‹ La France colonialeChapitre 113 sur 180 · V. — LES TRIBUS SAUVAGES · texte numérisé non relu

V. — LES TRIBUS SAUVAGES

Dans la Cochinchine on distingue particulièrement les Mois et les Chams, et dans le Tonkin les Muongs.

Les Chams paraissent être d’origine malaise et provenir des débris de l’ancien royaume du Ciampa, conquis autrefois

L’INDO CHINE FRANÇAISE

parles Annamites. On les rencontre dans quelques villages de la frontière septentrionale de la Gochinchine, vers Tayninh et surtout vers Ghaudoc.

Les Mois occupent le nord-est de notre colonie et les contrées situées entre le Gambodge etl’Annam. Ils habitent des villages formés de paillottes, dont le mobilier est très simple. Leur costume se compose d’une bande d’étoffe à laquelle les jeunes femmes ajoutent un carré d’étoffe suspendu au cou et cachant les seins ; quand elles sortent, elles prennent le costume annamite. Tous, hommes et femmes, ont les oreilles percées ; ils y portent des anneaux d’argent, de cuivre, ou même simplement de petites ficelles ; les plus riches portent au cou des colliers d’ambre.

Leur principale industrie est la culture du riz dans les rays, espaces de terrain déboisés par le feu. Ils vont vendre les produits de leur chasse à Baria contre du sel, du tabac, des noix d’arec et des ustensiles de ménage.

La plupart des hommes et quelques femmes comprennent l’annamite, mais tous se servent d’une langue spéciale, qu’ils appellent la langue trao. Gette langue, presque entièrement monosyllabique, n’a pas les différentes accentuations qui rendent si difficile l’annamite.

L’esprit de famille est très développé chez les Mois ; leur tendresse pour leurs enfants est remarquable. Les mariages se font de bonne heure et, bien qu’il n’y ait aucun contrat écrit, la coutume assure l’entretien des femmes.

Les Moïs sont petits ; leur taille dépasse à peine celle des Lapons. La teinte de leur peau se rapproche de celle des Gambodgiens; le tatouage paraît inconnu. Le crâne est dolichocéphale ; il ne subit pas dans l’enfance de déformation artificielle. La face a un prognathisme très prononcé ; et cela donne à ce peuple un aspect farouche qui ne répond pas à son caractère doux et craintif.

La religion des Moïs est très rudimentaire ; on ne trouve chez eux ni idoles ni pagodes; ils ne portent pas d’amulettes ; ils croient cependant que l’omission de certaines pratiques traditionnelles peut porter malheur. Ils ont un certain culte pour leurs morts.

Les Moïs étrangers sont en relations suivies avec les Annamites depuis de longues années et n’en ont rien appris. Leur nombre est en décroissance, et cette race est probablement destinée à s’éteindre, comme toute race inférieure, rebelle à la civilisation en présence d’un peuple supérieur.

Au Tonkin, la population des montagnes est presque entièrement composée de sauvages. Au sud-ouest se trouvent les Muongs, qui paraissent être les descendants de la race autochtone et sont plus forts et plus intelligents que les Mois. Ils se livrent à la chasse, à l’élève du bétail et à l’exploitation des forêts. Leur nombre s’élève à 300 000 ou 400 000 individus. L’écriture de ces peuples est syllabique, leur numération comprend neuf caractères; ils ignorent l’usage du zéro.

Page 1