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III. — LES COURS D'EAU ET LES LACS

Hydrographie. — Si les pluies étaient assez abondantes sur le territoire de l'Algérie pour alimenter constamment les cours d'eau, on pourrait, à l'ordinaire, y déterminer une ligne de partage des eaux séparant deux grands versants : au nord, le versant du littoral de la Méditerranée; au sud, le versant saharien, dont les eaux s'écouleraient vers quelque mer intérieure ou dans le golfe de Gabès.

Mais il n'en est pas ainsi. En effet, les pluies sont assez abondantes dans le Tell, mais elles ne tombent qu'en hiver; ailleurs, elles sont beaucoup

1 Les noms ou qualificatifs arabes oued, ouâd, ouadi, au pluriel, et ouidan signifient vallée, et s'appliquent à toute vallée, qu'elle renferme ou non un fleuve, une rivière, un torrent. Voir aussi, à la fin du chapitre de l'Algérie, le Vocabulaire arabe et berbère des noms les plus employés en géographie. Il est bon de s'attendre d'ailleurs à beaucoup de discordance sur l'orthographe adoptée pour les noms étrangers à notre langue.

plus rares, surtout dans le Sahara, où leurs eaux s'infiltrent dans le sable; en outre, l'évaporation est intense en tout temps. Il en résulte que les cours d'eau sont des torrents ù crues soudaines et courtes, qui parfois tarissent complètement en été. Ces cours d'eau, appelés oueds, ont un cours heurté à travers les chaînons montagneux , qui leur constituent autant de bassins où ils changent souvent de noms. Inutile de dire qu'ils ne sont point navigables.

L'Algérie présente trois divisions hydrographiques :

1° Le versant méditerranéen, au nord de l'Atlas tellien;

2° L'ensemble des bassins fermés des Ghotts qui occupent le plateau central entre les deux chaînes de l'Atlas ;

3° Le versant saharien, dont les eaux tendent vers le centre du Sahara ou vers le chott Melrhir et le golfe de Gabès.

Versant méditerranéen. — Ce versant septentrional correspond en général à la région tellienne, et, sauf en un point, il a pour ligne de partage la dorsale de l'Atlas tellien, savoir : les monts de Daya, de Saïda, le plateau de Sersou, les monts Dira ou le massif d'Aumale, les Bibans et les monts d'Aïn-Beïda. Cette ceinture est coupée par la vallée du Chélif, qui, par exception, vient de l'Atlas saharien.

Les cours d'eau de ce versant sont : la Malouïa, le Kis, la Tafna, la Macta, le Chéliff, le Mazafran, l'Harrach, Tisser oriental, le Sébaou, le Sahel, l'oued el-Kébir, le Saf-Saf, la Seybouse et la Medjerda.

La Malouïa est un fleuve marocain ; mais il intéresse la géographie de l'Algérie, car il reçoit à droite plusieurs affluents qui descendent du plateau algérien. Son embouchure n'est qu'à dix kilomètres de la frontière.

Le Kis ou Adjeroud forme la limite extrême entre l'empire du Maroc et l'Algérie.

La Tafna (170 kilomètres), qui a donné son nom au traité de 4837, naît sur le plateau de Sebdou, qu'elle laisse à gauche; elle reçoit la Mouila, où se jette l'Isly, célèbre par la bataille de 1844, où le maréchal Bugeaud défit l'armée marocaine; puis elle se grossit de Tisser occidental, arrose dans son cours inférieur une plaine très fertile et débouche dans la mer en face de l'île Rachgoun.

La sebkha d'Oran est un lac salé de 32000 hectares, situé à 10 kilomètres au sud-ouest de cette ville ; elle est peu profonde, et l'on se propose de la dessécher.

La Macta, plus exactement Fouâd-el-Mocta, « la rivière du Gué, d n'a que 5 kilomètres de cours ; mais elle est formée, au milieu de vastes marécages, par la réunion du Sig (215 kilomètres) et de l'Habra (235 kilomètres). Le Sig, sous le nom de Mékerra, passe à Sidi-bel-Abès, puis à Saint-Denis-du-Sig.

VHabra, l'ouâd-el- Hammam, « rivière des bains chauds, > prend ce nom en se grossissant de plusieurs affluents dans la vallée des Trois-

Rivières; mais, sous d'autres noms, il vient des Hauts -Plateaux à travers des gorges pittoresques et des plaines fertiles. La compagnie Franco-Algérienne y a construit un barrage colossal, qui forme un réservoir pouvant contenir 30 millions de mètres cubes d'eau destinés à l'irrigation.

Le Ghéliff (650 kilomètres), YAsar des Romains, est le plus grand cours d'eau de l'Algérie. Ii a sa source et son embouchure dans la province d'Oran, mais la plus grande partie de son cours appartient à la province d'Alger. Il se forme de deux branches : la plus longue, le Chélif des Steppes (270 kilomètres), naît dans le djebel Amour à plus de 1 000 mètres d'altitude, et passe à Taguin, où fut prise la smala d'Abd-el-Kader, en 1843; la plus abondante, le Nahr-Ouassel (170 kilomètres), « le fleuve naissant, » jaillit aux environs de Tiaret dans un endroit nommé « les Soixante-dix Sources ».

Ces deux branches se réunissent par 685 mètres d'altitude, sur un plateau marécageux, pour former le Ghéliff proprement dit, qui passe ensuite près de Boghar, où il entre dans le Tell par de très belles gorges boisées; puis, se recourbant vers l'ouest, il coule entre la chaîne de l'Ouarsénis et celle du Dahra, dans une vallée bordée d'escarpements. Laissant à droite Miliana, il passe à Orléansville, traverse une plaine bien cultivée où il se grossit à gauche de l'Isly oriental, du Riou et de la Mina; il se jette enfin dans la Méditerranée, à 10 kilomètres au nord de Mostaganem.

Le Ghéliff roule des eaux boueuses et rares; il est souvent à sec; son cours est de près de 700 kilomètres, ce qui l'égale presque à la Seine ; on l'a comparé à la Loire pour sa direction générale et pour les irrégularités du débit de ses eaux.

La Mina (200 kilomètres), le principal affluent du Ghélif, prend sa source au sud de Tiaret, coule à l'ouest et forme la belle cascade de Hourara, haute de 42 mètres; elle irrigue les champs fertiles de Rélizane.

Le Mazafran, <r rivière aux eaux jaunes, » arrose la partie occidentale de la Métidja; il est formé de trois torrents, dont le plus abondant, la Chiffa, descend par de belles gorges du djebel Mouzaïa; il coupe la chaîne du Sahel, passe au pied de Koléa et finit à 8 kilomètres au sud de Sidi- Ferruch.

VEarrach traverse du sud au nord la plaine de la Métidja, passe à Maison-Carrée et se jette au sud-est de la baie d'Alger, à 9 kilomètres de cette ville.

Visser oriental (200 kilomètres) , formé de plusieurs torrents , descend du beau plateau des Béni-Séliman, entre Médéa et Aumale ; il coule dans les profondes gorges de Palestro, en formant la frontière occidentale de la Grande-Kabylie ; son bassin inférieur est très propre à la colonisation.

Le Sébaou (100 kilomètres) traverse de l'ouest à l'est la partie la plus peuplée de la Kabylie; il laisse à gauche le fort National et Tizi-Ouzou, et finit à six kilomètres à l'ouest de Dellys.

Une place à Biskra, aux confins du Sahara.

Le Sahel (210 kilomètres) naît dans le djebel Dira, passe à Aumale, longe au sud et à l'est le Djurdjura, reçoit l'oued Mahrir qui traverse les fameux Bibans ou Portes-de-Fer, puis le Bou-Sellam, coule dans des plaines fertiles et des défilés pittoresques, et tombe dans le golfe de Bougie, à trois kilomètres de cette ville. Le Bou-Sellam, « rivière de l'échelle, » plus long et plus fort que le Sahel supérieur, descend du plateau de Sétif.

L'Oued el-Kébir, « la Grande Rivière, » ou le Roummel, « rivière des sables, » qui change huit ou dix fois de nom, descend d'un massif de 1 500 mètres d'altitude peu éloigné de Sétif; il traverse d'abord de larges plaines, reçoit le Bou-Merzoug, « rivière abondante, » et s'enfonce dans les gorges profondes qui entourent la ville de Constantine, située sur un rocher escarpé, dans une position formidable; puis, en recevant l'Endja, le Roummel prend le nom d'Oued el-Kébir et va se jeter dans la mer à 80 kilomètres à l'est de Djidjelli.

Le Saf-Saf, t rivière des peupliers, » est un petit cours d'eau (100 kilomètres) par la vallée inférieure duquel descend le chemin de fer de Constantine à Philippeville. Entre le cap de Fer et Bône s'étend le lac Fetzara, malsain et sans profondeur, dont on a entrepris le dessèchement pour le mettre en culture.

La Seybouse (230 kilomètres), le Rubricatiis des Anciens, est formée de plusieurs ruisseaux venant des monts de la Medjerda. L'un d'eux, l'oued Bou-Hamdan, coule dans la magnifique vallée d'Hammam-Meskhoutine, dont les sources thermales atteignent la température de 90 degrés. La Seybouse arrose de ses eaux abondantes la riche plaine de Guelma; elle finit à deux kilomètres de Bône; c'est la seule rivière algérienne qui puisse porter des barques à son embouchure.

La Medjerda, le Bagradas des Romains, a la majeure partie de son cours en Tunisie. Elle prend sa source au Ras-el-Alia, sur le plateau de Souk-Ahras, coule à l'est et reçoit le Mellègue, venu, ainsi que son affluent, le Meskiana, des environs de Tébessa; elle s'achève dans la baie de Tunis.

Bassins des chotts. — Les eaux pluviales des Hauts-Plateaux et du Sahara, trop peu abondantes pour former des fleuves permanents, s'infiltrent dans les sables de leur lit ou se terminent dans des lacs peu profonds et plus ou moins temporaires. Ces lacs sont désignés, selon les contrées, sous les différents noms de zahrez, sebkha, gaérah et surtout chott.

Les principaux de ces lacs sont les deux grands chotts du Plateau oranais, les deux zahrez du Plateau algérien, le chott el Hodna et les guérahs du Plateau constantinais, enfin le grand chott Melrhir du Sahara.

Les grands chotts du plateau oranais, n'ayant pas de noms propres, sont désignés par le nom commun, auquel on ajoute deux qualificatifs qui désignent leur orientation, savoir : le chott el Gharbi ou de l'Ouest et le chott ech Chergui ou de l'Est.

Chacun de ces chotts est double; le plus occidental se divise en chott Méhaïa, qui se trouve sur le territoire marocain, et en chott Hamyane, qui est algérien; un faible détroit rattache seul ces deux parties et marque la frontière politique. Le chott Hamyane doit son nom à la contrée et reçoit au sud l'oued Remada.

Le chott ech Chergui est le lac le plus étendu (150 kilomètres de longueur) et le plus élevé (1000 mètres d'altitude) des plateaux algériens; mais il est divisé en deux sections par un isthme que le chemin de fer de Saïda à Mécheria traverse, ainsi que la pointe de la section occidentale. Ce chott reçoit au nord les oueds Guesmir, Hammam et Fallette; au sud l'oued Cherrafa, qui baigne Géryville, et l'oued Naceur, venant des confins du djebel Amour. Ces deux chotts oranais ont des rives formées d'escarpements rocheux ; ils reçoivent peu d'eau et sont coupés de fondrières dangereuses alternant avec des gués de terrain ferme très praticable?.

Les deux Zahrez ou Zaghez se trouvent sur le plateau algérien ; le zahrez Gharbi, ou de l'Ouest, est à 860 mètres d'altitude; l'autre, le zahrez Chergui, ou de l'Est, à 700 mètres. Ce sont deux sebkhas mises à sec en été et n'ayant pas de tributaire considérable. Au nord des Zahrez, les étangs marécageux de Kséria appartiennent au bassin du Chélif.

Le chott el Hoclna ou Saïda, « le lac Heureux, » occupe le fond des plateaux constantinais, à 400 mètres seulement d'altitude. Très peu profonde, souvent à sec, cette sebkha reçoit cependant au nord les oueds Chellal et Ksab et au sud les oueds Melah, Chaï'r et Bou-Saâda, celui-ci baignant le bordj de ce nom. Son bassin borne une plaine fertile, qui fut bien cultivée et très populeuse sous les Romains, notamment la belle vallée du Chaïr, descendant du massif de Bou-Kahil.

Les Guérahs. A l'est du Hodna, le plateau de Constantine porte une série de chotts d'eau douce, alignés du nord-ouest au sud-est entre Sétif et Aïn-Beïda; ce sont les <r guérahs » , terme générique analogue à chott. Le principal, comme le premier au sud-est, est le guérah el Tharf, suivi du guérah el Guellif, « lac du Limon, » et du guérah Ank-Djemel, <r gorge du Chameau. j> Plus au nord, le chott el Mrouri est longé par le chemin de fer de Constantine à Batna, et le chott el Beïda se trouve dans la plaine de la Medjana, au sud -est de Sétif.

Le bassin du Sahara. — Moins encore que les Hauts-Plateaux, la plaine du Sahara n'a d'eau courante en permanence. Les nombreux oueds qui sillonnent le flanc méridional de la haute chaîne saharienne, de même que ceux de la partie basse, sont habituellement à sec, du moins à leur surface, sinon dans leur profondeur, d'où l'on fait jaillir l'eau souterraine par des puits artésiens.

Quelle que soit le peu d'importance de ces oueds, nous signalerons les principaux, en procédant de l'ouest à l'est.

L'oued Saoura, qui se dirige vers le Touat, est formé à Igli par la réunion de l'oued Ghir, né dans l'Atlas marocain, et de l'oued Zonsfana, venu de la chaîne des Ksour. L'oued Namous, <r rivière des Moustiques, j> et l'oued Kébir descendent également des Ksour. Les oueds Seggueur et Zergoun viennent des massifs du Ksel et de l'Amour; ils traversent la plaine d'Habilat pour aboutir à la région des dunes de l'Areg occidental.

Au pied de l'Atlas central, coule vers l'est l'oued Djeddi, a rivière du Chevreau. » Il descend du djebel Amour, passe à Laghouat, reçoit de nombreux tributaires à gauche, entre autres le Biskra, venu de l'Aurès en arrorosant Biskra; il va finir dans le chott Melrhir, qu'il n'atteint toutefois qu'à l'époque des grandes eaux. Long de 500 kilomètres, le Djeddi en parcourt malheureusement 400 dans les sables, ce qui le rend impropre non seulement à la navigation, mais encore à l'irrigation.

Le chott Melrhir ou Melghir est le plus remarquable de l'Algérie. Ainsi que les chotts tunisiens Rharsa et Djérid, il occupe le fond d'une vaste dépression saharienne orientée de l'ouest à l'est, aboutissant au golfe de Gabès, et que l'on a projetée de transformer en une Mer saharienne, comme nous le dirons au chapitre de la Tunisie. Le chott Melrhir est composé de plusieurs flaques d'eau saumâtre portant divers noms : chotts Melrhir au nord, Merouan au sud-ouest, Achichina à l'est. De formes très irrégulières, ces mares sont découpées par des bancs de terrain ferme alternant avec des fondrières dangereuses. Le bassin du chott Melrhir présente une surface blanche , unie et miroitante , saupoudrée de cristaux de magnésie; son étendue est actuellement d'environ 3000 kilomètres carrés; mais elle serait portée au double si sa cuvette naturelle était inondée.

Ulgharghar, « l'eau courante, » est le nom improprement donné à une longue et très large vallée du fleuve desséché , qui descend du Mouidir et du Tassili des Azdjer sous le 23e degré de latitude, pour se diriger au nord vers le chott Melhrir. Il traverse ou contourne plusieurs a hamâda », plateaux arides, et des régions de dunes sablonneuses; il en reçoit de nombreux oueds, notamment l'oued Mya, avec lequel il forme, à Touggourt, l'oued Rhir, dont le chapelet de lacs communique avec le chott Melrhir.

Sans l'aridité saharienne, l'Igharghar pourrait ainsi former un fleuve magnifique, comparable au Rhin de par ses 4 000 kilomètres de longueur, et en plus les 250 kilomètres de dépression qui le prolongeraient jusqu'au golfe de Gabès.

Quant à l'oued Mya, pompeusement appelé <t rivière des cent affluents », il descend du plateau de Tadmaït, près d'Insala, passe à l'est d'El-Goléa, traverse la région des Ghambaa, arrête ses rares eaux à Ouargla, mais continue sa vallée jusqu'à la dépression de Touggourt; il y rejoint l'Igharghar après avoir reçu à gauche le M'zab , venant de Ghardaïa , et la Nesa , née au pied de l'Atlas, non loin de Laghouat.

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