II. — ADMINISTRATION
Nos possessions algériennes comprennent aujourd'hui une colonie, V Algérie, et des confins militaires, les Territoires du Sud.
L'Algérie est, depuis 1901, rendue autonome et pourvue d'un budget spécial. A sa tête est un gouverneur général, investi d'attributions très étendues et assisté d'un conseil de gouvernement , d'un conseil supérieur et de trois délégations financières.
Le premier de ces conseils, qui a des attributs purement administratifs, se compose des chefs des principaux services de la colonie : armées, justice, finances, enseignement ; le second, composé des mêmes membres et de six conseillers généraux de chaque département, examine avec les délégations financières le budget qui est présenté aux Chambres françaises, l'assiette ou la répartition des impôts ; il émet des vœux sur les questions intéressant l'Algérie.
Les divers services administratifs sont rattachés aux ministères compétents siégeant à Paris. Les citoyens français de la colonie sont représentés au parlement par six députés et trois sénateurs.
L'Algérie est partagée en trois départements ou provinces, qui tirent leurs noms de leurs chefs-lieux : Alger, Oran et Constantine.
Chaque département est divisé en deux territoires distincts : le territoire civil et le territoire de commandement. Le territoire civil, presque en entier dans le Tell, dépasse 130 000 kilomètres carrés avec 4 560 000 habitants ; il s'agrandit à mesure que se développe la colonisation dans le territoire de commandement , lequel ne comprend plus environ que 65000 kilomètres carrés avec 225 000 habitants.
L'administration du territoire civil de chaque département est à peu près la même que celle des départements français. A sa tête est un préfet assisté d'un conseil de préfecture et d'un conseil général, celui-ci composé de membres français élus et de six assesseurs indigènes nommés par le
gouverneur général. Le territoire civil est divisé en arrondissements dont les chefs-lieux sont :
Alger, préfecture; Médéa, Miliana, Orléansville , Tizi-Ouzou, souspréfectures ;
Oran, préfecture; Mascara , Mostaganem, Sidi-bel-Abbcs , Tlemcen, sous-préfectures ;
Constantine, préfecture; Batna, Bône, Bougie, Guelma, Pkilippeville, Sétif, sous-préfectures.
En général, les arrondissements ne sont pas divisés en cantons ; ils comprennent des communes de plein exercice et des communes mixtes. Les communes de plein exercice sont celles qui, comptant un grand nombre de Français, sont assimilées aux communes de la métropole, sauf qu'il y a aussi des conseillers municipaux indigènes. Les communes mixtes, souvent plus étendues qu'un arrondissement de France et peuplées de 20000 à 40 000 habitants très disséminés, dont peu de Français, ont à leur tête un administrateur assisté d'adjoints , d'un juge de paix et d'une commission municipale.
Le territoire de commandement des départements est composé d'une portion des Hauts-Plateaux et surtout habité par des indigènes. On y distingue des communes mixtes, administrées comme celles du territoire civil, mais sous l'autorité militaire, et des communes indigènes, qui n'ont presque point de Français, embrassent des territoires immenses et sont administrées par des officiers. Le gouverneur a sous sa direction les préfets et les commandants militaires.
L'Algérie compte 267 communes de plein exercice et 75 communes mixtes en territoire civil, 3 communes mixtes et 5 communes indigènes en territoire de commandement.
L'Algérie forme, avec la Tunisie, notre 19e région de corps d'armée, dont l'état-major est à Alger. Les chefs -lieux de subdivisions militaires sont : Alger, Fort-National , Médéa et Miliana ; — Oran, Mascara et Tlemcen ; — Gonstantine, Batna, Bône et Sétif. A la tête de chaque subdivision est un général de brigade.
L'armée d'occupation de l'Algérie compte environ 60 000 hommes. Outre des détachements de la ligne, du train des équipages, de l'artillerie et du génie, elle comprend des corps spéciaux fixés dans le pays : chasseurs d'Afrique et zouaves, tous français ; spahis, cavaliers pour la plupart arabes; tirailleurs, dits autrefois turcos, fantassins kabyles; bataillons ft infanterie légère, dits bataillons d'Afrique, bataillons de discipline ou zéphirs; légion étrangère, composée de volontaires étrangers. En temps de guerre, il y a en outre les goums, contingents de cavaliers fournis par les tribus ; enfin Y armée territoriale et sa réserve.
Pour l'administration de la justice, il y a une cour d'appel à Alger, douze tribunaux de lre instance et des justices de paix. Des sessions d'as-
sises se tiennent à Alger, Oran, Gonstantine et Bône. Les indigènes, pour les contestations entre musulmans et les questions de statut personnel (héritage, mariage, etc.), sont jugés par des cadis, sorte déjuges de paix-notaires indigènes. Pour les délits et crimes en territoire civil, ils comparaissent devant les tribunaux de lre instance et les cours d'assises; en territoire de commandement, devant les commissions disciplinaires de cercle et de division, ainsi que devant les conseils de guerre.
L'Algérie forme une académie (Alger), et l'organisation de Y instruction publique y est semblable à celle de la France, avec des écoles d'enseignement supérieur (Alger), secondaire et primaire. On compte aussi 3 médersas, écoles supérieures arabes formant les cadis, et dans les tribus de nombreuses zaouias ou écoles coraniques, foyers de fanatisme.
Pour l'administration de la religion catholique , il y a trois diocèses, savoir : l'archevêché d'Alger et les évêchés suffragants d'Oran et de Gonstantine, avec environ 340 paroisses. Quant aux cultes israélite, protestant et musulman, ils ne sont pas hiérarchisés.
Le Sahara algérien, détaché adtninistrativement de l'Algérie en 1905, forme les Territoires du Sud, au nombre de quatre, savoir : les Territoires d'Aïn-Sefra, des Oasis, de Ghardaïa et de Tougourt. A la tête de chacun de ces Territoires est placé un commandant militaire, qui relève directement du gouverneur général. Des compagnies sahariennes sont chargées de la police du désert. Composées d'indigènes montés à méhari, elles ont adopté le genre de vie, essentiellement mobile, des nomades qu'il s'agit d'atteindre. Elles font des reconnaissances incessantes dans un rayon très étendu, en ayant pour base des postes fixes qui communiquent entre eux par télégraphe et même par téléphone.
Les Territoires du Sud ont approximativement une superficie de 270000 kilomètres carrés. Ils renferment 5 communes mixtes et 7 communes indigènes, peuplées dans les oasis d'environ 450000 habitants, Berbères, Arabes et Touaregs mahométans, et administrées comme les communes analogues des départements algériens. Au point de vue de l'évangélisation, les Territoires font partie du vicariat apostolique du Sahara, érigé en 1893, avec Ghardaïa pour chef-lieu.
Villes et localités. — Dans la revue qui va suivre des principales localités du pays, nous procéderons, règle générale, de l'ouest à l'est, en les groupant autour des chefs-lieux départementaux : Oran, Alger, Constantine1.
1 Pour la population des villes et communes de l'Algérie, la statistique officielle donne deux chiffres, souvent très différents, surtout pour les communes mixtes, savoir : la population agglomérée, ville ou bourg; la population municipale ou totale, qui comprend en plus celle de nombreux villages dispersés, le tout formant la commune. Pour permettre de les distinguer, dans beaucoup de cas nous donnons les deux chiffres accolés; par exemple, Orléansville , 4- 14 0C0. L'écart est plus grand encore pour les communes indigènes : Aflou, qui n'a que 1200 hab. agglomérés, compte une population totale de 21000 âmes; aussi nous ne donnons ici ce dernier chiffre que comme exemple. Un seul chiffre, comme pour Oran, 110 000 hab., indique que les deux nombres sont très approchants.
CHAP. IV. — LES DÉPARTEMENTS, ou LE TERRITOIRE DU NORD.