‹ La France colonialeChapitre 98 sur 180 · JUSQU’AU TRAITÉ DE · texte numérisé non relu

JUSQU’AU TRAITÉ DE

Aux di 11 -septième et dix-huitième siècles. -- Colbert et Dupleix ont noué des relations et ont pensé à créer des comptoirs dans ITndo-Ghine.

^ Toutefois, c est seulement a la veille de la Révolution que l’influence française put s’exercer dans l’extrême Orient. L’empereur Nguyen-Anh, plus connu sous le nom de Gia-Long, réduit à fuir devant des compétiteurs au trône de l’Annam,

i. E. Reclus, Géographie, t. VIII, 1883. — Notices coloniales, 1885 et Notices coloniales illustrées, 1889. — Annuaire de l’Indo-Chine française. —

Dulreuil de Rhins, Le Royaume d’Annam et les Annamites, 1879

A. Boüinais et A. Paulus, Le Protectorat du Tonlcin, 1883; La France en

Indo-Chine, 1886; L’Indo-Chine contemporaine, 2 vol. 1885 • A Boüi

nais, De Hanoï à Pékin, 1892. — Gastonnet-Desfosses, Rapports du Tonkin et de la Cochtnchtne avec la France, 1883. - Hervey de Saint-Denis, L’-Ann‘aw

et la Cochinchinc au point de vue historique et philologique, iSSd.

Ch. Lemire, L’Indo-Chine, 1881. — Paul Bonnetain, L’ Extrême -Orient.

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FkANCE COLOKIALB.

trouva un asile auprès d’un vicaire apostolicpie français,

Pigneau de Béhaine, évêque m parlibiis d’Adran. Sur les conseils du prélat, Gia-Long demanda le secours de Louis XVI. Le 28 novembre 1787, un traité d’alliance, offensive et défensive, fut signé à Versailles entre les plénipotentiaires français et le prince royal Ganh-Dzué, assisté de l’évêque d’Adran. Le roi de France promettait d’envoyer en Indo-Gliine une Hotte de guerre et un corps de débarquement, de fournir des munitions et un subside de 500 000 piastres. En retour, Gia-Long cédait à la France l’archipel de Poalo-Ço adore, la baie et la ville de Touraae; il accordait la liberté de commerce à nos nationaux et la liberté du catholicisme.

Gertaiùes difficultés ne permirent pas au gouvernement français de remplir ses promesses. Pigneau de Béhaine ne se découragea pas. Il fréta à Pondichéry deux navires, engagea des officiers, des ingénieurs et des médecins, Ghaigneau, de Forçant, Vannier, Dayot, Ollivier, Le Brun, Barizy, de flsle- Sellé, Despiaux, Guillon et Guilloux. La flotte et l’armée de Gia-Long furent organisées à l’européenne; le prince recouvra son héritage et s’empara du Tonkin, où régnait alors une dynastie rivale.

L’évêque d’Adran demeura le principal conseiller de l’empereur jusqu’en 1798. Il mourut alors, et la fortune de nos compatriotes déclina. Les successeurs de Gia-Long ne furent pas aussi favorables aux entreprises des Européens.

i*remière guerre avec t’Auuain. — Plusieurs conflits s’élevèrent entre la cour de Hué et les gouvernements occidentaux, surtout à l’occasion du supplice de plusieurs missionnaires L •;

En 1858, les avanies de la cour annamite, qui avait repoussé les avances pacifiques d’un plénipotentiaire français, M. de ; Montigny, contraignirent les cabinets des Tuileries et de l’Es- i

curial à agir avec vigueur. Le vice-amiral Iligault de Genouilly, à la tête d’une expédition franco-espagnole, s’empara de Toarane (31 août 1858) et de SoiV/on (15-17 février 1859). La guerre d’Italie et l’expédition de Ghine firent abandonner momentanément la conquête du delta du Mékong. Le port de Tourane fut même évacué. Seule la place de Saigon fut admirablement défendue par le capitaine de vaisseau d’Ariès et le colonel espagnol Palanca Guttierez.

1. le; Françiiis Ga^elin, Marcliand, Cornîiy, Jaccard, Borio-Diiiiioiilin,

DclaiiUitlc, SclKelilor el Ilouuard, les Espagnols Uelgaclu, llunurez, Fernandez, Uiaz el Sainpredo.

L’INDO-CUINE FRANÇAISE

Les Annamites, pour nous assiéger dans Saigon et dans son annexe la cité chinoise de Gholon, élevèrent, sous la direction du maréchal Nguyen-Tri-Phuong, des lignes de circonvallation fortitiees, dites lignes de Ki-Iloa, et bloquèrent étroitement notre petite garnison, forte de 800 hommes au plus.

La lin de la campagne de Chine permit de reprendre les operations avec vigueur. L’amiral Gharner, à la tête d’une division navale de douze bâtiments et d’un corps de débarquement de 3 à 4 000 hommes, arriva le 6 février 1861 à Saï^on Le 24 février, les lignes de Ki-Hoa furent attaquées. Une partie des positions ennemies tomba en notre pouvoir. Le lendemain, après un mouvement tournant sur la gauche des Annamites, un furieux assaut nous rendit maîtres des fortifications des Annamites. Nos pertes étaient sérieuses et permettaient, dès ce jour, de comprendre que des ennemis asiatiques, fortement letranchés et commandés par des hommes vigoureux comme le vieux Nguyen-Tri-Phuong, n’étaient pas des adversaires a dédaigner.

Mytho, Bien-Hoa, Baria, Vinh-Long tombèrent ensuite entre les mains de l’amiral Bonard, successeur de Gharner.

Traité de §»aïgron, isc*. — L’empereur Tu-Duc, souverain de l’Annam, menacé par une révolte de ses sujets du fonkin, privé des envois de riz de ses provinces méridionales consentit alors à signer la paix à Saigon (5 juin 1862). Il cédait à la France les trois provinces de Mytho, de Bien-Boa et de iyatgon et le groupe de Poulo-Condore. Il s’engageait à payer une indemnité de guerre de 20 millions de francs et ouvrait au commerce les ports de Tourane, Balat et Quangan. Les ratifications du traité furent échangées à Hué entre Tu-Duc, l’amiral Bonard et le colonel Balança, le 14 avril 1863. De notre cote, nous avions rétrocédé Vinh-Long à l’Annam.

Occupation des provinces occidentales, 1909.

Le grand mandarin Phan-than-Giang avait été nommé vice-roi des contrées occidentales du bas Mékong, demeurées sous la domination de 1 Annam. Get homme supérieur, l’un des plus remarquables que nous ayons rencontrés devant nous, épuisa ses forces dans une tâche ingrate. D’un côté, il s’efforçait de convaincre son gouvernement de l’inutilité des efforts hostiles contre notre établissement, et d’un autre, il était contraint, par les ordres de son roi, de soutenir les révoltes qui se produisaient contre la domination française.

Gette situation dura jusqu’en juin 1867. A cette époque, le

chef de notre colonie, l’amiral de la Grandière, fut autorisé, pour y mettre un terme, à occuper Vinh-Long, Ghaudoc et llatien. Le vice-roi, convaincu de l’inutilité d’une résistance, donna l’ordre aux gouverneurs de recevoir nos garnisons. Puis, refusant les propositions généreuses de notre amiral, qui lui offrait un asile, il s’empoisonna, noble victime d’une politique cauteleuse qu’il avait inutilement combattue*.

Les six provinces de la Basse-Cocbincbine nous appartenaient désormais; mais la cour de llué protestait toujours contre l’occupation de la rive droite du Mékong. Les efforts de nos amiraux s’attacbaient à régulariser cette situation et à la faire consacrer par un instrument diplomatique.

Pi’o<ec(orat sur le Cambailgrc, 1S03. — Au nord de

notre nouvelle possession se trouvait le royaume de Cambodge, débris de cet empire des Khmers qui a laissé de magnifiques monuments, dont les ruines à’ Angkor-Vat peuvent donner une idée. L’attention de la France fut attirée, dès l’origine de notre établissement dans l’Indo-Chine, sur ce pays. Depuis longtemps, les Annamites et les Siamois se disputaient, par les intrigues ou par les armes, la suzeraineté sur les princes dégénérés de la cour de Oudong. Devenue maîtresse du delta du Mékong, la France se substitua aux Annamites.

« Il n’y avait pas d’avenir possible pour nos possessions de Cochinchine, si la vallée du Grand-Fleuve nous restait fermée. Or, entre des mains siamoises, le Cambodge ne pouvait être et n’était en effet qu’une barrière et un isolant empècbant tous les produits du Laos d’arriver à Saigon, pour les rejeter sur Bangkok. Nous ne pouvions tolérer qu’une influence commerciale aussi contraire pût s’exercer à Plinum-Penh, aux frontières mômes de cette colonie »

L’amiral de la Grandière avait compris cette situation. Il avait envoyé en mission auprès du roi Norodon le futur explorateur de la vallée du Mékong, le regretté capitaine de frégate Doudart de Lagrée. Celui-ci sut rapidement prendre un grand ascendant sur l’esprit du prince kbmer. Il réussit à lui persuader que la tutelle de la France saurait lui assurer la couronne. Il lutta contre riniluence siamoise, Juscpi’alors préjmndérante au

1. Le suicide est fréquent chez les peuples de civilisation chinoise. Depuis l’antiquité la plus reculée c’est le refuj'e des hoinines d’État, des généraux, des dii)!oinates inalhcureu.x dans leurs entreprises ou désavoués par les Fils du Ciel.

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