CHAPITRE III
GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION
liC gouverneur et les conseils. — Le colonie est administrée par un gouverneur, qu’assiste un conseil privé composé des chefs d’administration et de deux notables.
Un conseil général élu a été accordé, en 1885, à la colonie; en ce qui concerne le régime douanier et certains impôts ou taxes, il a des attributions que n’ont pas ceux de France.
La colonie est représentée en France par un délégué au Conseil supérieur des colonies.
Enfin elle possède une Chambre de commerce et une Chambre d'agriculture.
Municipalité de IVouméa. — Le chef-lieu de la colonie, Nouméa, est une ville en formation qui ressemble à la fois à un camp, à une caserne, à un bourg, à une agglomération de nomades. La population urbaine, en 1886, était de 4 601 civils dont 812 étrangers. En comptant les fonctionnaires et les troupes, le cbilfre d’habitants atteindrait 3 200. La ville était séparée de la rade et de ses faubourg par des montagnes. On a rasé la montagne qui abritait le port. Les déblais ont servi
LA NOUVELLE-CALÉDONIE
à remblayer les marais et à faire les quais. La dépense a été de 300 000 francs. On a coupé les montagnes pour y percer des rues. Enfin on a amené de 13 kilomètres l’eau potable, et l’on vient d’augmenter le débit des réservoirs qui ne pouvaient fournir, par jour, que 500 litres d’eau pour 5 000 habitants.
Nouméa est doté d’un Conseil municipal depuis 1874. C’est de cette époque que date une ère d’améliorations pour la ville. On a créé des boulevards, un square, des rues, des quais importants, des trottoirs, des égouts. On a planté les rues; on les a éclairées, nivelées.
En 1876 et en 1877, Nouméa a eu deux expositions. La colonie a pris une part brillante à celles d’Anvers en 1885 et de Paris en 1889.
Une banque française est établie à Nouméa.
Une caisse d’épargne postale y est installée.
Le service de santé et des hôpitaux est dirigé par le médecin en chef de la marine.
«lustice. — Il y a, à Nouméa, un tribunal de première instance et un tribunal supérieur, servant à la fois comme cour d’appel et comme cour d’assises. Un tribunal de commerce a été institué ; des justices de paix sont établies à Nouméa, à Bourail, Ganala, Oégoa, Kuto (île des Pins), Chépeéhén (île de Lifou). Sauf la première, elles sont à compétence étendue.
— Le budget de la ville de Nouméa est d’environ 350 000 francs, pour 4 600 habitants civils.
Il y a dans l’intérieur neuf commissions municipales qui reçoivent ensemble une allocation de 70 000 francs. En outre, il y a 12 officiers de l’état civil.
Le budget de la colonie, qui était de 434 000 francs en 1870, atteignait, en 1890, 2 746 798 francs, et, en 1892, 3 433 306 francs. Gomme il se solde avec des excédents, il ne pourra que se développer d’année en année.
La dépense de la métropole a été, en 1892, de 2976237 francs, dont 1315366 francs pour les services militaires. Grédits demandés pour 1893 ; 3 299 086 francs.
Instruction publicfue. — Le premier budget de l’instruction publique date de 1874 et s’élevait à 43 500 francs. En 1877, il était de près de 57 000 francs. Actuellement l’administration y consacre environ 100000 francs, et la municipalité de Nouméa 60 000 francs, soit 160 000 francs.
LA FRANCE COl.ONIALE
Nulle part le désir d’instruction n’est aussi grand qu’aux colonies. Non seulement on en sent le besoin immédiat pour soi, mais on veut que les enfants soient ainsi mis à même de se suffire et de s’élever dans la société. L’administration accorde des bourses au collège de Nouméa, qui comprend cinq professeurs.
Il y a deux orphelinats, garçons et filles.
L’administration se propose de rétablir Y école des arts et métiers, sous les auspices de la direction d’artillerie, et de fonder une école d’apprentis mineurs dont on a tout spécialement besoin, car notre vaste région minière calédonienne ne possède pas d’ingénieur des mines, envoyé par l’État.
Le nombre des écoles était, en 1886, de 45, comptant 1 443 garçons et 1 034 filles ; total 2 197 élèves, dont 1 134 Européens et 1 063 indigènes.
Administration pénitentiaire. — La Nouvelle-Calédonie a reçu de la métropole trois catégories de colons pénitentiaires: des transportés, des relégués, des déportés.
1° Elle a été choisie pour l’exécution de la peine des travaux forcés, en vertu de la loi de 1854. Le premier convoi de condamnés est arrivé le 8 mai 1864, A l’expiration de leur peine, ils sont forcés de résider dans la colonie toute leur vie, si la peine est d’au moins huit années, un temps égal à la durée de la peine, si celle-ci est inférieure à huit années.
Les condamnés aux travaux forcés sont au nombre d’environ 7500 et les forçats libérés de 2 300.
Les condamnés sont répartis en cinq classes dont la cinquième est la plus durement traitée. Par leur travail et leur bonne conduite, ils peuvent s’élever d’une classe à l’autre après une étape de six mois au moins dans chacune. Ils sont employés soit aux travaux publics soit dans les pénitenciers et camps proprement dits, soit dans les centres agricoles. Ces établissements occupent 50 000 hectares, et on vient de leur en réserver 60 000 de plus, pour l’avenir : soit en tout 110 000 hectares. Les pénitenciers et camps sont l’île Nou, Montravel, la Baie du sud, les chantiers de travaux de route; les centres agricoles sont Koé-Kemba et Koutio-Koéta, où les condamnés travaillent pour l’administration , la Fonwahary, Bourail, Pouembout-Koniambo,\e Diahot, où ils sont parfois concessionnaires de terres.
Le plus important de ces derniers est celui de Bourail, qui comprend 800 condamnés, dont 425 concessionnaires. C’est la
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vallée la plus fertile de toute la Calédonie. Le pénitencier possède une usine à sucre, où les cannes sont employées à fabriquer principalement du rhum. Là aussi est le couvent où 1 on détient les femmes et les filles condamnées. On n’en envoie qu’une centaine par an. Lorsqu’un forçat concessionnaire veut se marier, il demande au couvent une femme qu’il choisit parmi les pensionnaires de l’établissement. Si celle-ci agrée la demande, un ménage vient s’ajouter aux 2 ou 300 ménages déjà existants.
On a placé les libérés sans emploi à la presqu’île Ducos et les condamnés impotents à l’île des Pins, les uns et les autres dans les anciennes concessions des déportés politiques.
Le pénitencier dépôt, le centre des condamnés, est a 1 île Nou. Il y a là des ateliers de toutes sorte, une fonderie, une briqueterie, des magasins, des fermes, des écoles, des prisons, une maison d’aliénés, un superbe hôpital, entouré de jardins anglais, sur une plage verdoyante ou la musique des forçats joue à l’ombre de gigantesques banians.
2“ Les relégués sont des récidivistes choisis qui sont internés, astreints au travail et auxquels on donnera des concessions de terres et les moyens de revenir au bien.
3° Des déportés politiques ont été envoyés en Calédonie en 1873. Ils étaient au nombre de 3 000 avec 450 femmes ou enfants. Les grâces et les amnisties ont fait rentrer en France cet important contingent. Il n’en est resté dans la colonie que quelques familles, qui prospèrent.
Dans la vallée du Numbo sont les Arabes et Kabyles déportés à la suite de l’insurrection algérienne de 1871.
Domaine. — La Calédonie compte 2102195 hectares, dont 800 000 seulement sont propres à la culture et à l’élevage, sur lesquels 175 000 hectares sont occupés par les indigènes, 175 000 par les colons, 110 000 réservés à la colonisation pénitentiaire. Il ne reste que 150 000 hectares non aliénés. Les terres à donner aux colons libres devront être prises sur les terrains désignés comme pâturages. Les demandes sont très nombreuses ; car l’aliénation des terres se fait dans des conditions particulièrement favorables.