‹ La France colonialeChapitre 110 sur 180 · II. — LES CAMBODGIENS · texte numérisé non relu

II. — LES CAMBODGIENS

Caractères physiques. — Le Cambodgien est plus grand, mieux proportionné et surtout plus robuste que l’Annamite. C’est le plus vigoureux des Indo-Chinois. Son corps est carré, ses épaules sont larges, son système musculaire bien développé; cependant on ne voit que très rarement ses muscles se dessiner à l’extérieur par des contours arrêtés comme chez les Européens. Son crâne est allongé, ovoïdal (dolichocéphale); son front plat ou bombé, fuyant sur les côtés; les bosses frontales sont peu développées. Ses yeux sont très peu ou à peine obliques; l’iris est foncé, la sclérotique ictérique, les sourcils légèrement arqués, fins et déliés; la paupière supérieure^ est toujours bridée dans l’angle interne de l’œil. Son nez épaté est un peu plus éminent et ses narines moins écartées et moins béantes que celles de l’Annamite. La bouche est moyenne, les dents petites et déchaussées, noires et projetées en avant par l’usage du bétel ; le menton est rond, fuyant ; les oreilles souvent un peu basses et trop écartées des parois osseuses. Ses pommettes sont moyennement saillantes et moins élevées que chez le peuple précédent. Ses cheveux ne présentent pas une coloration bien franche : châtains chez l’enfant, ils deviennent rarement très noirs; ils sont abondants et serrés, tantôt plats, tantôt légèrement ondulés ; leur implantation descend très bas sur les tempes et sur le front. Ils ont peu ou point de barbe qu’ils épilent. Le cou est normal, les épaules horizontales et larges; la poitrine bombée, les pectoraux saillants, les bras forts, la main large et osseuse, les doigts longs, les attaches grossières, contrairement aux Annamites et aux Chinois. Les jambes sont droites et parfaitement articulées sur le bassin, le mollet bien placé et très développé. Le teint du Cambodgien

L'INDO-CHLMÎ FRANÇAISE Soi

est jaunâtre comme celui de tous les rameaux de la race mongole et rappelle beaucoup celui des Malais

Caractères moraux. — Les Cambodgiens sont doux, indolents, très portés au jeu. Très désintéressés, ils se prêtent mutuellement assistance pour les travaux des champs, mais ils n’aiment guère entrer en condition comme salariés; ils se battent avec un certain courage, néanmoins ils sont loin d etre aussi braves que les Annamites qui les ont chassés devant eux.

Les cases cambodgiennes rappellent les paillottes de la Cochinchine. La nourriture des deux peuples est à peu près semblable. L’habillement des hommes se compose d’une veste courte et étroite, avec des boutons d’or, d’argent ou de verre suivant la fortune. Les femmes ont en général une robe longue, ouverte vers la poitrine et serrée à la taille; les seins sont cachés par une écharpe de soie. Les individus des deux sexes portent le langouti. Les Cambodgiennes ornent le lobe de l’oreille d’un disgracieux petit cylindia; d’ivoire ou de bois. Quelques-unes portent des boucles d’oreilles en forme d’S. Les jeunes tilles ont une longue chevelure, généralement noire, mais à l’époque du mariage elles sont rasées comme leshommes.LesCambodgiens des deux sexes ont les dents laquées et noircies par l’usage du bétel. Le laquage des dents, comme le percement des oreilles, constituent d’importantes opérations qui se font avec le concours des bonzes, des parents et des amis. On rencontre dans le pays des fumeurs d’opium et des fumeurs de kanchha ou chanvre indien.

lia famille. — Les cérémonies du mariage, longues et compliquées, sont précédées des fiançailles, à la suite desquelles le jeune homme vient habiter la maison de ses futurs beauxparents pour y faire le serviteur. Il est alors aux ordres de ceux-ci : dans les familles aisées la durée du stage est très courte; dans les classes pauvres, le mariage est reculé d’un an, de plusieurs années même.

La polygamie est en usage, mais seulement chez les riches; elle reconnaît la supériorité des femmes de premier rang sur les femmes de second ou de troisième rang. Un homme peut avoir plusieurs femmes de chaque rang. La première femme est

1. La race cambodgienne occupe en dehors du royaume les provinces aujourd’hui siamoises de Battambang, Angkor, Tonlé-Repou, Melu-Prey, Souren, Koutan. Les grands monuments khrners, merveilles de l’ancienne architecture orientale, se trouvent dans ces provinces, ce qui explique notre silence sur ce point.

réputée être la mère de tous les enfants issus des mariages de tout ordre. Le divorce s’obtient avec une grande facilité. Le roi a un harem et, par politique, le peuple de filles de mandarins.

Les morts sont enterrés, mais plus tard ils sont exhumés et l’on procède à la crémation des dépouilles.

li'esclavagre. — Les sources de l’esclavage étaient les mêmes que dans l’Annam. Il faut toutefois ajouter deux causes de servitude très curieuses. Les enfants des esclaves de la peine ou néak-ngear étaient la propriété du roi ainsi que les enfants jumeaux, ou ceux dont la naissance présentait quelque anomalie, comme les albinos ou les bossus. La situation des esclaves était d’ailleurs assez douce dans l’Indo-Ghine; la coutume cambodgienne, comme le code de Gia-Long, protégeait, dans une certaine mesure, ces malheureux et leur accordait quelques droits et la faculté de se racheter sous des conditions déterminées.

Belig^ion. — La religion des Cambodgiens est un bouddhisme, mais un bouddhisme défiguré par de nombreuses superstitions étrangères à la doctrine philosophique de Çakyamouni, par les vestiges de l’ancien brahmanisme, par le culte des ancêtres et celui des esprits, communs à tous les peuples de la Chine et de l’Indo-Ghine.

Les bonzes sont nombreux et jouissent d’importants privilèges. Ils se recrutent dans toutes les classes de la société, leurs vœux ne sont pas perpétuels. Ils sont soumis à une discipline sévère et sont placés sous la surveillance d’un grand pontife qui occupe un rang élevé à la cour.

liangfue. — Le cambodgien est une langue à tendance monosyllabique sans flexions. Il établit une transition entre la langue polysyllabique des îles de la Sonde et les langues monosyllabiques de la péninsule indo-chinoise. On y retrouve un certain nombre de mots venus du malais et contractés par ce procédé que le Khmer applique à tous les mots étrangers pour les plier à son génie, qui est monosyllabique. Le cambodgien est une langue recto tono. Le pâli, de source aryenne, a fourni aux Khmers une grande partie des vocables relatifs à la religion, que le peuple ne comprend guère et qui forment une sorte de langage officiel.

L’INDO-CIIINE FRANÇAISE

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