‹ La France colonialeChapitre 65 sur 180 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES INDIGÈNES

— Les populations de l’Ouest africain appartiennent à plusieurs races différentes* . Il es t encore impossible aujourd’hui de classer avec quelque certitude les très

1. Nous ne parlerons surtout ici que de l'Ouest africain, c’est-à-dire du Gabon et du Congo français.

LA FlUNCE COLOiMALE

nombreuses tribus que l’on rencontre entre le Congo etl’Atlantique. Leurs caractères anthropologiques, leurs idiomes n’ont pas été étudiés suffisamment; et l’histoire, qui n’existe pas pour ces populations primitives, ne peut nous aider. Il est probable que les migrations humaines se sont dirigées ici du nord-est au sud-ouest; mais, bien qu’on rencontre à la côte des populations qui ont été évidemment refoulées — et quelques-unes sont sur le point de disparaître — il ne s’ensuit pas que toutes aient subi un déplacement dans ce sens. Des populations de même race se trouvent représentées par des tribus ou des villages dans des territoires fort éloignés les uns des autres. Il est probable aussi que les lieux les pins accessibles ont servi et servent encore de refuge à celles qui n’ont pu ou voulu s’avancer vers la côte.

C’est en suivant les principales voies de communication, c’est-à-dire les différentes vallées des cours d’eau que nous avons cités, qu’il conviendrait de mentionner toutes ces tribus diverses et d’étudier leurs migrations probables. Ces tribus sont si nombreuses que nous ne pouvons même résumer ici les renseignements recueillis par Brazza et les autres explorateurs.

Au Gabon même, la race iW’ponstié : Boulons ou Chikiani, Ourougous, Inenga, Galois, Ivili. — Au nord du Gabon et un peu au sud de son estuaire, la race ; Koumbé,

Moussedjt, Egara. — Sur l’Ogôoué, la race ciiaké : Bakalé, Bayignué, Okanda, Okota, Adoouna^ Olamba. — Le long du littoral, bassin de N’goué et du Kiliou, la principale race est celle de Loang-o : Ba-Fyots.^ Bayaka, Babouendé^ Biaka, Bahmibo, Bakouni, Mayumbé. — Du Komo à la rive gauche de rOgôoué, les M’ran ou Paiioiiln : Ossyéba, Oudoumba, etc. — Sur les hauts plateaux, les Batékés avec les Achicouya, et les Balali. Tout le long du Congo, jusqu’à l’Oubanghi, les UafoHfotis avec les Oubanghi ou Bou-Banghi. — Sur le bas Alima, les M’kocii, les N' dry s sur la haute Sangha et les Saras sur le Gribingui.

État social et i>ollti(|iic. — Il est dangereux de trop généraliser et d’attribuer à toute une région des mœurs et des habitudes qui varient avec les cantons, cependant on peut dire en thèse générale qu’à l’exception du Loango où, avec beaucoup de bonne volonté, on pourrait imaginer le territoire divisé en petites principautés, et l’État des Batékés gouverné par un Makoko, les tribus et même les villages n’ont pas de liens politiques.

L’OUEST AFRICAIN

Les plus civilisés sont les M’Ponghé, depuis longtemps soumis à l’influence française.

Laplupartdesindigènesviventdansun état social primitif, caractérisé par l'esclavage, le fétichisme et la polygamie. Inutile d’ajouter que les chefs de villages sont presque toujours les féticheurs ou réciproquement.

A côté du fétichisme existe partout une sorte d’association secrète ou d’institution qui paraît être répandue bien à l’est de notre Ouest africain. Elle est connue dans le bassin de rOgôoué sous le nom de MancongoK Si l’on a pu surprendre quelques détails de ces cérémonies, dont les femmes et les enfants sont exclus, on n’est point fixé sur le côté sérieux de cette institution dont les principes se transmettent verbalement depuis des siècles et dont le but est peut-être d’initier l’adolescent aux choses sérieuses de la vie, d’inculquer aux hommes certaines idées, base d’une civilisation restée embryonnaire, et de leur faire accepter, en dehors de tout système politique ou administratif, des usages ou des règles dans les relations privées et les rapports de village à village ou de tribu à tribu.

De ces usages on peut, à la rigueur, déduire les principes de cette sorte de code traditionnel qui, dans une certaine mesure, ont pu s’opposer au dépeuplement de l’Afrique centrale, mais qui, d’autre part, ont développé le particularisme étroit de la tribu et même du village, particularisme favorisé d’ailleurs par le sentiment très vif de liberté et d’indépendance personnelle. Non seulement chaque village est indépendant sous l’autorité d’un chef, mais quelquefois — comme chez les Pahouins — un village possède deux ou trois chefs plus ou moins influents. Le rôle des chefs est surtout de prendre la parole dans les palabres, assemblées où se discutent et se règlent toutes les affaires, et elles sont nombreuses, les villages étant perpétuellement en discussions ou en hostilités, causées principalement parle vol des produits du sol, le rapt des esclaves ou des femmes.

De ce particularisme sont nés les nombreux monopoles que chaque pleupade s’arroge sur les différentes parties des voies de communication par terre et par eau. Ainsi doit-on

1. Plus exactement Man-Congo-Diboko. Toutes les populations du Congo français jusqu’au delà de l’Oubanghi y sont plus ou moins affiliées. Toutes observent cette espèce de code rudimentaire, avec ses prescriptions religieuses ou sociales. Ce code secret forme comme le lien politique et l'unité morale de la région. Voir Dutreuil de Rhins, article du Bulletin de géographie comme7'ciale , 1884-1885. dernier fascicule.

LA FKANCE COLONIALE

mieux comprendre maintenant quels obstacles présentait un pareil état individuel, social et économique, à des pionniers dépourvus même d’interprètes.

Dciiisité lie la population. — Ajoutons que la population n’est généralement un peu dense que par places, même sur les cours d’eau les plus importants; et qu’un recensement sur cette base nous induirait tout à fait en erreur. Behni et Wagner attribuent à l’Afrique équatoriale en moyenne 12 habitants par kilomètre carré : ce qui élèverait à 7 millions d’âmes la population de notre Ouest africain. M. de Brazza ne croit pas qu’elle soit inférieure à 3 millions d’âmes.

Iiicliuîiti'ie!^, luoeiirs et eoiitiiiiieis. — L’état passablement primitif de ces populations nous montre leur industrie réduite à la construction des habitations (bois, feuillages et écorce d’arbres), à la fabrication des pirogues, des armes, d’instruments, ustensiles, ornements (bois, fer, cuivre), d’étoffes grossières (plantes textiles), étoffes qu’elles savent teindre de diverses couleurs.

L’agriculture, la chasse, la pêche et le commerce partagent le temps qu’elles ne passent pas à fumer le tabac qu’elles cultivent, à boire les liqueurs fermentées qu’elles fabriquent, à chanter et danser au son du tam-tam, sorte de tambour plus ou moins haut.

Les mœurs de ces populations sont généralement douces, bien qu’on en rencontre quelques-unes qui sont anthropophages. Les plus sauvages cèdent à la patience, à la persuasion, aux bons traitements, comme en font foi les rapports de la mission Brazza. Une conduite différente change ces moutons en bêtes féroces, ainsi qu’on l’a vu au Gabon et là où les agents de l’Association internationale ont voulu agir comme en pays conquis.

Je ne saurais entrer ici dans des détails du caractère, des mœurs, et encore moins des coutumes de tant de tribus diverses. Ce qui nous importe le plus est la possibilité de maintenir de bons rapports entre nous et les indigènes.

Page 1