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CHAPITRE III

LES HABITANTS

Cblirre de la population. — L'ensemble de la popuation se chiffrait, en 1891, par 283 053 habitants, se répartissant comme il suit :

Chandernagor 24 281

Karikal 70 5i6

Mtthé 9 978

Pondichéry Hâ 941

Yanaon — 6 327

L'INDE FRANÇAISB iSi

D'après la race, ce chiffre peut se décomposer ainsi ;

928 pour la population française européenne :

1757 pour les descendants d'Européens français (ces créoles sont connus sous le nom d'Eurasiens) ;

34 pour les Européens anglais ;

34 pour les descendants d'Européens anglais;

279 970 pour la population indigène.

La population mâleest en excédent de il à 12 000 têtes sur la population féminine.

La moyenne, assez satisfaisante, est de 53 habitants par kilomètre carré, avec des centres de population d'une certaine importance; Chandernagor, par exemple, a une moyenne de 347 habitants au kilomètre carré.

I^es Indiffène». — Cette population se compose en très grande majorité d'éléments indigènes; mais ceux-ci présentent une diversité toujours nouvelle. Ce n'est pas ici le lieu d'apprécier dans son ensemble le curieux système des castes, dont les cadres suffisent encore, après quarante siècles peutêtre, à contenir dans une mutuelle tolérance des races d'origine très opposée, rapprochées et non unies, n'ayant de commun que le sol, car les langages, les noms, les cultes diffèrent d'un village à l'autre. Le Braltmanlsiiie établit aux yeux des Européens une certaine unité entre les populations indoues ; mais elle n'est qu'apparente, car la doctrine primitive des Vëdas s'est morcelée en un nombre infini de sectes et d'écoles, dont chacune peut à bon droit revendiquer l'exclusive possession du nom de brahmanisme.

lies castes. — Leur rôle a été d'abord régulateur. Après la conquête, elles ont aidé à organiser le gouvernement des i^jryas, qui, réduits à quelques tribus par suite de leurs longues pérégrinations, n'auraient pu suffire à dominer cette multitude d'alliés ou de sujets s'ils n'étaient parvenus à fonder sur un prestige uniquement moral l'empire des hautes classes. Les castes ont appliqué d'une manière instinctive les principes de ces théories que l'on commence aujourd'hui à étendre à l'homme, après en avoir éprouvé sur les animaux Tuniverselle puissance; et l'on peut dire que leur dogme fondamental est le sentiment de la sélection.

Conserver la pureté native des Aryas, leur assurer par des mariages dignes d'eux la persistance d'une intelligence supérieure, tel fut le but des premiers règlements édictés par les

4Sâ LA FRANCE GOLONULB

Brahmanes, repris et résumés dans la compilation des lois de Manou.

Autour des deux castes aryennes, Brahmanes et Kchatryas, se groupèrent successivement, selon leur adhésion ou leur défaite, les tribus dravidiennes de Tlndoustan préhistori- I que. Elles furent classées sous la dénomination générale de

Soudras, du nom de la plus septentrionale de ces tribus, les Oxydraques du Pendjab, rencontrés et soumis par les Aryas dès la traversée du fleuve Indus. Les premiers métissages, antérieurs à la codification définitive des castes, créèrent Tordre intermédiaire des Vaysias, dont le titre semble avoir été emprunté aux offices agricoles qu'ils remplirent jadis près de leurs maîtres, les JBraAniané?* et les Kchatryas. Le critérium le plus ancien des castes fut la couleur (en sanscrit le mot de caste, vatma, signifie couleur). Puis se mêlèrent des désignations géographiques, des subdivisions par corps de métiers, quelquefois des sobriquets; et les branches de chaque caste se ramifiant tous les siècles davantage, l'avenir appartint aux plus prolifiques. C'est pourquoi les Brahmanes ont été peu à peu éliminés de la majeure partie de Tlnde, où ils ne forment plus que des groupes isolés ou des confréries errantes. Les Kchatryas ont été relégués dans le massif central des Vindhyas, où ils maintiennent encore leurs traditions guerrières au sein de la confédération des Mahrattes. Les Vaysias ont disparu, presque entièrement écrasés, depuis les luttes qui marquèrent, vers le vu® siècle de l'ère chrétienne, la scission des deux pouvoirs militaire et religieux; ils se sont à peine perpétués dans quelques congrégations marchandes, connues dans le Bengale sous répithète de banyam, et célèbres dans tout l'Orient par leurs aptitudes commerciales. L'Inde est donc revenue à ses possesseurs aborigènes, aux Dravidiens, et au-dessous d'eux aux Négritos, c'est-à-dire, en langage du pays, aux Soudras et aux Parias K II existe bien dans les hautes castes soudras une

\. Ces deux divisions ont peut-être un pur intérêt symbolique. Dans les textes légaux, les Négritos sont appelés, par les brahmanes, 7c*aNdala. Eux-mêmes s'appelaient Parias; ce nom signifie, en effet, parleur, et c'est un usage commun chez les peuples primitifs que de s'appeler eux-mêmes hommej parlants^ à Texclusion des étrangers qui sont dits mueU. Les légendes des Parias mentionnent confusément deux conquêtes accomplies contre eux : l'une, générale, par les Dravidiens; l'autre, partielle, par les Aryos — Le nom de kala, noir, est synonyme de Tchandala.

Quant aux Dra viras ou Dravidiens, il est impossible de déterminer oxactement leurs caractères ethniques. Leur nom même n'a pas de sens,

prétention nettement déclarée à des parentés kchatryas ou vaysias ; mais, s'il est sûr que Ton trouve dans notre établissement de Chandemagordes Vaydias, issus d'un métissage entre Brahmanes et Vaysias, rien n'est moins formel que les filiations des mélanges entre les castes aryennes et les Soudras,

Les Soudras forment donc la majorité des habitants de nos possessions ; ils sont eux-mêmes divisés en plusieurs séries de castes hautes et basses, où semblent dominer deux règles de classement : la désignation par lieu d'origine, et, de préférence, la situation au point de vue foncier. Les hautes castes soudras sont agricoles, et par là correspondent assez aux anciennes castes indoues ; les castes intermédiaires sont marchandes ; les basses castes sont industrielles. Il n'y a d'ailleurs plus une rigueur absolue dans ces termes ; les hommes de toutes castes sont aptes à tous les métiers et tendent à les exercer tous ; cependant la tradition a privilégié certains groupes d'artisans réunis en castes, et conserve aux secrets professionnels un certain effet extérieur.

Voici les principaux classements de castes dans notre colonie :

io Pays tamoul (Pondiehery el Karikal) :

A. Castes brahmaniques : 1. Adisalvals (prêtres de Siva). —3. Smartals, divisés en calendriers ou prêtres domestiques, et pandjanearers ou astrologues (16 subdivisions d'origine télinga et 25 d'origine tamoule). — 3. Veichnabràhmanals (prêtres de Yichnou), parfois artisans, le plus souvent mendiants. — 4. Mattouvals ou brahmanes mahrattes, employés aux fonctions publiques. — 5. Ditchadals ou brahmanes de Chellambron, célèbre corporation, illustrée dans les guerres du siècle dernier.

B. Castes soudras : i. Yellajas (moissonneurs), dits aussi velàlas (serviteurs de Soubrahmania), divisés en 6 groupes et 10 branches. — 9. Cavarés ou gens d'origine télinga (18 subdivisions). — 3. Yadavals ou bergers (7 subdivisions). — 4. Chettys ou marchands (4 subdivisions). — 5. Comouttys (autres marchands). — 6. Rettys ou cultivateurs (4 subdivisions). ^ 7. Canakers ou compteurs (4 subdivisions). — 8. Sénécodés ou marchands de fruits (2 subdivisions). — 9. Nattamans ou villageois.

en dehors d'une désignation géographique : les Draviras sont les hommes du sud. En présence des identités crâniennes, il y a lieu de se demander si la plupart des Chamites de l'Inde ne sont pas des métis dravidiens et si les Dravidiens ne sont pas le type ancien des races d'où les Aryas sont issus par sélection, races différentes, dés lors, des Mongols ou des (Minois auxquels on les rattache d'ordinaire. Il n'y a donc entre les Soudras et les Parias qu'une distinction hiérarchique et une sorte de différenciation entre les hommes de sang mêlé et ceux de sang pur.

Nos Soudras français appartiennent principalement aux peuplades Tamoul et Télinga (Pondiehery et Yanaon) ; nous avons des Gaurs ou Bengalis à Chandemagor, des Maplots ou Maléalunu à Mahé. Les musulmans sont, en partie d'origine mongole, en partie d'extraction afghane et, en plus grand nombre des indigènes convertis à l'Islamisme

— 40. Maléamans ou montagnards. — il. Vanouvas ou grainetiers (2 subdivisions).

C. Castes soudras secondaires : A, Tisserands (comprenant six castes).

— 2. Pallys ou paysans (8 subdivisions), envoie d'ascension au rang de reltys ou du moins de naltamans. — 3. Cammalas ou cinq-marteaux (orfèvres, charpentiers, forgerons, chaudronniers, tailleurs de pierres).

— i. Kallolisittars ou granitiers. — 5. Moutchys (peintres, tapissiers, selliers), d'origine mahratte. — 6. Channars ou souraires (distillateurs).

— 7. Sattanys ou fleuristes. — 8. Devadassys ou bayadôres. — 9. Melacars ou musiciens (flls de bayadères). — 40. Nattouders ou maîtres de danse.

— 44. Boys ou porteurs. — 42. Cassavers ou potiers.

D. Basses castes soudras : 4. Macouas (pêcheurs et bateliers), comprenant quatre castes. — 2. Panichavers (ordonnateurs). — 3. Navidas (barbiers). — 4. Vannars (blanchisseurs). — 5. Maravers ou gens indépendants du Marava. — 6. Callers ou voleurs. — 7. Sakilys (cordonniers)

— 8. Corvas (nomades). — 9. Otters ou puisatiers. — 40. Sanapers (fabricants de sacs). — H. Tombers (jongleurs). — 43. Nokers (escamoteurs). — 13. Todas (pasteurs des Nilghirries). — 41. Badagas (18 subdivisions). — 45. Kotas (artisans sauvages). — 16. Kouroumbers (prêtres sauvages). — 47. Yillys (chasseurs). — 48. Iroulers (gens des bois).

io Bengale (Chandernagor) :

A. Castes brahmaniques : 4. Brahmanes supérieurs ou Roulinas. — 2. Grohu-Bipros (astrologues). — 3. Bhottos (poètes familiers).

B. Castes kchatryas : 4. Kétrys. — 2. Rajpoutes.

C. Castes vaysias : 4. Boischos ou vaysius purs. — 2. Vaydias, métis de vaysias et de femmes brahmanes.

D. Castes soudras : 4. Kaïstos (professions libérales ; i ordres). —

2. Nobochaque ou quatorze castes (professions libérales et industrielles). ~ 3. Choubornobornik ou dix castes (industriels). — i. Soie ou vingt castes (professions ouvrières et viles).

3« Pays télinga (Yanaon) :

A. Castes brahmaniques : 1. Vaydicoulous (sivalstes), divisés en seize tribus. — 2. Vichnouvoùlous (vichnouvistes). — 3. Niogoulous (brahmanes non prêtres ; 8 branches). — i. Mardhoulous (brahmanes inférieurs ; 5 subdivisioos).

B. Castes kchatryas ou razoulous : 4. Souria Vamsans (enfants du soleil). — 2. Sindra Vamsans (enfants de la lune).

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