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Le roi des Français était alors M. Grévy

2. Le sofa (le mot veut dire « père du cheval », palefrenier ou cavalier) est le soldat d’élite qui porte le pantalon. Au-dessous est le konronsitigui, qui n’est soldat que momentanément, et le bdakoro, qui n’a que, le bila ou pagne, et qui, recruté parmi les jeunes prisonniers de guerre peut devenir un jour sofa. — Dans l’armée d’Ahmadou il y a aussi des sofas et, en outre, des tnhéés (peut-être de laleb, savant, disciple;.

mètres avec quelque 600 000 habitants II forme une collection de petits États plus ou moins confédérés entre eux. A la tète de chacun sont des almamys. Les plus importants de ces chefs résident à Timbo ou dans les villages de Sokotala, Fohé-Hadji, Sokotoro, Fougoumba, etc. Pendant deux ans le colonel Gallieni tit parcourir le pays soit par des missions diplomatiques, soit par des détachements en armes, obtenant des chefs de nouveaux traités de protectorat, les rappelant à l’exécution de celui de 4881. Dans ces missions se distinguèrent le lieutenant Plat, le capitaine Audéoud, qu’escortait toute une compagnie de tirailleurs, le capitaine Le Ghatelier, aussi connu dans le Soudan oriental que dans le Sahara d’Algérie, le capitaine Quiquandon, les lieutenants Levasseur et Reichenberg, le docteur Tautain, le docteur Fras. Celui-ci fit signer un nouveau traité de protectorat sur le Fouta-Djallon, à Fougoumba, le 30 mars 1888. A la fin de la même année le protectorat français fut également établi sur les États du roi Tiéba et du sultan Aguibou. On reconnut avec soin les régions du Boundou, du Fouladougou, de la Gambie, duDinguiray. On recueillit sur ces régions une masse de données géographiques, ethnographiques, économiques.

Le protectorat fut établi sur l’État bambara de Sokolo (à 120 kilomètres sud-ouest de Tombouctou, et sur le pays des Maures Embarek, au nord des Etats d’Ahmadou.

lies Français devant Tombouctou. — Le 1^'' juillet 4887, le commandant Caron commençait de Manambougou (en aval de Bammako), avec la canonnière le Niger, son voyage sur le grand fleuve. Il était accompagné d’El-Hadj-Abd-el-Kader, revenu de Paris au Sénégal. D’abord il faisait flotter le drapeau tricolore sous les murs de Ségou, la capitale d’Ahmadou. II reconnaissait les rives des Etats de Tidiani, neveu d’El-Hadj- Omar et roi du Macina. Arrivé à Diafarabé, le commandant lui adressait des lettres, essayait de nouer des négociations et se rendait même à Bandiagara, sa capitale ; il ne put lui faire signer un traité de protectorat et courut même quelque danger d’être retenu prisonnier. Le sultan lui avait interdit de poursuivre sur Tombouctou; naturellement on passa outre. Enfin le 16 août 1887, — date qui restera mémorable dans l’histoire de la conquête de l’Afrique, — il mouillait à Koriumé, presque en vue de Kabara, le port de Tombouctou. Depuis René Caillé en 1821, aucun Français n’avait paru dans ces régions et c’était la première fois qu’on y déployait notre pavillon.

On sut que Tombouctou était livré à l’anarchie : l’ancienne djemâa, ou assemblée des marchands, n’existe plus depuis deux ans. Rhiaïa, le chef de la ville, soutenu par les Touareg du Sahara, l’avait dissoute. Lui-même était tombé sous la dépendance de ces nomades, particulièrement des Touareg Tademket, dont le chef Liouarlish, exploitait la ville et y prélevait la dîme sur les droits de marché. Tidiani, paraît-il, avait écrit à Liouarlish que la canonnière arrivait avec de mauvaises intentions et qu’elle renfermait, dans ses soutes, des briques et de la chaux pour construire un fort à Tombouctou. Les Touareg, rassemblés sur le rivage, eurent une attitude hostile et inquiétante. Le commandant prit toutes les précautions pour éviter un guet-apens. Liouarlish fit savoir, le 23 août, qu’il ne voulait avoir aucune relation avec les blancs. D’autre part, le combustible faisait défaut. On se borna donc à relever la topographie du pays, et le 5 septembre on se retrouvait dans le lac Dhiboé, où l’on fut assailli par une violente tornade. Le 6 octobre, on était de retour au mouillage de Manambougou.

lies trois campagnes Arcitinard (1888-1891). — Le commandant Archinard, successeur du colonel Gallieni, employa sa première campagne à préparer les deux suivantes. Il enleva la forteresse toucouleure de Koundian; Koundian, avec Bafoulabé, achevait de couper toute communication entre Nioro, où se trouvait alors Ahmadou, et le Dinguiray, où commandait son frère Aguibou. Le commandant s’appliquait à ramener à nous les Bambaras du Bélédougou ; à intimider les Toucouleurs du Fouta-Djallon et du Dinguiray. Il imposait à Samory un troisième traité de cession, qui lui enlevait les territoires de la rive gauche du Niger au sud du Tankisso; sur cette nouvelle conquête on édifia le fort de Kouroussa. Enfin les canonnières le Niger et le Mage, sous le commandant Jayme, allèrent de nouveau mouiller à Koriumé, dans les eaux de Tombouctou.

Destruction de l’empire d'Abmadou. — Ahmadou, peu belliqueux de sa personne, laissait cependant ses sofas et talibés insulter nos territoires anciens ou nouveaux. Ils venaient piller jusque dans les environs de Kayes, résidence du commandant supérieur du Soudan, et jusqu’à Médine. Le commandant avertit à plusieurs reprises le sultan, lui offrant un règlement à l’amiable des litiges de frontières. Ahmadou lui fit porter une réponse qui peut se résumer ainsi : « Refus formel de parler de frontières avec les Français, qui n’étaient dans le

LA l'liANCE COLOiNIALE

pays que comme commerçants et non comme propriétaires du sol ; tout ce que nous occupions appartenait autrefois à son père et par conséquent aujourd’hui à lui; récriminations au sujet de la prise de Sabouciré en 1878, de l’occupation de Kita en 1880, de la prise de Mourgoula en 1883, du traité passé avec Nyamina en 1884, de la chute de Koundian en 1889; accusation contre Mage et Gallieni qui auraient falsifié et violé les traités. » La force seule pouvait mettre xVhmadou à la raison. D’autre part, ses bandes de Toucouleurs coupaient toutes les voies commerciales tant par terre que par le Niger; au contraire, son empire détruit, les populations indigènes et félichistes se rallieraient aisément à un gouvernement libérateur.

Le 15 février 1890, les troupes, qui occupaient le camp de Longtou sous ftlédine, se mirent en marche. Cette petite armée, qui entreprenait la conquête d’un empire, se composait de 742 combattants, dont 103 Européens, et de 574 non-combattants, dont 1 Européen. Les combattants comprenaient : 13 personnes de l’état-major, des services administratifs ou sanitaires; 30 spahis sénégalais; 20 hommes de l’infanterie de marine; 451 tirailleurs sénégalais; 135 anciens tirailleurs; des soldats d’artillerie, tant noirs que blancs, desservant un mortier de 15, 2 pièces de 95 de campagne, 2 pièces de 80 de montagne et 4 pièces de 4 de montagne. A ces troupes régulières s’adjoignaient en qualité d’auxiliaires 338 cavaliers et 728 fantassins bambaras, plus la petite armée de Mari-Diara, héritier des anciens rois de Ségou, et enfin 818 porteurs indigènes.

En suivant la rive gauche du Niger, après quarante-quatre jours de marche, on arriva le 6 avril 1890 en vue de Ségou- Sikoro, la capitale d’Ahmadou. Située sur la rive droite, elle présentait un imposant développement de murailles en pisé et de tours. En l’absence d’Ahmadou, elle était gouvernée et défendue par son fils Madani. La petite armée française ouvrit une canonnade sur les tours et les remparts; protégée par son artillerie, elle opéra le passage du fleuve. Les Somonos, ou pêcheurs, qui habitent un village voisin, vinrent informer les Français que Madani avait pris la fuite et que les portes étaient ouvertes. On s’empressa d’occuper la ville, le dionifoutou (château) d’El-IIadj-Omar, où était le Trésor, le diomfoutou d’Ahmadou et celui de son fils Madani. On captura sans résistance le harem d’Ahmadou. L’un de ses fils, âgé de douze ans, le jeune Abdoulaye, fut ensuite envoyé à Paris. On inventoria le Trésor, dont la réputation était grande dans tout le Soudan :

on y trouva en tout pour une valeur de 250000 francs en monnaies, lingots ou bijoux, plus quelques fusils rouilles et trois vieux canons.

Cette conquête eut un prodigieux retentissement parmi les populations bambaras; elle exalta celles du Markadougou et les rallia aux Français. Elle brisa le prestige des Toucouleurs, démontra l’impuissance de leur roi-prophète Ahmadou, assura la libre navigation du Niger jusqu’au Macina. Restait à organiser la conquête. Le commandant remit le pouvoir à l’héritier de l’ancienne dynastie bamhara, le famn ou roi Mari-Diara; on réserva seulement l’autonomie de Bodian, un de nos fidèles alliés, qui reçut le petit Etat de Nango. Pour les surveiller l’un et l’autre, un officier français fut installé à Ségou, à titre de résident, avec 27 hommes et 3 canons. Peu de temps après, Mari-Diara, ayant comploté, fut détrôné et remplacé par Bodian.

Le commandant marcha ensuite sur le lata d' Ouossébougou, forteresse avancée d’Ahmadou, sur les limites du Kaarta et du Bélédougou. Cette place, avec une enceinte en pisé, avait pour réduit un diomfoutou. Elle était la place d’armes et le refuge de handes pillardes qui rançonnaient le pays d’alentour. Ce fut en partie à la sollicitation des populations bamharas du Bélédougou qu’on se résolut à la détruire. Comme on avait à traverser un pays dévasté et privé d’eau, le commandant n’amena que 302 réguliers, dont seulement 27 Européens, avec 2 pièces de 80 et 30 spahis indigènes. A ce faihle effectif il faut ajouter les auxiliaires hambaras fournis par les cantons voisins, tous acharnés contre Ouosséhougou, et comprenant 1 000 cavaliers et 2 ou 3000 fantassins. Le 25 avril, à 8 heures du matin, on arriva en vue de la place. On mit les deux petits canons en batterie à 400 mètres, puis à 300. Une brèche, puis une autre sont pratiquées. Vers cinq heures, comme la journée était déjà fort avancée, on forme la colonne d’assaut : en tète les anciens tirailleurs, sous les lieutenants Levasseur et Alakamessa; puis la masse des auxiliaires hambaras; en arrière et en soutien, les tirailleurs du capitaine Launay. Le signal donné, les anciens tirailleurs se jettent sur la brèche. Les assiégés opposent une résistance désespérée; chaque maison forme comme une forteresse dans la forteresse; tous les officiers et sousofficiers européens sont tués ou blessés. Les auxiliaires bambaras hésitent, reculent, sont pris du panique; il faut faire avancer la réserve, c’est-à-dire les tirailleurs Launay. Le jour finit, et les réguliers passent la nuit sous les armes dans les positions conquises.

Au matin du 26 avril il faut recommencer le feu d’artillerie, canonner le diomfoutou et les quartiers voisins. Les réguliers ayant été fort éprouvés, la situation devenait critique, d’autant plus qu’à une faible distance on signalait la présence d’une armée de secours. Vers midi et demi, le commandant essaie d’obtenir des auxiliaires un grand effort. Il réunit leurs chefs, les harangue, leur reproche le manque de courage de la veille : « C’est pour vous que je suis venu ici, leur dit-il, pour vous seul, car Ouossébougou ne gène pas les Français. Vous m’avez dit que je n’aurais qu’un trou à faire avec nos canons et que vous passeriez tous. J’en ai fait cinquante. Les hlancs ont passé la nuit dans le village... il est à moitié détruit... Voulezvous en finir?... Tout le monde dit que les Bambaras ne reculent pas, et je le croyais. Autrement j’aurais amené cent tirailleurs de plus, et tout serait fini depuis longtemps... Je croyais que les Bambaras étaient braves et aimaient les batailles !... Cette fois-ci je vais vous laisser aller seuls; je veux savoir au juste ce que valent les Bambaras. »

La harangue produit un grand effet. Nos auxiliaires se groupent par canton ; les chefs mettent pied à terre et renvoient leurs chevaux, et c’est à qui se lancera le premier à l’assaut. Ils vont rejoindre les réguliers acharnés à la prise des maisons. Des Bamharas, les uns enfoncent la porte du diomfoutou, les autres escaladent les murs et sautent dans les cours. Le chef des assiégés, Bandiougou-Diara, un héros noir, couronne cette défense à la Saragosse en se faisant sauter avec une partie du château.

Pas un parmi les vaincus ne se rend : on en voit qui s’enferment dans leurs maisons avec leurs familles et y mettent le feu.

La prise d’Ouossébougou nous avait coûté 2 Européens tués et 8 blessés, 13 tirailleurs tués et 74 blessés. Les pertes de nos alliés furent considérables. On avait tiré 608 coups de canon et, rien que dans les troupes régulières, 24 000 coups de fusil. Fidèle à sa politique qui consistait à substituer partout les anciens chefs indigènes aux lieutenants d’Ahmadou, le commandant rendit la place à son légitime possesseur, le chef de canton du Diyna.

Les Toucouleurs n’étaient point encore abattus d’un si terrible échec. Leurs bandes harcelèrent dans sa retraite la colonne française. Le train qui la ramenait à Kayes fut attaqué à Talari, mais les soldats, sautant de wagon, leur firent payer cher cette tentative (31 mai). Le capitaine Ruault

LE Sénégal et le Soudan français

les poursuivit et leur livra, au gué de Kalé, un combat de nuit, qui leur coûta 250 hommes, dont plusieurs chefs.

Par la prise de Ségou et d’Ouossébougou, le sultan voyait ses Etats réduits au Kaarta, dont Nioro était la capitale. Pour l’y resserrer plus étroitement, le commandant résolut d’enlever, sur la frontière sud du Kaarta, la forteresse de Koniakary. Il partit de Médine avec 475 réguliers, dont seulement 22 Européens, plus les contingents des tribus intéressées à la destruction de ce repaire, au nombre de 1 300 guerriers.

En chemin, il battit les Ahmadistes au village de Fatalagui et sur les bords du Krikou. Le 16 juin, il arriva devant Koniakary ; « Cette forteresse, nous dit le commandant, aurait été difficile à prendre, même avec nos canons. » Elle fut occupée sans coup férir. Il la remit à Yamadou, roi du Khasso, dont les Etats se trouvèrent ainsi affranchis des razzias toucouleures.

Cette seconde campagne avait été brillante : Ahmadou avait perdu sa capitale, une partie de sa famille et de ses trésors, les plus vastes des provinces ; dans le Kaarta, il se trouvait resserré entre les forteresses et pays de Koundiou, Badombé, Koniakary, resserré plus étroitement encore par le soulèvement des populations bambaras et par l’hostilité ou les convoitises des Maures sahariens.

Ahmadou, que ses derniers fidèles accusaient de couardise parce qu’il n’avait paru sur aucun champ de bataille, ne savait (|ue décider. Il répétait : « S’en aller... oui... mais où aller?... » 11 réunit ses guerriers notables et leur dit : « Je ne suis plus rien ; j’ai perdu ma famille, j’ai perdu la maison de mon père... hier, j’ai défendu aux griots de continuer à chanter mes louanges et à m’appeler le Casseur de têtes. Je ne suis plus qu’un musulman comme vous. Je ferai ce que vous déciderez. »

Ils décidèrent qu’on tâcherait de reprendre Koniakary, défendu par une poignée d’hommes sous le lieutenant Valentin. Ils employèrent d’abord divers sortilèges, puis donnèrent l’assaut : il échoua. Ils furent battus un peu plus tard par le commandant Ruault au combat de Oualia (décembre 1890).

A ce moment, M. Archinard, qui était allé en France et en était revenu avec le grade de lieutenant-colonel, reprit la direction des opérations. L’objectif était la prise de Nioro. Il réunit 155 Européens, 476 réguliers du Sénégal, 422 Soudanais disciplinés à l’européenne. Les tribus du Boundou, du Khasso, du Guémou, du Logo, du Kaméra lui offraient 10000 auxiliaires. Se défiant de leurs défaillances et de leurs habitudes pillardes, il se contenta de 1 200 guerriers d’élite, sous leurs

alrnamys et leurs famas. En chemin il livra une série de combats à Niogoméra^ Korriga, etc. Ahmadou ne parut pas dans ces engagements; il n’attendit même pas les Français dans Nioro. La colonne y fît son entrée le 1®'' janvier 1891. Dans \e diomfoutou on ne trouva que 300 ou 400 francs en espèces, quelques armes ou bijoux, des fauteuils Louis XV avec des bergères de Watteau, un lit de fer et un canapé ; mais, en revanche, beaucoup de poudre et d’approvisionnements en mil, maïs, riz, arachides, fourrages. Le drapeau tricolore fut hissé sur la forteresse. Quelques combats comme celui d'Yow'i nous livrèrent 1 500 prisonniers.

Le sultan continuait à fuir : chaudement poursuivi par les spahis du lieutenant Marchand, il dut faire un détour, se jeter dans le désert, où il fut abandonné par beaucoup de ses fidèles et dépouillé de ses dernières pièces d’or. Il arriva ainsi dans le Macina, où il dut se confier à la dangereuse hospitalité de son frère Mounirou, successeur de Tidiani, mort en 1888. La destruction de l’empire musulman, fondé par El-Hadj-Omar, était à peu près complète. Le Macina seul restait.

Presque partout le pouvoir fut rendu aux héritiers des anciennes dynasties, de race bambara et de religion fétichiste. Une dynastie du Kaarta régna dans Nioro, le fama de Khasso dans Koniakary, une dynastie du Bélédougou sur Ouossébougou, notre allié Bodian sur Ségou. Comme quelques tribus à l’est du Niger refusaient de reconnaître Bodian, qu’une insurrection avait éclaté contre lui dans le canton de Baninko, il fallut de nouveau recourir à la force. Un peu plus tard, l’ancien royaume de Ségou, augmenté de quelques provinces au nord, fut divisé en deux parties : Bodian conserva le Ségou méridional; le Ségou septentrional fut érigé en un royaume autonome avec Sansanding comme capitale. Sur ce dernier on établit comme roi M. Mademba, un indigène sénégalais dévoué à la France, imbu de nos idées, parlant à merveille notre langue, ayant fait de bonnes études scientifiques, décoré de la Légion d’honneur pourses services comme employé du télégraphe et pour ses services militaires. Beaucoup des anciens sofas d’Ahmadou s’enrôlèrent avec enthousiasme dans nos troupes ou dans celles des rois nos alliés et firent ensuite bravement leur devoir contre les insurgés du Baninko et contre Samory. Les nouveaux Etats vassaux de la France restaient placés sous la surveillance de deux résidents militaires, l’un à Ségou, l’autre à Nioro.

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Pendant sa dernière campagne (1892-1893), le colonel Archinard eut de nouveau à lutter contre Ahmadou, proclamé chef du Macina. Il lui enleva Dienné, puis tout le royaume et mit à sa place à Bandiagara son frère Aguibou.

L<a. gruerre contre Samory. — Cette même année 1891, le colonel Archinard tourna ses armes contre Samory. Cet almamy, qui régnait à Bissandougou^ avait, autour du pays à'Ouassouloii, constitué un vaste empire qui confinait au Fouta-Djallon, à la colonie anglaise de Sierra-Leone, à la république nègre de Liberia, aux États de Kong et à ceux de Tiéba, roi de Kénédougou. Il régnait sur 160000 kilomètres carrés, qu’il exploitait directement, et sur 140000 kilomètres qui reconnaissaient plus ou moins son autorité. Cet empire était un État brigand, qui ne subsistait que par les razzias et les enlèvements d’esclaves dans les villages incendiés.

Les récits du capitaine Binger, qui explora cette région, expliquent comment elle était devenue presque déserte et comment la population du pays qu’occupait sérieusement Samory, était tombée de 2 millions à 280 000 âmes sur une superficie de plus de 160000 kilomètres carrés.

Samory échangeait ses captifs contre des bœufs, de l’or et de l’ivoire, avec lesquels il achetait aux Anglais de Sierra- Leone des chevaux, des armes, de la poudre. L’almamy, après tant de luttes contre nous, comprenait fort bien que notre domination et nos principes étaient incompatibles avec les siens. Trois fois, il avait signé des traités reconnaissant notre protectorat: en 1886 avec le capitaine d’infanterie de marine Tournier, en 1887 avec le capitaine Péroz, en 1889 avec le commandant Archinard ; en trois fois, il nous avait abandonné tous ses territoires de la rive gauche du Niger, où s’élevèrent successivement les forteresses françaises de Niagassola, Siguiri, Kouroussa. Il ne se résignait pas à ces pertes, laissait ses sofas enlever des captifs sur les territoires cédés, t ravaillait en 1891 à soulever et coaliser contre nous Ahmadou, \guibou et les almamys du Fouta-Djallon.

Le 30 mars 1891 le colonel Archinard se mit en marche avec 736 combattants, dont 63 Européens, refusant cette fois tout concours des contingents irréguliers. Il passa le Niger à Niantokoro et entra dans les États de Talmamy. Sa petite colonne fut accueillie en libératrice par les populations indigènes ; partout on venait au-devant d’elle avec des poules et des moû-

LA FRANCE COLONIAI.E

tons, avec des corbeilles de patates, de manioc, de dattes, de noix de kola. Il fallait hâter la marche sous un soleil déjà torride, car Samory se retirait devant nous, brûlant tout dans sa retraite et forçant les populations à le suivre. On avait assuré qu’il possédait une armée nombreuse et brave, beaucoup de fusils à tir rapide. Ceijendant, nulle part il ne tint devant la colonne, et ce que l’on ramassa sur le champ de bataille ce furent surtout des fusils à tabatière, des fusils Gras, des chassepots, des Lefaucheux, quelques-uns réparés par des forgerons indigènes. Le 7 avril, on entra dans Kankan, capitale de la plus riche province de Samory, juste à temps pour préserver cette bourgade de l’incendie. On rassura les habitants et l’on fit rentrer ceux qui avaient fui dans les bois. La poursuite continua. On livra deux combats, au Diamenko et à Kokouna (8 avril). Avant ce dernier combat, Samory avait menacé les sofas de leur faire couper le cou à tous s’ils n’étaient pas vainqueurs. Ces deux victoires nous livrèrent Bissandougou : on y entra le 9 avril. « Tout ce qu’on a dit de merveilleux sur le palais de Samory est pure affaire d’imagination. » Cette métropole fameuse n’est qu’un village de noirs. On acheva l’œuvre déjà commencée par les sofas en détruisant ce repaire, et l’on revint sur Kankan, qui devint le chef-lieu de notre nouvelle province. D’après les dires des prisonniers, si la saison, déjà fort avancée, nous avait permis d’avancer encore, la plupart des sofas de Samory l’auraient abandonné pour venir à nous.

liC sultan Agufbou et le roi Tiéba. — Pendant ces campagnes on fit une connaissance plus particulière du sultan Aguibou et du roi Tiéba.

Le premier, frère d’Ahmadou, le haïssait et le craignait. Il s’était rendu presque indépendant de lui dans sa forteresse et son petit État de Dinguiray, peuplé de 10 à 15 000 habitants. Il avait eu cependant avec son frère des relations suspectes. Quoiqu’il s’intitulât volontiers « le lion des lions, l’éléphant de guerre, le premier parmi les vaillants », il avait toujours évité de se risquer contre les Français. A peine s’il a une armée : au lieutenant Maritz, placé auprès de lui comme résident, il avait promis un contingent de 40 000 guerriers : il n’en put fournir que 200, dont la moitié déserta au sortir de la ville. Le colonel Archinard, jugeant qu’il n’était plus dangereux et qu’il pouvait encore être utile, le fit venir à Kita et lui conféra une nouvelle investiture de son royaume mais celui-ci n’en était pas moins

annexé au Soudan et le sultan n’était plus qu’un fonctionnaire français.

Tiéba, roi du Kénédoiigou, a pour capitale le village de Sikasso. Vendu comme esclave dans sa jeunesse, il a cependant trouvé moyen de créer un État de 60 000 kilomètres carrés. Il est, comme Samory, en guerre avec la plupart de ses voisins, notamment avec les États du Mossi et avec Samory lui-même. Dès le mois de mai 1890, le colonel Archinard lui avait envoyé des armes et des munitions, plus une petite armée indigène commandée par le fama Bodian, et enfin, avec une petite escorte de spahis et de tirailleurs et un canon, le capitaine Quiquandon. Celui-ci était chargé de le conseiller, au besoin de le diriger dans ses opérations militaires, en un mot d’exercer à son égard les droits et les devoirs du protectorat.

Ce prince attaqua les peuplades qui le séparaient des États de Samory. Le village de Loutana se rendit, après qu’une petite armée des gens de Kinian, envoyée à son secours, eut été battue. Celui de Koulila fit une résistance désespérée et succomba dans les horreurs d’une prise d’assaut. Le siège de Kinian, qui avait 3,200 mètres d’enceînte, 4,000 habitants, 2,000 guerriers, et que défendait le vaillant noir Kouroumina, dura du 17 octobre 1890 au 7 mars 1891. L’unique canon des Français avait, dès le début, ouvert une brèche ; mais les gens de Tiéba, au moment de la franchir, furent arrêtés par une superstition : *. Un village de roi ne se prend pas comme cela, dirent-ils; on ne sait jamais ce qu’il y a dedans; Kouroumina doit avoir de forts grigris. » Devant la brèche, ils se faisaient tuer bêtement sans se décider à marcher. Il fallut transformer le siège en blocus ; la famine dompta la résistance, mais Kouroumina et une poignée de braves réussirent à se faire jour. Le siège n’en avait pas moins coûté aux vainqueurs 162 tués et plus de 1 000 blessés : un seul Européen avait été blessé, le lieutenant Spitzer.

Le roi Tiéba est très brave de sa personne ; au siège de Loutana il a reçu sa dix-septième blessure. Sous Kinian, il pointa lui-même notre unique canon et quand le premier obus tomba au milieu du village « il eut une joie d’enfant ». Il a fait des conquêtes, cassé des villages, entassé des ruines, mais il est un peu plus humain que Samory. Quand un village est conquis, il se borne à en transplanter les habitants à Sikasso, qui a, de cette façon, atteint une population de 7 à 8 000 âmes. Il dédaigne le faste barbare des rois nègres, n’est point superstitieux et ne se charge point d’amulettes.

Son pays est relativement bien administré et prospère*.

L<a. camimg:iie du colonel Humbert (1891--1892). — Le 6 septembre et le 10 novembre 1891, les bandes de Samory s’étaient portées sur Kankan : il suffît de la petite garnison pour les disperser. Le lieutenant-colonel Humbert, le 1** janvier 1892, commençait les opérations contre Samory. Le 9, un premier combat se livrait à Sana, entre Kankan et Bissandougou, puis on battait, le 11, le prince Karamokho auprès du marigot de Sombéko et le même jour on arrivait devant la position de Diamenko, défendue par Samory en personne. Elle fut enlevée d’assaut. Le 12, on entrait à Bissandougou : l’almamy avait évacué sa capitale et s’était retiré vers le sud. Le 25, deux nouveaux combats, à la suite desquels on occupait Sanankoro et Kérouané^ à 80 kilomètres de Bissandougou.

Samory se trouvait rejeté dans les régions montagneuses du sud ; il ne lui avait servi de rien d’avoir reçu par le commerce anglais des fusils à tir rapide, que devaient suivre des canons-revolvers. Le colonel Humbert résolut de s’arrêter à Sanankoro et d’y organiser les pays conquis. Un moment il espéra surprendre Samory dans la capitale du Toiikouro^, rive gauche du Milo. La place fut enlevée d’assaut le 14 février 1892, beaucoup de sofas tués, sans autre perle pour nous que 6 tirailleurs blessés; mais Samory était encore une fois parvenu à s’enfuir. La petite armée française rentra le soir même à Kérouané, puis revint par Sanankoro et Bissandougou, battant plusieurs fois les bandes samorystes.

Après le départ de la colonne Humbert, l’almamy essaya d’inquiéter nos nouveaux postes de Sanankoro et Kérouané, commandés par le capitaine Wintenberger. 11 s’était posté à Kahiadiambara, à 40 kilomètres de Kérouané. Le capitaine résolut de l’y surprendre et de terminer la guerre par un coup de main. Le 30 mars, il fit partir de nuit 110 hommes sous les lieutenants Biétrix, Bunas et Laurent. Le village fut surpris, mais Samory put encore s’échapper, essuyant trois coups de feu. Ses sofas protégèrent sa fuite par une résistance désespérée, qui coûta la vie à Biétrix et à 1 tirailleur.

Opérations des colonels Combes et Bonnier contre

Samory (1893). — A la fin de 1892, le colonel Combes fut chargé par le colonel Archinard, alors revenu au Soudan

1. Le rapport du capitaine Quiquandon a été publié au Journal officiel, numéros du 25 au 29 septembre 1892.

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