A. Moireau^ Histoire des États-Unis, t. pr
INTRODUCTION HISTORIOUE
Hollandais la possédaient depuis 1398 et l’avait appelée île Maurice, en l’honneur d’un de leurs princes, Maurice de Nassau. Ils l’abandonnèrent en 1712. Puis nous l’occupAmes, en 1721, et lui donnâmes le nom de Vile de France. En 1722, le roi la concéda à la Compagnie des Indes orientales. Un des gouverneurs nommés par cette compagnie, Mahé de la Bourdonnais, commença, en 1733, à la mettre en valeur. Il y créa des villes, des ports, des cultures. Il en lit la principale station militaire de l’océan Indien, le centre d’où notre influence rayonna à la fois sur Madagascar et surl’Indoustan, l’imprenable citadelle de la puissance française, d’où nous avons pu, au milieu des guerres les plus désastreuses de la République et de l’Empire, tenir si longtemps en échec toutes les forces de l’Angleterre.
Premiers élablissemenis claus l’iiidoustan. —
Dans l’Inde, pendant la même période, on jeta les fondements d’un grand empire. D’abord notre Compagnie française des Indes s’y trouva sur le même pied que les compagnies rivales fondées par les Anglais, les Hollandais et les Portugais. L’Indoustan obéissait à un puissant empereur, le Grand-Mogol, qui était alors Aureng-Zeb. 11 n’aurait pas permis aux Européens de jouer dans ses Etats un autre rôle que celui de trafiquants. Nous n’y occr.pions que des postes précaires, par concession du souverain, et en payant, à lui et aux souverains ses vassaux, une sorte de tribut. Quand Aureng- Zeb mourut, en 1707, ses successeurs n’eurent plus qu’une autorité nominale. Son empire se morcela en une infinité de petits Etats, gouvernés par des soubabs et nababs musulmans, rajahs indous, etc. Tous les aventuriers de l’Inde et des pays voisins, tous les chefs indous, mongols ou afghans qui pouvaient entretenir une bande de mercenaires, môme de brigands, s’y taillèrent des principautés. Les marchands européens firent de môme; c’est alors que la Compagnie française et la Compagnie anglaise s’essayèrent à devenir des puissances territoriales, et presque aussitôt elles entrèrent en conllit. Dans le Bengale, en face de la ville anglaise de Calcutta, nous avions Chandernagor, fondé en 1673; sur la côte de Coromandel, en face de la ville anglaise de Madras, Pondichéry, fondé en 1674. D’autres comptoirs moins importants furent constitués : Surate, en 1669; San-Thomé, Mazulipatam, vers la même époque; Mahé, en 1723; Karikal, en 1739; Yanaon, en 1730.
Dans l’Inde, nos premiers ennemis ne furent pas d’abord les Anglais, mais les Hollandais. Ceux-ci nous enlevèrent San-Thomé
en 1674 et Pondichéry en 1693. lis restituèrent leurs conquêtes à la paix. Puis, à mesure qu’ils s’affaiblirent, les Anglais prirent leur jîlace en face de nous.
Gouvernement <le Martin et de Dumas — - Pendant longtemps, notre Compagnie ne sortit pas de son rôle de société de négoce. Sans doute elle fortifiait ses comptoirs, mais c’était avec l’autorisation des souverains du pays, et uniquement pour se défendre contre les concurrents européens ou les brigands d’alentour. Martin, un de nos premiers gouverneurs (1674-1701), qui se défendit héroïquement dans Pondichéry en 1693 et qui y rentra après la paix de Ryswick, agissait surtout auprès des indigènes par la persuasion ; souvent les princes indous le prenaient pour arbitre dans leurs différends. Un de ses successeurs, Dumas (1733-1741), prit une attitude plus impérieuse : quand Ragoghi, chef des brigands mahrattes, vers 1739, envahit les royaumes du Dekkan et du Garnatic, Dumas donna asile dans Pondichéry à la famille princière duCarnatic. Ragoghi n’osa attaquer cette forteresse, défendue par une artillerie imposante. Dumas est le premier de nos gouverneurs qui soit devenu un prince indou pour le compte de la Compagnie ; le Grand-Mogol lui conféra le titre de nabab et le droit de lever 4 500 soldats.
A ce moment encore, la Compagnie n’affecte pas une politique conquérante. Il ne semblait pas possible à nos marchands, pas plus qu’à ceux d’Angleterre ou de Hollande, d’affronter, avec le peu d’Européens dont ils disposaient, les grands États indous de leur voisinage.
Gouvernement tie Dupleix^. — L’homme qui osa rêver de donner à la France un empire dans l’Inde et qui trouva les moyens de réaliser son rêve, ce fut Dupleix, né à Landrecies en 1697. Les services qu’il avait rendus, depuis 4730, comme directeur du comptoir de Chandernagor, le firent nommer en 1741 gouverneur général, en résidence à Pondichéry.
Les Anglais eux-mêmes lui font honneur d’avoir trouvé avant eux les deux moyens qu’ils ont employés depuis sur une vaste échelle et qui leur ont valu la domination sur 250 millions d’Indous. Le premier consistait, pour suppléer au petit nombre (le nos soldats européens, à dresser à la discipline européenne (les cipaijes ou soldats indigènes. Le second consistait à intervenir dans les guerres entre souverains indous, à aider tantôt
1. Castonnet des Fosses, L'Inde française avant Dupleix, 1887.