II. — JUSQU'AU TRAITÉ D'UTRECHT
Projets et entreprises «le Henri IV. — Il fallut que Henri IV eût rétabli l’autorité royale et fait prévaloir, par l’édit de Nantes, les principes de la tolérance religieuse, pour que l’on tournât de nouveau les yeux vers l’Atlantique.
Un écrivain de l’époque, Lescarbot, s’attache à montrer la haute valeur du lot qui nous est encore réservé dans l’Amérique du Nord. A ceux qui ne veulent entendre parler que de mines d’or et d’argent, il répond ces sages paroles : « La plus belle mine que je sache, c’est du blé et du vin, avec la nourriture du bétail. Qui a de ceci, a de l’argent. Des mines nous n’en vivons point, et tel souvent a belle mine qui n’a pas beau jeu. »
Une autre idée encore inspire les explorateurs, une idée de propagande religieuse. Convertir les sauvages cà la religion chrétienne, en faire des Français par le droit de cité que confère le baptême, tel est l’autre but qu’ils se proposent. Désormais aux chercheurs d’or vont succéder, dans l’Amérique française, les agriculteurs et les missionnaires.
-I. En revanche, l’établissement fondé en 4520, sur les côtes de la régence d’Alger, par une Compagnie française, au lieu appelé Bastion de France ou Bastion du Roi, pour la pèche du corail, était en pleine prospérité.
liCs Français à la ftuyanc. — Dans l’Amérique du Sud, un cadet de Gascogne, Adalbert de la Ravardière, reconnaît la Guyane et en prend possession au nom de Henri IV : il a la prétention de fonder là une « France équatoriale ».
Colonisation «le la i\oii%'cllc-Franec : Cliamplalu. — C’est vers l’Amérique du Nord, vers la Nouvelle-France, que se porte le principal effort
L’expédition malheureuse de La Roche, en 1598, et les molles tentatives de Chauvin, à partir de 1599, ne méritent pas de nous arrêter.
En 1598 Henri IV nomma lieutenant général, dans l’Amérique du Nord, de Chastes, gouverneur de Dieppe. Celui-ci forma une compagnie de commerce, dans laquelle entrèrent des gentilshommes et des négociants de Rouen et de la Rochelle. Il confia le soin d’explorer le cours du Saint-Laurent à deux capitaines de la marine royale, du Pont-Gravé, de Saint-Malo, et Samuel de Ghamplain, né à Brouage Dans un premier voyage (1003), ils relevèrent plus exactement que ne l’avait fait Cartier les deux rives de l’immense estuaire du Saint-Laurent; mais, pas plus que lui, ils ne remontèrent le fleuve au delà de la cataracte de Montréal. Ils n’en avaient pas moins reconnu 450 lieues de pays et rapportaient des renseignements précis sur le climat et les productions, plus un précieux chargement de pelleteries.
De Chastes eut pour successeur le sieur de Monts. Dans les lettres patentes qui nommèrent celui-ci et qui sont de 1603, on voit que le roi ne revendique que les régions au nord du 40® degré, c’est-à-dire ce qui forme aujourd’hui l’Amérique anglaise et la partie septentrionale des Etats-Unis jusqu’à Philadelphie. Il renonce à la Floride et à la Caroline, réoccupées par les Espagnols, et à la Virginie, où se sont établis les Anglais et qu’ils ont ainsi appelée du nom de leur souveraine, la reine-vierge Elisabeth.
Dans un second voyage, Pont-Gravé, Poutrincourt et Champlain fondèrent Port-Royal en Acadie (1605). Ils reconnurent les points du rivage américain où s’élèvent aujourd’hui les florissantes cités de Portland, Boston, Providence et New-York
avec ses quinze cent mille habitants. Là, il n’y avait alors que
i. Poirson, Histoire du régne de Henri IV, t. III. — Lescarbof, Histoire de la Nouoellc-France. Paris, 1618, in-S». — Le R. P. Charlcvoix, i/ts/oiVe de la Nouoelle-France. Paris, 1744, 3 vol. in-4o.
2. Voyages du sieur de Champlain on Journal és découvertes de la Nouvelle-France, 2 vol. Paris, 1830.
des tribus errantes de Peaux-Rouges, avec lesquelles ils contractèrent des alliances. Ils leur firent défricher de vastes terrains, où ils semèrent du blé et plantèrent de la vigne. Enfin, Champlain, le 3 juillet 1608, sur la rive gauche du grand fleuve, jeta les fondations de la ville de Québec, la future capitale du Canada, qui compte aujourd’hui 63 000 habitants.
En 1609, à l’occasion d’une guerre entre les Algonquins, nos alliés, et les Iroquois, nos adversaires, Champlain remonta la rivière des Iroquois et découvrit le lac qui porte son nom. En 1611, il bâtit un fort auprès du Saut-Saint-Louis et commença à défricher le sol où s’éleva depuis la cité de Montréal (ou Mont-Royal), qui ne fut réellement fondée qu’en 1661 et qui compte aujourd’hui 216 650 habitants. Enfin, dans les années 1614 à 1615, il découvrit successivement les grands lacs du nord : d’abord le Nissiping, auquel il attribuait vingt-cinq lieues de long sur huit de large; les lacs Huron, Michigan, Supérieur, qui s’étendent sur près de trois cents lieues et qu’il appela la mer Douce ; V Ontario, qui a quatre-vingts lieues de longueur sur vingt-cinq de large.
Grâce à Champlain et à ses compagnons, Henri IV, en mourant, léguait à la France un empire américain de seize cents lieues de long sur cinq cents lieues de large, où des villes se fondaient, où un commerce actif avait commencé avec les Peaux-Rouges, et que jalousaient déjà les Anglais et les Hollandais.
Il avait voulu faire à la France sa part dans l’océan Indien comme dans l’Atlantique. En 1664 il avait constitué une compagnie pour le commerce de l’Indoustan, mais, comme la marine royale n’était pas encore assez puissante pour protéger nos marchands, dans ces mers lointaines, contre les violences et les pirateries de nos concurrents anglais, hollandais et portugais, notre trafic indien prit peu de développement sous ce règne.
François P’’ et Coligny n’avaient guère fait que des tentatives : Henri IV a donc été vraiment le premier fondateur de notre empire colonial.
Projets et entreprises de Richelieu. — Le second fut Richelieu. Il a exprimé aussi nettement ses vues sur la politique maritime que ses vues sur la politique à suivre, en France, à l’égard des féodaux et des protestants et, en Europe, à l’égard de la maison d’Autriche.
€ Il semble, a-t-il écrit dans son Testament, que la nature
ait voulu offrir Tonipire de la mer à la France par l’avantageuse situation de ses deux côtes, également pourvues d’excellents ports, aux deux mers Océane et Méditerranée. » En même temps, Richelieu constate les progrès qu’ont accomplis depuis peu, et déjà à nos dépens, nos voisins d’outre-Manche. 11 cite aussi l’exemple de la Hollande « qui n’est qu’une poignée de gens disputant à l’Océan leur coin de terre et qui, cependant, se sont livrés à l’opulence : exemple frappant et preuve incontestable de l’utilité du commerce ». Enfin, il regrette de voir nos hardis marins aller chercher de l’emploi hors de France, « n’en trouvant pas en leur pays ».
Richelieu, après avoir aboli la charge de grand-amiral, lequel n’était le plus souvent qu’un marin de cour, prend le titre de « chef et surintendant général de la marine, navigation et commerce de France » : titre un peu long, mais qu’il s’étudia à justifier de tous points.
Ce Canada repris aux Augriais. — En Amérique, les Anglais, profitant de la faiblesse de la régente Marie de Médicis, avaient, en pleine paix comme naguère les Espagnols à la Floride, brûlé Port-Royal et ravagé l’Acadie. Puis, en 1628, ils avaient attaqué le Canada. Champlain, une première fois, défendit avec succès Québec; mais, en 1629, les Anglais revinrent en force, tandis que notre découvreur n’avait reçu de France aucun renfort : cette fois il fut obligé de capituler et la chute de Québec entraîna celle du Canada. De retour en Europe, il n’eut pas de peine à convaincre Richelieu que l’honneur et l’intérêt du roi étaient engagés à la reprise de la colonie. Le cardinal en réclama énergiquement la restitution, arma des vaisseaux, menaça l’Angleterre et la contraignit, par la paix de Saint-Germain, en 1632, à rendre le bien volé. Champlain, qui mourut en 1635, eut la consolation de voir son œuvre en bonne voie. Comme le dit le R. P. Charlevoix, le vieil historien du Canada, Champlain « peut être à bon titre appelé le père de la Nouvelle-France ».
L<ei§» Frauçais claii.s la mer des Antilles. — Dans l’Amérique du Centre, en des régions où les Espagnols prétendaient exercer leur souveraineté, D’Esnambuc et autres prirent possession, de 1635 à 1655, de Saint-Christophe, de la Martinique et de la Guadeloupe, ainsi que des petites îles qui dépendent de celle-ci {Marie-Galante, les Saintes, la Désirade). Les boucaniers français occupèrent l’île de la Tortue et s’établirent dans Saint-Domingue. A la Guyane, la ville de Cayenne fut fon-
INTRODUCTION HISTORIQUIî
dée. Ainsi la colonie que Coligny avait rêvé d’installer en Floride ou au Brésil se reconstituait, mais cette fois, pour la plus grande part, en dehors du continent : dans la région des Antilles.
l»es français au Sénéi^al. — Sur la côte ouest de l’Afrique, nos Français retrouvèrent la trace des Dieppois du XIV® siècle. Dès 1582, les Normands de Rouen, pillés et chassés de la Guinée jiar les Portugais, avaient formé une compagnie et occupé fortement l’île Saint-Louis au Sénégal. En 1620, Thomas Lomhart était directeur de la Compagnie.
I^cs Français clans la mer des Indes. — Dansl’autre océan, Richelieu avait fait occuper l’île de la Réunion et jeté les yeux sur Madagascar. « La Providence, a-t-il écrit dans son Testament, veut aussi que nos colonies se dressent en face des possessions de l’Angleterre dans la mer des Indes orientales, ahn de faire contrepoids à sa toute-puissance maritime, dans l’intérêt du monde entier. » Cinq mois avant sa mort, le 24 juin 1642, il avait fait signer à Louis XllI l’acte qui constituait une Compagnie des Indes orientales.
Ainsi Richelieu avait reconquis sur les Anglais la Nouvelle- France, reconstitué dans les Antilles la France équinoxiale, et jeté la première base de notre domination dans les eaux de Madagascar.
fja l^fouvelle-France stoiis Colbert. — Près de dix-neuf ans sont encore perdus dans les misères d’une nouvelle régence. Alors apparaît Colbert. C’est le troisième fondateur de l’empire colonial français.
Dans la Nouvelle-France, l’Angleterre avait profité des troubles de la Fronde pour intervenir encore et s’emparer, en 1654, de l’Acadie. Elle dut la restituer au traité de Bréda (1667).
En 1662, la Compagnie des Cent-Associés, qui trafiquait dans ces parages, fut dissoute : le gouvernement royal prit possession de la Nouvelle-France, et celle-ci, qui n’avait été jusqu’alors qu’un comptoir pour le trafic des pelleteries et une mission pour la conversion des sauvages, devint une possession de la couronne. Toutefois le monopole du commerce du Canada ne fut pas aboli : il fut attribué, en 1664, à la Compagnie des Indes occidentales.
Colbert envoya dans la Nouvelle-France un vieillard énergique, le marquis de Tracy, qui fit une guerre d’extermination aux Iroquois, nos ennemis acharnés, perpétuellement excités contre nous par les Anglais, et qui se faisaient un jeu de scalper
les colons, les missionnaires et les néophytes indiens. Il leur imposa la paix, en 1666, et en débarrassa pour près de vingt ans la colonie. Au marquis de Tracy furent adjoints, comme gouverneur, de Courcelles et, comme intendant. Talon.
Talon était le plus habile administrateur qu’on pût envoyer dans le Nouveau-Monde. En fait de commerce, il avait des idées plus modernes que Colbert : il réclama et obtint l’abolition du monopole, le rétablissement de la liberté du trafic. Il insista pour qu’on envoyât au Canada le plus grand nombre possible de colons. Après la guerre contre les Iroquois, Colbert décida que tous les hommes du régiment de Carignan qui voudraient se fixer dans le pays obtiendraient leur congé. Ce régiment s’était signalé, en 1664, à la bataille de Saint-Gothard (Hongrie) contre les Turcs. C’est de ces vaillants soldats que descend une bonne partie de la population canadienne d’aujourd’hui. En même temps que TAcadie et le Canada, on colonisait Terre- Neuve. Dès 1556, Jean Bourdon avait découvert la baie d’Hudson et, en 1663, Després-Couture avait élevé des forts dans cette vaste région. De hardis aventuriers poussaient jusqu’aux montagnes Rocheuses, dans le Far-West américain. La population de la Nouvelle-France quadrupla. Elle était, vers 1661, de 2 500 Européens; elle atteignit, vers 1688, le chiffre de 11 249 habitants.
Cavelicr de la üalle; le llissifssigti, la Ijouisiaiic. —
Le fait le plus considérable de l’histoire de la Nouvelle-France dans la seconde moitié du xvii^ siècle, c’est la découverte du Mississipi par Gavelier de la Salle et la fondation de la Louisiane.
Au Canada, on avait achevé la reconnaissance des grands lacs et établi sur tous les points importants des forts destinés à contenir les sauvages. On avait découvert les sources de l’Ohio, de l’Illinois, du Wisconsin, affluents du Mississipi; mais personne ne soupçonnait encore l’importance capitale de ce grand fleuve qui a pour bassin plus de la moitié des Etats-Unis actuels ; on ignorait même qu’il eût son embouchure dans le golfe du Mexique L
Sous la lieutenance générale du comte de Frontenac, Tintendant Talon imagina que l’un des cours d’eau qui avoisinaient
i. Margry, Découvertes et établissements des Français dans V ouest et le sud de l’Amérique septentrionale (1614-1691); Mémoires et documents inédits : I. Voyages des Français sur les grands lacs et découverte de l’Ohio et du Mississipi. — IL Lettres de Cavelier de la Salle. — III. liecherches des bouches du Mississipi. — 3 vol., 1879.
INTRODUCTION HISTORTQUR 17
les grands lacs et descendaient vers le midi, pourrait bien conduire un explorateur jusqu’à la « mer du sud », c’est-à-dire à l’océan Pacifique. Il pensait que le Mississipi, ou la rivière Colbert, comme on l’appelait alors, se jetait dans la mer Vermeille ou golfe de Californie, et qu’il pouvait mettre la Nouvelle- France en relations directes avec la Chine et le Japon.
Il confia le soin de vérifier cette conjecture à un hardi explorateur, Louis Jolliet. Celui-ci, en l’année 1673, accompagné du Père Marquette et de cinq autres Français, passa d’un affluent méridional du lac Supérieur, en faisant porter sa barque, dans le Wisconsin. Le Wisconsin le conduisit dans le Mississipi, qui l’étonna par la largeur de son cours et la splendeur de ses rivages. Jolliet constata que le fleuve, ayant une direction presque constante du nord au sud, ne pouvait l’amener, comme l’avait espéré Talon, dans la mer Vermeille, et qu’il avait probablement son embouchure dans le golfe du Mexique. Il s’arrêta donc au 33® degré, c’est-à-dire vers le confluent avec l’ylrkansas, et revint sur ses pas.
Cavelier de la Salle, né à Rouen en 1640, s’était déjà signalé dans l’exploration des grands lacs. A deux reprises, en 1671 et en 1679, il avait atteint le Mississipi, la première fois en descendant l’Ohio, la seconde fois en suivant l’Illinois. En décembre 1681, il descendit de nouveau cette dernière rivière, atteignit le Mississipi et entreprit de l’explorer jusqu’à son embouchure. Il avait avec lui vingt-trois autres Français et vingt-cinq sauvages, dont sept femmes. Il s’embarqua sur des canots faits d’écorce de bouleau. 11 reconnut successivement -l’embouchure du Missouri, celle de VOIiio, celle de V Arkansas, s’arrêtant tous les soirs près du rivage pour la nuitée, fumant le calumet avec les sauvages qu’il rencontrait, parfois essuyant leurs volées de flèches; vivant des hasards de la chasse et de la pêche, mangeant même du crocodile, du corbeau blanc et du cuir de bœuf. Il arriva enfin dans un pays inondé et constata que l’embouchure du fleuve « s’avançait beaucoup en mer, faisant de chaque côté une chaussée » ; tel en effet est l’aspect du delta formé par le Mississipi. Sur la rive, La Salle planta une croix et au-dessous de la croix enterra une plaque de plomb avec cette inscription : « Au nom de Louis XIV, roi de France et de Navarre, le 9 avril 1682. » — « On chanta le Vexilla regis au plantement de la croix, puis le Te Deiini, et Ton fit trois décharges de mousqueterie. » Du nom de Louis XIV, le pays s’appela la Louisiane.
La Salle ne pouvait songer à gagner la haute mer avec
France coioniai.e.
des canots d’écorce; dès le lendemain, il remonta le fleuve pour revenir au Canada. C’est seulement en 1687 qu’il retrouva par mer l’embouchure du Mississipi, qu’il avait découverte en descendant le fleuve S et c’est dans cette nouvelle expédition qu’il périt assassiné.
Autres colonies françaises sous Colbert. — Dans cette même période, à nos possessions des Antilles, s’ajoutaient Grenade, Sainte-Lucie, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Sainte- Croix, la Dominique, Tabago. Colbert prenait sous la protection du roi les flibustiers français établis à Saint-Domingue et enlevait aux Espagnols toute la partie occidentale de l’île, oùOgeron de Boire fondait une colonie modèle.
Madagascar, possession de la Compagnie des Indes, puis colonie de la couronne, prend alors le nom d’ile Dauphine et de France orientale. Cette époque est surtout signalée par les essais colonisateurs de Pronis et de Flacourt^. La Compagnie
1. Cette contre-épreuve était d’autant plus nécessaire que les envieux et les incrédules dénigraient les résultats de son voyage. Une lettre du temps constate que « la Louisiane n’a pas eu grande vogue' » en France et que « quelques-uns doutent de la vérité de ce qu’il dit *. D’autres le traitent de « visionnaire ». Seignelay, fils et successeur de Colbert, avait à cœur d’achever l’œuvre commencée sous son père. En 1684, il met à la disposition de La Salle un vaisseau de guerre, Le Joly, commandé par M. de Beaujeu, et trois petits navires. Entre La Salle et Beaujeu s’élevèrent, même avant l’embarquement, des discussions sur leurs pouvoirs respectifs : elles s’aggravèrent pendant la navigation. Beaujeu débarqua La Salle près d’un étang du Texas, à l’ouest du Mississipi, en Janvier 1687. Cinq semaines se passèrent à chercher l’embouchure du fleuve. Un des petits navires, la flûte L’Aimable, qui devait rester au service de La Salle et qui portait des vivres, des munitions et quatre pièces de canon, coula par la faute du pilote. Le capitaine du Joly, alléguant la nécessité de mettre son vaisseau en lieu sûr, n’en reprit pas moins la mer avec le reste de la flottille. La Salle s’établit à terre avec cent vingt ou cent trente hommes.. Les privations qu’ils éprouvèrent pendant un campement de plus de deux mois dans les marécages du fleuve, les aigrirent bientût contre leur chef. Dans les excursions pénibles, à travers les bois, qu’il leur imposa pour retrouver le chemin du Canada, plusieurs de scs hommes conspirèrent sa mort. L’un d’eux l’abattit d’une balle dans la tête; ils dépouillèrent le cadavre et lui ôtèrent J uscpi'à sa chemise; puis, raconte un de ses compagnons, Joutel, * ils le traînèrent dans des halliers, oû ils le laissèrent à la discrétion des loups et autres bêtes sau vages » (19 mars 1687). Telle fut l’unique sépulture accordée à l’homme qui venait de découvrir tout un empire, tout un monde, qui eût fait de la France la première puissance coloniale de la terre, si elle avait su le garder, et qui constitue aujourd’hui la force et la richesse principales de l’Union américaine.
2. Henry d’Escamps, Histoire et géographie de Madagascar, 18811. — Louis Pauliat, Madagascar sous Louis XfV, 1886
des Indes, reconstituée en IG65, prend pied d<ans l’Indoustan.
Sttiiatiou de notre empire colonial à la mort de Colbert. — En résumé, pendant l’administration de Colbert (1661-1683), la Nouvelle-France a été colonisée d’une manière suivie et s’est agrandie d’une annexe immense, la Louisiane; la France équinoxiale s' est étendue dans les Antilles; la France orientale a été rattachée plus étroitement à la métropole.
A sa mort (1683), cet empire colonial, le premier que nous avons possédé, celui auquel ont travaillé avant lui François I®L Coligny, Henri IV, Richelieu, est à son maximum de puissance. Ce qui caractérise ce premier empire colonial, c’est qu’il était principalement établi en Amérique, où nous n’avons plus aujourd’hui que des possessions de faible importance. En négligeant nos établissements en Afrique, et même nos établissements à la Guyane et aux Antilles, on peut dire que nos possessions comprenaient la presque totalité de l’Amérique du Nord, Elles étaient bornées au sud-ouest par le Texas et la Californie, alors espagnols ; mais l’immense territoire triangulaire qui commence au nord de ces deux provinces était à nous, à l’exception de la Floride qui était espagnole et des treize petites colonies anglaises, alors resserrées entre les monts Alléghanys et la mer : nous les enveloppions, au nord, par le Canada et par l’Acadie, à l’ouest, par la Louisiane qui comprenait alors tout le bassin du Mississipi. Malheureusement, ni le Canada ni , surtout la Louisiane n’étaient assez fortement colonisés pour que nous pussions enfermer les colonies britanniques dans une frontière inflexible. Déjà les Anglais de la Nouvelle-Angleterre commençaient à disputer à la Nouvelle-France la région des grands lacs; ils arrivaient encore par la baie d’Hudson, où, contre tout droit, ils faisaient concurrence à notre commerce de pelleteries, mais où nous étions impuissants à surveiller une si vaste étendue de solitudes. On peut dire cependant que les pays sur lesquels l’Angleterre elle-même ne contestait pas ouvertement les droits de la France comprenaient la totalité de l’Amérique anglaise d’aujourd’hui et les neuf dixièmes du territoire actuel des Etats-Unis, c’est-à-dire un pays vingt-cinq fois plus étendu que la France, qui est peuplé actuellement de quarante millions d’âmes et qui en comptera peut-être le double vers le milieu du siècle prochain.
L(a Nîouvelle-France attaquée par les Anglais. —
A la fin du règne de Louis XIV, cet empire français subit une
première mutilation. Pendant les deux dernières grandes guerres de ce règne, les Anglais insultèrent toutes nos colonies. Ils s’attaquèrent surtout à celles de la Nouvelle-France et le firent avec plus de succès; car leurs possessions de la Nouvelle- Angleterre étaient beaucoup plus peuplées que les nôtres, et à nos quinze ou vingt mille colons canadiens ils pouvaient déjà en opposer près de deux cent mille. Dans la guerre de la ligue d’Augsbourg, qui eut pour épisode en Amérique la première guerre intercoloniale, les Français conçurent le projet d’enlever New-York et les Anglais celui de nous enlever Québec. Ceux-ci éprouvèrent, en 1690, une défaite sous les murs de Québec, et Louis XIV fit frapper une médaille pour perpétuer le souvenir de cette victoire. Le traité de Ryswick (1697) laissa les choses en l’état.
Pendant la guerre de la succession d’Espagne, les Anglais nous enlevèrent l’Acadie, mais échouèrent encore contre le Canada, énergiquement défendu par le marquis de Vaudreuil. Nos revers en Europe avaient été trop grands : ils amenèrent une paix désastreuse dont notre colonie fit les frais*.
Lie traité «l’Utrcelit. — Au traité d’Utrecht (1713). Louis XIV dut, en effet, céder l’île de Terre-Neuve, V Acadie et les immenses territoire de la baie d'Hudson. Les Anglais prenaient donc position sur trois côtés du Canada : celui-ci était comme démantelé, car ces trois provinces avaient été comme ses bastions.