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CHAPITRE IV

GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE

Pro«luction et commerce. — En 1889 ‘ le commerce du. Sénégal et Soudan a été de 38 745 909 francs, dont 22921 980 à l’importation et 15 823 929 à l’exportation.

L’importation se décompose ainsi : de France ou des colonies françaises, 17 372 743; de l’étranger, 3 540 837.

L’exportation se répartit ainsi : pour la France, 13 549 769; pour les colonies françaises, 14 507 ; pour l’étranger, 2172 580 fr.

Les Rivières du Sud ont un mouvement d’affaires d’environ 5 millions, partagés a peu près également entre l’importation et l’exportation. A cause de la proximité des établissements anglais, la part de la France est très faible à l’exportation et presque nulle à l’importation.

Les principaux articles d’importation ont été (1887), pour le’Sénégalet le Soudan : farine, 590 381 francs; huile, 676 188; riz, 1581 565 ; animaux, 316 850; fer en barres et ouvré, 95 465; autres métaux, 434 783; armes, 189 544 ; papeterie,

1. Annuaire du Sénégal et dépendances, année 1891 ; — les Colonies françaises, notices illustrées, t. V, Sénégal et Soudan, Paris, 1891.

193 093; fils 541 407; guinées, 3 391 543 ; vêtements, 409 113 ; sucre.; 997021; spiritueux, 548 003; viande salée et conserves, 165 430 ; vins, 1 434989; tabac, 2 017969; parfumerie, 102 503 ; mercerie, 161 453 ; tissus divers, 2 874 581.

Les principaux articles d’exportation ont été (1887) : arachides et graines oléagineuses, 4 807 732 francs; gomme, 4 629 068; argent, 1 756425 ; caoutchouc, 674247; tabac 421 146; peaux et cuirs, 379 168 ; guinées et tissus, 338 027 ; amandes de palme, 288 815.

Nous avons vu que, d’après les évaluations du colonel Archinard, il fallait déduire des chiffres pour le Sénégal ceux des chiffres d’affaires pour le Soudan ; 3 275 000 <à l’importation et 1 637 500 à l’exportation.

Les exportations des Rivières du Sud portent sur les arachides, les peaux de hœufs, le caoutchouc, le sésame, les plumes de parure, les nattes, la cire, les dents d’éléphant, les amandes de palme, les bois d’ébénisterie, le riz en paille, les noix de kola ou gouro, le café, etc.

Le Soudan fournit une multitude de productions importantes et intéressantes ; le mil, dans ses diverses variétés fournies par le genre sorgho et qui pourraient servir à la distillation ; le riz, dont le grain assez semblable à celui du riz Caroline est de qualité aussi bonne; le maïs, dont les épis très gros et très fournis poussent avec une rapidité prodigieuse ; les haricots, qui présentent de nombreuses variétés dont le goiït est très agréable et dont une espèce, qui se met facilement en purée, rappelle le goût de notre marron ; l’arachide, le sésame, l’indigo, dont quelques variétés sont équivalentes aux premières qualités d’indigo de Java ou du Bengale ; une foule de plantes tinctoriales; le coton, remarquable par sa blancheur; le fruit de l’arbre à beurre ou karité. Ce beurre sert pour la cuisine, pour les grossières lampes du pays, pour toute espèce d’usages; c’est un corps gras appelé sans doute à devenir un objet important d’exportation.

Indépendamment de ces produits agricoles, il existe d’autres végétaux qui peuvent servir à l’alimentation des Européens : les oignons, les tomates, les patates et deux autres racines rappelant la pomme de terre et appartenant l’une à la famille des euphorbiacées l’autre cà celle des aroïdées.

Les forêts, surtout dans le Soudan, fournissent quantité d’arbres utiles par leurs fruits ou leurs bois. Les arbres à caoutchouc sont très nombreux et pourraient donner lieu à une véritable industrie. Le karité donne du caoutchouc de la

meilleure qualité et la liane-caoutchouc se trouve jusque dans les faubourgs de Rufisque.

Tous les villages récoltent le miel, mais la cire reste sans emploi.

11 faut ajouter à ces productions les produits pastoraux : des chevaux de petite taille; plus généralement, des ânes, des bœufs, des moutons, des chèvres.

Le Sénégal est dépourvu de produits métallurgiques ; mais le Soudan fournit le fer et l’or, qu’on rencontre parfois en pépites de 15 à 20 grammes. On trouve des traces d’argent dans l’or. Le cuivre a été signalé.

Les principaux gisements aurifères du Soudan sont dans le Bambouk et le Bouré : au Kamanan (haute Falémé), où les habitants extraient l’or des sables de la rivière ; au Tambaoiira, où le métal se rencontre parfois en pépites de 2 ou 3 grammes et plus ; au au Mamakano, au Sinikan a;

dans le Bouré, sur la rive gauche du Niger, en amont de Bammako. Les Noirs l’extraient par les procédés les plus rudimentaires.

M. Binger a signalé, dans son voyage d’exploration, d’importants gisements d’or chez les Nicniégué, sur la Volta Noire, chez les Gouronsi, dans VAbron, dont l’autre nom, Arikkaso, signifie lieu de l’or; dans tout le bassin du fleuve Comoé.

But que la France doit «le i>ro|»o!iier d’atteinfire dans le §loudan occidental. — ■ Nous laissons de côté le rôle civilisateur et philanthropique que la France, aussi bien que les grandes puissances de l’Europe, est appelée à jouer en Afrique. Nous nous placerons exclusivement au point de vue de ses intérêts commerciaux.

Tous ceux qui, dans notre pays, se sont préoccupés de la situation politique et économique de la France ont admis la nécessité d’augmenter notre empire colonial. Il reste à savoir si, loin de §e tromper, la France a été, au contraire, sage et réfléchie en pénétrant dans l’Afrique occidentale. On pourrait se contenter de montrer les immenses efforts faits en Afrique par toutes les nations civilisées, qui savent bien qu’elles y trouveront des populations nombreuses, plongées dans une barbarie dont celles-ci ne peuvent se débarrasser toutes seules, mais qui reculera peu à peu sous l’action bienfaisante de la civilisation européenne, en même temps que la création de besoins nouveaux et nombreux ouvrira des débouchés à l’industrie et au commerce.

La France, qui occupait déjà une admirable position en Afrique par l’Algérie, la Tunisie, le Sénégal, le Soudan, ne pouvait rester spectatrice des efforts faits par les autres, et, après avoir été la plus grande puissance sur le continent africain, compter pas plus que la Grèce ne compte aujourd’hui en Europe. La politique de la France dans l’Afrique est déterminée par les colonies qu’elle y possède déjà, l’Algérie, le Sénégal avec le Soudan, la Guinée. Elle doit, de l’Algérie, continuer à marcher vers le sud, du Soudan, marcher vers l’est et en même temps vers le nord ; de la Guinée vers le nord. Et qu’on ne croie pas que le Sahara qui s’étend entre l’Algérie, au nord, le Bahkounou, le Kalari, le Macina, au sud, soit, comme on le disait autrefois, un vaste désert, une plaine de sable aride et brûlante. Chaque jour des relations nouvelles viennent modifier les idées que Ton s’était faites sur ces pays. Les travaux du capitaine de Castries ne montrent-ils pas que des régions, qu’on avait toujours crues sans eau, sont arrosées par des rivières importantes, coulant au milieu de vallées cultivées et fertiles, dont les habitants sont à la fois sédentaires et nombreux?

Le Soudan est le complément indispensable de l’Algérie. Le jour où notre influence sera nettement établie sur le Niger, la pacification complète de l’Algérie sera faite', car les bandes de révoltés ne pourront plus se ravitailler ni se réfugier nulle part.

Et, dans cette œuvre d’expansion du côté de Test et du nord, nous rencontrons ces deux avantages si précieux dans la situation actuelle de la France : d’abord, l’occupation du pays n’exige que l’emploi de forces militaires très restreintes, et, de plus, nous sommes à Tabri de toute complication diplomatique.

En effet, n’est-ce pas avec des armées de moins de 800 combattants, y compris les non-valeurs, que, de 1880 à 1892, la France s’est rendue maîtresse du pays qui s’étend de Kayes à Sansanding et à Toukoro? Et sur ces 800 combattants, il n’y a qu’un nombre infime d’Européens. Toute l’armée du Sénégal et du Soudan n’en compte pas 400.

On ne saurait sérieusement soutenir que de l’emploi de ces 400 Européens puisse résulter le moindre affaiblissement pour notre armée nationale.

On peut, il est vrai, objecter que les effectifs employés dans ces campagnes ont été vraiment insuffisants ; que, par suite, il a fallu des efforts plus grands pour vaincre les difficultés qui se sont présentées, et qu’enfin il en est résulté une mortalité

relativement excessive. Nous le reconnaissons. Mais, si l’on examine les voies et moyens à employer pour poursuivre l’œuvre commencée, il est facile de voir qu’à la condition de suivre unepolitique à la fois très énergique et très prudente, il n’y aura pas besoin d’avoir plus de 500 Européens dans la région. Et cela tient précisément à ce que nous sommes sans conteste les premiers occupants, qu’aucune puissance étrangère ne possède dans ces contrées soit un établissement militaire, soit même un simple comptoir, que, par conséquent il n’y a aucune sérieuse complication à craindre.

11 ne faut pas songer, sous ces latitudes, à faire une colonie de peuplement. Le climat ne le permet pas.

Une colonisation de plantation, c’est-à-dire dans laquelle les travaux de culture d’exportation seraient faits par les Noirs et dirigés par des Européens, peut être tentée. Il est certain que le Français dans ces conditions pourra vivre, et que les cultures d’exportation, arachides, beurre de karité, caoutchouc, coton, indigo, etc., s’y développeront dans des proportions pour ainsi dire illimitées. Mais cette colonie de plantation ne sera et ne peut être qu’une action réflexe et lente de la colonie de commerce, qui seule peut se développer rapidement et nous payer de nos peines dans un avenir peu éloigné.

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