Alger, Oran, Constantine, Bône
L’ALGÉRIIî
six mois de prison. Souvent même, ils remplacent le parquet et sont chargés de constater les crimes commis. Ils sont malheureusement trop peu nombreux, et leur circonscription judiciaire est trop étendue ; elle a parfois une superficie égale à l’un de nos départements. En Kabylie, où la justice musulmane a été supprimée, ils doivent tenir compte des cowimes indigènes, bien que ces coutumes nous paraissent, dans certaines de leurs dispositions, injustes ou absurdes. Ils sont assistés à cet effet d’un assesseur musulman qui a voix consultative. Les prévenus de crimes et délits sont tous déférés, sans distinction de nationalité, aux tribunaux français. En territoire militaire, ils sont traduits devant les conseils de guerre ou les commissions disciplinaires. Toutes les affaires civiles entre indigènes et Européens ou Israélites sont également jugées par les tribunaux français.
Depuis 1881, les administrateurs civils sont armés de pouvoirs disciplinaires spéciaux pour réprimer, de la part des indigènes, certains actes que la loi française ne qualifie même pas de délits, mais qui sont considérés comme des infractions, prévues et punies par le code de Vindigénat. Cette juridiction exceptionnelle, plusieurs fois attaquée dans les Chambres françaises, a été, par la loi du 25 juin 1890, confirmée pour une nouvelle période de sept années. La même loi accorde aux indigènes punis par les administrateurs un droit de recours au sous-préfet, puis au préfet. Au reste le nombre de ces condamnations administratives tend à diminuer : il n’y en a eu que 8239 dans le second semestre de 1890, et le chiffre des recours n’a été que de 107.
Justice musulmane. — Les Arabes ont conservé la jouissance de leur statut personnel, ou des lois civiles édictées avec plus ou moins de clarté par le Koran et commentées par les docteurs des deux v\\,Qÿ,,malékite et hanéfite, qui sont suivis en Algérie. Aussi, jusqu’au décret du 10 septembre 1886, étaientils toujours jugés au civil d’après la loi musulmane. Récemment encore, ils pouvaient presque partout porter leurs procès devant la justice musulmane, c’est-à-dire devant les mahakma ou tribunaux des cadis. Il y avait naguère en Algérie 160 mahakma. Le cadi jugeait sommairement ; c’était là un avantage; mais il était trop souvent ignorant et vénal. Aussi s’efforçait-on de diminuer le nombre des mahakma, et déjà toutes celles des chefs-lieux d’arrondissement avaient été remplacées par les justices de paix. Les cadis étaient assistés d'adel ou suppléants
LA FUANCE COLONIALE
et à'aoun ou Jiuissiers; les oukil sont des défenseurs avoués, chargés de représenter les parties.
Le décret de 1889 a dépouillé les cadis, pour les transférer aux juges de paix, delà plupart de leurs attributions judiciaires, les réduisant aux litiges concernant l’état des personnes et les partages de successions. Le cadi n’est plus guère qu’un cadinotaire.
On pouvait et on peut encore en appeler des jugements des cadis, soit aux medjelès ou chambres d’appel musulmanes, soit aux tribunaux français. Ainsi les tribunaux français sont sans cesse obligés de juger directement ou sur appel des affaires arabes, d’après le droit musulman, des affaires kabyles, d’après le droit kabyle. Ce devoir souvent délicat exige de notre magistrature algérienne des connaissances toutes spéciales. Par la force des choses, nous devenons ainsi des interprètes du Koran, des interprètes des kanoim : nous détenons par cela même, si nous savons en user avec discrétion et prudence, un moyen d’influence progressive des plus efficaces sur la société indigène. Nous pouvons travailler à mettre peu à peu ses lois diverses plus en harmonie avec les nôtres. Ainsi faisaient chez les peuples barbares, qu’ils jugeaient et administraient, les préteurs de Rome à l’aide du jus prætorium.
Impôts : leur perception ; leur affectation. — Le
service de l’enregistrement et des domaines et celui des douanes fonctionnent en Algérie comme en France. La perception des contributions directes et indirectes est confiée à un service mixte : celui des contributions diverses. L’assiette de l’impôt est confiée au service des contributions directes.
Pour les Européens, l’impôt est plus doux en Algérie qu’en France ; on a voulu ménager un pays neuf et attirer l’immigration. Ainsi le tarif des droits d’enregistrement n’est que le tiers du tarif du continent. Les droits de succession, les contrihutions personnelle, mobilière, des portes et fenêtres, les taxes sur les chemins de fer, voitures, chevaux, mulets, billards, cercles, n’existent pas. Jusqu’au budget de 1892 la contribution foncière n’existait pas : sur les propriétés bâties on percevait seulement des centimes additionnels, établis en 1884, au profit des départements ou des communes; en 1892 on a imposé sur la propriété bâtie une somme de 1576 000 francs au profit de l’État. La fabrication et la vente des tabacs, vins, alcools, huiles, vinaigres, allumettes, sel, etc., sont libres; en 1892 seulement les Chambres françaises ont voté une taxe de 30 francs
L’ALGÉRIlî
par hectolitre d’alcool*, soit sur la fabrication algérienne, soit à l’entrée en Algérie. L’Etat ne s’est réservé que le monopole de la vente des tabacs et cigares provenant de ses manufactures de France.
Quant aux indigènes, ils payent des impôts spéciaux et assez lourds, confondus sous le nom d'impôt arabe. Ce sont ; Vâchour, ou dîme sur les grains; le zekkat, ou taxe sur le bétail; la Iczma, capitation prélevée en Kabylie; l’impôt frappant les palmiers dans les oasis, et qui s’appelle aussi lezma; Veussa, payé par les tribus du désert; le hokor, ou taxe foncière payée par des tribus de la province de Gonstantine.
Un prélèvement de cinq dixièmes sur l’impôt arabe constitue la principale ressource des budgets départementaux. Il en résulte que l’impôt arabe ne figure que pour moitié au budget de l’Algérie, et qu’au lieu d’ètre d’environ dix millions, il est en réalité d’une vingtaine de millions. En outre, les indigènes paient les centimes additionnels à l’impôt foncier et, depuis 1892, ils paient à l’Etat, comme les colons, le principal de cet impôt. Enfin, ils sont astreints à des journées de prestations pour les chemins ruraux et à plusieurs autres espèces de prestations ou de réquisitions.
Octroi €le mer. — Il n’y a pas d’octrois municipaux en Algérie. Ils sont remplacés par les produits de la taxe dite octroi de mer, qui frappe les marchandises à l’entrée des ports algériens, et cfui est perçue par le service des douanes, puis distribuée aux communes de plein exercice et aux communes mixtes. L’octroi denier atteint presque exclusivement les Européens, puisque les indigènes consomment très peu de marchandises importées. C’est pour cette raison que le produit de l’octroi de mer affecté aux communes est réparti entre elles, non pas au prorata de la population réelle, mais au prorata d’une population conventionnelle. Dans le calcul de cette population, les Européens comptent pour une unité, tandis que les musulmans ne comptent que pour un septième dans les communes de plein exercice et pour un vingt-huitième ® dans les communes mixtes. Ce système choque nos idées françaises de solidarité; mais il est ingénieux : en tout cas la proportion
1. Voyez sur tout ceci l’Expcsé de la situation générale de l’Algérie, suivie des Procès-verbaux des délibérations du Conseil supérieur pour 1892.
2. Jusqu’au décret de 1890, l’indigène ne comptait que pour un huitième dans les communes de plein exercice et pour un quarantième dans les communes mixtes.
Puancë coloniale.
adoptée semble excessive. Le régime de l’octroi de mer a été modifié en 1884 de manière à ne pas entraver les relations de l’Algérie et de la métropole, tout en ne diminuant pas les ressources qu’il procure aux communes algériennes.
Buclg^ct de l’Alsérie. — Le budget des dépenses^ préparé par le conseil supérieur de l’Algérie, est voté chaque année par les Chambres. Encore en 1892, ce budget est réparti par fractions annexées au budget de chacun des ministères compétents. En 1893, il sera fait un premier pas vers l’unificalion de ce budget '.
Les dépenses de l’Algérie s’élèvent, pour 1892, à 1»'^ 2GA CI A francs (le tiers environ du budget des possessions hollandaises de Malaisie). Elles se répartissent ainsi :
Dépenses des ministères civils . . . 43 201 030 fr.
Garanties d’intérêts aux Compagnies
de chemins de fer . 20 200 000
Annuités à la Compagnie algérienne et
à la Compagnie P.-L.-M . 8 658 797
Dépenses de l’armée . 52 497 475
— de la marine . 490 406
Pensions civiles . 2 211000
Total . 127 264 014 fr.
Dans ces dépenses, il y en a qui sont faites tout autant dans l’intérêt de la France que dans celui de la colonie, comme les dépenses militaires et maritimes. Le rapporteur du budget de 1892 a reconnu que ni les pensions civiles, ni les annuités aux compagnies ne devaient entrer dans le compte des dépenses de la colonie. Mais il reste encore pour les deux premières sections : bsaoi 03« francs. Avec quelles recettes l’Algérie peut-elle faire face à ces dépenses ?
Le budget des recettes, pour 1892, comprend :
1° Budget ordinaire (aa asisis fr.), se décomposant comme suit :
1. Impôt direct: 10381-700 francs, dont 6976500 pour l’impôt arabe; 1576 000 pour la nouvelle contribution foncière sur les
1. A'oyez .sur les quesUous d’organisation, de réformes, et notaminent de finances et de budget, le remarquable Rapport i)réscnté i)ar M. Biirdcau, pour 1892, à la Cbambre des députés. Paris, imprimerie de la Gliambre, 1891 , cl sa récente publication, en 1891, Paris, Hachette.
— Et aussi : Commission d’éludes des questions algériennes, dépositions, imprimerie du Sénat, 1891.
L'ALGÉRIE
propriétés bâties; 16 331 300 pour les patentes; 10 000 pour la taxe militaire ; le reste pour les redevances des mines, etc.
2. Produits domaniaux : 3 307 250 francs. (Droit sur les pêcheries, locations, produits des forêts.)
3. Impôts et revenus indirects : 21 837 000 francs. (Enregistrement, greffe, hypothèques, timbre, douanes, contributions diverses, y compris le nouveau droit de 1800000 francs sur les alcools.
4. Monopoles : ventes des tabacs des manufactures de France, 422 800; des poudres, 740000; produit des postes, 2 639 900 ; des télégraphes et téléphones, 1 310 800 francs,
3. Produits divers : 893 210 francs. (Taxe sur les brevets d’invention, remboursement des frais de contrôle des chemins de fer, produit des maisons centrales.)
6. Recettes d’ordre (Produits universitaires, amendes, prélèvements du sixième de l’octroi de mer, etc,), 2927 838 francs.
2<’ Budget sur ressources spéciales : 3 304640 francs. Il se compose du dixième de l’impôt arabe, attribué aux chefs chargés du recouvrement de cet impôt (1 393 300 fr,); des produits de l’assistance hospitalière (2284 340 fr,), etc.
Ce budget sur ressources spéciales s’équilibre de lui-même. Il n’en est pas de même pour le budget ordinaire ; avec 44481 818 francs de recettes et 63 401 036 francs de dépenses, le déficit est de 18919 218 pour 1892. Ce déficit, qui doit être soldé par la métropole, a un caractère permanent : il a été de 20328630 francs en 1891, et de 19 320127 francs en 1890.
D’après les évaluations deM.Burdeau,les sommes payées par les indigènes s’élèveraient à 40 800000 francs, dont 19 600 000 déimpôt arabe et 21 200 000 francs pour les taxes qui leur sont communes avec les Européens. Cela ferait environ 11 fr. 30 par tête, chiffre sensiblement égal auxl2fr. 83 de l’indigène tunisien.
Prisoncs et «lépôts de mendicité. — Il y a en Algérie un pénitencier agricole, à Berrouaghia, dans l’arrondissement de Médéa; 4 pénitenciers agricoles indigènes; 17 maisons d’arrêt ou prisons civiles; 2 maisons centrales, l’une au Lazaret, à Alger, l’autre à Lambèze; une colonie pénitentiaire de jeunes détenus à M'zéra, non loin d’Alger, Les deux départements d’Alger et de Contantine possèdent chacun leur maison de refuge ou dépôt de mendicité, avec annexes diverses, telles que asile pour vieillards et dépôt provisoire pour jeunes détenus.
ÜLSsistciucc et santé pwliliqnes. — Les établissements
l'OO
L1 FRANCIÎ COLONIALE
hospitaliers militaires étaient, en 1890, au nombre de 60, dont 44 hôpitaux, et 3 hôpitaux thermaux. Il y a 20 hôpitaux ou hospices civils, avec des sections pour les vieillards et les incurables. Les malades civils sont admis dans les hôpitaux militaires des villes où il n’existe pas d’hôpital civil, et réciproquement.
Il y a un service publique de secours pour les enfants trouvés ou abandonnés et pour les orphelins pauvres, et une dizaine d’orphelinats privés L
Le service de l’assistance n’est réellement organisé que depuis 1874. Ce n’est que depuis 1882 que les trois principaux hôpitaux civils ont des directeurs responsables; les autres sont encore confiés à des commissions administratives. Un Comité centrul consultatif de l'assistance publique composé de médecins, entre autres attributions, a la surveillance des médecins dits de colonisation, qui sont chargés par l’administration de distribuer les secours médicaux dans les contrées éloignées et récemment ouvertes à l’immigration.
Les aliénés et paralytiques sont reçus provisoirement dans les hôpitaux civils et militaires, puis dirigés sur l’un des établissements spéciaux de la métropole. Il y a pour eux, depuis 1882, une section spéciale à la maison de refuge de Beni-Messous (près d’Alger). Cette maison, ainsi que celle ééEl Arouch (département de Constantine), reçoit des mendiants, des ouvriers sans travail et d’autres malheureux. Un hospice d’aliénés est en construction à la Bouzaréa, près d’Alger.
Le nombre des bureaux de bienfaisance est de 30. La ville d’Alger possède un bureau de bienfaisance musulman, auquel sont annexés une maison de refuge pour les vieillards, un asile de nuit, un orphelinat, une salle d’asile pour les enfants pauvres.
Lorsque l’Algérie a été menacée en 1887 de l’invasion de l’épidémie cholérique, elle ne possédait, à proprement parler, aucun lazaret. Il a fallut en improviser quatre : au fort de Mers-el-Kebir, près d’Oran; au cap Matifou, près d’Alger; au Fort génois, près de Bône ; au ravin du Lion, près de Stora- Philippeville. Sauf une invasion tardive du fléau à Oran, l’Algérie a été préservée, et l’expérience a prouvé l’efficacité des quarantaines. Grâce à sa situation quasi insulaire, lacoloniepeut, par des précautions prises à temps, échapper aux épidémies.
i. L’un de ces ocphelinals a été créé, en 1870, pour les enl'anls des Alsaciens-Lorrains, par les dames de Conslauline.
L’ALGERIE
iOl
Inslitiitions tle prévoyance. — Les caisses d'épargne sont au nombre de huit. Leur dépôt était de 5 316 835 francs à la fin de l’année 1890. Aucune institution ne sera plus utile à l’Algérie et surtout aux indigènes, dont l’imprévoyance est générale et notoire. Sur 2131 livrets, on n’en compte que 73 appartenant à des musulmans. Une caisse nationale d’épargne postale a été instituée en 1881; l’excédent de ses recettes a été, en 1890, de 2 200 298 francs. Il y a 55 sociétés de secours mutuels, composées de 6 232 sociétaires participants, dont 55 indigènes seulement. Deux monts-de-piété existent, l’un <à Alger, l’autre à Oran; leur clientèle musulmane est importante : en 1890, ils ont prêté 1 779 653 francs aux Européens, 935 539 aux Israélites, 1 237 146 aux musulmans. Le mouvement des prêts a donc été de 3 953 338 francs.
Cultes. — Le catholicisme, le protestantisme, le judaïsme, l’islamisme sont également cultes reconnus et subventionnés par le gouvernement français. La religion catholique est celle de la majorité des colons. Tl y a un archevêché à Alger, deux évêchés à Oran et à Gonstantine, des églises dans tous les centres de colonisation. Le nombre des protestants (Église réformée et confession d’Augshoui’g) est d’environ 7 000. Les Israélites ont un consistoire provincial dans chaque département. Les musulmans ont des mosquées, dont les administrateurs, muphti ou imam, des deux rites malékite et hanéfite, sont rétribués par l’Etat. Celui-ci dépense 222 -430 francs pour le personnel et 75 000 francs pour le matériel du culte musulman.
Inslrucliou puliliquc : adminisfration. — L’Algérie forme une académie à peu près semblable aux quinze autres académies du continent et relevant directement du ministère de l’Instruction publique. Le chef de cette académie, le recteur, réside à Alger. Il est assisté d’un conseil académique, et de trois inspecteurs d'académie, un par département, assistés eux-mêmes de conseils départementaux et ù.’ inspecteurs primaires.
Enscigrncnient sujïérîeur. — L’Algérie n’a pas de facultés proprement dites, mais elle possède quatre Écoles supérieures ou préparatoires : de droit, — de médecine et de pharmacie, — des sciences, — et des lettres. Elles sont administrées chacune par un directeur, assisté d’un conseil des professeurs, et placées sous la haute direction du recteur.
1° Les dix-huit cours de l’École de droit ont été suivis, en 1890, par 75 étudiants assidus, 10 auditeurs bénévoles et à distance par 68 étudiants inscrits, mais dispensés de l’assiduité.
et par environ 200 personnes qui, pour la plupart, sont prépa^ rées par correspondance aux examens de législation algérienne, de droit administratif et de coutumes indigènes. L’École de droit est autorisée à délivrer des diplômes de licenciés. Elle publie une Revue algérienne et tunisienne de législation et de jurisprudence. A cette école enfin sont rattachées les medraça établies à Alger, Constantine et Tlemcen, qui préparent de jeunes musulmans, les futurs tolba (pluriel de tâleb), aux fonctions diverses de la justice musulmane.
2° h'École de médecine et de pharmacie a onze cours, 105 élèves, 4 auditeurs bénévoles et 10 élèves sages-femmes.
3° L’École des sciences a sept cours et 30 élèves. L’observatoire et le service météorologique lui sont rattachés.
4'^ Les onze cours de VÉcole des lettres sont suivis juar 16 étudiants de licence, par 657 élèves pour la langue arahe, par 6 élèves pour la langue kabyle. Elle prépare, par correspondance, aux grades universitaires et aux brevets de langue arabe et kabyle. Elle publie un Bulletin de correspondance africaine. — A cette école sont rattachés les trois cours publics de langue arabe existant au chef-lieu de chaque département.
Les Ecoles des sciences et des lettres délivrent des diplômes de bacheliers.
La bibliothèque universitaire possède plus de 62 000 brochures ou volumes.
Les quatre Ecoles sont installées dans un magnifique palais universitaire, construit sur le plateau d’Isly, d’où la vue s’étend sur la mer. La dépense, autorisée par la loi du 19 juillet 1884, a été d’environ 2 500000 francs.
Une École des beaux-arts existe à Alger.
Pendant l’exercice 1890-1891, les trois medraça, ou établissements d’enseignement supérieur musulman, ont distribué l’enseignement à 80étudiants inscrits et 12 auditeurs bénévoles et délivré 24 brevets d’études musulmanes.
Cuseiffnemcnt secouclairc. — Pour l’instruction des garçons, l’Algérie possède trois lycées, ceux d’Alger, Oran et Constantine ; sept collèges ‘ et sept établissements libres. Le petit lycée de Ben-Aknoun, près d’Alger, a été fondé en 1884. Un autre petit lycée, réservé aux externes, est projeté à Mustapha (Alger). Pour l’enseignement secondaire des jeunes filles il y a un lycée à Oran, des cours secondaires à Constantine,
1. Ceux de Blicla, Médéa, Miliana, Mostaganem, Tlemcen, Bône, Pliilippeville, Sétif.
L’ALGIÏRIE
Cône, Philippeville, et l’école de la Ligue de l’enseignement à Alger. Au mai 4891, nos lycées et collèges comptaient 2 744 élèves, sur lesquels seulement 73 musulmans. En outre,
479 jeunes fdles reçoivent l’enseignement secondaire.
Enscis;iicmcnt primaire. — M y n, écoles normales
pour les fdles, àMiliana et àOran; pour les garçons, à Mustapha (Alger), et Constantine. Le personnel de ces écoles est recruté à la fois en France et en Algérie. 11 y a huit inspecteurs primaires, un inspecteur des écoles indigènes, et à Oran une inspectrice départementale. Tandis qu’en France les instituteurs et institutrices sont nommés par les préfets, sur la proposition des inspecteurs d’académie, ils sont nommés en Algérie par le recteur.
Pour l’exercice 1890-1891, on comptait 3 écoles primaires supérieures, dont 2 de garçons (Constantine et Sidi-bel-Abbès) et 1 de fdles (Constantine). Les écoles publiques étaient au nombre de 8G5, dont 55 tenues par des congréganistes; elles ont coûté 2250 000 francs, dont 1 million fourni par les communes et le reste par l’Etat. Les écoles libres sont au nombre de 118, dont 24 tenues par des laïques. Toutes ensemble sont fréquentées par 82 257 élèves,' dont 56 408 garçons et 36 000 fdles. Sur ces chiffres, les musulmans comptent pour 10 581, dont 9 724 garçons et 857 fdles. Aux écoles primaires de tout ordre ajoutons 154 écoles maternelles, dont 94 publiques et 60 libres, avec 25 250 élèves, sur lesquels 328 garçons musulmans et 233 fdlettes musulmanes. Toutes les écoles sont gratuites. Le principe de V obliijation est déjà applicable dans la presque totalité des centres européens.
Si l’on ne considère que la population européenne, on verra que nulle part l’instruction primaire n’est plus répandue qu’eu Algérie. Des progrès constants s’accomplissent grâce au zèle des communes, au concours de l’administration départementale et du gouvernement général, à l’activité de l’académie. Mais le personnel administratif est surmené : les inspecteurs primaires notamment sont trop peu nombreux, ils inspectent fort peu en réalité et suffisent difficilement au reste de leur *
tâcbe. Leurs circonscriptions devraient être pour le moins dédoublées.
Une école d’apprentissage d’arts et métiers existe à Dellys. Il y a aussi deux écoles d'agriculture, l’une à Rouiba, l’autre à Moudjebeur pour les bergers, et un laboratoire de chimie agricole à Sidi-Rel- Abbés.
l^nscig:ncniciit «les — Si les enfants
fies colons reçoivent presque Ions renseignement primaire et peuvent aspirer ensuite à une instruction plus complète, l’enseignement des indigènes reste encore très insuffisant. Quelques jeunes musulmans suivent les cours des medraca, des Écoles supérieures, des lycées ou des collèges; mais ils forment une infime exception ; et lorsque, pourvus par nous d’nne instruction de luxe, ilsrentrent dans le milieu indigène, ils s’y trouvent si désorientés qu’ils se hâtent pour la plupart de reprendre leurs anciennes habitudes d’esprit. Tant qu’on n’aura pas commencé par le commencement, tant que la masse entière des enfants indigènes n’aura pas été dégrossie, n’aura pas appris notre langue, ne sera pas pourvue d’une instruction élémentaire, nous aurons dépensé nos efforts en pure perte. Avant la conquête, il existait un enseignement musulman. Tout insuffisant qu’il fût, nous aurions pu nous en emparer, faire de l’école primairearahe(?w<?CïV/)une école publique, rétribuer ou surveiller tout au moins l’instituteur {monadeb). Dans notre ignorance des mœurs indigènes, nous avons laissé dépérir ces écoles et, sans nous en douter, nous avons fait ainsi la fortune des zaoiiia, dirigées par les khouan des confréries religieuses, et qui ne sont le plus souvent, comme on l’a très bien dit, que des « écoles préparatoires d’insurrection ». L’administration militaire s’aperçut trop tard delà faute commise ; elle créa les écoles arabes- françaises, mais en trop petit nombre (jamais plus de 36) pour produire des résultats appréciables. Il n’en subsistait qu’une dizaine en 1880. Cependant quelques-unes ont rendu des services, et, à Biskra notamment, grâce à l’instituteur Colombo, bien connu des anciens touristes, presque tous les musulmans parlent français. Parler le français, voilà l’essentiel pour les indigènes. Qu’ils le parlent mal d’abord, peu importe : ils le parleront mieux plus tard. Des écoles, encore des écoles et partout des écoles ; là est le salut de l’Algérie. Ajoutons que les Jésuites, puis, après l’expulsion de ceux-ci, les Pères Blancs de Notre-Dame d’Afrique avaient créé quelques écoles, principalement dans la Kabylie. Les choses en étaient là, et, par ces écoles si peu nombreuses, nous n’instruisions dans toute l’Algérie (jue 3 172 élèves musulmans, c’est-à-dire 1 par cent indigènes, lorsque M. Ferry arriva au ministère de l’Instruction publique. En 1881, il ordonna la construction de quatre écoles modèles dans la Grande-Kabylie : ce furent celles de Beni-Yenni, de Tizi-Rached, de Üjemad- Sahridj et de Mira. Puis le décret du 15 février 1883 a tracé un
L ALGÉRIE
dOS
plan frensoni])le ; la loi du 19 juillet 1<S89 a établi nettement les obligations des communes et de l’Etat. L’idée maîtresse de l’organisation nouvelle, déjà ancienne d’ailleurs, est celle-ci : fonder de petite,'^ écoles disséminées dans les tribus et confiées à des maîtres indigènes ; les grouper autour d’écoles centrales dii'igées par des instituteurs français qui seraient chargés de surveiller leurs adjoints. Une difficulté s’opposait à l’exécution de ce projet ; le manque de maîtres. Des cours normaux indigènes ont été institués en 1883, dans les écoles normales d’Alger et Gonstantine. De 1881 à 1891, le nombre des écoles spécialement réservées aux indigènes s’est élevé aune centaine. C’est dans les communes mixtes de Fort-National, Djurdjura, Guergours, que les administrateurs civils ont montré le plus de zèle, et dans la division d’Alger que l’autorité militaire a fait le plus d’efforts. Un progrès, encore qu’assez lent, s’est manifesté : en 1882, nous n’instruisions que 3172 élèves indigènes; le nombre s’en est élevé à 7 341 en 188G, à 9 064 en 1887, à 10 415 en 1889, à 10581 en 1890-1891. C’est encore insuffisant, car le nombre des enfants musulmans d’àge scolaire est d’au moins 400 000. Nous n’instruisons pas encore 0,33 pour cent de la population indigène, tandis que la proportion est de 14 pour cent en France et de 18 pour cent dans la population européenne de l’Algérie.
Sur certains points, des écoles manuelles d’apprentissage pour le travail du fer et du bois, pour l’agriculture et l’horticulture, ont été adjointes aux écoles primaires. Evitant de recourir aux mesures coercitives prévues par la loi de l’obligation, on espère amener les enfants indigènes à fréquenter l’école, en leur distribuant des primes d’encouragement, telles que vêtements, chaussures, coiffures, bons points remboursables en argent, livrets de caisse d’épargne. Ainsi commence la conquête morale de l’Algérie, trente ans après l’achèvement de la conquête matérielle. Une campagne si heureusement entreprise menaçait de s’arrêter tout à coup devant le manque de fonds. L’enseignement des indigènes n’était inscrit aux budgets de 1881 à 1887 que pour la somme dérisoire de 45 000 francs. En 1887, il a été porté à 219 000 francs. C’était encore insuffisant l’Etat ne pouvait, pour sa quote-part, contribuer aux dépenses de fondation des écoles proposées par les communes. Enfin, par l’accord de M. Bourgeois, ministre de l’Instruction publique, et de M. Burdeau, rapporteur du budget, le crédit a été porté à 400 000 francs pour le budget de 1892 L V Alliance française,
i. Consulter : P. Foncin, L’Inslrvclion des indigènes en Algérie. Paris, Chamerol, 1888. — A. Rambaud, L'Enseignement primaire chez les musul-
association nationale pour la propagation de la langue française dans les colonies et à l’étranger (2, rue Saint-Simon, à Paris) a rendu aussi des services. Ses comités d’Oran, d’Alger, de Médéa, etc., se sont mis à l’œuvre. Elle a entrepris une agitation en faveur de l’enseignement des indigènes, et, bien qu’elle ne dispose pas encore de ressources considérables, elle est décidée à en consacrer une bonne partie à l’Algérie.
Il serait prématuré, sauf peut-être en Kabylie, de vouloir instruire les jeunes filles indigènes. Quelques écoles de filles, comme celles de Bougie, Constantine, Chellala (commune de Boghar), Nédroma, celle des Sœurs de N.-D. d’Afrique chez les Beni-Ouadhia, l’orphelinat de Thaddert-ou-Fella, l’école mixte d’Aït-IIichem (ces trois derniers établissements dans la Grande-Kabylie), ont pourtant donné des résultats satisfaisants. Nous avons vu que le nombre des jeunes filles musulmanes instruites par nous est de près d’un millier.