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II. — LES MONTAGNES ET LES PLATEAUX

Orographie. — L'Algérie, de même que le Maroc et la Tunisie, est traversée de l'ouest à l'est, ou mieux du sud-ouest au nord-est, par le massif montagneux de Y Atlas, lequel, de même nature que les Alpes, caractérise toute la Berbérie ou Afrique Mineure. Dans son développement général, depuis l'Atlantique jusqu'au cap Bon, l'Atlas a 2000 kilomètres

de longueur; dont près de 1000 sur le territoire algérien, 800 dans le Maroc et 200 en Tunisie.

C'est dans le Maroc que l'Atlas atteint sa plus grande élévation, aux monts Ajaschi (4500 mètres) et Tamjourt ou Miltsin (4700 mètres), ainsi que sa plus grande largeur, soit 500 kilomètres. De là, il va en se rétrécissant et s'abaissant vers le nord -est pour finir au cap Bon. Il conserve 350 kilomètres de largeur dans les provinces d'Oran et d'Alger, 250 dans celle de Constantine, et en moyenne 150 dans la Tunisie.

L'Atlas n'est pas une simple chaîne de montagnes, mais il comprend deux chaînes plissées encadrant une région de hautes terres. Ces chaînes, très écartées à l'ouest, se rapprochent peu à peu vers l'est, où elles se rejoignent en Tunisie; elles découpent des bandes plus ou moins parallèles à la Méditerranée, de sorte que l'Algérie et ses dépendances se divisent physiquement en quatre régions : Y Atlas tellien, les Hauts-Plateaux, V Atlas saharien et le Sahara algérien.

En effet, si, partant d'Alger ou de tout autre point de la côte, on veut se diriger vers l'intérieur, il faut d'abord franchir une double série de collines et de montagnes, celles-ci élevées de 1500 à 2300 mètres et constituant la première chaîne susdite : ces hauteurs et les plaines qu'elles encadrent forment la zone du TelL II faut descendre ensuite sur le plateau en cuvette, moins élevé de moitié que l'arête des montagnes; au delà de ce plateau, on doit escalader la seconde chaîne, dite saharienne, pour descendre le talus méridional conduisant à la plaine du Sahara, dont l'altitude moyenne est de 200 à 300 mètres.

Il était d'usage autrefois de désigner sous les noms de petit Atlas les collines littorales, de moyen Atlas la ligne faîtière de la première chaîne de montagnes, et de grand Atlas la chaîne saharienne; mais une connais*sance plus approfondie du relief algérien a fait réunir le petit et le moyen Atlas en une seule région montagneuse que l'on appelle l'Atlas tellien, dont la largeur croissante est de 100 kilomètres dans la province d'Oran, 120 dans celle d'Alger, et 180 dans celle de Constantine.

Au delà du Tell est la zone des Hauts-Plateaux, ou le Plateau par excellence, ayant la forme d'un triangle très allongé dont la base, de 180 kilomètres, s'appuie sur la frontière marocaine, et dont le sommet tronqué atteint la Tunisie au sud-est de Constantine. La seconde série de montagnes ou la bordure méridionale du Plateau est désignée sous le nom d'Atlas saharien, à cause du voisinage du Grand Désert, dont cette chaîne forme la limite septentrionale.

Décrivons successivement ces quatre zones ou régions.

Atlas septentrional ou tellien. — La région tellienne a pour limites : au nord, la mer ; au sud, une ligne menée sensiblement à quelque distance des localités de Daya, Saïda, Tiaret, Boghar, Aumale, Sétif et Souk-Ahras. L'Atlas tellien comprend deux séries de hauteurs: 1° la

chaîne littorale, composée surtout de roches cristallines et volcaniques, encadrant les plaines basses et fertiles d'Oran, de la Macta, du Chélif, de la Métidja, du Sahel, de Bône; 2° en arrière, Y Atlas tellien proprement dit, dont les chaînons étages se composent, soit d'argiles et de marnes profondément entaillées par les torrents, soit de calcaires dont les arêtes vives et les pics aigus dominent d'effrayantes gorges. Ces monts circonscrivent les hautes plaines de Tlemcen, de Sidi-bel-Abbès, de Mascara, de Sétif, de Constantine, de Guelma.

Subdivisions du Tell. — On distingue particulièrement dans la province d'Oran les massifs de Tlemcen et de Saïda, sur la ligne de faîte; les monts Traras, Tessala-et de Mascara, vers la côte; — dans la province d'Alger, le puissant massif d'Ouaransénis, ou mieux Ouarsénis, la chaîne côtière du Dahra, le massif du Titéri et le Djurdjura; — dans la province de Constantine, ia chaîne des Bibans, le massif de Sétif et de Constantine, les monts du Hodna et de la haute Medjerda.

Le massif de Tlemcen, ainsi nommé de la ville célèbre qui en occupe le centre, est circonscrit par la Moulouïa marocaine, la Tafna et le Sig supérieur. Ses points culminants sont : le Toumzaït ou Ras-Asfour, <r tête d'oiseau » (1635 mètres), sur la frontière du Maroc; le Tnouchfï (4 842 mètres), le Nador de Tlemcen, TAttar et plusieurs autres ayant de 1 500 à i 800 mètres d'altitude.

On peut y rattacher sur la côte : les monts Traras ou la montagne Carrée (840 mètres) et le Filhaoucen (4 440 mètres), au nord-ouest de la Tafna, ainsi que les monts Tessala (1020 mètres), qui dominent Sidi-Bel-Abbès au nord-ouest du Sig.

Les principales plaines de cette région sont celle d'Oran et celle de la Macta, rivière formée par le Sig et l'Habra.

Le massif de Saïda comprend la ligne de faîte, séparant les bassins de l'Habra et de la Mina de celui du Chott-ech-Ckergui, qui fait partie du grand Plateau. Ses points culminants sont : .le Tendfelt ou Daya (4 288 mètres), à l'ouest de Saïda, et le Gaada (4 500 mètres) à l'est. Plus au nord, les monts de Mascara séparent l'Habra de l'oued Mina. Le chemin de fer qui, d'Arzeu et de Saïda, se dirige vers le Sahara, traverse cette région.

Le massif de F Ouarsénis, très tourmenté et en partie boisé, est parfaitement délimité par le Chéliff, qui le contourne à l'est et au nord, et par deux de ses affluents, le Nahr-Ouassel et l'oued Mina, qui l'enveloppent au sud et à l'est comme une sorte d'île géante. Son principal sommet, haut de 4 984 mètres, qui domine Orléansville au sud-est, est appelé « l'Œil-du- Monde », parce que, disent les Arabes, « il aperçoit tout, puisqu'on le voit de partout. » Plus au sud, le mont Achéou atteint 4 804 mètres, et les monts du Teniet-el-Hâd , couverts de cèdres superbes, dominent le bourg de Boghar et la grande courbe du Chéliff.

Le nom de Dahra, qui signifie « le Nord d, est donné à la chaîne située

entre le Chéliff et la mer, au nord-ouest d'Orléansville; haute seulement de 806 mètres, mais fertile et assez peuplée, elle se prolonge vers Miliana par les monts de Zakkar, dont les sommets sont doubles en élévation. C'est à ces chaînes littorales que l'on appliquait proprement le nom de petit Atlas.

Le massif de Blida et de Médéa, autrement dit du Titéri, comprend les hautes montagnes situées entre le Chéliff et Tisser, et dominant au sud les collines d'Alger et la plaine de la Métidja. Le point culminant est le Sidi- Abd-el-Kader (1 640 mètres), qui couronne le Beni-Salah, sur la rive droite de la Chiffa, célèbre par ses gorges; en face, sur la rive gauche, se trouve le pic Monzaïa (4 603 mètres), dominant le col de Mouzaïa, haut de 4 043 mètres, où le duc d'Orléans livra un combat à Abd-el-Kader en 4844. Au nord de ce massif s'étend la plaine de la Métidja, bordée vers la mer et à l'ouest d'Alger par les collines du Sahel ou de « la côte » que le Mazafran coupe en deux parties : le Sahel d'Alger, à l'est, et le Sahel de Koléa, à l'ouest. Hautes de 300 à 400 mètres, ces collines sont couvertes de cultures, ainsi que la fertile plaine de la Métidja.

Dans la Grande-Kabylie, le Djurdjura, le mons Ferratus des Romains, l'Adrar-bou-Dfel ou « le mont neigeux j> des Kabyles, est le massif le plus intéressant peut-être de l'Algérie, tant par l'histoire de ses héroïques habitants que par son élévation, ses sites grandioses et sauvages qui rappellent les Alpes.

Parfaitement circonscrit entre la mer, l'oued Isser à l'ouest et l'oued Sahel à l'est, son point culminant est le Lalla-Khédidja (2308 mètres), qui porte sur l'un de ses versants le tombeau de la femme vénérée dont il a pris le nom. Sa crête, couverte de neige cinq mois par an, est visible au loin sur mer, ainsi que d'Alger, distant de 400 kilomètres; ses pentes abruptes sont couvertes de chênes et de pins. Le massif est coupé en deux par le Sébaou, et la partie septentrionale forme la chaîne côtière du Tamgoût, haute de 4 270 mètres, située entre Dellys et Bougie.

Au sud du Djurdjura et de la vallée du Sahel, et sur la ligne de partage des eaux, se trouve la série des monts Bibans ou des Portes-de-Fer, ainsi nommés d'étroits défilés que l'armée française franchit en 4839. Elle comprend le Dira (4 842 mètres), au sud-ouest d'Aumale, et l'Ouên-Noûgha (4 836 mètres), à l'est de cette ville.

Le massif de Sétif et de Constantine comprend plusieurs chaînes situées entre l'oued Sellam et la Seybouse. La haute plaine de Sétif et de la Medjana a 4 000 mètres d'altitude; des pics avoisinant Sétif atteignent 4 896 mètres au mont Takoucht; la chaîne des Babor (4 970 mètres), dans la Petite-Kabylie, est entaillée par une cluse de 7 kilomètres, profonde de 4 600 mètres, le Chabet-el-Akra, ou « défilé de l'Agonie » ; l'Edough, connu par ses mines de fer, s'étend sur la côte à l'ouest de Bône, et le djebel Sidi-Mécid (4 906 mètres) domine la vallée du Rummel, qui baigne

le pied du rocher sur lequel est bâtie Constantine, à 550 mètres d'altitude.

Au sud de Sétif, les monts du Hodna (1 682 mètres) dominent le chott el-Hodna, et ceux de Batna (2100 mètres), inclinant vers l'ouest, se rattachent à l'Atlas saharien.

Les monts de la Medjerda comprennent en Algérie les montagnes du bassin supérieur de la Medjerda, fleuve algéro- tunisien, savoir : au nord, les monts qui entourent Souk-Ahras (1400 mètres) et, au sud, une série de montagnes qui relient la région tellienne à la région saharienne par le massif des Némencha.

Hauts-Plateaux. — Compris entre les Atlas tellien et saharien , les Hauts- Plateaux ont une longueur de 180 kilomètres et une altitude de 1 100 mètres dans la province d'Oran ; ils se rétrécissent respectivement à 120 et à 80 kilomètres, en même temps qu'ils s'abaissent à 700 et à 500 mètres dans les provinces d'Alger et de Constantine. Le sol est extraordinairement disloqué; mais les débris arrachés aux montagnes voisines, non entraînés par les eaux courantes, ont formé d'épaisses couches de déblais qui ont donné à la surface une allure plate et uniforme. Les Hauts-Plateaux se divisent en bassins intérieurs, en cuvettes sans écoulement dont les fonds sont occupés par des nappes lacustres d'eaux saumâtres, appelées chotts, zahrès ou sebkhas. Leur sécheresse en fait une région de steppes, que Ton appelle le € Petit-Désert j>.

Atlas méridional ou saharien. — L'Atlas saharien, beaucoup moins compliqué et d'ailleurs moins bien connu, est aussi moins intéressant que la région tellienne. Il est moins large et généralement moins élevé que le précédent, surtout si l'on considère sa hauteur relative. En effet, sa base est établie non au niveau de la mer, mais au niveau de la plaine du Sahara, et celle-ci atteint déjà, au pied de l'Atlas, une altitude assez considérable.

On voit par là que la chaîne saharienne ne méritait nullement le titre de grand Atlas qui lui avait été donné, bien que son point culminant, le Chélia de l'Aurès, dépassât de 20 mètres celui du Djurdjura.

Contrairement aux montagnes telliennes, orientées en tous sens, les montagnes sahariennes affectent la forme de chaînons parallèles, s'alignant du sud-ouest au nord-est. Ordinairement décharnés, sans forêts, souvent sans herbages, ces chaînons de grès fracturés ressemblent au désert qu'ils bordent, surtout ceux de la partie occidentale.

Les divisions principales de l'Atlas saharien sont les monts des Ksour, le djebel Amour, les monts des Oulad Naïl et surtout l'Aurès.

Les montagnes des Ksour doivent leur nom aux petits villages arabes bâtis dans leurs ravins, là où un peu d'eau de source permet de vivre. On y remarque les djebels Mektar et Aïssa, sur la frontière marocaine, et le djebel Chegga plus à l'est.

Le djebel Amour est le plus important massif du sud de la province d'Oran. Haut de 2000 mètres environ au mont Touïlet, il comprend plusieurs chaînes rocheuses nues et divergentes, d'où descendent les sources peu abondantes du Chéliff vers le nord, du Zergoun et du Djeddi vers le sud et l'est. On y rattache le massif du Ksel, qui entoure Géryville et alimente les sources de l'oued Seggueur, rivière saharienne; d'environ 2000 mètres de hauteur, il est en partie couvert d'alfa.

Du djebel Amour à l'Aurès, les chaînes sont plus éparses, moins élevées, et ne forment pas de massifs importants. Habitées par les Oulad Naïl, on y distingue le djebel Senalba (4 570 mètres), qui domine Djelfa, et le djebel Bou-Kahil (1 500 mètres) , qui se rattache à l'est aux monts du Zab, située sur la frontière méridionale de la province de Gonstantine. La célèbre coupure d'El-Kantara, « le Pont, » sépare ces derniers de l'Aurès.

Le massif de YAicrès est le plus étendu peut-être de l'Algérie, dont il possède le point culminant, le mont Ghélia (2328 mètres), souvent couvert de neige. Il est limité à l'ouest par la route de Batna à Biskra, et à l'est par la vallée de l'oued Abiod ou Arab, tributaire du chott Melrhir. Profondément raviné au sud-ouest, ses croupes sont en partie boisées; ses vallées, assez fertiles, sont habitables, ce qui a fait classer l'Aurès par les Arabes dans la région du Tell. C'est YAurasios de Procope, célèbre par la résistance des Maures contre les Vandales et les Grecs. 7"

Les monts dits des Nememcha, du nom d'une tribu arabe, continuent l'Aurès jusqu'à la frontière tunisienne. Ils comprennent le djebel Gherchar, sur la rive gauche de l'Abiod; le djebel Mahmel (1828 mètres), vers le centre, et les monts de Tébessa, sur le haut Mellègue, affluent de la Medjerda.

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