : c'est

par là que les Prussiens sont entrés en 1792 pour surprendre

iLongwj et par là qu'ils se sont retirés après Valmy. Au centre,

la grande ligne de défense était naguère la vallée delà Sarre,

Jont nous pouvions couronner de troupes les berges occiden-

ales, rarement forcées par l'ennemi. Saarbruck était un des

joints de concentration d'où l'on pouvait avec le plus de fruit

prendre l'offensive; là aboutissent les routes du Hunsrùck et

es chemins de fer de Cologne par Trêves, de Mayence et de

[annheim par la Nahe et par Kaiserslautern ; le vaste camp re-

ranché de Mayence, qu'enleva Custine en 1792, et que reprit

■ roi de Prusse en 1793, était placé sur la rive gauche du Rhin,

u débouché des principales voies qui de Saarbruck donnent

ntrée eu Allemagne. La position importante de Mayence, par

kquelk le- minées et les invasions ont tant de fois franchi le

Rhin, a été depuis 1870 augmentée de fortifications nouvelles. Les canons de Thionville, de Metz et de ses forts sur la Moselle, deux places de premier ordre au point de vue stratégique, ceira de Marsal sur la Seille qui nous défendaient contre une attaque partie de Saarburg, de Sarrelouis, de Saarbruck ou de Sarreguemines, ont été retournés contre nous par les Prussiens, et, jusqu'à ce que la France ait élevé de nouveaux remparts, elle n'a plus à opposer de ce côté à l'ennemi qui marcherait sur Paris que Tout, posté avec ses forts détachés sur la Moselle et sur la route de Paris à Strasbourg, en arrière de Nancy, qui est en quelque sorte sous la main des envahisseurs, et Verdun, posté sur la route de Metz à Châlons, au passage de la Meuse ; ces deux places sont les principales défenses du long plateau qui sépare la Moselle de la Meuse. Derrière Toul, Saint-Dizier et Vitry-le-François surveillent le passage de la Marne, et le camp de Châlons garde avec Reims la plaine de Champagne, dernière étape d'une invasion de l'Ile-de-France.

IIe COTÉ.

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