GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE DE L’OUEST AFRICAIN
Aspect ffciiéral de l’Ouest africain. — Nous avons déjà dit quelle est l’étendue de l’Ouest africain, quel aspect général il présente et comment on peut y considérer trois grandes divisions ou zones parallèles à la mer : la zone maritime, plus ou moins basse et marécageuse ; la zone des terrasses accidentées; le plateau ou bassin central du Congo.
D’une façon générale, cette contrée est couverte de forêts vierges; les prairies du Loango, du Mayombé, les plateaux ondulés, sablonneux et couverts de hautes herbes qui constituent la limite de quelques bassins hydrographiques, sont de rares exceptions à la règle.
lies cours d’eau. — C’est à une distance moyenne, à vol d’oiseau, de 400 kilomètres de la côte, et à une altitude de 5 à 800 mètres, que prennent naissance les cours d’eau qui arrosent le bassin central du Congo et ceux qui, après avoir traversé la zone des terrasses, vont se jeter à l’Atlantique.
Ces derniers, ainsi que le Congo dont l’altitude est de 350 mètres à Brazzaville, ont donc une pente très forte vers l’Océan; et, pour savoir quelles sont les parties de ces cours d’eau qui sont flottables ou impraticables, il suffit de distinguer celles où le tracé hydrographique est parallèle ou fortement oblique à la direction du massif accidenté des terrasses ou, si l’on veut, à celle de la côte.
Dans un pays neuf, il est toujours plus facile de se rendre compte du système hydrographique que du système orogra-
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phique, et l’explorateur conçoit le second d’après le premier, bien qu’ils dépendent l’un de l’autre dans un ordre inverse. Il n’en est pas moins vrai que les études ultérieures viennent confirmer, à de rares exceptions près, les déductions rationnelles des reconnaissances hydrographiques.
Cette remarque faite, nous pourrons nous dispenser d’entrer dans tous les détails sur le degré de navigabilité des cours d’eau ou de leurs diverses parties. On voit du premier coup d’œil jeté sur une carte que le Congo doit être peu praticable entre Brazzaville et Vivi, ainsi que l’Ogôoué entre l’Ivindo et Njolé, à cause de leur direction perpendiculaire à la côte entre ces points. On voit, au contraire, que de l’Ivindo à Franceville l’Ogôoué coule à peu près parallèlement à la côte et que la navigation doit y être plus facile. Ainsi des autres rivières.
Il est bien d’autres remarques générales que provoque une étude géographique sérieuse et que d’autres considérations nous font encore laisser dans l’ombre. Qu’il nous suffise ici de citer parmi les principaux cours d’eau ;
Le Congo, le ChÛoango, le Kilioii, le Nyanga, VOgôoue, le Gabon, leil/wm, le Benito, etc., qui se jettent dans l’Atlantique ;
Le Bjoué, le Léfini, YAlinia, la. San gha, la Likouala, VOnbanghi, affluents de droite du Congo.
Le Gabon et les fleuves situés au nord du Gabon nous intéressent moins. Leur cours navigable ou flottable est trop réduit pour être utilisé ; mais on pourra peut-être trouver là un terrain convenable pour l’amorce à la côte de la voie commerciale actuellement recherchée au nord de l’Ogôoué et de l’Alima.
C’est sur l’Ogôoué que le transit est le plus considérable et le meilleur marché, grâce, il est vrai, à l’absence de concurrence. Navigable toute l’année jusqu’à Njolé (386 kilomètres de la côte) pour des bateaux de 0'’*,90 de tirant d’eau, il est ensuite praticable pour des pirogues jusque dans le voisinage de Franceville (781 kilomètres de la côte).
L’amélioration des transports par pirogues est possible. Elle sera utile, bonne, si l’on sait se tenir dans cette mesure, agir suivant les temps et les besoins réels. Nous ne devrons pas négliger cette voie, qui contribuera à l’exploitation des ressources locales, même si nous avions un jour une meilleure route pour le transit de l’Afrique centrale.
Le Nyanga est peu important, bien qu’un certain commerce s’opère dans son bassin.
L’OUKST AFRICAIN
Le Kiliou n’est pas une voie commerciale fluviale; mais il paraît certain qu’aucune des parties actuellement explorées de l’Ouest africain ne présente plus de facilités à l’établissement d’une route de terre ou d’un chemin de fer que le bassin septentrional de ce fleuve, en suivant à peu près le parallèle de 4 degrés sud jusqu’au Djoué. On se rappelle que le Kiliou fut découvert en 1882 par Brazza, qui, en 1883, préconisa vivement cette route. L'ingénieur Le Chatelier, connu pas ses explorations dans le Sahara, a été récemment chargé d’étudier la valeur économique de la vallée du Niari et la création d’une voie de communication en partie fluviale, en partie ferrée, entre Loango et Brazzaville. La concession de cette voie a été concédée à une société française dont il est le représentant.
Le Chiloango^ sur le cours inférieur duquel il se fait un assez grand commerce, a surtout une importance politique depuis qu’il sert de limite méridionale à notre possession, limite aussi insignifiante que mal déterminée, dans son cours supérieur, et de sa source à Manyanga sur le Congo.
Le Congo, limite naturelle de notre Ouest africain, serait la grande artère commerciale de l’Afrique équatoriale si son cours central navigable n’était séparé de son cours inférieur également navigable (environ 2U0 kilomètres de Banane à Vivi) par une sorte de gigantesque escalier qui, entre Viviet Brazzaville ou Stanley-Pool, aune hauteur de 300 mètres sur 300 kilomètres de longueur en suivant ses détours. A droite et à gauche de l’énorme torrent à peu près partout impraticable et qui, entre les positions citées, ne peut servir de voie commerciale, se dressent à pic les parois de cette immense faille découpée elle-même, perpendiculairement àsadirection, de gorges au fond desquelles bouillonnent quantité de petits affluents*. Le bassin fluvial du Congo, avec ses affluents,
1. Rien n’est donc moins propre à l’établissement d’une voie ferrée que les rives du Congo; et cependant l'État indépendant a entrepris une ligne qui part de Matadi sur le Congo, où l’on a construit un pier (jetée) et des travaux excessivement coûteux. Le major Tliys avouait récemment {Mouve^ ment géographique, 3 février 1895) que tontes les prévisions avaient été déçues. Difficultés à vaincre plus grandes qu’on ne l’avait prévu, désespérante lenteur des travaux dans la vallée de la Mpozo et le long du massif de Palaballa, insuffisance du recrutement de la main-d’œuvre, tout s’en était si bien mêlé que le 30 juin 1891 il avait été dépensé 6 millions et le rail n’arrivait qu’au kilomètre 8; en octobre 189-2, au kilomètre i4. Du 30 juin 1892 au 30 juin 1894, on construit 34 kilomètres revenant à 105000 francs le kilomètre. Et à partir de ce moment on construit 4 kilomètres par mois pour 400000 francs. Néanmoins, on a été obligé de deman-
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embrasserait plus de 4 millions de kilomètres carrés; à ce point de vue, il occupe le second rang parmi les fleuves du monde entier, immédiatement après l’Amazone.
En remontant la rive droite du Congo, nous rencontrons la rivière Djoué^ dont la vallée sert d'amorce sur le Congo, à la voie Kiliou-Brazzaville et qui a été successivemen t remon tée par MM. de Chavannes et Thollon.
La Léfini^ que nous trouvons plus haut, est encore un petit cours d’eau, tandis que VAlima, la Sanglia, avec son immense éventail d’affluents et sous-affluents (Z)oi<me, Kadéî, Boum.bi, Mambéré, Nana, etc.), la Likouala, VOubanghi (affluents: Ombella, Kéino, Kaiifljia^ Kouangon, M' Bomou^Qic.) et les autres affluents de droite du Congo jusqu’au Ngala paraissent avoir un développement de plus en plus considérable, si l’on s’en rapporte aux résultats des dernières explorations. Sur la rive droite de l’Oubanghi les résultats précis et notre occupation réelle vont jusqu’à son confluent avec le Banghi au delà du 21® degré de longitude est, qui est presque celui d’Athènes L
L’importance des cours d’eau est sans doute proportionnelle à Faire de leur bassin. Or, celle du bassin à l’Oubanghi telle que nous la connaissons, est assez étendue au nord et à l’ouest pour que son débit, d’ailleurs calculé approximativement, s’explique par l’identification aujourd’hui certaine de cette rivière avec VOuellé.
L<e l'ollof du jüol et les moiitn^nes. — Lorsqu’on ne connaît que les grandes lignes hydrographiques d’un pays, on ne doit pas avoir la prétention de sortir des généralités au sujet de l’orographie. Nous savons que le système orographique de l’Ouest africain fait partie de l’assise du plateau central africain, et que ce massif accidenté, qu’on rencontre 'en moyenne à 2Ü0 kilomètres de la côte, s’étend jusqu’à 4 à 500 kilomètres de celle-ci, atteignant alors une hauteur maximum de 800 mètres au-dessus de l’Océan pour s'incliner en pente douce jusqu’au lit du Congo qui, dans sa partie centrale, se trouve à 4 ou 500 mètres de hauteur.
Lic itttoi'ai. — La côte de l'Ouest africain est presque
der l’intervention de l’État pour assurer l'aclièvement de la ligne jusqu’au Stanley-pool.
1. Le cours de la plupart de ces rivières commence à être déterminé par les géographes; certaines sont cependant encore indiquées sur les cartes par des lignes de points.
2. A son confluent avec le Congo, cette rivière a 1800 mètres de largeur.
L OUEST AFUICAIiN
partout très basse et uniforme. Aux ports ou estuaires que j’ai cités précédemment, il convient d’ajouter la petite baie de Tchilongo, un peu au nord de l’embouchure du Kiliou, que des travaux peu dispendieux, dit-on, permettraient de donner comme port à la voie du Niari.
Climnt et sniubeité. — ^Le climat de l’Ouest africain, à en juger parles informations dues aux négociants et aux missionnaires établis depuis quarante ans et au personnel de la mission Brazza, est certainement beaucoup plus sain que celui du Sénégal, de la Guyane ou de l’Indo-Chine orientale. En suivant les règles de l’hygiène, les Français peuvent certainement mieux s’y acclimater que dans les colonies que je viens de citer. N’oublions pas qu’il s’agit de l’hygiène des régions équatoriales, où la fièvre paludéenne, les accès pernicieux, les maladies du foie, la dysenterie et l’anémie, sont le plus à redouter, et que les travaux à entreprendre augmentent les chances de danger pour les blancs aussi bien que pour les indigènes. La saison des pluies, qui dure de six à sept mois à la côte, augmente de durée à mesure qu’on s’avance à l’intérieur du continent dans la zone équatoriale ; et ces pluies qui tombent chaque jour pendant quelques heures, coïncident avec les plus fortes chaleurs. C’est surtout lorsqu’on passe de la saison des pluies à la saison sèche, et, d’une façon générale, aux changements de saison, queleclimatestmalsain.
11 l’est surtout dans la zone maritime à cause des marigots et des lagunes, mais l’humidité chaude des montagnes boisées est encore dangereuse; ce n’est que sur les plateaux sablonneux et peu boisés qu’on jouit d’un climat sain.
La côte et les rives encaissées du Congo sont les parties les plus malsaines de l’Ouest africain.
Dans le jour, la plus forte température est encore supportable, grâce à la brise, dans les endroits découverts ; mais il faut se defier des brouillards épais et froids des nuits, contre lesquels les indigènes se protègent assez bien par de grands feux.