III. — LES CHINOIS
Les Chinois sont nombreux dans toute l’Indo-Chine et ils forment le groupe le plus important des Asiatiques étrangers. Ils se constituent en congrégations dont les chefs sont responsables de la conduite de leurs administrés. Ils se soutiennent mutuellement, commeles marchands phéniciens dans l’antiquité. En Cochinchine, on les rencontre surtout à Cholon, Saigon, Sadec et Soctrang.
Les Célestes sont des commerçants habiles, des travailleurs adroits, âpres au gain, sachant néanmoins à l’occasion se contenter d’un faible bénéfice. Tout le petit et une partie du grand commerce sont entre leurs mains. Ils savent, aussi bien que les colons, se procurer les marchandises de l’Occident dans leur pays d’origine; quelques Chinois frètent des navires européens pour les Indes, la Réunion et la Chine. On assure que, pendant la période difficile des premières années de l’occupation de la Basse-Gochinchine, quand les négociants européens établis à Saïgon ne connaissaient les cours delIong-Kong et de Shang-IIaï que par des occasions irrégulières, les Chinois de Cholon possédaient un service de courriers avec Canton.
Le plus souvent, les Célestes ne font qu’un séjour passager dans la colonie. Quand ils ont acquis une certaine aisance, ils retournent dans leur patrie, abandonnant en Cochinchine la famille temporaire qu’ils s’étaient créée*. Mais les riches laissent une certaine fortune à la femme qu’ils ont prise et aux enfants nés de leur union. Un des obstacles les plus puissants à l’établissement définitif des Chinois à l’étranger se trouve dans le culte des ancêtres, qui exige le retour de l’émigrant dans son pays natal pour rendre les hommages à la lignée familiale. Depuis un certain temps, quelques membres de la classe aisée se sont fixés à Cholon sans esprit de retour; plusieurs ont amené leur femme et, au mois de septembre 1882, un des plus grands négociants chinois a obtenu la naturalisation française.
Les Chinois nous ont rendu d’incontestables services au moment de notre établissement à Saïgon en servant d’intermédiaires entre notre administration et les Annamites. Il n’en est pas de même aujourd’hui. Leur caractère égoïste, envahisseur, accapareur, leur attachement à leurs coutumes, à leur religion,
i. Cette famille ne peut leur donner la postérité religieuse, le fils « héritier du vase d’eau et du réceptacle à encens », c’est-à-dire des instruments du culte domestique, capable d’offrir les sacrifices funèbres.
à leur langue, constituent des obstacles infranchissables à leur fusion avec les autres classes de la population, et entravent souvent notre action sur la race annamite. Ils sont parfois redoutables par leurs associations secrètes, dont la principale est celle du ciel et de la terre, et il a fallu, pendant la guerre du Tonkin, que M. Le Myre de Vilers et, après lui, M. Thomson, fissent usage contre le mauvais vouloir des Célestes de leurs droits d’internement et de séquestre.
Dans le nord du Tonkin, il y a une invasion lente des Fils de Han ; toutes les contrées septentrionales, les districts montagneux ou les provinces du littoral se peuplent de Célestes qui épousent des femmes '»imamites et tendent à transformer graduellement le pays.