LA FRONTIÈRE DE L'EST
84. I/étendue. — La frontière orientale a une longueur de 1,160 kilomètres et peut être partagée en trois sections rapportées aux chaînes de montagnes qui la couvrent, sur la plus grande partie de son étendue, les Vosges, le Jura et les Alpes.
85. lia frontière des Vosges. — La frontière des Vosges a un développement d'environ 150 kilomètres et a eu des vicissitudes semblables à celles de la frontière lorraine (voir fîg. 75). Les traités de Westphalie (1648) nous avaient donné l'Alsace jusqu'à la Lauter et môme, sur la rive droite du Rhin, Phi lipsbourg que Louis XIV échangea, au traité de Nimègue, contri Fribourg en Brisgau (1679); par le traité de Rijswijk (1697) le grand roi abandonna toutes ses possessions de la rive droite Fribourg, Brisach et le pont de Kehl. Le traité de Bade (1714 lui confirma la possession de la forte ville de Landau, sur 1
l'histoire et LA POLITIQUE. 343
Queicb, au nord de la Lauter, place occupée par nos troupes dès 164 k et plusieurs l'ois prise et reprise par les Allemands et les Français. La république de Mulhouse se donna à la France en 1798. Les traités de Bàle (1793), de Campo-Formio (1797) et de Luné ville (1801), avaient compris tout le Palatinat jusqu'au Rhin dans les limites de la France; le traité de Paris de 1814 nous avait laissé Landau et tout le territoire au sud de cette ville; celui de 1815 reporta notre frontière dans les basses Vosges, à peu près à égalé distance entre le défilé de Pirmasens qui conduit à Landau et celui de Bitche qui débouche à Haguenau, et le long de la Lauter inférieure sur la rive septentrionale de laquelle nous conservâmes cependant Wissembourg ; Huningue, fortifiée par Yauban, fut démantelée en 1815. La guerre de 1 870-7 1 nous a ravi toute cette frontière et a livré l'Alsace à l'Empire allemand, qui s'est empressé de réunir Huningue au uché de Bade par un pont et un chemin de fer et d'envelopper Strasbourg de 1 2 forts.
Au nord du Donon, les deux revers des Vosges appartiennenl aujourd'hui à cet empire qui peut, pour l'attaque, non- H'iilement concentrer rapidement des troupes par les chenins de Kayserlautern et par la route de Pirmasens, mais qui sst maître des routes et du chemin de fer de Bitche, de toutes les outes secondaires de la montagne (la Petite-Pierre, etc.), et du ge de Saverne, la grande voie de communication entre 'Alsace et la Lorraine, avec la forteresse dePhalsbourg. Metz et >bourg sont devenues deux camps retranchés qui menacent lotre frontière nord-est et desquels deux armées peuvent s'atattre a la lois sur Nancy.
La cime du Donon et môme la source de la Plaine, affluent de Meurthe, appartiennent également à l'Empire allemand. La 'entière française s'arrête à deux kilomètres et demi à l'ouest cette cime et n'atteint qu'un peu plus au sud la crête des oyennes Vosges qu'elle suit jusqu'à la hauteur de Saales. Elle averse le col de Saales sur la ligne de partage des eaux, reint la crête des hautes Vosges au pied du Climont et, sur ne longueur de 62 kilomètres en droite ligne, elle suit cette réte jusqu'au ballon d'Alsace. Elle descend de là par un con- •efort des V< sges el par la plaine onduleuse du Sundgau entre
les eaux qui coulent au Rhin par 1*111 et celles qui coulent au Doubs par la Savoureuse.
Aucun chemin de fer jusqu'ici ne traverse cette partie des Vosges ; mais plusieurs pénètrent de la vallée de FUI jusque vers l'extrémité des profondes vallées alsaciennes et faciliteraient les préparatifs d'une armée qui voudrait franchir la crête pour entrer en Lorraine. Des routes carrossables rendent le passage praticable pour toutes les armes, celles du Donon, de SaaleSy de Sainte-Marie-aux-Mines et du col du Bonhomme qui débouchent sur Raon-1'Étape, Senones, Saint-Dié dans le bassin de la Meurthe, celles de la Schlucht et du col de Bussang qui conduisent dans la vallée de la Moselle et à Remiremont. Au sud de la chaîne, Belfort, fortifié par Vauban et le général Haxo, qui s'est héroïquement défendu en 1870 et qui n'est plus aujourd'hui qu'à 11 kilomètres de la frontière, défend seul la trouée si souvent forcée et plus accessible que jamais que la nature a laissée entre les Vosges et le Jura. C'est en manœuvrant autour des Vosges, de Saverne à Belfort, que Turenne (voir page 301) a fait pour la défense de l'Alsace sa dernière et plus belle campagne ; mais il avait pour point de départ ses campements d'Alsace et il était maître de la seule route praticable qui traversât alors les Vosges, le col de Saverne.
De nouvelles fortifications sur les côtes de la rive droite de la Meuse, près de Verdun, au mont Saint-Michel, à Villey-le Sec, à Écrouves près de Toul, kÉpinal, autour de Belfort (Roppe Vézelois, mont Vaudois) jusque sur le mont Salbert et dans li direction du ballon d'Alsace, rendront la frontière de la Lor raine et des Vosges un peu moins vulnérable. Derrière la troué de Belfort, sont les Faucilles, d'un accès assez difficile parc qu'elles sont très-boisées, et Lcmgres, sur son plateau, avec de forts (Beauchemin, Marnotte, etc.) qui en défendent l'approcht
86. La frontière du Jura. — La frontière du Jui s'étend sur une longueur de 290 kilomètres, depuis la trouée c Belfort jusqu'au Rhône. Elle a moins varié que la frontière <j Nord. La Saône avait été de ce côté la limite assignée par le trai de Verdun au royaume de Charles le Chauve ; mais en réali la limite n'atteignait la rivière que du confluent de l'Aman' jusqu'au-dessous de Mâcon. Le Lyonnais était dans la part i
Lothaire et resta avec le Forez (I) sous l'autorité souveraine des archevêques de Lyon jusqu'au jour où ceux-ci cédèrent leurs droits au roi de France Philippe le Bel (1307). Le comté | de Ghâlon devint, en 1237, possession des ducs de Bourgogne, 1 dont l'autorité s'étendit ainsi au delà de la Saône sur la Bresse châlonaise. En 1601, au traité de Lyon, la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex, jusque sur la rive du lac de Genève, furent cédés à Henri IV par le duc de Savoie en échange du marquisat de Saluées. En 1678, par le traité de Nimègue, Louis XIV acquit la Franche-Comté qu'il avait deux fois conquise et qu'il occupait depuis 1674. En 1793, le comté de Montbéliard, possession de la maison de Wurtemberg, qui avait déjà fait partie du royaume de France de 1676 à 1697, fut occupé par l'armée française, ainsi que la ville et le territoire de Porrentruy qui dépendaient de l'évéché de Baie. En 1814 et en 1815, la France perdit Porrentruy et la rive du lac de Genève: Aujourd'hui la frontière du Jura qui, avant la perte de l'Alsace, commençait au nord de Baie, commence à l'ouest de la Largue, l'affluent le plus occidental de 1*111, contourne le ternaire de Porrentruy, suit de l'ouest à l'est, sur une longueur de 15 kilomètres, la crête du Lomont, traverse le Doubs en laissant à la Suisse le coude de la rivière au mont Terrible et, à quelques kilomètres plus au sud, elle rejoint le Doubs qu'elle remonte jusqu'au lac des Brenets. Depuis ce lac jusqu'à sa source, les deux rives du Doubs sont françaises et la frontière suit, à 4 kilomètres environ au sud de la rivière, une des :rêtes du Jura, du cul des Roches jusqu'au Gros-Taureau. Elle nclinc ensuite presque directement vers le sud, en traversant a vallée des Verrières jusque dans le voisinage du Suchet, >asse par le sommet du mont d'Or et la crête du Risoux, traerse la vallée de l'Orbe, et suit le pied du Noirmont dont elle i cédé à la Suisse (1862) quelques pâturages en échange de la najeure partie de la vallée des Dappes située sur la route du ol de la Faucille. Au delà de cette vallée, elle traverse la crête irincipale du Jura au sud de la Dôle, laissant ainsi sur le terrioire français les plus hauts sommets de la chaîne. Elle court
(1) Le Forez ne fut réuni au domaine qu'en 1527.
ensuite en serpentant entre le pied de la chaîne et le lac de Genève, et atteint le Rhône à 8 kilomètres en amont du fort de l'Écluse. Le pays de Gex, qui est sur le revers oriental du Jura, reste, par stipulation du traité de 1814, en dehors de la ligne des douanes françaises. La chaîne est entièrement traversée par le chemin de fer de Dijon à Neuchâtel par Pontarlier et les Verrières ; plusieurs autres chemins de fer la coupent en partie : ce sont ceux de Montbéliard à Porrentruy, de Xeucbàtel au Locle, de Lausanne à Vallorbe ; au sud le chemin de fer de Lyon à Genève remonte toute la vallée du Rhône. Plusieurs cols (voir § 15) ont des routes carrossables, presque toutes encaissées sur divers points dans des gorges profondes dites cluses.
Le château de Blamont est la seule défense que nous possédions jusqu'ici au nord du Jura. Le fort de Joux et le fort du Larmont, placés des deux côtés du chemin de fer en avant de Pontarlier, défendent incomplètement cette porte de la France ; derrière eux est Salins et, dans une boucle du Doubs, Besançon dont les fortifications seraient aujourd'hui impuissantes, sans les ouvrages nouveaux qu'on y ajoute. Le petit fort de la Chaille et le fort des Rousses devenu insuffisant, depuis qu'il peut être dominé par l'artillerie à longue portée, défendent le col de Saint-Cergues ; le fort de V Écluse, que l'on compare à un nid d'aigle construit sur un des contreforts inférieurs du Jura, commande la gorge du Rtu>ne.
Derrière cette ligne que couvre sur toute son étendue la neutralité de la Suisse, au confluent de la Saône et du Rhône, se trouve Lyon, avec ses forts détachés, formant en quelque sorte F arrière-garde des défenses de l'est, comme Paris forme l'arrière-garde de celles du nord. La vallée du Rhône et Genève, sont en quelque sorte les avant-postes de la position militaire de Lyon/
87. E<a frontière des Alpes. — La frontière des Alpes comprend une longueur de 720 kilomètres. Elle commence sui le Rhône à Chancy (Haute-Savoie), contourne le canton de Genève et touche, au confluent de l'Hermance, la rive méridionale du lac de Genève qu'elle longe jusqu'à Saint-Giugolpl sur une longueur de oo kilomètres: puis elle suit la crête orien
taie des Alpes du Chablais, sépare la Savoie du Valais, et rejoint la crête du mont Blanc au mont Dolent, en passant par le col de Balme ; de là elle suit la grande ligne de faîte des Alpes, e mont Blanc, Alpes Graïes, Alpes Cottiennes jusqu'au col Long. )u col Long elle rejoint le Var, laisse les deux versants de la crête à l'Italie et coupe à travers les hautes vallées jusqu'à la loya au sud de Tende ; elle traverse une première fois la Roya ont le cours moyen est français sur les deux versants de son étroite vallée, et la traverse de nouveau en laissant à l'Italie es deux versants de son cours inférieur ; puis suivant la crête 'un des contreforts de la chaîne, elle se termine sur la Méiterranée au ravin sur lequel est jeté le pont Saint-Louis. La France du moyen âge a d'abord eu les Cévennes et le Ihône pour frontière de ce côté. La guerre des Albigeois mina à la royauté le Vivarais avec le Languedoc ; des cessions -t héritages lui donnèrent le Dauphiné (1343-1349), le Valentitiois, le Diois (1419), la Provence (1481).
De 1713, époque où la vallée de Barcelonnette fut cédée par
e duc de Savoie à la France en échange de places au delà des
Upes, jusqu'aux conquêtes de 1792, et de 1815 à 1860, cette
rontière quittait le Rhône au confluent du Guiers, coupait le
nassif de la Grande-Chartreuse, traversait la vallée de l'Isère
titre Montmélian et Chapareillan, et, après avoir suivi le cours
iférieur du Bréda, le cours du Bens, son affluent, et la crête
es Grandes-Rousses, elle gagnait la ligne de faîte des Alpes
h mont Thabor et la suivait jusqu'au pic de l'Enchastraye.
aissant alors en dehors la vallée supérieure du Var, elle tra-
ersait deux fois ce fleuve, au-dessus et au-dessous d'Entrevaux,
t rejoignait sa rive droite au confluent de l'Estéron pour la
ii\ re jusqu'à la mer. La Savoie, plusieurs fois occupée par la
rance (de 1534 a 1559 ; de 1G28 à 1630; de 1704 à 1713), pos-
idée de I792à 181 t, en partie conservée (presque tout l'arron-
ssement d'Annecy et environ les deux tiers de l'arrondisse-
lent de Chambérj parle traité de Paris de 1814, nous a été
lalemenl cédée avec le comté de Mce par le traité de Turin
860), auquel nous devons de ce coté notre frontière actuelle.
C'est une région puissamment défendue par la nature, à tra-
ks laquelle, cependant, maigre les obstacles des torrents, des
neiges et des montagnes, les armées ont maintes fois passé, depuis l'époque gauloise jusqu'à Napoléon ; les cols du petit Saint- Bernard, du mont Cents, du mont Gcnèvre, de Tende, de Cadibone, et môme des cols moins accessibles, comme celui de Larche, ont livré passage aux envahisseurs de l'Italie, bien plus souvent qu'aux armées pénétrant d'Italie en Gaule ou en France. C'est que l'épaisseur du massif des Alpes, à l'ouest de la ligne de faîte, l'étroitesse et les sinuosités des vallées divergeantes rendent de ce côté l'invasion pénible sur un territoire ingrat et la défense facile, tandis que les courts contre-forts des Alpes piémontaises conduisent promptement, comme des rayons convergeant, dans une riche plaine traversée par la ligne du Pô. Aussi l'invasion de la France par les Alpes, dans les temps modernes, n'a réussi ni au connétable de Bourbon (1524), ni à Charles- Quint (1536), ni au prince Eugène (1707), ni à Mêlas (1799). Cependant le chemin de fer, qui, par la Maurienne et la vallée de la Dora Riparia, réunit la France à l'Italie, a modifié quelque peu les conditions de l'attaque comme celles de la défense.
La partie septentrionale, couverte par la hauteur des montagnes, par la neutralité de la Suisse et par la ligne du Rhône et du Jura, n'a pas besoin de forteresses. Les forts d'Aussois, près de Modane, veillent sur le débouché de la route du mont Cenis et du tunnel du chemin de fer ; le .fort Barraux et Grenoble, dont on fortifie encore la position, gardent la vallée du Graisivaudan. Sur la route du mont Genèvre, le long de la Durance, sont échelonnés Briançon, Mont-Dauphin, Embrun, Siste* ron; un peu plus à l'est, le fort Tournoux, Seyne et surtout le fort Saint-Vincent gardent la route de Digne au col de Larche; la ligne du Var est défendue par Entrevaux, Villefranche, Nice et ses forts détachés.
IVe COTÉ.