CHAPITRE III
GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION I. — PÉRIODE ANTÉRIEURE A l'UNION INDO-CHINOISE (1858-1887)
Jusqu'à la création de l'Union indo-chinoise en 1887 nos établissements de l'Indo-Chine ont formé deux groupes comprenant, l'un la Cochinchine et le Cambodge, l'autre i'Annam et le Tonkin.
Cochinchine et Camboiiire. — Depuis la conquête jusqu'en 1879, la Cochinchine, colonie française, fut soumise au régime militaire et gouvernée par des officiers généraux insti-
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tués par le chef de l'État et nommés sur la proposition du ministre de la Marine et des Colonies.
L'amiral Bonard, nommé par un décret impérial du 25 juin ir62, fut le premier qui reçut la qualification de gouverneur, tandis que ses prédécesseurs, les amiraux Rigault de Genouilly, Charner et Page, n'avaient eu que le titre de commandants en chef du corps expéditioniiaire. Les gouverneurs militaires avaient les pouvoirs les plus étendus. Ils avaient le commandement des forces de terre et de mer, ils étaient les chefs de l'administration, de la justice, des finances et possédaient une partie du pouvoir législatif. Parmi les officiers généraux qui ont présidé au développement de la Cochinchine, il faut citer l'amiral de La Grandière qui organisa la colonie d'après un plan méthodique et réunit à nos possessions les trois provinces occidentales du pays.
Le gouvernement de la République, après avoir maintenu le régime militaire aussi longtemps que les nécessités de la domination l'exigèrent, voulut faire profiter notre colonie du régime civil réclamé depuis longtemps par l'opinion publique. Un décret présidentiel du 13 mai 1879 chargea M. Le Myre de Vilere de l'organisation du nouveau système.
Le gouverneur avait la disposition des forces de terre et de mer ; il dirigeait l'administration et avait sous ses ordres les chefs des divers services ; il était assisté de deux conseils, le conseil privé et le conseil colonial.
Depuis le traité de 1863 avec le roi Norodon, le gouverneur de la Cochinchine exerça son autorité sur le résident français au Cambodge.
et Tonktn. — A l'origine le gouverneur de la Cochinchine était chargé des rapports avec la cour de Hué et recevait les instructions du ministre de la Marine et des Colonies. L'expédition du Tonkin amena la nomination d'un résident général de TAnnam et du Tonkin relevant du ministère des Affaires étrangères.
Le mode d'action de la France dans ces deux pays, comme dans le Cambodge, fut le protectorat.
Deux modes d'organisation peuvent en effet être imposés à une contrée soumise par les armes. Dans le premier, le conquérant prend possession du pays, dépouille l'ancien monarque de «es attributions et pourvoit au gouvernement et à l'administration. C'est le régime appliqué à la Cochinchine depuis 1858. Dans le second mode, le vainqueur, après avoir occupé les
points stratégiques, engage à son service des troupes indigènes et s'attribue le droit de haute police politique (droit d'internement des personnes, de séquestre des propriétés, etc.). Il laisse au titulaire du trône les honneurs souverains et radministration du royaume sous le contrôle de représentants ou de résidents. Les traités du 25 août 1883 et du 6 juin 4884 plaçaient à Hué un commissaire général du gouvernement de la République, qui avait le droit de voir en audience privée le monarque annamite. Le guet-apens du 5 août 1885, dirigé par le régent Thuyet, nous força ensuite à concentrer tous les pouvoirs entre les mains de l'autorité militaire. Mais, dans l'esprit des premiers organisateurs, M. Harmand et M. Patenôtre, il devait y avoir une profonde différence entre le régime que nous appliquerions au Tonkin et celui qui devait être suivi dans l'Annam. Dans le premier pays, notre action devait être plus forte, plus visible, pour nous conduire rapidement à la transformation du protectorat en domination ; dans le second noire action devait être plus réservée. Les intrigues de la cour de Hué obligèrent à reviser le traité Patenôtre et k ne constituer qu'un seul protectorat pour l'Annam et le Tonkin.
Ce protectorat, organisé par le décret du 27 janvier 1886, a été appliqué jusqu'à la fin de 1887. Il comprenait l'Annam et le Tonkin et constituait, au regard de la métropole, un senice autonome ayant son organisation, son budget et ses moyens propres. Le chef du protectorat prenait le titre de résidff^ général. Il était investi de tous les pouvoirs de la République auprès de la cour de Hué, de l'exercice de tous ses droits sur l'Annam et le Tonkin. Il avait pour lieutenants deux résidents supérieurSy l'un à Hanoï, l'autre à Hué, et il était assisté d'un conseil du protectorat. Ce système fut pratiqué successivement par Paul Bert et par M. Bihourd.
Paul Bert inaugura la politique de réconciliation. U entreprit d'effacer dans l'esprit du peuple annamite tout sentiment d'hostilité ou de défiance à notre égard et s'appliqua à montrer que la conquête était terminée et que la pacification allait se faire. Il apporta dans cette œuvre un zèle et un dévouement dont malheureusement il devait bientôt être victime. Comme il se multipliait pour faire prévaloir partout sa politique d'apaisement, il se fatigua rapidement. Plus tard, au cours d'un voyage à Hué, ayant contracté la dysenterie, il ne put résister au mal et mourut à Hanoï, le 41 novembre 1886.
Il fut remplacé par M. Bihourd, directeur au ministère de l'Intérieur, nommé par décret du 23 novembre 1886. M. Bihourd
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s'efforça de continuer la politique de Paul Bert. Sous son administration la pacification fit de nouveaux progrès. Puis un changement considérable fut apporté dans l'organisation de nos possessions indo-chinoises. La colonie de la Cochinchine et les protectorats du Cambodge, de TAnnam et du Tonkin furent réunis sous la même autorité politique et constituèrent V Union ini(hchinoise,