CHAPITRE V
GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE
Cultures. — Les cultures de l’Inde ont une valeur annuelle estimée à 1 887 000 francs (valeur de 1889), représentant un capital de 18 510 000 francs. Pondichéry entre dans ce total pour 786 000 francs; Karikal, pour 876 000 francs; Mahé, pour 194 000 francs; Yanaon, pour 31 000 francs. Nous avons calculé que la terre rapporte environ 10 0/0 à Pondichéry, 4 0/0 à Karikal, 7 à 8 0/0 à Mahé, de 10 à 17 0/0 à Yanaon. Chandernagor ne présente que des jardins et des lieux de plaisance. La moyenne de rapport pour l’Inde entière est assez élevée, atteignant près de 9 0/0.
La situation de Pondichéry est entre 0 et 11 mètres audessus du niveau de la mer, avec un point culminant de 35 mètres ; les territoires de Chandernagor, Karikal et Yanaon n’ont pas d’altitude supérieure à 10 mètres, celui de Mahé a 50 mètres. C’est ce qui explique le grand développement des cultures que peut faire ressortir le tableau suivant, arrêté au 31 décembre 1890 :
Riz .
Menus grains .
Potagers .
Bétel . .
Tabac . .
Indigo .
Cannes à sucre .
Coton .
Divers arbres fruitiers .
Total . . 26 492 hectares -to ares 09
C’est donc sur une superficie totale de 50 803 hectares un chiffre de 26 492 hectares que l’agriculture a conquis, auxquels il faut ajouter un millier d’hectares pour les habitations : soit les sept dixièmes du pays, étant donné que le domaine public (routes, étangs, villages) et les villes occupent deux autres dixièmes, et qu’un seul dixième au plus reste inculte.
Les principales cultures du territoire de Pondichéry sont les menus grains, qui occupent plus de la moitié des exploitations, le riz, les graines oléagineuses et arbres fruitiers, l’indigotier, les potagers, le bétel, le tabac, le cotonnier, la canne à sucre. Parmi les principaux produits, il faut encore noter le callou (suc des spathes du cocotier), les huiles d’iloupé, de coco, de gingély, de palma-christi, les fruits divers.
L lxNDE FRANÇAISE
Les cocotiers sont disséminés en bordures ou épars dans les autres assolements ; leur culture est donc particulièrement fructueuse. II en serait de même, avec quelque effort, du poivrier, aujourd’hui trop délaissé.
Des essais divers ont été poursuivis au j)arc colonial pour la culture de la vigne et de la vanille; on augure beaucoup de cette seconde culture, qui doit être conduite avec une extrême prudence pour ne point amener de brusques avilissements de prix.
Les arachides entrent à peine en exploitation sur les terrains jadis incultes de l’étang d’Oussoundou et dans les terres rouges de Galapett ; l’avenir de la colonie est là au point de vue agricole. Les neuf dixièmes des arachides transitant par Pondichéry viennent à l’heure actuelle des provinces de Tandjaour et Tritchinapoly.
Au point de vue du rendement à l’hectare (en poids), les cultures les plus riches sont l’indigo, les potagers, le riz nelly, les menus grains, le tabac. Les moins riches sont le coton, la canne à sucre et le bétel.
A Karikal, les cultures sont à peu près les mêmes. Le riz occupe près des huit neuvièmes du terrain employé. D’après un calcul spécial des frais d’exploitation, on voit que les cultures qui laissent le plus de bénéfices sont le riz, les bois d’essence, le bétel, les menus grains, les potagers, et que l’indigo ne rapporte presque rien.
A Mahé, on trouve comme principales cultures les arbres fruitiers (deux cinquièmes environ) et le riz. Les principaux produits sont les mêmes que ci-dessus, plus le poivre, l’arak et les j agrès.
A Yanaon, les terres en bois l’emportent, puis les menus grains, le riz, le tabac, le bananier. Il y a aussi quelques ares semés en piments.
L’Inde française possède environ :
Bœufs zébus . 38 000
Buffles . . . 40 000
Moutons. . . . ■ 20 000
Chèvres . . . 1 300
Porcs . 4 500
Industrie. — Au point de vue industriel, on ne saurait guère s’inquiéter à l’heure actuelle que de l’établissement de Pondichéry. Nous avons dit que l’on pourrait développer les pêcheries de Mahé ; on aurait également profit à créer à Chandernagor des écoles pratiques de pisciculture, eti ensemençant
du frai de Maurice et de la Réunion les étangs très nombreux et très propices de ce territoire, comme cela s’est fait aux alentours de Calcutta.
A Karikal on trouve 1 indigoterie, 4 teintureries, 48 huileries.
Pondichéry renferme une centaine d’indigoteries, une cinquantaine de teintureries, environ 300 huileries et 3 filatures de coton.
La filature la plus conidérable, connue sous le nom de Savana^ file et tisse les cotonnades connues sous le nom de guinées et teintes en bleu pour la vente du Sénégal. — Cet établissement, qui fonctionne à la vapeur, possède environ 20 000 broches, 500 métiers à tisser; il produit 2 500 kilogrammes de fil par jour et 23 000 mètres de toile, en employant 1 700 ouvriers (900 hommes, 350 femmes, 450 enfants), et 4 000 artisans logés à l’extérieur, occupés à tisser et à teindre.
Les deux autres filatures jadis existantes ont opéré leur fusion avec la Société de Savana. Le filage à la main a complètement disparu, et les cotonnades de Manchester et Winterthur sont en voie de ruiner le tissage à la main, qu’exercent encore 200 petits industriels.
Les nombreuses sources qui arrosent ce territoire sont très favorables à l’industrie de la teinture ; Pondichéry reçoit non seulement de ses alentours, mais aussi de la métropole, de la Normandie par exemple, des toiles blanches circulant en franchise, qu’on transforme en guinées bleues pour la réexpédition vers le Sénégal.
Il y a enfin, dans l’ensemble de nos dépendances, quelques tanneries, de nombreux fours à briques, et l’on pourrait compter également les produits industriels dus en général à l’initiative des Indous : les sèves depalmier et leurs composés, la cire brute, les écailles de tortues, le strass et la verroterie, les nacres, la corne de zébu et de buffle, les nattes, fibres à tresser, paillassons, canastres et paniers, les cordages, agrès ou apparaux, la toile à voile; des bois, meubles et jouets ; des savons d’huile de touloucouna ; des cotons écrus et blancs; des mégilis ou toiles de jute, des gunnis ou sacs de jute ou de sunn, quelques fers forgés, poteries, ouvrages et ustensiles en bois, instruments de musique, bronzes grossiers, etc.
Outre les guinées, qu’on divise en quatre sortes (conjons, filatures, salems, oréapaléons), le filage et le tissage donnent lieu à la fabrication de percales bleues ou sandrecanas, de toiles à carreaux, de mouchoirs dits burgos, de moresques
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(toiles et lainages fins), de cotons en laine, de mousselines, etc.
Il y a donc quelque fonds à faire sur l’avenir industriel de nos établissements, que les mines de Baliour, le port d’Ariancoupom et le canal de Pamben ont contribué à enrichir et à ouvrir au commerce européen.
IVavigrabilité. et railes. — Laville de Pondichéry,
chef-lieu de nos établissements, est aussi le plus important marché que nous ayons sur la côte indoue. Elle est divisée en deux parties, la ville blanche et la ville indoue, qui sont séparées par un canal issu des bouches de la rivière d’Ariancoupom (l’un des bras du Pambéar). La ville est parallèle à la mer dans toutes ses dimensions ; la ville blanche occupe donc le rivage même de la grand rade ouverte, qui sert encore de port à notre établissement. Les faubourgs de Vaitycoupom, Ghevranpett et Kirepaleom complètent au nord et au sud la ligne abordable de cette rade. La ville blanche est régulièrement bâtie ; ses rues sont larges et bien percées. Les principaux édifices publics sont l’hôtel du gouvernement, l’église paroissiale, l’église des Missions étrangères, deux pagodes, le grand bazar, la tour de l’horloge et celle du phare, une caserne, un hôpital; -l’hôtel de ville, la cour d’appel, le collège Cal vé. La rade foraine qui s’étend devant Pondichéry est la meilleure de toute la côte de Coromandel; elle offre deux mouillages, dont l’un, lu petite rade, à 2000 mètres du rivage à l’est et à l’est-sud-est de Pondichéry, est accessible aux vaisseaux pendant la belle saison (de janvier à avril et du 15 mai au20juillet),avecdes fonds de 7 à 9 brasses, et dont l’autre, la grande rade, sert durant la mauvaise saison, et se trouve dans la même direction, à une lieue et demie du rivage. La communication avec la terre, assez difficile, se fait par des bateaux à fond plat, sans membrures, appelés clielingues et catimaroms, pour lesquels est perçu un droit de batelage particulier. Il existe un tvharf ou pont-débarcadère, de 252 mètres de longueur, pour faciliter le chargement des navires. Ce pont est relié à la gare du chemin de fer.
En dehors de Pondichéry, nos établissements offrent peu de bons mouillages. L’embouchure de l’Arselar, à 1 mille et demi de laquelle se trouve Karikal, est obstruée par les sables pendant la sécheresse; elle est dégagée, du mois d’août au mois de mars, par le grossissement des eaux ; les petits navires peuvent alors prendre charge à Karikal, et les bâtiments, de 200 à 250 tonneaux, à varangues plates, remontent sur lest jusqu’à la ville.
La rivière de Mahé est navigable à deux ou trois lieues par des bateaux de 60 à 70 tonneaux. L’entrée en est malheureusement obstruée, mais serait facile à dégager. Sur notre rive, les fonds sont de vase molle ; la rive anglaise au contraire est sablonneuse, et les passes principales courent d’une rive à l’autre. On pourrait donc, avec l’appui du gouvernement anglais, faire de Mahé un très beau port.
Enfin les navires de 300 tonneaux peuvent remonter jusqu’à Yanaon parle Goringuy; le Godavéry est d’ordinaire obstrué.
En résumé il n’y a pas de véritable port dans les établissements français de l’Inde. Ajoutons toutefois qu’on travaille à en creuser un à l’embouchure de la rivière d’Ariancoupom, dans sa branche septentrionale couverte par l’île des Cocotiers et à peine séparée de Pondichéry par quelques centaines de mètres. Cette création fera de Pondichéry le principal comptoir commercial de toute l’Inde. Les difficultés techniques ne sont pas grandes, et depuis la construction des jetées de Colombo et de Madras, on sait comment les résoudre. Depuis les riz de la côte jusqu’aux cotons de Tinnevely, au sud de la péninsule, tous les produits susceptibles d’être exportés convergeraient ainsi vers l’unique point du Bengale où les marchandises pourront être embarquées à quai et par tous les temps. Calcutta et Madras luttent en effet contre des conditions d’infériorité insurmontables, que le port d’Ariancoupom ne connaîtra pas. On a calculé qu’en dix ans les travaux de ce port pourront être payés par les droits, et que ces droits ne pèseront point trop lourdement sur les marchandises, car la création des quais supprimera les frais de traction, le batelage, et les déchets qui surviennent aujourd’hui à l’embarquement par les chelingues. De plus, la rapidité des embarquements à quai diminuera de moitié ou des deux tiers les jours de planche, de sorte que le fret des vapeurs arrivera peut-être à être de 10 ou 15 0/0 moins élevé que celui demandé actuellement.
Cbemius de fer. — Depuis le 15 décembre 1879, Pondichéry est relié à Madras et au réseau anglo-indou. On signale parmi les projets de travaux publics que la colonie s’apprête à exécuter, le rattachement de Karikal à la station de Mayavaram sur la ligne du Soulh Indian Railway. Il existe également un projet de ligne desservant Ariancoupom, Javalacoupom et les mines de Bahour, à partir de Pondichéry, et se continuant du côté delà côte, par delà le Ponéar, par Portonow et Tranquebar, jusqu’à Karikal. Un autre projet rattacherait Mahé à Calicut,
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qui est aujourd’hui le point terminus d’une grande bifurcation, lancée par le Sowt/i India Railwny à partir de Tritchinapali à travers les provinces méridionales du Mysore.
Chandernagor enfin est desservi par le chemin de fer de rilougly, mais Yanaon se trouve hors de la portée de toute ligne ferrée.
Il est question de divers projets de chemin de fer à construire pour relier Pondichéry à Bahour d’une part et à Karikal de l’autre.
Un projet qui intéresse à un haut degré la prospérité de Pondichéry , c’est l’aménagement des passes de Pamben et Ramiçvéram entre l’ile de Ceylan et la côte indoue, qui ouvrirait à la circulation des grandes voies internationales le golfe de Manar et, par celui de Palk, la côte entière de Coromandel, en donnant aux navires une direction régulière et plus courte entre Aden et Calcutta, et en leur permettant de faire escale à Pondichéry comme à Madras.
€.’oininerce, — Pondichéry est en réalité le seul marché de l’Inde française. Le commerce y est exclusivement entre les mains de quelques grosses maisons, françaises pour la plupart. Une centaine de principaux négociants participe à l’élection de la Ghambrede commerce, qui, organisée en 1879 et élue pour six ans, est renouvelable par moitié tous les trois ans. Un office de commissaire-priseur existe depuis 1832 auprès de ce corps de marchands, dont les traditions d’honneur et de probité ont un grand renom dans toute l’Inde. Les importations sont toutefois à peu près nulles à Pondichéry, en dehors des vins français, des spiritueux, des comestibles en conserves et des articles de modes; elles n’ont point chance de s’étendre. L’Angleterre envoie bien aussi, mais en petite quantité, des charbons, des métaux, des machines, des cotonnades et lainages légers, et la France fait transiter quelques confections, des vins et eaux-devie. Il y aurait cependant à étudier les consommations des Indous, qui peuvent acheter des cotonnades, des ustensiles de ménage, parfois des machines, pourvu qu’on adapte ces produits à leur goût local. L’exportation a subi une longue crise jusqu’en 1878 ; on n’envoyait plus guère en Europe que de l’indigo et des huiles de cocotier. Depuis la découverte de l’aniline, les indigoteries étaient en décadence. C’est alors que la culture des arachides s’est implantée et a fourni un débouché important. Les arachides qui s’embarquent à Pondichéry viennent presque toutes du territoire anglais et les
frets sont enlevés par des vapeurs anglais de forte jauge.
Il y aurait sans doute possibilité d’utiliser la situation très favorable de Chandernagor, si l’on installait, comme cela est aujourd’hui projeté, un service à vapeur sur l’Hougly jusqu’à la mer; les traités nous assurent en effet la libre navigation du fleuve, et, si l’on déclarait cette ville port franc à l’exemple de Pondichéry, on aurait incontestablement un débit assuré des marchandises que taxe la douane de Calcutta, telles que les armes, les poudres, les liquides, l’opium, le sel. La vente seule des spiritueux, qui atteintà Calcutta plus d’un million de gallons, et paye près de trois millions de droits d’entrée, ferait de Chandernagor un puissant foyer d’affaires.
Le gouvernement a aussi pensé qu’en créant à Mahé un grand parc à charbons, on parviendrait à y créer un mouvement d’échanges, surtout si ce point devenait pour nos navires de guerre une escale obligatoire vers l’extrême Orient. Mais il suffit de connaître l’état exact des relations ouvertes à nos cinq établissements vers l’étranger pour comprendre que ce plan est un peu factice. Mahé n’est en effet sur aucune route, tandis que Pondichéry et Chandernagor correspondent à peu près directement avec l’Europe par les paquebots des messageries maritimes. De plus, le premier de ces ports communique également avec l’Europe par l’intermédiaire des nombreux vapeurs qui viennent prendre des chargements d’arachides. Pondichéry est encore en relations avec les Antilles et la Guyane par les voiliers à émigrants.
Pondichéry et Karikal sont en communication constante avec les îles Maurice et de la Réunion, par les voiliers qui viennent à ordre, et vont prendre charge à Calcutta ou à Cocanada. De plus, Pondichéry est relié à ces mêmes îles et aux Seychelles par les paquebots français des messageries. Ces deux villes, en outre, sont en rapport fréquent avec Pinang et Singapour par des vapeurs anglais appartenant à diverses compagnies, et par les messageries maritimes {via Colombo), qui vont en Cochinchine et en Chine; Enfin les établissements français de l’Inde communiquent entre eux au moyen des vapeurs de la Britisli India Company, qui font la côte. Mahé acquerrait cependant d’importantes ressources par le développement de ses pêcheries de sardines et par la préparation des conserves alimentaires.
Pondichéry, nous l’avons dit, est port franc. C’est là le secret de son importance commerciale. Les navires n’y payent que des droits très faibles pour la navigation sous tous pavillons,
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et ceux mênies qui prennent charge pour l’Inde ou Ceylan sont exonérés de tous droits. Les frais d’emballement et de magasinage des denrées ont été calculés de façon à ne point troubler cet ordre de choses, et nul autre débarcadère indou n’est accessible à de meilleures conditions.
Le sel et l’opium sont, en vertu des contrats de 1717 et 1818, exceptés de la franchise. Le tabac de toute provenance acquitte à son entrée le droit de consommation. L’introduction et la fabrication des spiritueux extraits du cocotier, du palmier, de la canne à sucre et du riz sont affermées tous les ans, en vertu d’un usage antérieur à l’annexion et familier aux vieilles urispruciences économiques du Levant. Enfin les produits naturels ou manufacturés de l’établissement, exportés avec certificat d’origine, acquittent, pour l’obtention de ce certificat, des droits variant suivant la nature des produits.
Les grains et graines de toute. sorte introduits en ville acquittent un droit de mesurage variant de 4 à 6 centimes par 100 kilogrammes.
Le phare de Pondichéry, installé le l®"" juillet 1836, sur une tour située auprès du rivage, à 80 pieds au-dessus de la mer, et muni d’un feu fixe qui porte à 12 et 15 milles, donne également lieu à un droit, dont sont dispenses le plus souvent les navires caboteurs. Il en est de môme du feu du port de Karikal, installé sur le mât de signaux à l’embouchure^ de l’Arselar, à 34 pieds au-dessus du niveau de la mer (feu fixe, portée à 8 et 10 milles).
Les frets ne sont pas, à Pondichéry, d’une cherté excessive, leur taux moyen étant de 49 fr. 40 le tonneau de 1015 kilogrammes pour la Méditerranée et de 56 fr. 55, pour les ports de l’Océan.
Notre colonie fait encore un commerce restreint avec les îles de la Réunion et de Maurice. Ce négoce est aux mains des natifs et consiste en riz, grains, percales blanches et bleues, expédiés par voilidi'S français de faible tonnage.
Le mouvement général de la navigation auquel donne lieu le commerce de Pondichéry et de l’Inde française s est traduit pour l’année par 517 navires à l’entrée et 635 a la sortie; sur ce nombre, le pavillon français n’est représenté que par 66 noms. C’est là un signe de la supériorité des frets anglais.
Il n’est pas tenu compte du mouvement, trop peu important, des ports de Chandernagor et Yanaon.
Les principales destinations ou provenances des navires français sont la Réunion, Maurice, Mayotte, Londres, Calcutta,
Pointe-de-GalIes, Madras, Tamatave, Gochin, Cannanour, Gondelour, la Martinique, la Guadeloupe, Falsepoint, Ghittagong et les ports de la colonie. Pour les étrangers, ce sont : Galcutta, Madras, Moulmein, Pinang, Singapour, Maurice, la Réunion, Port-Saïd, Newcastle, Geylan, Gochin et la côte de Malabar (Jafîna, Batticalao), Négapatam, Portonovo, Akiab, la Guadeloupe, Marseille, Dunkerque, Anvers, Gênes, Londres, Gondelour, Rangoun, Pamben, Tranquebar, et, dans une mesure moindre, les ports de la colonie.
Le tonnage des navires à l’entrée est de 543 051 tonnes et à la sortie de 535 710.
L’examen des chiffres prouve qu’à l’entrée les fortes cargaisons viennent, pour Pondichéry, de Madras, de la Réunion, de Pointe-de-Galles et de Maurice, et qu’à la sortie ce port dirige surtout sur Galcutta, Madras, Pointe-de-Galles, Marseille, et Ghittagong. Pour Karikal les provenances les plus importantes sont la Réunion et les colonies françaises, et la destination principale est Pondichéry.
Le nombre des hommes d’équipage pour les 66 navires français est évalué à 2 431.
La valeur des chargements s’est élevée en 1891 à 24 983 788 francs pour les navires français et étrangers (4 482 941 francs à l’importation, 20 500 847 francs à l’exportation).
Pondichéry se présente avec 22 994 691 francs, Karikal avec 2 749 612 francs, et Mahé avec 238 585 francs. Les chiffres les plus gros à l’importation sont, pour Pondichéry : Madras, Maurice, Marseille, Gochin, Moulmein, Pinang, Karikal et Bordeaux; à l’exportation, Marseille, Bordeaux, Maurice, Anvers, la Réunion, Pinang, Jaffna, Londres, Pointe-de-Galles, Gènes. Karikal reçoit surtout des marchandises de Pinang, de Geylan, du sud de l’Inde, et en renvoie surtout dans la direction de Geylan pour l’Europe, de Pinang et de la côte de Malabar.
On le voit, Pondichéry concentre presque toute l’activité commerciale de l’Inde française. Nour allons étudier avec plus de détail sur quelles matières s’exerce cette activité.
Statistique du commerce. Le mouvement d’affaires peut être évalué à 32 840 807 francs, décomposés ainsi (année 1890) :
i° COMMERCB ENTRE LA FRANCE ET SES ÉTABLISSEMENTS DANS l’iNDE.
Importations de France pour la colonie (commerce spécial) . 733 8541 \
Exportations de la[]colouie en France gén (commerceéral) . 14 637 2381]
L’INDE FRANÇAISE
2® COMMERCE DES ÉTABLISSEMENTS ENTRE EUX ET AVEC LES AUTRES COLONIES ET PÊCHERIES FRANÇAISES.
Importations des colonies et pêcheries françaises .
Exportations ( Denrées et marchandises de la colonie . 624 838t ‘
pour les k I
autres co- / Denrées et mar- / françaises . 8 069' | i
lonies et \ chandises pro- 1 ( 27 9791 )
pêcher esfvenantdej t
françaises. \ l’importation. ( étrangères. I9 910f i
3“ COMMERCE DES ÉTABLISSE.MENTS AVEC l’ÉTRANGER.
mportations ( Par navires français. .
en mar-J chandises j
étrangères ' Par navires étrangers
Exportations
pour
l’étranger.
Denrées et marchandises de la colonie. .
Denrées et mar- / françaises. 37 029f chandises pro- t venant de j
l’importation. ( étrangères. 3 521 454f
Total général.
D’où il résulte que près de la moitié du commerce de l’Inde française se fait avec la France et les colonies françaises : fait d’autant plus remarquable que nos territoires de l’Inde sont enveloppés de près et de loin par les possessions britanniques et que le pavillon français se montre à peine sur ces côtes.
Les principales marchandises exportées en France pour la colonie sont les tissus de soie, les outils et ouvrages en métaux, les vins, les papiers, les bijoux doublés, les machines et mécaniques, les fruits de table, les vins de liqueur, les tissus de coton, a bimbeloterie, les tissus de laine, les ouvrages en peau et cuir, es eaux-de-vie, la poterie et verres, les liqueurs et vins fins. On remarque encore des viandes salées, conserves, fromages, savons, tissus de tin et chanvre, bijoux d’argent, meubles, instruments d’optique, boutons, lingeries cousues, confections, du liège, de la tabletterie, etc. La France reçoit des arachides, des guinées, de l’indigo, des graines de sésame, de caméline, chènevis, moutarde, etc., de l’huile d’arachide, du café, des écailles de tortue, de l’huile de coco, des bois de teinture, de la vanille, du poivre, des tresses pour paillassons, etc... Les statistiques ne permettent pas d’établir un classement d’importance entre les divers pays étrangers avec lesquels trafique l’Inde française et au premier rang desquels se place incontestablement l’Angleterre.
lia classe ouvrière. — classe ouvrière indoue (domestiques et ouvriers proprement dits) netouche en moyenne
que 5 à G roupies par mois. Les privilégiés vont jusqu’à 10 roupies.
Celte classe se nourrit le plus souvent de riz bouilli assaisonné d’un maigre carri (condiment très épicé), d’herbe ou de poisson ; quant à la nourriture des Européens, le mouton coûte de 37 à 23 centimes la livre; le bœuf, de 45 à 23 centimes, les morceaux de choix 90 centimes; les œufs, 4 centimes pièce ; la volaille, 45 à 60 centimes pièce; le canard, 4^20 à 1^,50; le gibier (perdrix, caille, etc.), de 8 à 30 centimes pièce; les légumes, de 12 à 15 centimes la livre; le riz et le pain, de 30 à 90 centimes le kilo. Les prix de la vie, sans être encore bien élevés, comme on le voit, ont augmenté depuis quelques années.
Quant aux vêtements, l’habillement complet en drille anglais coûte de 9 à 12 francs; l’habillement complet en alpaga, de 30 à 35 francs ; la douzaine de chemises en coton, de 30 à 35 francs ; les souliers ordinaires, de 5 à 7 francs; les bottines, de 6 à 10 francs. — Le costume ordinaire d’un riche Indou vaut 4 roupies (O*", 60), celui de l’ouvrier 1 roupie environ. — Le prix des logements est en moyenne, pour les Indous, de 7 francs par maison et par mois, de 10 à 12 francs pour les métis, dits topas ou gens à chapeaux, de 23 à 30 francs pour les Européens célibataires, de 40 à 100 francs pour les familles européennes.
Immigration et émigration. — L’immigration européenne est presque nulle. Les travailleurs indigènes de toute sorte sont en abondance, très laborieux, très sobres, très patients. On les paye de 1 fr. 20 à 1 fr. 50 pour les ouvriers hors ligne, de 90 centimes à 1 franc pour les ouvriers ordinaires, et de 45 à 50 centimes pour les aides et les femmes. Les chauffeurs et mécaniciens sont un peu plus payés. Enfin les journaliers sont le plus souvent loués au mois ou <à l’année.
C’est par Pondichéry et Karikal, presque exclusivement, que sont sortis les émigrants indous, dits coolies ou hommes de Coromandel, qui se sont rendus pendant ces dernières années dans les diverses colonies.
Une société d’émigration était jadis établie à Pondichéry entre les principales maisons de commerce, et bien que son monopole ne s’étendît qu’à nos établissements, elle passait contrat avec les planteurs de la Réunion et des Antilles, pour livraison de coolies moyennant 39 ou 42 roupies l’homme. Depuis 1861, une convention conclue avec l’Angleterre nous a donné le droit d’avoir des agents recruteurs officiels auprès des
L’INDE FRANÇAISE AI
villes de l’Inde anglaise, et nous entretenons aujourd’hui trois fonctionnaires de ce genre, à Pondichéry, Karikal et Calcutta, les postes de Yanaon, Mahé, Bombay et Madras ayant successivement disparu.
Une commission d'émigration surveille les transports; les agents traitent de gré à gré pour les prix avec les colonies qu’ils fournissent.
Monnaies, poids et mesures, Institutions cie crédit. — Nous aurons complété les renseignements sur l’état économique de l’Inde française en examinant ses institutions et moyens de crédit et de correspondance internationale.
La seule monnaie ayant cours aux Indes est la roupie, dont la valeur légale est, depuis le 13 septembre 1884, fixée annuellement d’après le cours commercial. Elle a été fixée, pour l’année 1891 , à 1 fr. 90. Elle se subdivise en IG annas dont chacun vaut 12 pies ou païces, ou bien en 8 fanons dont chacun vaut 24 paches. La valeur présente de la roupie est de 2 fr. 06. Les monnaies, autres que la roupie et ses subdivisions, sont vendues au poids.
Le taux moyen du change pour les traites à vue sur France a été en 1884 de 2 fr. 06. Le taux moyen pour les traites sur la Réunion h 60 jours, de 2 fr. 46. — Celui pour les traites sur Maurice, de 41/2 pour 100 d’escompte.
Les poids sont : le candg français (240 kilogr.), le candg anglais (226 kilogr. 772 gr.), Vhundredweigt ou cwt (30 kilogr. 796 gr.), le mand (11 kilogr. 338 gr.).
Les mesures de capacité sont : la velle (7 litres 43), pesant 6 kilogr. 873 gr. pour les huiles de coco, le gallon impérial (4 liv. 343), le sac (74 kilogr. 331 gr.), la courge (20 pièces).
Les mesures agraires sont : à Pondichéry, le cany (33 a. 33 c.) et le couji (33 c. 31 mill. d’are); à Chandernagor, le bigah (13 a. 37 c.), subdivisé en 20 cottahs de 16 cuilacks chacun; à Karikal, le véli (2 h. 67 a. 18 c.), subdivisé en màs; à Mahé, le cole (6 pieds carrés); à Yanaon. le candi (2 h. 14 a. 4 c.), subdivisé en 80 conjons de 4 maniqués chacun.
La Banque de /7w(/o-C/ime, privilégiée par décret du 21 janvier 1873, est autorisée à émettre des coupures circulant dans la colonie. La Banque de Madras délivre des traites sur la France, comme le comptoir de la Banque de l’Indo-Chine, établi en 1877, et toutes deux font toutes les opérations de prêts et de négociations commerciales. — La succursale de la Banque de l’Indo-Chine à Pondichéry, qui faisait en 1877 pour
12 314 870 fr. 33 de transactions, en a fait 1883 pour 35 658 751 fr. 25, dont plus de 17 millions tant en remises qu’en tirages sur l’Europe.
Le taux de l’intérêt est établi dans l’Inde française, par suite d’anciens usages légaux consacrés en 1767, à 10 0/0 au taux commercial et en matière civile (9 0/0 dans la pratique).
Postes* télégraplies, routes. — Le service des postes est fait tant par les soins du gouvernement anglais que du gouvernement français, d’après les conventions nationales. Le service télégraphique est aux mains du gouvernement anglais et offre deux voies principales, celle de Suez et celle de la Perse (plus coûteuse, mais plus sûre).
Nos établissements ont un circuit de routes évalué à environ 360 kilomètres dont la dépense d’entretien s’est élevée en 1892 à la somme de 65800 francs, et dont l’usage est plus que suffisant pour les besoins assez restreints des charrois.
La colonie de l’Inde française est donc pourvue de tous les organes nécessaires à sa sécurité, à son bien-être, à sa grandeur. Grâce aux progrès de l’industrie, on peut espérer que la France aura de plus en plus à se féliciter de ne pas avoir laissé dépérir en ce pays les débris encore vivants d’un héritage glorieux.
Henri Deloncle.
L’INDO-CHINE FRANÇAISE
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