GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE ET ÉCONOMIQUE
Aspect ipénéral. — Le 23 octobre 1884, le président du Conseil supérieur de santé écrivait au ministre de la Marine : « Sauf rilot de Gayenne qui s'avance dans la mer, sauf les trois îlots d'origine volcanique qui portent le nom d'îles du Salut, la Guyane tout entière, depuis la rivière du Maroni jusqu'au territoire conteste^ n*est qu*un vaste marais, dans lequel les Européens ne peuvent ni vivre ni travailler. »
Je voudrais contredire cette description que je ne crois pas suffisamment exacte.
Quand le voyageur qui a traversé l'Atlantique arrive en Guyane et que, tournant le dos à l'Océan, il regarde du côté des Andes, qu'aperçoit-il devant lui? Il voit, au premier plan, derrière un bourrelet de sable de largeur inégale et qui est rompu çà et là par le flot, une immense plaine, le plus souvent boisée, s'étendant jusqu'à quinze, vingt, quarante kilomètres au moins du rivage. Cette plaine, en général sèche l'été, inondée pendant rhivemage, forme cuvette sur certains points, car son niveau est fréquemment inférieur au niveau des grandes marées. Cette plaine, où surgissent quelques rares mamelons, constitue les terres basses.
Mais, si le voyageur, tournant toujours le dos à l'Océan et regardant toujours du côté des Andes, pouvait percer du regard l'horizon, il apercevrait au loin, au second plan, par delà les terres basses, les terres hautes qui commencent. Elles
lui apparaîtraient, s'élevant peu à peu, montant doucement vers le ciel, découpées en trois gradins successifs qu'on peut appeler, en marchant de Test vers l'ouest, la région des Cascades ou des SautSy puis le plateau central de l'intérieur, enfin, la chafoc des monts Tumuc-Humac. Sur chacun des trois gradins, des mornes ou pitons se dressent isolés, ne dépassant guère 300 mètres au-dessus de la mer dans la région des Sauts, 500 mètres sur le plateau central, 1 000 à 1 200 mètres sur les monts Tumuc-Humac.
La Guyane n'est donc pas du tout un pays plat. Elle offre sans doute à l'Européen, qui descend de son navire, d'abord une terre basse ; mais cette terre basse n'est que le rez-dechaussée. La Guyane présente bientôt, à des altitudes progressivement croissantes, le triple et successif étage de ses terres hautes. L'histoire de la colonie s'est, il est vrai, principaJement déroulée sur le littoral ; les terres hautes ne sont guère parcourues que depuis trente ans, depuis qu'il y a des chercheurs d'or. Le rédacteur de l'avis du 23 octobre 1884 a pris la partie pour le tout, la terre basse pour toute la Guyane.
lilUoral. — La côte est presque droite et ne présente ni échancrure profonde, ni rade, sauf celle où se trouve l'îlot qui supporte la ville de Cayenne. Elle n'a donc pas un bon port. Presque partout le littoral inondé, à deux ou trois lieues de profondeur, se confond avec les bancs de sable d'une mer fangeuse. Il n'est guère dessiné que par une ligne plus ou moins épaisse de palétuviers.
Signalons, à quelque distance du rivage, les iles du Salut.
Ilydro^raplile. — La Guyane française est arrosée par une vingtaine de cours d'eau. Les plus importants, en allant du nord au sud, sont : le Maroni, avec ses deux affluents du Tapanahoni et de VAwa; la Jtfana, qui peut recevoir les grands bâtiments jusqu'à 16 kilomètres de son embouchure; le Sinnamary, le Kourou, célèbres par les malheureuses tentatives de colonisation en 1763 et 1798 ; la Cayeniie, qui a donné son nom à la rade de son embouchure; enfin, VOyapok. Tous ces fleuves, à une certaine distance de leur embouchure, sont malheureusement coupés, grâce aux terrasses successives de la Guyane, par des sauts et des barres.
Dans l'intérieur des terres sont les affluents, encore mal connus, de l'Orénoque et de l'Amazone. Le regretté docteur Crevaux, dans une de ses dernières explorations, a montré que VYari, affluent de l'Amazone, communique avec le Maroni et
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qu'on peut, par un travail de canalisation, ouvrir Taccès du plus grand bassin de TAmërique méridionale. Dans les régions presque inexplorées se trouvent encore les lacs Mepecucu, Macari et Mapa,
Gllmatoloiirle. — La Guyane est caractérisée par Tabondance des pluies et par la permanence d'une température élevée. Deux saisons s*y partagent Tannée, comme dans les Antilles. La moyenne de la chaleur est de 28o ; le maximum dépasse rarement 310 ; le minimum ne s'abaisse guère au-dessous de 23<>. Il pleut de 160 à 180 jours par an, et la quantité d'eau tombée représente la hauteur considérable de 3 à 4 mètres.
La configuration du sol et le climat une fois indiqués, voyons les phénomènes réguliers qui vont se produire. Les pluies de l'hivernage s'abattent sur le pays. Une partie de ce torrent se jette dans les fleuves, en accélère le cours et se perd dans rOcéan. Une autre partie lave et dénude le sommet des montagnes et des collines, enlève l'humus et l'entraîne au bas des vallées, où la végétation, sous la triple influence de l'eau, de la chaleur et d'une terre profonde, devient luxuriante. Enfin la majeure partie de celte masse liquide, roulant de gradin en gradin, se précipite des terres hautes sur les terres basses et s'accumule au bord de la mer dans Timmense cuvette, tapissée d'argile, qui la reçoit et qui la retient.
Quand l'hivernage a cessé, le soleil, qui n'est plus contrarié par la pluie, chauffe sans trêve ni merci la surface des terres basses; Févaporation s'accomplit; les plantes et les poissons périssent dans la vase, où grouillent les reptiles ; on cherche en vain le lac que parcouraient naguère les canots; il ne reste plus, sur beaucoup de points, qu'un marais fétide où trop souvent le voyageur imprudent s'enlise et trouve la mort.
De l*liisal«brtté de la CS«yane po«r les MancA.
— J'aborde maintenant la question controversée de savoir si les blancs peuvent vivre, et surtout s'ils peuvent travailler la terre sous les tropiques. A l'instant où la métropole ne demanderait pas mieux que d'expédier là-bas quelques centaines de forçats blancs et quelques milliers de récidivistes, il importe que ce problème soit discuté à fond.
Dans cette partie délicate de ma tâche, je ne pouvais m'en rapporter à mes appréciations individuelles. Mais le ministère de la Marine avait, à ma prière, donné l'ordre au conseil de santé de la Guyane de formuler son avis sur la salubrité ou l'insalubrité du pays; et le savant rapporteur du conseil, M. le
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docteur Hache, qui habitait depuis huit ans la colonie, a bien voulu m'accompagner partout, m'éclairant de sa science. Dans les pages qui suivent, s'il y a; au point de vue médical et hygiénique, quelques idées neuves et justes, tout l'honneur doit lui en revenir; je n'aurai été, en cette circonstance, qu'un auditeur fidèle.
Il semble tout d'abord que l'insalubrité de la Guyane ne puisse faire doute. L'administration pénitentiaire n'a-t-elle pas dû fermer l'un après l'autre presque tous les établissements qu'elle avait fondés? Le décret de 1867, qui a suspendu l'envoi des forçats envoyés en Guyane, n'a-t-il pas été l'aveu d'une situation intenable? Le Conseil supérieur de santé métropolitain n'a-t-il pas rendu un jugement décisif dont j'ai rappelé les conclusions au début de cette notice? Enfin le chifl're effroyable d'une mortalité qui a pu monter jusqu'à 63 0/0 n'apporte-t-il pas au débat l'autorité d'un fait écrasant?
Je ne crois pas que ces arguments soient aussi écrasants qu'on l'affirme. Je vais examiner de près cette mortalité qu'on invoque, en chercher les causes, en dégager la moyenne vraie et expliquer ce chiffre de 63 0/0 qu'on agite comme pour un épouvantail.
lia tièwre palwcléenne. — Les forçats européens qui sont décédés en Guyane depuis 1853 ont été principalement enlevés par la fièvre paludéenne, par la dysenterie, par l'anémie, par la fièvre jaune. Je reconnais que les trois premières maladies sont endémiques dans cette colonie; elles naissent sur place; elles proviennent du sol ou du climat. Je pense, au contraire, que la fièvre jaune a toujours été importée du dehors; elle est un accident ; elle peut être tenue à distance par des quarantaines sévères.
Les maladies endémiques et les maladies exotiques ne sauraient donc être mises sur la même ligne, quand on veut, dans un pays déterminé, définir l'état normal et permanent de la santé publique.
La fièvre paludéenne procède à la façon d'une intoxication lente. Elle provient moins du marais que du défrichement d'un sol vierge, pour la première fois exposé au soleil. Je puis justifier cette opinion. Depuis que Ton ne défriche plus en Guyane, les fièvres paludéennes sont devenues moins nombreuses. En 1860, elles représentent les deux tiers des cas de maladie; • aujourd'hui elles n'en représentent plus qu'un huitième à peine; cependant la surface des marais n'a pas été diminuée. Les noirs
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OU les peaux-rouges dressent impunément leurs carbels sur des bancs de sable, à la lisière même des marais; mais, quand ils déboisent, quand ils font un abatis pour planter le manioc, ils prennent la fièvre paludéenne. Les affections paludéennes proviennent, par conséquent, du défrichement et non du voisinage des marais. Le marais est inoifensif, surtout quand il est boisé.
Ija dysenterie. — La dysenterie est fréquente en Guyane; elle atteint ceux qui boivent des eaux impures, où se trouvent en suspension des matières organiques, végétales ou animales. Pendant plusieurs années, les soldats et les transportés buvaient, aux îles du Salut, l'eau de pluie qui avait d'abord lavé le sommet des plateaux ; ils étaient éprouvés parla dysenterie. L'Administration construisit sur le plateau supérieur de rtle principale une vaste citerne maçonnée, où Teau de pluie était recueillie telle qu'elle tombait du ciel; la dysenterie cessa.
Voilà donc une maladie qui a fait de grands ravages, — c'est la dysenterie qui a tué l'expédition de Kourou en 1763 et 1764, — voilà une maladie due à la faute des hommes et qu'on élimine avec un peu de soin.
Ij'anéinle. — D'où provient l'anémie qui épuise tant de transportés? Assurément la chaleur humide de la Guyane débilite les tempéraments; mais, avec une nourriture tonique et azotée, les Européens libres, qui peuvent se la payer, résistent. Les transportés blancs, qui n'obtiennent qu'une nourriture insuffisante en quantité et surtout en qualité, s'affaiblissent promptement.
Les cas de dysenterie et de fièvre paludéenne sont devenus plus rares dans les dernières années; les cas d'anémie au contraire plus nombreux.
lia fièvre Ja«ne — On peut lutter contre l'anémie en renforçant la ration des hommes. On peut lutter contre la dysenterie en veillant aux eaux que les hommes boivent. On sait que le paludisme est surtout le résultat d'un premier défrichement. Peut-on lutter contre la fièvre jaune? Et d*abord d'où vient-elle? Elle est endémique à la Nouvelle-Orléans, à Rio-de- Janeiro ; elle s'y est acclimatée et tous les ans elle y sévit. Estelle endémique dans la Guyane française? C'est un point débattu. Il est certain que les trois épidémies de fièvre jaune, qui ont éclaté dans la colonie, en i8o0, en 1872, en 1885, et
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qui so sont prolongées plusieurs années, ont eu des causes précises; elles ne sont pas nées dans le pays même; elles y ont été apportées du dehors. On ne s'en garantit et on ne s'en débarrasse qu'au moyen de quarantaines rigoureuses.
E.a mortalllé. — J'ai défini les principales maladies, c'està-dire les principales causes de mort qui enlèvent les transportés. Je vais discuter maintenant le résultat des maladies, c'està-dire le taux de la mortalité.
Si l'on défalque des statistiques officielles de la Guyane les années d'épidémie, où ont sévi des maladies importées du dehors, on ne rencontre plus que des mortalités de 6,7, de 4,7, de 5,9. Ces chiffres nous conduisent à une moyenne générale de 6 0/0. Or, nous avons en France des maisons centrales d'une mortalité égale et même supérieure ; il me suffira de citer les maisons centrales d'Aniane, de Nîmes, les pénitenciers de Corse.
J'ai tâché de fixer une moyenne normale; maison comprend de reste que si, au lieu d'embrasser une série d'années, on ne vise qu'une opération isolée de défrichement ou une année isolée de culture d'un terrain déjà défriché, on constatera des résultats très différents. Une opération isolée de défrichement, exécutée d'après les méthodes anciennes, pourra coûter 20 0/0 du personnel ; une année isolée de culture ne coûtera guère que 5 0/0. La moyenne générale de 6 0/0 s'étend au contraire sur une longue période.
Et cependant, m'objectera-t-on, la Montaigne d^ Argent a occasionné une mortalité de 63 0/0, le Maroni lui-même une mortalité de 29 0/0 ! Je ne conteste pas ces chiffres spéciaux; je dis seulement qu'on en a forcé la portée. Ces deux épisodes correspondent à deux tentatives de défrichement, qui ont été d'ailleurs conduites avec une imprudence et un manque de suite tout à fait remarquables.
Superficie et limites. — La Guyane est bornée, au nord et à l'est, par l'Atlantique ; au sud, par la ligne de partage des eaux entre les bassins de ses fleuves et le bassin de l'Amazone; à l'ouest, par la limite qu'a fixée l'arbitrage du tsar .\lexandre III; au sud-est, par l'Oyapok, dont le cours forme la frontière sujette à contestation du côté du Brésil. La superficie totale est d'environ 150 000 kilomètres carrés.
Li*arl>ltraKe russe. — Les limites de la Guyane française et de la Guyane hollandaise étaient aussi l'objet d'un litige qui a duré depuis le traité d'Utrecht jusqu'en 1891.
Ce traité avait nettement indiqué le cours du Maroni, comme devant servir de frontière aux deux pays, mais cette rivière qui a un lit unique dans la partie inférieure de son cours, est formée, dans la partie supérieure, de deux branches, le Tapanahoni et TAwa.
Les territoires compris entre ces deux branches sont habités par deux tribus principales, les Boschs et les Bonis. Les premiers établis particulièrement le long du Tapanahoni reconnaissaient la suzeraineté de la Hollande ; les seconds, échelonnés sur TAwa, s'étaient toujours considérés comme sujets français. Jusqu'à ces derniers temps, les choses étaient restées en rétat, sans qu'aucune des deux puissances rivales cherchât à régler le différend; mais des gisements aurifères ayant été découverts sur le territoire contesté, des spéculateurs, suivis d'une armée de travailleurs, vinrent exploiter le sol et lui donner une importance qui éveilla les convoitises des deux pays.
Comme aucun d'eux ne pouvait appuyer ses prétentions sur un document historique ou géographique quelconque, ils durent recourir à un arbitrage qui fut soumis à l'empereur de Russie. Le 25 mai 1894, le tsar rendit une sentence aux termes de laquelle TAwa devait être considéré comme fleuve limite entre les deux Guy ânes. Le territoire en amont du confluent des rivières Tapanahoni et Awa devait, désormais, appartenir à la Hollande.
Dans les préambules de sa sentence arbitrale, Alexandre HI, après avoir rappelé la convention du 28 août 1817, qui a fixé les conditions de la restitution de la Guyane française à la France par le Portugal, considère que cette cession n'a jamais été reconnue par les Pays-Bas. Passant ensuite à l'examen du fond de la question, il ajoute que cette convention ne saurait servir de base pour résoudre la question en litige, attendu que le Portugal, qui avait pris possession, en vertu du traité d'Utrecht, d'une partie de la Guyane française, ne pouvait restituer à la France, en 1815, que le territoire à lui primitivement cédé; or, les limites de ce territoire ne se trouvent nullement définies par ledit traité d'Utrecht.
Enfin, l'empereur de Russie appuie sa détermination sur cette considération que les autorités françaises ont, maintes fois, reconnu les nègres établis sur le territoire contesté, comme dépendant médiatement ou immédiatement de la domination hollandaise.
En conformité de cette décision, une conférence eut lieu à
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Saint-Laurent du Maroni, entre le gouverneur de la Guyane française et le gouverneur de la Guyane hollandaise, pour arrêter, d*un commun accord, les formalités à remplir par les sujets des deux pays qui voudront se livrer à la recherche des minéraux ou obtenir des concessions dans le territoire qui faisait l'objet du litige.
Le résultat de cette conférence fut approuvé par les gouvernements des deux nations ^
lia ««yane contestée. — La frontière qui doit séparer la Guyane française du Brésil, au sud et au sud-ouest, reste indécise ; cette situation fâcheuse dure depuis le xvn« siècle. La diplomatie a dépensé sur cette question des trésors d'érudition ; mais la question n'a pas fait un pas. Ne serait41 pas temps que ce procès historique se liquidât par une bonne transaction entre deux peuples amis?
La difficulté est double. Nous prétendons en effet que nous sommes limités à l'ouest par le Rio-Negro et le Rio-Branco, au sud par l'Amazone. Le débat a surtout porté sur ce dernier point, la possession de l'intérieur du continent américain dans la direction de l'ouest ne présentant guère qu'un intérêt de lointain avenir.
Il est certain que, dès 1555, des Français construisaient sur l'Amazone, près de l'emplacement actuel de Macapa, le fort de Brest, Il est certain que le roi Henri IV concédait, en 1605, au comte de Soissons la vice-royauté de la contrée comprise entre l'Amazone et rOrénoque. Il est certain que Jérôme d'Albuquerque reconnaissait, en 1614, que la rive septentrionale de l'Amazone était française, tandis que la rive méridionale était brésilienne.
Le conflit commence précisément lorsque les Portugais fondent la ville de Macapa et veulent s'étendre au nord da fleuve. Des négociations, qui n'aboutirent pas, s'engagent à Lisbonne en 1698. Notre ambassadeur demande nettement que l'Amazone soit la frontière des deux États. Les Portugais soutiennent que la frontière doit être reportée au delà du fleuve; et ils la placent successivement à VAraouari, puis au Mayacaré, enfin au cap Orange.
Des traités nombreux sont intervenus qui compliquent cette affaire. Le traité d'Utrecht dispose, en 1713, que notre limite du sud est la t rivière d'Oyapock et Vincent Pinçon »• Mais le
i. Tout ce paragraphe a été rédigé par M. le capitaine Victor Nicolas, de rinfanterie de marine.
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traité ne détermine pas remplacement de cette rivière; et, comme le mot oyapok signifie en guarani t embouchure de rivière •, les chancelleries rivales relèvent aisément sur la côte d'Amérique plusieurs oyapoks entre lesquels il est embarrassant de choisir. Il y a notamment un Oyapock, qui débouche par i^^^' latitude nord dans Testuaire de TAmazoneeten dedans du cap Nord. Il y a un autre Oyapok qui débouche par 4*15' latitude nord à la hauteur du cap Orange. Il faut remarquer que rOyapok du cap Orange ne s'est jamais appelé la rivière de Vincent Pinçon, et qu'au contraire Vincent Pinçon a justement découvert le Brésil en accostant au cap Nord. En 1732, une convention neuivalise provisoirement la zone enfermée entre le Cachipour et le cap Nord, nous laissant par conséquent le libre usage de l'espace qui va du Cachipour au cap Orange. Le traité de Madrid adopte franchement, en 1801, la ligne du Carapanatuba par O'^IO' latitude nord; le traité d'Amiens y substitue en 1802 la ligne de l'Araouari ou Araguary, par O^lo' latitude nord. Enfin le traité de Vienne, en 1815, complété par une convention de 1817, décide que la France recouvre toute la Guyane, du Maroni jusqu'à l'Oyapok du cap Orange, et qu'une décision ultérieure sera prise quant à la délimitation du territoire contesté.
La France et le Brésil ont parfois essayé de s'établir à demeure sur certains points du territoire contesté; mais les actes que l'un de ces deux États accomplissait soulevaient aussitôt les réclamations de l'autre, et les possessions sont toujours restées précaires. En 1836, nous installons un poste à Mapa; le Brésil nous adresse des représentations diplomatiques; nous évacuons Mapa. Les Brésiliens à leur tour s'y glissent après nous; nous protestons contre cette usurpation; en 1853, ils se retirent.
Le territoire contesté n'a point profité de cette anarchie. La sécurité des personnes et des biens n'y est pas garantie, comme elle le serait par un gouvernement reconnu. Les travaux publics les plus nécessaires ne s'y exécutent pas, car ils ne sont dotés par aucun budget. La population ne s'accroît pas ; elle comprend, à côté de quelques colons intrépides, des déserteurs de l'armée brésilienne, des évadés, des Indiens demisauvages. Les richesses du sol ne sont guère exploitées, en dehors du manioc; et cependant il y a là des forêts et de vastes prairies, qui nourriraient plus de bétail que nos savanes du Koiurou et du Maroni.
U serait digne de la France et du Brésil de régler à l'amia-
ble ce différend plus que séculaire. Je ne propose pas que les chancelleries rouvrent leurs cartons et recommencent leurs plaidoiries, fondées de part et d'autre sur le droit strict. Je propose au contraire que les plaidoiries, tant de fois entendues, cessent, et je désire que les cabinets de Paris et de Rio-Janeiro définissent enfin par une transaction équitable nos limites du sud et de l'ouest. Il y a, entre TAtlantique, TAmazone, le Rio- Negro et le Rio-Branco, à mettre en valeur un territoire plus vaste et plu» riche que notre Guyane, arrosé par le Cachipour^ \eConani, le Mayncaré, le Carsoène, la Mapa, les lacs de CoTimol, Piratuba, Roucou, Navo, et auquel est adjacente la grande île de MaracUt sans compter les espaces encore inexplorés, les immenses forêts vierges dans l'intérieur des terres.
Population. — Le chiffre de notre population dans notre Guyane est sensiblement égal à ce qu'il était en 1877 : au 31 décembre 1890, il était évalué à 26 905 âmes, y compris la population flottante. Il se décomposait ainsi : enfants audessous de 14 ans, 5533; célibataires au-dessus de 14 ans, 14093, dont 4660 femmes seulement; hommes mariés, 3155; femmes mariées, 2138; veufs, 802; veuves, 1 186. Dans le chiffre total étaient compris : tribus d'Indiens aborigènes, 2 000; réfugiés brésiliens, 300; militaires de toutes armes, 692; personnel des services et administrations, 234; immigrants, 3510; transportés hors pénitenciers, 1 263; prêtres, religieuses, etc. ,91.
Il convient de distinguer aussi : les créoles blancs, 100; les créoles mulâtres, 15 000; les Indous, dont l'immigration a été interdite, en 1876, par le gouvernement anglo-indien, 3 000. Puis viennent les Annamites, 300; les Chinois, 300 ; les forçats pour la plupart Arabes et Kabyles, 3 500. Il faut y ajouter les nègres des bois (Youkas, PolygoudotLXy BoschSy Bonis), descendants des anciens esclaves marrons, retournés presque entièrement à la vie sauvage, mêlant aux superstitions indiennes les superstitions originaires de l'Afrique, pratiquant le culte des mauvais esprits, formés en une sorte de confédération ou de confrérie religieuse, obéissant à un chef suprême et électif qu'ils appellent le grand Man. Ils sont au nombre de quelques milliers. Quant aux anciens habitants du pays, il faut distinguer les Indiens de la côte, ou Galibis, et les Indiens de l'intérieur, Oyampis, Approuagtœsy Arouacas, Etnerillonsy Roucouyènnes, Oyacoulets, Paramakas, etc. Les premiers ne sont que quelques centaines et les seconds que quelques milliers. Et pourtant, au xvin« siècle encore, les jésuites, avant leur
dissolution, avaient réussi à réduire, c'est-à-dire à grouper et à apprivoiser quelque 10000 sauvages.
Ijes comniwnes et les lieux haliltés. — Le décret du i2 de'cembre 1889 a divisé la Guyane en circonscriptions appelées communes. Seule la ville de Gayenne[est une commune de plein exercice. Viennent ensuite six communes de première classe : Mana et dépendances, Sinnamary, Macouria, Roura, Approuague, Rémire; et sept communes de deuxième classe : Tracoubo, Kourou, Montsinéry, Tounégrande, Kaw, Oyapok, Mathour.
Voici la liste des établissements pénitentiaires : Cayenne (dépôt), Iles du Salut, Kourou, Maroni, Saint-Maurice (usine à sucre), Saint-Jean (dépôt de relégués), Haut-Maroni (section mobile). Il sera plus loin consacré un chapitre spécial à Tétude du régime pénitentiaire.
Il n'y a donc pas en Guyane une ville digne de ce nom, à part Cayenne, qui a 8 500 habitants. Saint-Laurent du Maroni en a seulement 1 000;itfawa, 1 668; Macouria, lSd;Oyapok, 755; Sinnamary, 1 509; Roura, 1 134; Approuage, 1044, etc. *.
Ciouirernciiieiit et administration. — La Guyane est administrée comme nos autres colonies. Elle a un gouverneur, un conseil privé, un conseil général, élu au suffrage universel, et composé de 16 membres. Elle a nos codes, nos lois, le suffrage universel, moyennant certaines conditions de résidence, la liberté de la presse, etc. Elle a un tribunal supérieur, un tribunal de première instance, une justice de paix à compétence étendue (Saint-Laurent-du- Maroni) et quatre à compétence ordinaire. Elle a une école coloniale d'enseignement secondaire, une école professionnelle dirigée par un lieutenant d'artillerie, un pensionnat de jeunes filles, dirigé par les dames de Saint-Joseph de Gluny, 7 écoles primaires pour les garçons et 6 pour les filles. Elle a une imprimerie (celle du gouvernement) et un jardin colonial. Elle a une chambre de commerce, une chambre d'agriculture et une chambre syndicale, des courtiers et agents de change et une Ranque coloniale. Elle a un journal officiel et un journal indépendant, La Vigie. Elle a un préfet apostolique pour le service du culte.
A la tète de chacune des treize communes qui ne sont pas de plein exercice il y a un administrateur assisté, s'il y a lieu, d'un administrateur adjoint. Auprès de lui, un conseil
!• Chiffres fournis par les NoHees colonialet illuttréeSy 1889.
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consultatif (oTtaé sous sa présidence, de six membres désignés par le gouverneur; ce conseil se borne à émettre des vœux.
La Guyane nomme un représentant à la Chambre des députés : ce droit, qui lui avait été accordé par le décret du 15 septembre 1870, retiré par la loi de 1875, lui a été restitué par la loi du 8 avril 1877.
Le budget local, tant en recettes qu'en dépenses, a été, pour 1892, de 1 844 199 francs. Les dépenses de la métropole se sont élevées à 1 326 497 francs. Crédits demandés pour 1893 : 1 366 287 francs.
Faune. — La Guyane, en fait de mammifères, présente le jagtuir, qui est assez rare, mais dont un échantillon est venu se faire tuer, il y a quelques années, dans les rues de Cayenne, par le soldat de garde à la porte de la prison; le tapir ou md/ipouri, ce pachyderme qui semble une réduction de Téléphant et qui atteint la taille d'un veau; V agouti, un rongeur de la taille du lièvre; le tatou à écaille, des biches, des chevreuils, des porcs sauvages. Le vampire est une énorme chauve-souris qui suce le sang des animaux endormis. Les singes, présentent de nombreuses espèces : ouistiti, tamarin, sapajou, singe roux ou hurleur, etc. Des oiseaux aux plumages éclatants, mais sans ramage, papes, évéques, cardinaux, colibris, oiseaux-mouches, animent les forêts : Vibis à aigrette fait la guerre aux insectes; ï urubu, vautour noir, se charge de déblayer les immondices.
Les eaux douces sont infestées de caïimuLS et l'eau de mer de requins, funestes les uns et les autres à tant d'évasions. Le gymnote, anguille électrique, hante les ruisseaux et les marais. Le boa constrictor peut étouffer et avaler un bœuf. Le serpent k sonnettes, le liane, le perroquet, le trage, etc., sont les plus redoutables des reptiles venimeux : les indigènes ont des secrets, paraît-il, pour se garantir de leur piqûre ou la rendre inoffensive.
La Guyane abonde surtout en insectes; elle a les fulgores porte-croix, les fulgores porte-lanternes, les papillons et mouches à feu, toute latribudes mouches, coléoptères ou papillons phosphorescents ; elle a de nombreuses variétés de moustiques, depuis le petit maringoin jusqu'au gros maque; elle a ties guêpes sans raison à la piqûre douloureuse, des fourmis dites de feu k cause de leur acre morsure, et qui, sur le passage de leurs colonnes serrées, détruisent tout ; la mouche hominivore qui, dans les narines de l'homme endormi, dépose ses larves qui
rongent la victime et la font mourir par inflammation des méninges; des scorpions, de la taille d'une écrevisse; des scolopendres ou mille-pattes; de nombreuses variétés d'araignées, parmi lesquelles Varaignée crabe qui, les pattes étendues, atteint huit pouces de diamètre.
Flore. — La Guyane renferme de nombreuses variétés de palmiers : cocotier, chou-palmiste, dattier, puripon, maripa, bûche; des bois précieux pour Tébénisterie : angélique, bois de fer, ébène, gaïac, assafras, acajou, cèdres; d'autres qui produisent des résines, des gommes, une sorte de caoutchouc, comme le balata. On récolte dans les forêts le quinquina, la salsepareiUey l'huile de carapa. Le bananier et Tarbre à pain contribuent à l'alimentation. On peut cultiver, à la Guyane, les plantes vivrières : maïs, mil, manioc, ignames, patates, chou caraïbe. La noix d*arek, la noix de bancoule, les pistachiers, etc., fournissent des huiles; le roucou, Tindigo, le nopal, le coton, des teintures. Le café, le cacao, le tabac, la canne à sucre, toutes les épices, peuvent y prospérer.
Mlnéraloi^e. — I«a décovurerte de l*or. — La Guyane a le fer, la houille, le plomb, ïe cuivre, l'argent, les pierres précieuses, les pierres meulières, les argiles. On ne s'y intéresse qu'à l'exploitation de l'or.
Au XVI* siècle, le bruit s'était répandu en Europe que, au centre de la Guyane, au bord d'un lac mystérieux, il existait une ville dont les maisons étaient construites avec des lingots d'or. La légende avait embelli les choses'. Cependant il est désormais avéré que l'or se trouve, soit en poudre, soit en filons, dans les alluvions et dans les quartz de la colonie. C'est un pauvre Indien, nommé Paoline, autrefois occupé dans les mines du Brésil, qui, ramassant de la salsepareille sur les rives du Haut-Approuague, crut reconnaître, en 1854, la présence du précieux métal. Le commandant du quartier, Félix Cony, se rendit aussitôt sur les lieux et vérifia la découverte de l'Indien. Mais les deux explorateurs ne profitèrent pas de leur expédition. Félix Cony fut, quelques mois après, assassiné par des rôdeurs, et Paoline s'éteignit dans la misère à l'hôpital de Cayenne.
i. On racontait que, quelque part dans l'intérieur des terres, était une ville d'une richesse fabuleuse ; son souverain était, des pieds à la tête, couvert de paillettes d'or; on l'appelait El Dorado ou le doré. Pendant les xyi« et zvue siècles, beaucoup d'aventuriers allèrent à la recherche de cette cité de l'or : bien peu en revinrent. Encore en 17 iO, un de ne s gouverneurs de la Guyane, M. d'Orvilliers, faisait partir une expédition à la conquête de l'Eldorado.
La fièvre de Tor n'en gagna pas moins toute la Guyane; et bientôt tous les travailleurs valides, qu'ils eussent la peau blanche ou la peau noire, désertant absolument tout autre métier, coururent aux pépites. Les prospecteurs se sont lancés dans toutes les directions, interrogeant avec plus d'ardeur que de science tous les terrains, retournant au fond des vallées les boues les plus malsaines, procédant au lavage des sables avec des instruments informes, nourris de vivres dont le transport à dos d'hommes et à longue distance avait quintuplé le prix, mais non la qualité. Ce fut une gigantesque loterie, qui enrichit quelques individus, mais qui en ruina et en tua un plus grand nombre.
L'industrie de l'or est peut-être à la veille d'une transformation radicale. D'habiles ingénieurs ont entrepris récemment d'extraire le métal, non plus des alluvions de la surface, mais des veines du quartz. Seulement le traitement du quartz aurifère exige l'établissement d'un outillage très coûteux. Il a fallu importer d'Europe et monter péniblement des machines assez puissantes pour broyer le quartz. Si ce procédé nouveau réussit, la production de l'or se régularisera, et je crois que ce progrès technique profitera aux compagnies honnêtes et au budget local.
Quoi qu'il en soit de l'avenir, je ne saurais trop souligner ce fait significatif : dans notre colonie, l'homme ne fouille plus le sol que pour y chercher de l'or. C'est, à la lettre, Tunique agriculture et l'unique industrie du pays. La Guyane n'est plus qu'un placer.
Ai^rlcwlture. — Au l®»" janvier 1891, 3 334 hectares étaient occupés par diverses cultures. Le nombre des habitations rurales était de 1414; celui des travailleurs agricoles, de 6 200; la valeur des bâtiments et du matériel d'exploitation était estimée à 2 millions; la valeur des animaux de trait et de bétail, à 1 200000 francs. On calculait qu'il y avait dans la colonie 218 chevaux, 62 ânes, 99 mulets, 203 moutons, 337 chèvres, 6 199 bêtes à cornes.
Commerce. — La Guyane est la moins productive de nos colonies. L'agriculture, nous l'avons vu, y est presque nulle. L'industrie, à part celle de l'or, n'y est représentée que par quelques scieries mécaniques et quelques briqueteries. Le chiffre du commerce va plutôt en croissant : il attei^ait 12854 000 francs en 1867; il n'était plus, en 1883, que de 8 962000, mais s'est relevé à 14299423 en 1884. Il a été de
43 222 409 francs en 1889, savoir : importations, 8 950 485 francs, dont 5 877 648 de France ; exportations , 4274 924 francs, dont 4 445 425 pour la France. Les importations de France sont surtout destinées à Tentretien des troupes et des fonctionnaires : les ressources de la colonie sont si insuffisantes qu'il y a quelques années les chevaux de la gendarmerie étaient nourris avec du foin expédié de Bordeaux et revenant à 32 francs les 400 kilogrammes. Quant à l'exportation de la colonie, elle ne s'élèverait qu'à 300000 francs, si l'on ne tenait compte de l'or : la colonie, d'après les chiffres officiels, en expédie annuellement en France 4 800 kilogrammes, d'une valeur d'environ 6 millions; mais, comme la fraude des droits sur l'or se pratique largement, il faut évaluer cette exportation à environ 5000 kilogrammes.
Les moyens de communication sont des plus défectueux : peu de routes; aucune ligne télégraphique, ni terrestre, ni sousmarine, ne relie la colonie au reste du monde. Une fois par mois, un vapeur de la Compagnie transatlantique touche à Cayenne; un autre fait un service mensuel entre Cayenne et rOrénoque; un voilier américain, six fois par an, fait le service entre Cayenne et Boston. Enfin de petites goélettes, appelées tapouyes, mettent en relations, assez irrégulièrement, les différents points de la côte. Le mouvement de la navigation donne un total de 494 navires, dont 444 français et 80 étrangers.
L'affranchissement des noirs était commandé par le droit. Mais cette mesure a ruiné de fond en comble les anciennes familles. Le pays, jusqu'à ce jour, n'a pu reconstituer sur des bases nouvelles sa fortune économique. Aucun des moyens employés pour lui procurer des travailleurs et des colons non volontaires n'a eu de succès : ni la déportation des condamnés politiques, ni la transportation des forçats, ni la relégation des récidivistes.
La Guyane a presque toujours été, et je crains qu'elle ne soit longtemps encore la plus malheureuse de nos colonies.
LES ILES KERGDELEN