LA FRONTIÈRE DU SUD
88. Ii« frontière de» Pyrénées. — La frontière des Pyrénées a un développement d'environ 570 kilomètres, et les limites de la France de ce côté n'ont pas varié depuis le traité des Pyrénées (1659). La frontière commence sur la Méditerranée
au cap Cerbère, suit la crête des monts Albères jusqu'au col du Perthus, puis la crête des Pyrénées orientales proprement dites, jusqu'au delà du Puigmal; elle traverse la Sègre dont la vallée supérieure, dite Ccrdagne française, nous appartient, mais sans que la route qui, en France, franchit le col de la Perche, continue à être carrossable en Espagne. Elle rejoint ensuite la crête des Pyrénées orientales au pic Nègre, sépare la France du val d'Andorre (vallée supérieure de la Yalira) jusqu'au pic de Médecourbe, suit la même crête jusqu'au pont du Roi, où elle traverse la Garonne, atteint au pic de la Mine la crête des Pyrénées occidentales et la suit jusqu'à la forêt d'Iraty qui est française, quoique située dans le bassin de FEbre, tandis qu'un peu plus loin le val Carlos, situé dans la vallée de la Nive et conduisant au col de Roncevaux, est à l'Espagne. Au pic de Lohiluz, avant le col de Velate, elle abandonne complètement la crête des Pyrénées, court au nord, puis serpente vers l'ouest, à travers les montagnes du pays basque, et atteint la Bidassoa qu'elle suit jusqu'à la mer. Par le traité de Verdun, la frontière française s'étendait jusqu'aux Pyrénées et au delà (comté de Barcelone). Le Roussillon , qui resta longtemps la possession de la maison d'Aragon et dont les habitants ont des liens étroits de parenté avec les Catalans, a été définitivement acquis à la France en 1659, par le traité des Pyrénées.
La frontière des Pyrénées est mieux défendue encore par la nature que celle des Alpes. Dans toute la partie centrale de la chaîne, sur une longueur de près de 400 kilomètres, les passages sont inaccessibles à une armée. ,
C'est toujours aux deux extrémités que, depuis les temps d'Annibal et de Charlemagne jusqu'aux guerres de l'empire (voir § 34), ont eu lieu les invasions du nord au sud ou du sud au nord. C'est là que sont les forteresses : à l'est, Figueras et Gerone en Espagne ; en France, Bellegarde au col du Perthus, Prats-de-Mollo sur le Tech, Montloxds au col de la Perche avec Villefranche pour arrière-garde, et, derrière cette double ligne, Perpignan dans la plaine. A l'ouest, le Portalct ou fort d'Urdos garde la route inachevée du Somport, avec Navarreins au débouché des montagnes; Saint-Jean-Pied-de-Port
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garde le col de Roncevaux et Bayonne surveille la seule route importante, celle qui côtoie la mer. Quelques rectifications de détail ont été faites à cette frontière par trois conventions signées avec l'Espagne de 4860 à 1870.
IIIe COTÉ (1).
89. La côte «le la Méditerranée. — La côte de la Méditerranée fut longtemps exposée aux incursions des pirates barbaresques et des Sarrasins qui, pendant près d'un siècle (890-993), occupèrent le Fraxinet, aujourd'hui la Garde-Freynet, et qui ont laissé leur nom aux monts des Maures. C'est à Aiguës-Mortes, alors naissante et communiquant avec la mer par des passes qui n'étaient pas encore ensablées, que Saint- Louis s'embarqua pour sa première croisade. Le duc de Bourbon et Charles-Quint prirent Toulon qui n'avait pas alors l'importance militaire que lui donna plus tard Louis XIV. En 1744, une double escadre espagnole et française eut à livrer combat aune escadre anglaise en sortant de Toulon. En 1707, les Anglais bombardèrent cette ville pendant que le prince de Savoie l'assiégeait par terre, mais sans pouvoir s'en emparer; en 1793, ils occupèrent la Corse et Toulon qui leur avaient été livrées. C'est en enlevant le fort Lamalgue qui commandait la rade et en les obligeant par cette manœuvre à une retraite immédiate que Bonaparte commença à se signaler. Toulon, située au fond d'une double rade, dominée en arrière par les forts et les batteries du Faron, est notre grand port militaire de la Méditerranée. Villefranche», Antibes, l'île Sainte-Marguerite et les îles d'Hyères, à l'est de Toulon, sont fortifiées, ainsi que Saint- Tropez ; à l'ouest, quelques fortifications défendent les approches de Marseille et la rade de Cette, nos deux principaux ports de commerce sur la Méditerranée. Collioure et Port- Vendres, au pied des Pyrénées, ont une enceinte soutenue par les forts Saint-Elme et Dugommier. Bastia, Corte, Bonifacio sont les principales défenses de la Corse.
(1) Nous ne donnons ici que les défenses militaires; la description physique de nos côtes se trouve dans la géographie physique, section Ve, page 221 et suiv.
Ve COTti.
90. La rôle de l'Atlantique. — Bayonne défend rentrée de l'Adour, ainsi que le passage des Pyrénées. La côte des Landes est, par sa nature inhospitalière, à l'abri d'une attaque. Le fort Médoc, le Pâté et Blaye défendent les approches de la Garonne et de la Dordogne. A 15 kilomètres de l'embouchure de la Charente est Rochefort, un de nos grands ports militaires, créé sous le règne de Louis XIV. Un peu plus au nord est la Rochelle, plusieurs fois assiégée et prise durant les guerres de religion. Le siège de la Rochelle (1627-1628), précédé de la délivrance de l'île de Ré, dont les Anglais s'étaient emparés, à l'exception des forts de Saint-Martin et de la Prée, est l'événement le plus mémorable de l'époque dans cette région ; pour fermer F avant-port aux Anglais, Richelieu fit construire une digue composée de deux môles ne laissant qu'une étroite ouverture à leur point de jonction, et garnie d'une forte artillerie, contre laquelle échoua l'attaque de deux flottes anglaises. Cette partie importante de nos côtes est gardée aujourd'hui par les forts et les batteries de l'île de Ré, de l'île d'Oléron, de l'île d'Aix et de l'île Madame et du continent.
Les forts Mindin et de la Ville-Martin protègent l'entrée de la Loire et le port de Nantes. Noirmoutier et le Palais dans Belle- Isle sont fortifiés. Lorient, un de nos ports militaires de l'Atlantique, est situé au sud de la Bretagne,, au confluent du Scorff et du Blavet; la ville doit son nom (1721) à la Compagnie des Indes-Orientales qui s'y était établie; elle est protégée par plusieurs forts et par la ville de Port-Louis, qui doit.son nom et ses remparts à Louis XIII.
Cette côte, habitée par les marins du Bordelais, de la Saintonge et de la Bretagne, a été souvent le théâtre de luttes navales, depuis l'époque où César battait les Venètes devantle petit golfe, dit Morbihan. Durant la guerre de Cent ans, la flotte franco-castillane fit éprouver, en vue de la Rochelle, une grande défaite à la flotte anglaise (1372). En 17oi), une flotte française, partie de Brest, fut battue par les Anglais devant Belle-Isle, et l'île tomba au pouvoir des vainqueurs (1762). En 1795, après une victoire
remportée près de la môme île, les Anglais débarquèrent dans la presqu'île de Quiberon un corps d'émigrés que Hoche détruisit en vue de l'escadre qui l'avait amené. En 1809, une escadre française- fut vaincue par les Anglais dans la rade de l'île d'Aix.
A l'extrémité de la Bretagne est Brest, qui fut longtemps au pouvoir des Anglais pendant la guerre de Cent ans, mais qui ne devint un de nos grands ports militaires qu'après avoir été fortifiée par Vauban; de nombreux forts et batteries défendent la rade de Brest et la presqu'île du Conquet. A la hauteur de l'île d'Ouessant, le 27 juillet 1778, la flotte française, commandée par le comte d'Orvilliers, eut avec la flotte anglaise un engagement qui n'aboutit pas à une bataille générale ; en 1794, Villaret- Joyeuse, chargé de protéger l'entrée d'un convoi de blé, parvint à ouvrir aux bâtiments de transport un passage jusqu'à Brest, mais perdit la plus grande partie de son escadre dans une lutte inégale,
VIe COTÉ.
91. La côte de la Hanche. — Les côtes nord-ouest de la France font face à la puissance avec laquelle la France a eu à soutenir dans les temps passés le plus de guerres maritimes ; aussi les souvenirs militaires y sont-ils nombreux. Les ports de Morlaix, de Saint-Malo, de Dieppe, de Boulogne, se sont souvent signalés par des armements de corsaires. C'est de Dives que partait, en 1066, la flotte de Guillaume-le-Conquérant ; c'est à Barfleur qu'après avoir saccagé Guernesey, Edouard III prit terre (1346) avec l'armée qui allait gagner la bataille de Crécy et prendre Calais ; au commencement du règne de Charles V, les Anglais se firent livrer et occupèrent longtemps Cherbourg et Brest ; en 1415, Henri V débarqua à l'embouchure de la Seine, près d'Harfleur, au commencement de la campagne" qui devait se terminer àAzincourt. La France n'avait pas de port militaire sur cette côte; François Ier fonda, à l'embouchure de la Seine, Françoisville, dénomination qui ne prévalut pas sur celle du Havre- de- Grâce; ce port, livré un instant aux Anglais (1563), fut trois fois bombardé par eux durant les guerres de Louis XIV et de Louis XV.
Brest, Saint-Malo, Cherbourg, Dieppe, le furent également.
En 1758, une descente des Anglais en Bretagne, dans le but de surprendre Saint-Malo, fut sérieusement châtiée à Saint-Cast. Mais le fait militaire le plus important qui ait eu lieu sur cette côte est la bataille de la Hague ou de la Hougue (1692), que Tourville, pour obéir à l'ordre du roi, livra, entre le cap la Hague et la pointe de Barfleur, à une escadre près de trois fois plus nombreuse que la sienne ; Tourville soutint la lutte un jour entier, mais il n'y avait pas alors de refuge, et quinze de ses vaisseaux, qui n'avaient pu à cause du courant passer le raz Blanchart, furent détruits à Cherbourg et dans la rade de la Hougue.
C'est pour donner un point d'appui à nos flottes dans la Manche que la digue de Cherbourg fut construite de 1783 à 1853 et que cette ville devint un de nos ports militaires défendu par plusieurs forts.
A l'embouchure de la Seine, plusieurs batteries défendent l'approche du Havre.
Sur la mer du Nord, la France, depuis 1662, possède Dunkerque, dont Louis XIV fit un port militaire, à peu près abandonné aujourd'hui; les fortifications, qui durent être démolies à la paix d'Utrecht, ont été relevées, complétées, et font de Dunkerque une place de guerre de première classe. De nombreux armements de corsaires ont eu lieu dans cette ville où est né Jean Bart.
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