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La Régence de Tunitf dans ]& Revue des Deux-Mondes

2. Paul Langard^ Grand Annuaire officiel de CAigérie et de la Tunisie. Paris, 1891. Nous lui empruntons également les chiffres de population pour les autres villes.

décombres. La plus importante de ces villes est Béja (5 000 habitants), dans la vallée de la Medjerda, au centre d'un district riche en céréales, qui sera bientôt riche en vignes.

En se rapprochant de la capitale, on rencontre Medjez-el- Bob, Tebourba, la Djedétda, où a été construite la grande minoterie Valensi.

Plus loin, à 40 kilomètres de Tunis, dans un site splendide, au milieu des montagnes, la ville de Zahgouan, d*où part l'aqueduc romain, restauré par le bey Sadok, pour donner de Teau à Tunis. Les réservoirs antiques avaient été bien conservés et sont utilisés, à peu près tels quels, à l'heure présente. La ville compte 2 000 habitants, dont une partie s'y est établie à la suite de la grande émigration mauresque, amenée par les triomphes de Ferdinand et d'Isabelle d'Espagne. Elle se livre principalement à la fabrication et à la teinture des chéchias ou bonnets rouges. Ces produits sont estimés dans tout TOrient, si bien que les marques tunisiennes sont fréquemment imitées en Europe et appliquées à des produits inférieurs et moins coûteux. Une bonne chéchia tunisienne vaut au moins quinze francs. C'est en grande partie pour sauvegarder les intérêts de ce trafic que le gouvernement du bey s'est décidé récemment à adhérer à l'union internationale pour la protection de la propriété industrielle.

Kérouan. — Plus au sud encore, dans l'intérieur des terres, se trouve la ville sainte de Kérouan, fondée en 670 par Okba-ibn-Nafé. Elle a environ 25 000 habitants et, jusqu'à notre occupation, ne comptait dans ses murailles que des Musulmans. Les Chrétiens et les Juifs étaient exclus de son enceinte sacrée. Elle renferme un grand nombre de mosquées dont les plus belles sont la Djama Sidi-el-IIouaïb, où est enterré le barbier du Prophète, et la Djama Sidi-Okba, la grande mosquée, dont la voûte est supportée par une multiple rangée de magnifiques colonnes antiques en marbre de toutes les couleurs. En dépit de la dévotion de ses habitants, la ville est très commerçante ; on y fabrique beaucoup de chaudronnerie et beaucoup d'ouvrages en cuir: selles, babouches, etc. ; les tapis de Kérouan étaient fameux autrefois, mais cette industrie est tombée en décadence.

En dépit encore de la sainteté de ses sanctuaires, Kérouan, comme plusieurs grands centres religieux, comme la Mecque notamment, a encouru souvent le blâme des croyants par le

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relâchement des mœurs de ses habitants, et ce n'est pas, pour les fidèles, une petite mortification que de se dire t que le plus grand nombre des danseuses qui charment les Musulmans de Tunis, ont vu le jour sur le sol sacré où repose la barbe de Mohammed* ».

lies iliéoloffiens de Kéroaaii. — La renommée des théologiens de Kérouan ne s'en est pas moins conservée et elle a plus d'importance que celle de ses danseuses. En 1841, le maréchal Bugeaud envoya en mission secrète dans la ville sainte, M. Léon Roches, depuis consul général à Tunis et ministre plénipotentiaire. Vêtu à l'arabe et passant pour un Arabe, il obtint des ulémas de la cité une importante consultation dont les termes modérés ne firent pas moins d'honneur à leur esprit libéral que de bien à notre cause en Algérie. La conclusion de ce document, qui n'est pas sans importance môme aujourd'hui, était la suivante : « Quand un peuple musulman dont le territoire a été envahi par les infidèles les a combattus aussi longtemps qu'il a conservé l'espoir de les en chasser, et quand il est certain que la continuation de la guerre ne peut amener que misère, ruine et mort pour les Musulmans, sans même chance de vaincre les infidèles, ce peuple, tout en conservant l'espoir de secouer leur joug avec faide de Dieu, peut accepter de vivre sous leur domination, à la condition expresse qu'il conservera le libre exercice de sa religion et que les femmes et les filles seront respectées*. •

lies Tilleii de la côte. — Les villes que l'on rencontre en suivant, de Touest à Test et du nord-est au sud, les côtes de la Régence, sont les suivantes: Bizerte (5 000 habitants), sur son beau lac qui pourra former, moyennant quelques travaux, le port le plus commode et le plus sûr de toute la Méditerranée ; aujourd'hui simple lieu de rendez-vous pour les bateaux corailleursde la côte nord; Porto-Far nia, la Goulette; puis, au sud de la fertile presqu'île du cap Bon, Nebelt où se fait un grand commerce de poteries, brutes, peintes ou vernissées, et Hammamet.

Enfin, en descendant vers le sud, Soiisse, Monastir, Mehdia, Sfax, Mahres, Gabès et, dans l'île de Djerba, HoumUSouk, Toutes ces villes, dont les plus importantes sont Sousse, avec

\, Duveyrier, La Tuniiie,

2. Léon Roches, Trenie-dêux ans d travers Vltlam, t. II, 4885.

58 000 habitants et Sfax avec 45 000, sont encore des villes purement arabes. Les colonies européennes y grandissent, mais elles sont jusqu'ici peu nombreuses. Les hôtels, les maisons h plusieurs étages, avec balcons à la française, commencent bien à sortir de terre et menacent d'ôter à ces cités blanches, leur caractère tout oriental, mais ces édifices ne se sont pas encore beaucoup multipliés. Presque toutes ont gardé leurs vieilles fortifications construites et éventrées tour à tour, au moyen âge, par les Arabes, les Génois, les Espagnols et les Français. Sousse, Monastir, Sfax furent bombardées par André Doria, au xvi* siècle; Monastir et Sousse, par une flotte française en 1770. Mehdia fut longtemps le centre des opérations de Dragut, le vaillant corsaire, celui-là même qui, voyant un jour sur une de ses galères le prince Lomellini ramer comme esclave, lui disait sans aucune surprise : • C'est une des chances de la guerre, compagnon! • et qui, prisonnier lui-même peu après, se trouvait compris dans la chiourme du même Lomellini et s'entendait dire à son tour: t Changement de fortune, camarade*! » Les rues sont étroites et tortueuses; les murailles, uniformément blanches, ont au soleil un éclat insoutenable; dans le centre ou sur le point le plus élevé, se dresse toujours une vieille kasba, citadelle, prison et maison du gouvernement à la fois. Tour de Londres au petit pied, toujours rébarbative d'aspect, en réalité toujours croulante. Au-dessus des terrasses, s'élèvent les minarets blancs des mosquées, qui se détachent, ainsi que toute la silhouette de la ville, sur le fond sombre formé par les grandes ramures des jardins. Les environs immédiats de toutes ces villes sont, en effet, plantés de jardins et de vergers où fleurissent et fructifient à l'envi les orangers, les citronniers, les figuiers, les jujubiers, les pistachiers, les grenadiers, les poiriers, les amandiers, les oliviers et cent autres espèces d'arbres productifs. Toute la région parallèle à la côte s'appelle le Sahel; elle est extrêmement fertile; les céréales y réussissent à merveille; les oliviers y sont très nombreux et donnent d'excellents produits; la vigne, qu'on y plante depuis quelques années en grande abondance, promet un rendement peu ordinaire. Les pêcheries de la côte sont aussi une source de richesse. A Meh-dia, la ville « du Mahdi », fondée en 912 de notre ère par Obéïd-Allah, dit El-Mahdi, la pèche de la sardine est très fructueuse, ainsi qu'on verra plus loin. Dans la région de Sfax, au Kerkenna, à Djerba, on pèche en abondance des éponges qui

4. H. de Gramroont, Éludes algériennes (dans la ïlevw historique).

approvisionnent les marchés européens, notamment celui de Paris, et des poulpes qu'on fait sécher et qui se vendent en Grèce, en Turquie et en Syrie. Le droit de recueillir les poulpes et les éponges est affermé par le gouvernement et, depuis des années, ce sont des maisons françaises qui en sont concessionnaires. La redevance annuellement payée par elles est de 150 000 francs, ce qui suppose, comme on le voit, un commerce considérable.

lies villes de la réfrion des Oasis. — Dans le sud, à la hauteur du golfe de Gabès et des chotts, on trouve de petites villes dans le voisinage de chaque oasis. C'est d'abord Gabès j qui se compose des deux grands villages d'El-Menzel et de Djaruy avec 12 600 habitants ; puis, en avançant vers l'ouest, Kebilli, dans le Nefzaoua, au sud du chott; El-Aïacha, au nord; Gafsa, et, plus au nord encore, dans la direction de Tebessa, Toasis de Feriana.

En redescendant vers le sud, on trouve, à côté de splendides oasis, les petites villes d'Oudiane avec 3 800 âmes et 190 000 palmiers, de Tozeur, avec 35 000 palmiers, de NefUij qui compte 9 000 âmes et 240 000 palmiers.

De toutes ces villes, Gafsa est peut-être, par sa situation, la plus importante; elle a environ 5 000 âmes: elle possède des fortifications et une kasba, des mosquées, une très grande oasis. Elle était fort populeuse du temps des Romains et de vastes ruines attestent son ancienne richesse ; les thermes qu'avaient construits les conquérants y ont été conservés et servent encore; ils sont divisés en trois piscines que la même eau remplit tour à tour. Après avoir lavé les autorités de la ville, Teau chaude de la source sert aux hommes de la localité, puis en dernier lieu aux femmes. Le chemin de fer qui reliera à Tebessa la ligne projetée du Sahel passera probablement par Gafsa.

Outre son grand commerce de dattes, cette région est enrichie par la fabrique de très beaux tissus laine et soie, de burnous, de couvertures de laine rayées de rouge qui sont fort estimées. La présence de nos troupes dans cette partie de la Tunisie, en rendant aux populations une sécurité que les brigandages des Ourghama et des llammama troublaient sans cesse, et le forage de puits artésiens entrepris sous la direction de M. de Lesseps contribueront puissamment à accroître l'importance du mouvement industriel et agricole de ce riche pays.

LA TUNISIE ni

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