Voyez, ci-dessus, page
les lingots d'or et d’argent, les pierres meulières, les instruments et machines agricoles importés par des propriétaires, les animaux et bestiaux destinés à l’amélioration des races, sont exempts de tous droits.
Coucliiisioii t nveiiii* de la colonie. — Comme on le voit, les ressources de la Tunisie sont considérables, et elles commencent à être méthodiquement exploitées. Dans cette première période, qui est, pour la plupart des colonies nouvellement créées, une période de troubles militaires, de confusion administrative, de grosses dépenses pour la mère patrie, on a vu doubler les revenus de la Régence. Les côtes ont été éclairées, les forêts aménagées ; des routes, bientôt des chemins de fer relieront d’ici à peu de temps les principales villes de la Régence ; des travaux pour les plus importantes ont déjà été mis en adjudication; 212 kilomètres de voies ferrées ont été construits ; les deux grands ports de Tunis et de Rizerte sont achevés. Sur les principaux points, des écoles où les jeunes Arabes apprennent le français, et le font avec un zèle qui a dépassé toute attente, ont été ouvertes. Des tribunaux ont été institués, le régime de la propriété foncière a été réglé. La dette a été unifiée; toute l’administration financière a été réformée d’après les principes européens, les impôts ont été réduits, et, malgré ces réductions et des réformes si nombreuses, il a été possible de mettre à la charge du pays les frais de tous ces nouveaux services organisés à la française et de tous les travaux publics.
Nous ne croyons pas que la France, ni aucune autre puissance, ait fait, dans ce siècle, une conquête aussi facile et aussi fructueuse. Notre pays honorera le souvenir de ceux qui y ont le plus contribué, M. Waddington qui l’a préparée dès l’époque du congrès de Rerlin, M. Barthélemy Saint-Hilaire qui en a décidé l’exécution, M. Jules Ferry qui a éloquemment défendu l’entreprise sans se laisser abattre par la calomnie, M. Roustan, le diplomate courageux dont le rôle a été retracé plus haut, M. Cambon enfin qui a fait entrer la Tunisie dans la voie des réformes.
Jacques Tissot.
Al.FRED RAMBAUD, LA
LE SENEGAL
F*AFtTIB HISTORIQUE
•lusqti’à l’arrivée «le Faitllierbe. Les Français, depuis le xiv® siècle, ont des établissements sur le lleuv.e Sénégal.
Jusqu’en 1758, ces établissements furent la propriété des compagnies privilégiées. Leur principal commerce était la traite des noirs. Ils furent prospères sous le gouvernement d’André Brüe.
De 1758 à 1779, le Sénégal resta entre les mains des Anglais. A partir de cette époque la colonie fut administrée par des gouverneurs nommés par le roi.
En 1809, le Sénégal tomba de nouveau au pouvoir des Anglais. En 1817, il fut rendu à la France. La Méduse portait
1. La majeure partie du travail actuel a été rédigée dans les premières éditions par M. le colonel Archinard (alors commandant).
Depuis lors il a passé trois années au Soudan en qualité de commandant supérieur; il y a conquis le grade de colonel par les trois brillantes campagnes qui seront exposées plus loin; après une année remplie par la campagne de M. le colonel Humbert, M. Archinard est reparti au Soudan pour y reprendre le commandement, qu’il a exercé Jusqu’à ce que le régime civil ait remplacé le régime militaire dans notre nouvelle colonie et que le lieutenant-colonel Bonnier, commandant supérieur intérimaire, ail eu pour successeur M. Grodet, gouverneur de l" classe. Nous avons procédé à la révision de ce chapitre en nous aidant dè
les fonctionnaires et les troupes qui allaient reprendre le Sénégal des mains des Anglais.
De 1817 à 1854, notre situation politique et commerciale fut loin d’être brillante, et il faut l’attribuer, en grande partie, au manque de suite dans la direction des affaires ; en effet, pendant ces trente-quatre années, trente et un gouverneurs ou chefs intérimaires se succédèrent à la tête de la colonie. Tout fut tenté sans être poursuivi et, par conséquent, rien ne fut réalisé.
Nos seuls établissements étaient alors ; l’îlot de Gorée, la ville de Saint-Louis, les trois postes de Richard-Toll, Dagaua et Bakel sur le Sénégal, et celui de Sedhiou sur la Gazamance.
De 185-4 date une ère nouvelle pour la colonie. A la suite de pétitions réitérées que les commerçants de Bordeaux et du
tous les documents possibles, y compris les rapports Archinard, et à la suite d’entretiens avec des chefs militaires et administrateurs de notre Soudan.
Ouvrages à consulter: Le P. Labat, Nouvelle relation de l’Afrique occidentale, 1729. — Berlioux, André B rüe et les origines de la colonie française du Sénégal. — René Caillé. Voyage à Tombouctou, 2 vol., 1839. — Barlh, Voyages et découvertes en Afrigitc (édition française), 4 vol., 1863. — Notice sur la colonie du Sénégal, parM. L. Faidherbe, colonel du génie, 1839.
— L. Faidherbe, Avenir du Sahara et du Soudan, 1863. — Mage et Quintin. Voyage à Segou, 1867. — Le capitaine Piétrî, Les Français au Niger, 1880.
— Les Français au Sénégal, notice historique par M. Ancelle, capitaine du génie, 1883. — Sénégal et Niger, la France dans l’Afrique occidentale, 1879-1883, publication du ministère de la Marine, Paris, Challamel, 1884. — Lebrun-Renaud, Les possessions françaises dans l’Afrique occidentale, 1885. — Annales sénégalaises de 1834 et 1883 (par le général Faidherbe). — Notices coloniales, publiées à l’occasion de l’Exposition d’Anvers, par le ministère de la Marine, Paris, 1883, et Notices coloniales illustrées, publiées par les Colonies, 1890. — Le capitaine Ancelle, Les explorations au Sénégal et dans tes contrées voisines depuis l’antiquité jusqu’à nous, 1886. — Le commandant Bois, Sénégal et Soudan, travaux publics et chemins de fer, 1886. — De Lanessan, L’expansion coloniale de la France, 1886. — Bayol, Voyage en Sénégambie, 1888. — Paul Solcillet, Voyage à Ségou, 1888. — Colonel Frey, Campagne dans le Haut- Sénégal et le Haut-Niger, 1888. — Le général Faidherbe, Le Sénégal, la France dans l’Afrique occidentale, 1889. — Le capitaine Péroz, Au Soudan français, 1889. — Le commandant Gallieni, Mission d’exploration du Haut- Niger, l’Ion, 1883, et Deux campagnes au Soudan français (1886-1888), 1891.
— Le lieutenant Caron, Voyage de la canonnière le Niger. — Le capitaine Binger, Du Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, 2 vol., 1892. — Le colonel Archinard, Le Soudan français en 1889, 1890 et 1891; Rapport sur la campagne de 1890-1891. Imprimerie des journaux officiels, 1891. — Le lieutenant de vaisseau Jaime, De Koulikoro à Tombouctou, 1891. — Alfred Rambaud, Sénégal et Soudan français (Revue des Deux-Mondes, l®"" oct, 1885) et Campagnes de 1890 et 1891 au Soudan, {Revue Bleue, 4 et 11 octobre 1890, 26 décembre 1891, 9 janvier 1892).
Sénégal avaient adressées au gouvernement, le ministre de la Marine élabora un programme de réformes énergiques à introduire dans la colonie.
Gouverucment de Faidherbe. — L’exécution de ce programme fut confiée au commandant du génie Faidherbe, nommé gouverneur du Sénégal et dépendances, le 16 décembre 1834, sur les désirs exprimés par les commerçants de la colonie. La grande connaissance des affaires coloniales qu’il avait acquise par de sérieuses études et par un séjour prolongé en Algérie, à la Guadeloupe, au Sénégal même, où il venait de se distinguer dans de récentes expéditions, le désignait pour ce poste difficile. Il y resta, sauf une interruption, jusqu’en 1865.
Le nouveau gouverneur s’imposa comme première tâche de délivrer les environs de Saint-Louis de la présence des Maures de la rive droite, qui venaient piller les villages et les caravanes jusqu’aux portes mêmes du chef-lieu, et qui tenaient sous la terreur les petits Etats noirs de la rive gauche.
Pendant trois ans et demi, il leur fit une guerre acharnée sans repos ni trêve. En quelque saison que ce fût, presque chaque mois, une colonne expéditionnaire, laplupart du temps conduite par le gouverneur, partait de Saint-Louis ou des postes du fleuve. Il chassa les Maures du Oualo, du Gayor et du Djolof.
Par une surveillance incessante, par la construction de postes fortifiés le long du fleuve, il les cantonna sur la rive droite. Bientôt même il allait les combattre en plein Sahara, sur leur propre territoire.
En 1838, les Maures, battus dans toutes les rencontres, épuisés, ruinés, déposèrent les armes et conclurent avec la France des traités qu’ils ont toujours respectés. Ils renoncèrent à toutes les coutumes qu’ils exigeaient de nos négociants, sauf un droit à percevoir sur les gommes originaires de leur pays, et cette perception, comme le trafic même de ces gommes, ne pouvait se faire que dans quelques-uns de nos postes fortifiés. Après trente-quatre ans d’une paix profonde, ces conditions ont pu être modifiées ; d’une part, le trafic peut se faire partout où il plaira aux Français ; d’autre part, les droits à percevoir sur les gommes ont été convertis en un abonnement, somme fixe, sorte de pension annuelle, que les chefs des postes militaires versent par quartiers aux rois des tribus maures, si bien que nos négociants n’ont plus aucun rapport avec ceux-ci.
Pendant que ces glorieuses expéditions assuraient notre
domination dans le bas fleuve, un marabout toucouleur, originaire du Fouta sénégalais, El Iladj Omar, c’est-à-dire Omar le Pèlerin, que les indigènes appellent Alagiii, à son retour de la Mecque, chercha à soulever contre nous le Fouta, le Boundou et le Khasso, afin d’isoler les postes du fleuve du chef-lieu de la colonie.
Le gouverneur, pour renforcer notre occupation dans le haut fleuve, construisit le poste àe Médine (1855), qui fut bientôt attaqué par El Iladj Omar à la tète d’une armée de 20 000 hommes aguerris, fanatisés, enhardis par leurs succès contre les noirs.
Le commandant du poste, le mulâtre Paul IIoll, homme énergique et intelligent, sut avec sa petite garnison composée de 8 soldats blancs et 40 noirs, résister pendant quatre-vingtdix-sept jours à tous les assauts et toutes les attaques des Toucouleurs, jusqu’au moment où le gouverneur Faidherbe, accouru à son secours, après avoir dompté les rapides du Sénégal en surchaulfant les chaudières de ses bateaux à vapeur, eut'infligé une sanglante défaite à l’armée du prophète (1857).
Quelque temps après El Hadj Omar, renonçant définitivement à la lutte contre les Français, s’enfonça dans l’est et alla conquérir le royaume de Ségou, le Kaarta et d’autres Etats de religion fétichiste et de race mandingue. Il y périt en 1865 ; assiégé dans Hamdallahi par les Bambaras insurgés, il s’assit sur un baril de poudre et l’un de ses derniers fidèles y mit le feu.
C’est le général Faidherbe qui a soumis au protectorat le Diniar, le Toro, le Damga, le royaume de Saloum, la Casamance et la Mellacorée. Il transforme en pays annexés les territoires des villages de Dagana, Bakel, Sénoudébou, N’Diaga, Gaé, Refo, Bokol et divers enclaves des environs de Saint-Louis.
Outre Médine, il construisit les nouveaux postes de Matani dans le Damga, de Saldé, pour surveiller à la fois le pays des Maures et le Fouta central, et de Joui, dans le Sine. A la suite des troubles causés par Laot-Dior, le protectorat fut plus solidement établi sur le Caijor, dont le damel (roi) dut céder le N'Diamhour et le Merinaguen et s’engager à protéger la construction du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis.
En 1859, l’état politique des contrées avoisinant le Sénégal était relativement tranquille, et le gouverneur put faire explorer les régions encore inconnues du Soudan occidental et du Sahara.
llouvemeut (l’cxitauisiou vers l’est. — Les principales explorations dans le Soudan avaient été jusqu’alors celles
de Compagnon (1762), de Rubault (1786), de l’Écossais Mungo- Park (1795 et 1805), de Rtollien (1818), de Beaufort (1824-1825), de l’Anglais Laing (1826), de l’Écossais Glapperton (1827), de René Caillé, le premier des Européens qui ait réussi à pénétrer dans Tombouctou (1828), de Raffenel (1846), de l’Allemand Barth (1849-1854), de Mage (pour la première fois, 1860), du sous-lieutenant indigène Alioun-Sal (1860), de Paul Soleillet (1878-1879).
En 1860, le sous-lieutenant Lambert parcourut tout le Fouta-Djallon et y passa des traités (son œuvre fut reprise plus tard par le D'' Bayol). En 1864, Mage et le Dr Quintin se rendirent à Ségou, auprès du sultan Ahmadou, fds d’El-Hadj. Voici les instructions que le gouverneur donna au lieutenant de vaisseau Mage et qui formulent, avec une netteté remarquable, le programme de l’expansion vers l’est : « Votre mission consiste à explorer la ligne qui joint nos établissements du haut Sénégal avec le haut Niger et spécialement avec Bammako, qui paraît le point le plus rapproché en aval duquel le Niger ne présente peut-être plus d’obstacles sérieux à la navigation. » Le gouverneur, précisant davantage sa pensée, indiquait pour l’avenir l’établissement d’une ligne de postes, espacés de trente lieues en trente lieues.
Pendant les onze années qui suivirent, de 4865 à 1876, les projets d’expansion vers le Niger furent abandonnés. Durant cette période, les gouverneurs eurent à lutter contre de nouveaux prophètes ; des territoires furent annexés à la colonie ; des postes intermédiaires construits sur les rives du fleuve ou dans le Cayor ; quelques comptoirs créés dans les Rivières du Sud ; mais notre influence ne s’étendit pas au delà des limites conquises pendant la période précédente.
Én 1876, le colonel Brière de l’Isle, de l’infanterie de marine, fut nommé gouverneur du Sénégal, et sous lui et ses successeurs nous assistons à une vigoureuse reprise du mouvement en avant.
En 1878, un acte de vigueur avait rétabli notre autorité, fort compromise dans le haut fleuve par une longue période d’inaction. Le village de Sabouciré, à quelques kilomètres en amont de Médine, était peuplé de Toucouleurs obéissant aux ordres du sultan de Ségou ; ils arrêtaient nos caravanes et étaient en hostilité avec nos alliés. Le village fut pris d’assaut et les défenseurs en furent chassés.
En 1879, le gouvernement, entraîné par le courant d’opinion qui, dans le pays et les deux Chambres, se manifestait en
LA FUANCE COLONIALE
faveur d’une politique colonisatrice active, ordonna de faire .procéder aux travaux préliminaires nécessaires à la marche vers le Niger. Cette marche elle-même ne devait être d’abord qu’une expédition d’études en vue de l’établissement d’un chemin de fer destiné à unir le Sénégal au Niger.
Cette même année, le fort de Bafoulabé fut fondé, à la grande joie des Malinkés, qui attendaient notre installation dans le pays avec impatience, comptant que nous leur apporterions la paix et la sécurité.
Une mission, composée de M. Gallieni, capitaine d’infanterie de marine, des lieutenants Vallière etPiétri et des docteurs Tautain et Bayol, fut envoyée à Ahmadou, tils et successeur d’El-IIadj-Omar, pour lui affirmer le caractère pacifique de .notre mission, et obtenir de lui les concessions nécessaires pour l’exécution du projet de pénétration vers le Niger (fin de 1879). En chemin, M. Gallieni fut attaqué près de Dio, par deux mille Bambaras et perdit dix-sept hommes et tout son convoi (11 mai 1880). Un ordre du sultan l’arrêta à Nango : il ne put ni arriver à Ségou, ni voir Ahmadou ; il fut retenu pendant près d’une année dans une sorte de captivité. Puis, à la nouvelle des nouveaux succès des Français, le sultan s’effraj^a, signa un traité dont le texte français (le texte arabe n’en disait rien) reconnaissait le protectorat de la France sur le haut Niger (10 mars 1881), et rendit la liberté à la mission.
La même'année (1881), des traités conclus par le docteur Bayol ont placé sous notre protection une partie du Fouta- Djalon.
lies trois campagnes du colonel Borjs;nis-Des-
liordes (1880-1883). — Dans l’intervalle, le lieutenant-colonel Borgnis-Desbordes, de l’artillerie de marine, prenait le commandement d’une colonne expéditionnaire chargée de l’établissement d’un poste fortifié à Kita.
B serait bien long de raconter toutes les difficultés qu’il fallut. vaincre pendant cette première campagne, 1880-1881, de pénétration vers le Niger. Le vote tardif des crédits, la baisse prématurée des eaux du fleuve, les maladies, l’insuffisance de moyens de transport, faillirent plusieurs fois compromettre le succès de l’entreprise On vint à bout de tout cependant, et au mois de mai, quand la colonne expéditionnaire reprit la route de Saint-Louis, elle laissait à Kita un nouveau fort en état de résister à toutes les attaques et une petite garnison fargemenl approvisionnée en vivres et en munitions.
Au mois de février, le commandant de la colonne avait dù interrompre les travaux pour détruire dans le voisinage de Kita un important village fortifié, Goiibanko, colonie de pillards, qui tenait toute la contrée sous la terreur et qui n’avait répondu que par des défis à toutes nos tentatives de conciliation (11 février 1881).
La seconde campagne, 1881-1882, s’ouvrit encore dans des conditions difficiles, à cause de la terrible épidémie de fièvre jaune qui sévit à Saint-Louis.
Durant les mois de novembre et décembre 1881, la colonne expéditionnaire séjourna à Kayes, où elle coopéra activement <à la construction de locaux d’habitation, d’écuries et de magasins pour les vivres et le matériel. On construisit à Badombé un fortin pour jalonner la route de Bafoulabé à Kita. La construction des postes de Kita et Bafoulabé fut continuée et presque achevée, mais on n’essaya pas d’aller s’installer définitivement au delà de Kita.
Pour rassurer les populations amies que notre immobilité inquiétait, pour intimider les Toucouleurs mal disposés, et particulièrement ceux de Mourgoula, le commandant supérieur du haut fleuve fit une reconnaissance armée au delà du Niger.
Elle était d’ailleurs rendue nécessaire par l’attitude de Samory, l’almamy du Ouassoulou, qui assiégeait alors Kéniéra et menaçait de nous fermer la vallée du Bakoy. De plus il avait maltraité et emprisonné un officier indigène que lui avait envoyé le commandant de Kita pour lui demander de ne pas détruire Kéniéra.
Samory, surpris auprès de Kéniéra, prit la fuite, mais malheureusement nous arrivions trop tard, car Kéniéra avait déjà été pris et pillé et ses habitants massacrés.
Cette deuxième campagne avait eu pour résultats militaires d’affermir notre protectorat de Bafoulabé à Kita, de nous assurer l’amitié du pays de Gangaran que la colonne avait traversé en se rendant à Kita, de faire subir un temps d’arrêt aux progrès de Samory et de rassurer les populations du Manding et de Niagassola.
Enfin, pendant la troisième campagne, 1882-1883, le colonel Borgnis-Desbordes devait terminer l’œuvre qu’il s’était engagé à mener à bien. Le 16 décembre, la colonne atteignait Kita; le 22, elle était devant Mourgoula, dont les chefs, Toucouleurs, ministres d’Ahmadou, n’avaient cessé de nous être sourdement hostiles. Le colonel les mit en demeure de quitter le pays, ce qu’ils firent aussitôt. N’ayant plus rien à craindre de ce côté
sur les derrières de la colonne, il revint à Kita pour prendre la route qui mène à Bammako par le Fouladougou et le Bélédougou.
Les habitants de ce dernier pays, qui s’étaient rendus coupables du pillage de la mission Galliéni, résolurent de nous barrer le passage. Il fallut prendre d’assaut le grand village de Daba (16 janvier), dont les défenseurs combattirent avec courage. Sa destruction amena la soumission de tout le pays et le 1®^ février, nous arrivions à Bammako, sur les bords du Niger.
Les travaux du fort de Bammako commencèrent immédiatement, mais bientôt il fallut faire face à un nouvel ennemi.
Samory avait décidé de se rendre maître de Bammako. Notre arrivée dans ce pays, en assurant l’indépendance de ses habitants, renversait les desseins du prophète. Il envoya contre nous son frère Fabou-Ibrahima. Nos convois furent attaqués, notre ligne de ravitaillement coupée. Il fallut se battre, le 2 et le 12 avril, au marigot de Oueyako, dans les environs mêmes de Bammako.
Enfin, du 12 au 24 avril, Fabou, vaincu, fut poursuivi jusqu’à Bankownana, et quand la colonne se remit en marche pour Kita, elle laissa la garnison de Bammako solidement installée et débarrassée de ses dangereux voisins.
Pendant ces trois années, non seulement on avait édifié les postes de Bafoulabé, Badombé, Kita et Bammako, mais on avait travaillé à une route carrossable reliant tous ces postes et établi une ligne télégraphique de Kayes à Bammako.
Le chemin de fer qui devait relier Kayes à Bafoulabé, premier tronçon du chemin de fer qui doit relier le Sénégal au Niger, avait été entrepris. Sa construction jusqu’à ce jour a rencontré bien des difficultés provenant des hommes et des choses. Les travaux n’ont pas marché pendant les premières campagnes aussi rapidement qu’on l’avait pensé tout d’abord. Ce n’est qu’en 1883-1884 que les chantiers, définitivement constitués et en pleine activité, ont pu produire 35 kilomètres de voie complètement terminée et pousser la plate-forme jusqu’au kilomètre 110, c’est-à-dire tout près de Bafoulabé. C’est alors, en décembre 1883, que la Chambre des députés, contrairement aux votes émis précédemment, contrairement à l’avis du Sénat, a cru devoir arrêter la construction de la voie. Et cependant il est nécessaire, il est indispensable d’avoir, de Kayes à Bammako, une voie permettant en toutes saisons des communications rapides entre ces deux points.
liCS) campaQ:ues du licutenant-coloucl Boilcv<' et du conimaudaut Comhes (1883-1885). — Les années 1884 et 1885 furent employées à continuer sur le haut Niger l’œuvre commencée.
En 1884, Ahmadou s’était établi à Nyamina ou Yaniina, une ville de la rive gauche du Niger, laissant le gouvernement de sa capitale à son fils Madani. Bientôt il se retira dans le Ivaarta.
Le 19 octobre 1884, le capitaine Uelanneau, descendant le Niger, décida les gens de Nyamina à chasser la garnison d’Ahmadou et à reconnaître notre protectorat. Nous nous rapprochions de Ségou.
Le commandant Combes conclut un traité de protectorat avec le Bouré, une des régions aurifères du Soudan occidental.
Le poste de Koundou, entre Kita et Bammako, fut construit par M. Boilève; des ponts permanents furent jetés sur quelques-uns des principaux cours d’eau qui barrent notre route; une canonnière démontable en fer fut transportée sur le Niger.
Le poste de Niagassola fut construit par le commandant Combes pour tâcher de disputer à Samory les pays de la rive gauche du Niger et couvrir Kita contre ses entreprises. Samory fut battu, le 2:2 juin 1885, par le commandant Combes.
En 1884, un envoyé de Tombouctou, El-Hadj-Abd-el-Kader, traversa nos possessions du Soudan et du Sénégal, s’embarqua sur un paquebot des Messageries maritimes. Après une traversée d’hiver très pénible, il arriva en France et, le l®'' janvier 1885, fut présenté au Président de la République. Il affirmait l’intention qu’avaient ses concitoyens d’entrer en rapports d’amitié et de commerce avec nous et même d’accepter le protectorat. Cette mission n’eut pas de résultat appréciable, car Tombouctou est toujours divisé entre plusieurs partis.
Lia campagrne du colonel Frey (1885-1886). — Au mois de janvier 1886, Samory s’opposait encore, avec plusieurs milliers d’hommes, retranchés à Sitacoto, entre Kita et Mourgoula, au ravitaillement du poste de Niagassola par la colonne du lieutenant-colonel Frey. Son armée fut mise en déroute au marigot de Fatako-Djingo et, prise de panique, s’enfuit vers le sud-est, sur les bords du Niger. Il demanda à signer un traité avec nous, et le capitaine indigène Mahmadou-Racine, en rapportant le traité, ramena comme gage de paix Karamokho, l’un des fils de l’almamy.
Dans le Kaarta, Ahmadou, vainqueur de son frère Montaga,
Li FRANC!'] COLONIALE
qui s’était fait sauter dans Nioro, sa capitale, pour ne pas se rendre, cherchait à nous créer de nouveaux embarras et défendait aux populations de nous vendre leur bétail; mais il n’osait risquer une guerre contre nous.
Plus près de Saint-Louis, un nouveau prophète, le marabout sarakollé Mahmadou-Lamine, put envahir le Boundou, essaya d’enlever Sénoudébou, surprit à Konguel une compagnie de tirailleurs et lui tua dix hommes, ravagea le village de Bakel ; malgré deux attaques furieuses, il échoua contre le fort (3 et 4 avril 1886). Ses bandes se dispersèrent devant la colonne Frey.
deux campagues du colonel Ciallieni (1886- 1888) ‘. — Le colonel Gallieni, en prenant le commandement, eut, comme il le raconte, « à se préoccuper des relations qu’il voulait entamer avec les deux grands chefs du Soudan, Ahmadou et Samory ». De plus il avait à combattre, au sud du fleuve Sénégal, le prophète Mahmadou-Lamine et son fils Soybou. En réalité, les deux campagnes furent tout entières dirigées contre cet agitateur. Dans la première, ses bandes furent battues en plusieurs rencontres, notamment à Soutouta, Saroiidian , Kaguihé; sa place forte de Diana fut occupée sans combat et dixsept de ses femmes, tombées entre nos mains, furent mariées à dix-sept de nos tirailleurs sénégalais ; son fils Soybou fut pass(‘ par les armes; les débris de ses bandes furent rejetés sur la Gambie ; les tribus qu’il avait soulevées firent une soumission complète. Elles reconnurent le protectorat français. Dans la seconde campagne, le prophète fut cerné dans le village de Toubakouta, au nord du fleuve Gambie, à la limite des possessions britanniques. Il s’y était entouré d’ouvrages relativement formidables : quatre enceintes en palissades ou en murailles crénelées, plus une ceinture de forts détachés. Mais à l’approche de la colonne française, il sortit de la place, qui fut bombardée, battue en brèche et enlevée d’assaut. Il reprit sa vie de fuyard infatigable, tantôt recueilli dans les villages des noirs, tantôt repoussé par eux à coups de fusil. Près de celui de N’Goga- Soukota il fut attaqué avec fureur par notre allié, Moussa- Molo, roi du Fouladougou. Dans ce combat, où succombèrent ses derniers fidèles, il fut blessé à mort. Chargé sur une civière, il expira en chemin. Sa tête fut apportée au colonel Gallieni,
Le résultat de cette campagne fut l’extension du protectorat
1. Ici cesse, pour la partie historique, le travail rédigé par M. Archinard. Nous l’avons continué surtout avec les livres et rapports des divers commandants supérieurs du Soudan ou les récits des explorateurs.
LE SÉM'GAL ET LE SOUDAN FUANÇAIS 2 la
français sur toutes les tribus du sud, au delà du noimdou, jusqu’à la Gambie anglaise. Leurs chefs, réunis à Toubakouta , signèrent les traités de protectorat le 14 décembre. « Le Soudan français rejoignait ainsi nos possessions de laCazamance et du Saloum sur l’Atlantique, en même temps que s’ouvraient de plus en plus devant nous les routes du Fouta-Djallon. »
Avec Ahmadou, M. Gallieni prit sa revanche de sa longue captivité à Nango (1880) en faisant signer à Gouri par les ambassadeurs du sultan le traité du 12 mai 1887 qui confirmait et précisait le traité de 1881 : Ahmadou dut reconnaître formellement le protectorat de la France sur ses Etats présents et à venir, ainsi que la liberté de notre navigation et de notre commerce sur le Niger.
A Samory le colonel dépêchait l’énergique capitaine Péroz. Celui-ci, avec une escorte de trente fusils et le prince royal Karamokho, revenu de Paris, se rendit à Bissandougou, capitale de l’almamy. Les discussions, à propos du protectorat français, furent si vives que le capitaine, froissé d’un mot mal sonnant, se décida, malgré le formidable appareil militaire dont s’entourait Samory, à frapper un coup de vigueur. Il paraît devant l’almamy avec ses deux officiers, un spahi portant un pavillon tricolore, quatre autres spahis le sabre au poing. Il lui dicte les termes du traité « que le roi des Français ’ a ordonné de lui faire signer » ; et lui déclare que s’il se permet encore une parole injurieuse, le capitaine déchirera le drapeau, en brisera la hampe, en jettera les débris à ses pieds et qu’alors ce sera entre la France et lui une guerre sans merci. Les sofas - agitaient leurs armes et menaçaient de faire à la mission un mauvais parti ; mais Samory, intimidé, signait, huit jours après, le traité du 25 mars 1887 : il nous cédait les territoires de la rive gauche du Niger, jusqu’au confluent avec le Tinkisso, et reconnaissait le protectorat français sur le reste de ses Etats. Sur ce territoire s’éleva bientôt la forteresse française de Siguiri.
Le troisième objectif du colonel Gallieni, ce fut le Fouta- Djallon, région montagneuse aux sources du Bafmg, sorte d’IIelvétie du Soudan, d’une superficie d’environ 66 000 kilo-