Ici reprend le travail original de M Archinard
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Sénégal. L’avenir de Dakar — le seul port sur toute la côte occidentale d’Afrique, du Maroc au cap de Bonne-Espérance, qui mérite vraiment ce nom — est de devenir un port de ravitaillement pour tous les navires au long cours faisant route d’Europe vers le sud de l’Afrique ou de l’Amérique ou inversement. L’eau douce, captée dans les dunes, y abonde et est excellente, et quand les moyens mécaniques seront suffisants, quand les chargements et les déchargements pourront se faire avec rapidité, les bâtiments qui relâchent encore aujourd’hui à Saint-Vincent viendront à Dakar.
Rufisque, au contraire, ne sera jamais véritablement un port; mais c’est le centre commercial presque obligé pour tout le trafic du Gayor. On pourrait y amener l’eau douce de diverses sources des environs; actuellement, la ville s’alimente à une série de puits situés dans un nyaye, espèce de lac desséché où poussent des palmiers d’eau et qui touche à la ville.
lies Biwièi'cs du Sud. — Tout le long de la côte française, depuis le cap Blanc jusqu’au cap Vert, le Sénégal seul vient apporter ses eaux à la mer. C’est le plus important des neuves de la côte occidentale africaine après le Niger.
Au sud de Dakar, au contraire, en continuant à suivre le rivage, on trouve de nombreux cours d’eau, sur les bords desquels nous avons des postes ou des comptoirs.
Ce sont d’abord les postes de Joal et Portudal, sur le bord de la mer, qui, avec ceux de Pont et Thiès, un peu dans l’intérieur, servent à assurer la tranquillité chez les populations remuantes des Sérères. Puis l’embouchure du Saloiim avec le poste de Kaolak, où, en octobre 1862, le sergent Burg, avec douze soldats d’infanterie de marine, résista héroïquement à plusieurs milliers d’assaillants conduits par Maha. Le prophète du Fouta, qui cherchait à conquérir le pays, dut se retirer en laissant plus de trois cents cadavres sur le terrain.
Vers le sud, après avoir dépassé l’embouchure de la Gambie avec la ville anglaise de Sainte-Marie-de-Bathurst, on rencontre la Cazamance avec le poste français de Carabane et la jolie petite ville de Sedhiou.
Viennent ensuite les embouchures du Rio Cachao, du Rio Géba, du Rio Grande et du Rio Cassini, aux Portugais. Puis on retrouve des rivières et des établissements français :
heRio Compani;
Le Rio Nunez avec le poste de Roké;
Le Rio Pungo, avec l’établissement de Roffa;
La Mellacorée, aux rives autrefois couvertes de bois de teck, avec le poste de Benty, notre poste du Sénégal le plus au sud.
Outre les peuplades propres à ces régions, Baogs, Naloiis, Landoumas, Felonpes, Bagnouns, Balantes, on y trouve aussi des Ouolofs, Sarrakolés, Toucouleurs et Mandingues.
Par le traité du 24 décembre 1885, l’Allemagne a renoncé à ses prétentions sur le Koba et le Kabüaï, entre le Rio Nunez et la Mellacorée, en échange de Porto-Seguro et Petit-Popo sur la côte de Guinée.
Par le traité du 12 mai 1886 avec le Portugal, nous lui avons cédé le RioCassini en échange du Bio Compani, d’enclaves sur le Rio Nunez et de la reconnaissance de notre protectorat sur le Fouta-Djallon.
Par les traités du 10 août 1889 et du 26 juin 1891 avec l’Angleterre, celle-ci a obtenu des rectifications de frontières, assez désavantageuses pour nous, du côté de ses possessions de la Gambie et de Sierra-Leone. Elles nous laissent le Taniisso'.
En 1892, les Anglais de Sierra-Leone ont eu fort à faire avec les populations mandingues placées ainsi sous leur autorité. Dans une rencontre auprès de Tambi, ils eurent 5 officiers blessés, 20 hommes tués, blessés ou prisonniers. Deux canons tombèrent aux mains des insurgés. Ceux-ci s’adressèrent au gouverneur de la Guinée française, M. Ballay, lui envoyèrent les deux canons et lui demandèrent à se placer sous le protectorat de la France; mais M. Ballay dut respecter les traités de délimitation et fit rendre les canons aux gouverneurs de Sierra-Leone.
Un peu avant la rivière de Sierra-Leone, on rencontre les Scarcies, rivières anglaises dont les sources sont voisines de celles du Niger ; aussi est-ce par les Scarcies que les Anglais avaient cherché à pénétrer dans l’intérieur du pays arrosé par le grand fleuve du Soudan.
Par le décret présidentiel du 15 décembre 1891, toutes nos Bivières du Sud ont été distraites du gouvernement du Sénégal pour être rattachées, ainsi que le Fouta-Djallon, au nouveau gouvernement de Guinée française *.
La superficie des Bivières du Sud est d’environ 24000 kilomètres carrés. t
-1. On trouvera le texte des traités franco-portugais et anglo-français clans les Colonies française, notices illustrées, publiées par ordre du sous-secrétaire d’État des colonies, 1890, tome V, p. 54 et s.
2. Voir ci-dessous, Guinée française. — En ce moment (août 1892) il est question de revenir sur ce décret et de rendre les Rivières an Sénégal,
LA FllANCE COLONIALE
»u üénésal au IVig^er. — Nous autres Français, nous avons cherché aussi à pénétrer dans la boucle du Niger, pour en détourner le commerce à notre profit, pour assurer de nouveaux débouchés à notre industrie et pour continuer à nous seuls l’œuvre commencée de concert avec l’Angleterre : l’abolition de la traite des noirs et l’abolition de l’esclavage.
Plus heureux que nos voisins d’outre-Manche, nous avions à suivre une route plus praticable que celle des Scarcies ou celle de l’embouchure même du Niger.
C’est cette ligne de pénétration vers l’intérieur que nous allons rapidement faire suivre maintenant au lecteur, lui faisant traverser ainsi de l’ouest à l’est tous les pays qui, avec ceux dont nous venons de parler, forment notre colonie du Sénégal et celle du Soudan.
Pour se rendre de Dakar à Saint-Louis, avant l’achèvement de la voie ferrée Dakar-Rufisque-Saint-Louis, longue de 263 kilomètres, il fallait reprendre la mer sur un petit vapeur de la colonie faisant régulièrement le service, si Ton voulait éviter le parcours de cinquante lieues, assez pénible même à cheval, le long des côtes sablonneuses du Gayor.
IjC fleuve Sénés;al. — 1° l^a barre du Sénégal. —
La ceinture de brisants qui enserre toute la côte occidentale de l’Afrique, et qui n’est interrompue que de loin en loin, comme en face de Dakar, pour donner accès dans quelques rades ou quelques ports, forme à l’embouchure du Sénégal une barre qui en rend l’entrée souvent impossible pour les bateaux d’un certain tonnage.
La réputation de cette barre est des plus mauvaises, et les voyageurs impatients qui ont préféré au mal de mer et à quelque temps d’attente en face de l’embouchure du fleuve les péripéties d’un petit voyagé en pirogue au milieu des vagues qui grondent et déferlent, racontent avec complaisance que le gouverneur ou plutôt le directeur de la Compagnie du Sénégal, de Richebour, s’est noyé en la passant; mais cet accident a eu lieu en 1712, et depuis, grâce à l’habileté des pilotes et du personnel du capitaine de la barre, elle a fait peu de victimes ’ .
be bas( fleuve. — Jusqu’à Saint-Louis le paysage est
triste.
Sur la rive droite, une mince langue de sable, de 150 mètres de largeur, sépare seule le fleuvé de la mer.
t. Bouquetée la Grye, Élude sur la barre du Sénégal.
Sur la rive gauche, également basse et sablonneuse, on ne voit que peu de végétation, à peine quelques herbes, quelques palmiers penchés par le vent, quelques établissements pour la dissémination des Européens en cas d’épidémie à Saint-Louis, quelques magasins construits par des négociants de cette ville. Des bandes de pélicans pêchent dans les marais ou sur les bords du fleuve; le soir, les chacals font entendre leurs aboiements prolongés et les hyènes leurs hurlements lugubres.
Le Sénégal, si beau et si riche en certains endroits, semble tout d’abord vouloir se dérober à la curiosité des nouveaux arrivants, comme les chefs de quelques-uns de ses beaux villages inhospitaliers qui vous répondent, après avoir fait cacher leurs nombreux troupeaux et leurs provisions : « Je n’ai rien à offrir, rien à vendre; le pays est pauvre ; retireznous; laissez-nous vivre dans notre vieille sauvagerie. »
Siaint-Iiouis. — Saint-Louis, dans une île à 16 kilomètres de l’embouchure du Sénégal, est une belle ville d’environ 25 000 habitants, dont près de i 500 Européens ou issus d’Européens, sans y comprendre la garnison et les divers éléments formant la population flottante.
Les rues sont régulièrement tracées; les chaussées, qui n’étaient tout dernièrement encore faites que de sable dans lequel on marchait difficilement en saison sèche et qui se transformait en bourbier pendant la saison des pluies, ont été refaites en béton pour une partie. Les maisons, généralement en maçonnerie de briques, à terrasses, et la plupart à galeries, sont spacieuses et confortables. Les édifices publics sont suffisants et quelques-uns, comme l’hôpital et la cathédrale, sont fort beaux.
L’un des faubourgs de Saint-Louis, Guet-N’dar, est sur le bord de la mer. On y arrive par un beau pont jeté sur le petit bras du Sénégal et par une belle route bordée de cocotiers.
De l’autre côté de file, Saint-Louis communique avec son faubourg Bouetville par le pont Faidherbe, jeté sur le grand bras du fleuve.
La ville n’est pas fortifiée, mais sa position la rend presque inattaquable.
3° L<e moyeu üénégal. — En remontant le fleuve à partir de Saint-Louis, l’aspect du pays se modifie, les berges s’élèvent, la végétation devient plus puissante, des terrains cultivés bordent les rives ; et dans la saison sèche, alors que le fleuve a peu d’eau, on voyage souvent entre de véritables
LA FRANCK COLONIALK
falaises de terre végétale, de 10 ou 15 mètres de hauteur, toutes percées par endroit d’une infinité de petits trous circulaires, se touchant les uns les autres, et dans lesquels les guêpiers roses font leurs nids.
Parfois ces falaises de terre font place à des rochers. Le lleuve souvent alors est resserré ; souvent aussi il y a là un Itarrage que les indigènes utilisent pour la pêche en le conij)létant par des clayonnages et des filets entre lesquels ils ne laissent qu’un étroit passage, tout juste suffisant pour les petits bateaux, seuls capables, pendant la saison sèche, de dépasser le barrage de Mafou.
Pendant cette saison, de grandes plages de sable sont à découvert ; des Maures viennent y établir leurs campements. On y voit des bandes de canards, de grandes grues, de marabouts, d’aigrettes blanches. Des oiseaux de toute espèce s’y ébattent ou s’y promènent gravement. Les hippopotames et les crocodiles, qui, pendant la saison des hautes eaux, se tiennent de préférence dans les marigots et les marais, reviennent dans le fleuve et y abondent.
Sur les rives, les grands arbres se montrent de loin en loin, quelquefois de véritables forêts ; mais le plus ’ souvent les arbres sont tortueux et de chétive apparence, soumis qu’ils sont tous les ans aux terribles incendies qu’allument les indigènes, tant pour défricher que pour débarrasser les abords de leurs villages des hautes herbes où l’ennemi ou le voleur pourrait se cacher.
De temps en temps, des biches ou des sangliers viennent boire ; une troupe de singes saute dans les arbres ; un lion se laisse voir ; un oiseau aquatique, Vanhinga, traverse le fleuve, ne laissant hors de l’eau que son long cou, si bien qu’on le prendrait pour un serpent ; une gueule tapée (espèce de gros lézard, le varan du Nil), effrayée, se précipite dans le fleuve et disparaît ; ou bien ce sont d’immenses troupeaux qui se pressent à l’abreuvoir.
Un peu plus loin, des diulas, qui viennent de vendre leurs gommes à l’un de nos comptoirs, retraversent un gué du fleuve, chargent de nos cotonnades leurs chameaux et leurs bœufs et remplissent d’eau leurs outres en peau de chèvre avant de retourner dans leur désert.
Avec les hautes eaux, les indigènes, qui ont souvent deux villages, se retirent dans l’intérieur au milieu de leurs champs; mais, à la saison sèche, il faut se rapprocher du fleuve quand les pefits afriiienls et les marigots sont taris. Aussi, bien
qu’il faille alors un mois en petit chaland pour faire le voyage qu’un aviso fera en quelques jours un peu plus tard, après la crue du fleuve, c’est aux basses eaux, de décembre à juin, que le voyage est le plus intéressant. Et puis les moustiques, qui pendant la saison des pluies rendent le fleuve insupportable, disparaissent et l’on peut en toute sécurité profiter des belles nuits intertropicales et dormir en plein air.
Le joli poste de Richard-Toll, véritable lieu de plaisance, ceux de Dagana et de Podor, peu éloignés de Saint-Louis, sont en communication constante par bateaux à vapeur avec le chef-lieu.
A330 kilomètres de Saint-Louis se trouve le barrage de Maf ou, qui marque la limite de la navigation permanente pour les avisos de la colonie. Le fleuve est cependant encore navigable à partir de ce point pendant quatre mois de l’année, et les bateaux de peu d’importance peuvent presque continuellement, au prix de quelques efforts, arriver jusqu’à Kayes.
Presque en face de Mafou, sur un petit bras du fleuve, le poste à.’ Aéré a une garnison de quelques hommes.
Le poste de Saldé, à 460 kilomètres de Saint-Louis, celui de Kaaèdé (installé en 1890, rive droite du fleuve), ceux de Matam, à 600 kilomètres, de Bakel, à 760, et de Médine, à 910 kilomètres, jalonnent le fleuve jusqu’aux chutes du Félou, que la navigation ne peut franchir.
Entre Richard-Toll et Dagana, Vile Todd fut autrefois le centre des essais de colonisation par l’agriculture. L’opération financière, mal conçue, ne donna lieu qu’à des supercheries et l’essai ne réussit pas. Ce n’était pas d’ailleurs dans ces parages que pouvait réussir une pareille entreprise : à l’île Todd, on est trop près de la mer; les eaux sont encore saumâtres pendant la saison sèche, et les crues du fleuve, au lieu d’être bienfaisantes, viennent souvent dévaster les campagnes. C’était plus haut sur le fleuve qu’il fallait s’établir, et ce n’est d’ailleurs qu’à cause de l’hostilité du Fouta qu’on ne l’avait pas fait.
Un peu en amont de Saldé, se trouve M'bagne, dont les habitants se croient injuriés quand on leur demande le nom de . leur village. Cette susceptibilité remonte à bien longtemps, à quelque sanglante défaite, racontent leurs voisins.
Sur la rive droite, on aperçoit quelques montagnes. A Rindiao, c’est une petite montagne conique ; à Djaoul, ce sont des contreforts qui viennent finir à la berge en affectant la forme d’un amphithéâtre, au centre duquel on voit toujours un campement considérable de Maures.
FDANCP. COI.OM.M.K.
A Garli, village en amont de Matam, par le travers d’une petite montagne, El-Hadj-Omar avait, en 4855, fait construire une digue pour nous arrêter. Elle fut emportée par les premières crues du fleuve.
A quelques kilomètres avant d’arriver à Me'dine, Kayes a été choisi comme tête de ligne du chemin de fer du Sénégal au Niger. On évitait ainsi les barrages de Kayes et des Kippes, et l’accès du chemin de fer était possible aux bateaux chaque année pendant un plus long temps.
A l’exception du poste de Bakel, fondé en 1820, presque tous les postes du fleuve, autour desquels les noirs sont venus se grouper pour vivre en sécurité et y faire du trafic, sont dus au général Faidherbe. Alors gouverneur, le général les créa non pas seulement pour commencer l’œuvre de pénétration, mais aussi pour assurer la tranquillité des comptoirs déjà existants.
Ainsi Médine était nécessaire pour tenir éloignés de Bakel les fanatiques qui voulaient y ruiner notre commerce, comme plus tard Bafoulabé s’imposa pour que nos traitants qui s’étaient établis à Médine pussent y continuer leurs affaires devenues de plus en plus importantes. Et ainsi, de proche en proche, nous étions poussés vers l’intérieur, jusqu’à ce que, arrivés à la base solide du Niger, tout près de ses populations musulmanes, nos ennemis de par la force même des choses, puisqu’en affranchissant les peuples nous diminuons leur toutepuissance, nous puissions rayonner dans tout le pays et y remplacer l’esclavage et la force par la liberté et le droit.
En poursuivant les intérêts de la France, nous faisions œuvre de civilisation, et il s’est trouvé du même coup qu’en voulant consolider ce qui existait déjà, nous arrivions à une nouvelle source de richesses en nous établissant sur le Niger.
4° lie baut fleuve. — Au-dessus de la chute du Félou, à quelques kilométrés de Médine et jusqu’à Bafoulabé à 1 030 kilomètres de Saint-Louis, on peut encore se servir du fleuve pour les transports, mais il faut avoir des flottilles de chalands, desservant chacune un seul des biefs que forment dans le fleuve des barrages plus ou moins importants.
On s’est même servi du fleuve pour le ravitaillement des postes jusqu’au delà de Badombé, mais ensuite les barrages deviennent trop fréquents, les déchargements trop nombreux, et la voie par terre s’impose pour allerjusqu’à Kita etBammako.
De Médine à Bafoulabé l’aspect du pays change souvent.
Autour de Médine, beaucoup de cultures, du mil, des arachides, du maïs, des haies de gombos, des champs de coton, de melons, de calebasses. Puis ce sont des plateaux rocheux qui forment le Félou et où la végétation n’existe pas. A peine quelques gigantesques baobabs laissent pendre de leurs branches, dépouillées de feuilles par les indigènes qui en font un condiment, de nombreux fruits aux pédoncules si longs qu’on dirait une multitude de rats pendus par leurs queues. Ces fruits du baobab, le pain de singe, se vendent sur les marchés des Noirs. Ils renferment une espèce d’amidon sucré dont on peut faire de la pâtisserie.
Au delà du Félou, les plaines cultivées recommencent, le dattier est assez fréquent. A Boccaria, on commence à rencontrer le karité, ou arbre à beurre, qui devient de moins en moins rare à mesure qu’on s’avance vers le Niger et qui abonde dans les environs de Bammako.
Les collines et les montagnes, qui, jusqu’à Médine, offraient parfois des flancs en pente douce, prennent des profils plus tranchés : ce sont alors des gradins successifs taillés à pic, des falaises aux parois verticales comme à Kalé, au bord du fleuve. Dans la vallée du Tinké, près de Boccaria, ce sont des blocs de .")0 à 200 mètres au-dessus de la plaine, qu’on prendrait, à faible distance, pour des murailles ou des fortifications faites de main d’homme.
A Bafoulabé, au confluent du Bakoy, le Sénégal change de nom et s’appelle Bafing. Il a encore 450 mètres de largeur et son affluent en a 250 ; mais ces grandes largeurs, si loin de l’embouchure, s’expliquent par le régime irrégulier du fleuve, dont le cours est partagé en divers bassins se déversant les uns dans les autres, souvent par de minces ruisseaux circulant à travers des barrages de roches.
A Badombé, à 1 110 kilomètres de Saint-Louis, le Bakoy a 300 mètres de large.
Le Bakoy n’est pas le seul affluent important du Sénégal. Un peu au-dessus de Bakel, il reçoit la Falémé, qui arrose les pays aurifères de la rive gauche. Sur sa rive droite, en aval de Médine, le Koulou lui apporte ses eaux après avoir traversé le pays de Kaarta.
Avec le Baoulé, qui se jette dans le Bakoy, et le Badingo, qui se jette dans le Baoulé, ce sont les principaux cours d’eau du bassin du Sénégal,
Les marigots, qu’on pourrait prendre tout d’abord pour des affluents, ne sont que des réservoirs qui, pendant la crue du
fleuve, reçoivent de lui leurs eaux et ensuite les lui rendent. Quelquefois cependant les lits des marigots se confondent avec ceux de quelque ruisseau ou torrent. Souvent on peut voir ces marigots en formation. A quelque distance du fleuve, le terrain s’affaisse brusquement, une grande cuvette aux parois verticales se produit, des fondrières semblables se réunissent aux voisines, et le marigot existe déjà alors qu’il ne communique pas encore avec le fleuve. Il semble formé par un travail de sape souterraine.
Jusqu’au gué de Toukolo, on a suivi le cours du Sénégal, puis celui du Bakoy, autant que les bois, les marigots, les accidents de terrain le permettent. Que l’on quitte maintenant les bords du fleuve pour traverser le pays qui nous sépare encore du Niger, et c’est la même succession de paysages. La végétation, rabougrie quand l’eau manque, redevient luxuriante sur les bords des cours d’eau ou quand un fond argileux maintient une couche d’eau à peu de profondeur au-dessous du sol. C’est la même succession de plaines stériles et de plaines cultivées; toujours des grès et des granits ou des oxydes de fer. Souvent on peut nettement suivre les cônes de déjections des montagnes voisines. D’immenses étendues sont couvertes de blocs plus ou moins importants; quelques-unes rappellent les plaines de la Grau; de vastes clairières se couvrent de constructions en terre, élevées par les termites et tellement rapprochées les unes des autres qu’on croirait voir des champs d’immenses champignons.
A mesure qu’on s’avance dans l’intérieur, les essences des arbres changent ; beaucoup sont fort belles et, bien avant Bammako, on revoit le citronnier et le bananier.
La direction générale de la route que nous avons suivie va du nord-est au sud-ouest, et Bammako se trouve à la hauteur des rives de la Cazamance et à sept ou huit degrés plus à l’est
liC baut IViger. — A Kita, à 1 240 kilomètres de Saint- Louis à Kondou, à 1 350, sur le Baoulé, on est encore dans le bassin du Sénégal; il faut apercevoir le Niger du haut des montagnes du Manding, en arrivant à Bammako, à 1 465 kilomètres de Saint-Louis, pour entrer dans son bassin.
Ce bassin est limité à l’ouest par les montagnes du Manding, puis par celles qui terminent à l’est le Fouta-Djallon et se prolongent jusqu’aux possessions anglaises de Sierra-Leone.
Le cours du Niger est moins connu que celui du Sénégal. Cependant, dans sa partie supérieure où nous sommes installés
depuis 1882 nous connaissons un certain nombre d’affluents.
A gauche le Faliko, le Tombali, le Sissi, le Koha, XeNiando, le Diamba, le Kodossa, le Ban’diégué, le Tankisso, V Amarakobo et les petites rivières au sud de Bammako : le Oueyako, le Kodaliani, le Samankoba, le Kolombadima, le Balanko et quelques autres. .
A droite, on peut citer les grands affluents de Mafou, Yendan, Milo, Soussa, Fandoubé.
Un très important cours d’eau, le Mahel-Balevel, traverse le Ouassoulou et reçoit le Mahel-Danevel, le Baoulé, le Mahel- Bodevel, le Koba-Diéla et le Mahel-Bendougou.
C’est ce pays, si bien arrosé, où la population est assez dense pour que, malgré les massacres des guerres saintes, malgré les luttes qu’il soutient depuis des années pour disputer ses habitants à la captivité, malgré la quantité d’esclaves qu’en tirent tous les ans les propagateurs de l’islamisme, elle couvre quand même de ses villages une vaste étendue et résiste par son nombre à des armées bien conduites, bien armées et approvisionnées comme celles de Samory, c’est ce pays qui a servi d’objectif aux Français suivant la route indiquée par le général Faidherbe et rendue praticable par le colonel Desbordes.
Le Niger est navigable pour nous maintenant de Bammako aux chutes de Boussa et en amont de Bammako jusqu’à Kankan, c’est-à-dire sur une longueur totale d’environ 3 000 kilomètres.
La vallée du Niger, régulièrement inondée chaque année et se couvrant de cultures de toutes sortes aussitôt que les eaux se sont retirées, ne peut-elle pas être un peu comparée à la vallée du Nil, avec cette différence que l’abord en est plus difficile?