‹ La France chrétienne;Chapitre 47 sur 48 · OO^CH · texte numérisé non relu

OO^CH

m MISSIONNAIRE , A BORD d'un NAVIRE NAUFRAGÉ.

Décembre 4 845.

La charité chrétienne est de tous les temps comme de tous les lieux. On la trouve sur mer aussi bien que sur terre ; dans les périls imminents comme dans les moments plus tranquilles ; et partout elle apparaît comme un rayon bienfaisant du ciel pour consoler, pour guérir , pour délivrer , pour fortifier du moins ou préparer à la mort ceux qu'un malheureux destin destine à périr. Nous allons clore cette galerie de beaux traits , par le tableau de dévouement d'un jeune missionnaire, victime lui aussi du déplorable naufrage, qui tout récemment a jeté tant de familles en deuil , et enlevé à la marine française le bateau à vapeur le Papin. Un navire français , c'est une petite France transportée sur la mer ; tout ce qui s'y passe de grand , de généreux , tient à l'honneur de la patrie. A bord de ce navire se trouvait M. l'abbé Tisserant, préfet apostolique de Guinée , dévoué à l'apostolat des Nègres. Après quelque séjour en France , où il était venu réparer ses forces , il retournait au travail , au combat , continuant d'offrir à Dieu une vie dont il lui avait si généreusement consacré les premières années. Jeune encore, il pouvait attendre

de longs jours, il ne lui restait plus que quelques jours. On va voir, ce qu'il en a fait.

a M. l'abbé Tisserant ne désespéra ni de la vie ni du salut de personne. Selon l'énergique expression d'un marin , il prit en brave le commandement du bateau à vapeur en ruine pour sauver les âmes , s'il ne pouvait sauver les corp>s. Après s'être fortifié dans une courte et fervente prière , dont le recueillement a frappé les passagers , le missionnaire leur adresse la parole ; il parle à tous et à chacun, et ranime d'abord l'espérance des plus effrayés. Bientôt cependant, voyant le danger croître et ne pouvant taire que quelques-uns probablement périront , il les presse d'invoquer la sainte Vierge Marie , l'étoile qui ne pâlit jamais dans la tempête ; il leur montre avec foi le Seigneur Jésus, qui , du haut des çieux , les a suivis sur les flots ; il leur dit que ce Dieu tout miséricordieux et toutpuissant acceptera leurs douleurs présentes, en expiation des oublis et des fautes de leur existence entière, et que la récompense éternelle sera le prix de cette dernière épreuve, s'ils demeurent fidèles jusqu'à la lin. D'une voix qui atteint au fond des âmes, il les conjure de se préparer tous, comme il se prépare lui-même , à paraître devant Dieu , qui peutêtre dans un instant va les juger tous.

c< Tous ou presque tous accueillirent cette parole d'espérance et de vie , qui retentissait en présence de la mort ; s'humiliant devant Dieu , au milieu de ces terribles marques de sa puissance, ils demandèrent et reçurent l'absolution. Ce missionnaire , cette voix , ce geste, avaient quelque chose d'inspiré, m'a dit un matelot. Nous nous sommes souvenus que

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nous étions chrétiens, et nous avons voulu mourir en chrétiens.

)) Un pauvre juif n'avait pas ce sentiment de confiance et de foi , ni cet esprit de sacrifice qui rend le chrétien si ferme contre la mort; seul sans consolation, presque fou de désespoir, il protestait à haute voix qu'il ne voulait pas mourir. Toutà-coup il se jette dans les bras de M. Tisserant , dont le tranquille courage semble lui promettre la vie ; fondant en larmes, il l'adjure de le sauver. <( Hélas ! mon bon ami , lui dit le missionnaire en l'embrassant, je voudrais bien vous sauver; mais je ne puis rien contre la tempête , ni pour vous ■ ni pour moi : je ne puis rien pour vous-même auprès de Dieu , puisque vous n'êtes pas chrétien, i Et il l'embrassa de nouveau , le regardant avec une profonde tristesse. Ce regard , rempli d'une indicible bonté , tombe sur le cœur de Fisraélite. — • Mon père , reprend- il un peu ranimé , si je recevais le baptême , obtiendrais-je aussi le pardon de mes péchés? Me promettez-vous que Dieu me recevrait aussi dans <a miséricorde après ma mort! » Je vous le promets, répond M. Tisserant. Oui ; Dieu vous pardonnera vos péchés par les mérites de Jésus-Christ , son divin Fils , qui est mort pour le Juif et pour le Gentil ; il vous fera miséricorde , pourvu que \ous croyiez et que vous soyez baptisé. — Eh bien ! mon père . je crois comme vous . s'écrie avec transport le juif converti et déjà consolé; mon père, baptisez-moi î que je sois baptisé ! » Aussitôt un passager, témoin de cette scène, se procure un vase plein d'eau, le présente au prêtre , et celuici , au moment de quitter la vie , a la consolation

de régénérer par le baptême cet heureux enfant d'Israël , qui reçut le nom de Nicolas, du saint dont Téglise faisait la fête la veille. Peu d'heures après , le prêtre et le néophyte , engloutis dans la même vague , parurent devant le Seigneur pour y recevoir la récompense due à tant de foi et à tant de charité.

« Ce fut après avoir ainsi rempli jusqu'au bout sa mission apostolique , que M. l'abbé Tisserant est mort, à l'âge de 55 ans.... » l.

Dans une chapelle de Paris , où plusieurs juifs allaient recevoir le baptême , on racontait naguère ce beau trait d'un apôtre chrétien à l'heure du péril. Au milieu de l'auditoire 3 une pieuse et vénérable dame , vêtue de deuil , écoutait en répandant d'abondantes larmes ; c'était madame Tisserant , mère du missionnaire, qui ne connaissait point encore cet épisode de la glorieuse mort de son fils. Heureuse et pauvre mère ! quelle immense consolation à votre douleur !

1 Extr. d'une lettre de M. Magnard , préfet apostolique du Sénégal.

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