II. — DÉPARTEMENT D'ALGER
ALGER f , grande et belle ville de 155000 habitants, dont plus de la moitié de Français, est la capitale de l'Algérie, à laquelle on a donné son nom. Assise presque en face de Marseille, à une distance de 770 kilomètres, ou de 24 heures par vapeur, elle occupe l'entrée occidentale d'une baie semi-circulaire de 15 kilomètres d'ouverture au milieu même de la côte algérienne. Elle est bâtie au pied et sur le penchant d'une colline escarpée faisant partie du massif de la Bouzaréah, qui atteint 407 mètres d'altitude. Protégée par deux camps retranchés, Alger est divisée en ville basse ou française, aux belles constructions modernes, et en ville haute ou arabe, aux rues étroites et tortueuses , bordées de vieilles maisons ; celle-ci est dominée par la kasbah, citadelle bombardée en 1830, et par le fort l'Empereur, élevé au lieu qu'occupait Charles-Quint lors du siège de 1541.
Alger, centre du commerce de la colonie, est la tête de ligne des che-
mins de fer algériens, et son port, en communication journalière avec Marseille particulièrement, est le second port français pour le mouvement et le tonnage des navires, en même temps que sa situation, comme point de relâche, en fait le premier port charbonnier de la Méditerranée tout entière. La ville, qui possède un ensemble à peu près complet de facultés scientifiques, renferme toutes les branches de l'industrie européenne, notamment des filatures de laine, des teintureries, des brasseries et des tanneries ; les indigènes fabriquent des ceintures de soie brochées d'or, des broderies sur cuir en or et en argent pour selles mauresques, des portefeuilles, des pantoufles.
Alger (El-Djezaïr, les îlots) fut fondée en 935 par les Arabes près d'un groupe d'îlots, sur remplacement de Ylcosium romaine. La ville devint au xvi* siècle, sous les Barberousse, un grand centre de piraterie. Inutilement bombardée sous Louis XIV par Dusquesne, en 1682 et 4683, par Tourville en 1684 et d'Estrées en 1688, c'est seulement depuis la conquête française qu'elle a cessé d'être la terreur de la Méditerranée.
« Actuellement Alger est devenue la première ville du continent africain, non par le nombre des habitants, mais par son rôle historique, comme foyer de la civilisation européenne. Elle est aussi la première par le charme et la grandeur imposante de l'aspect : après l'avoir vue de la mer, au détour de la pointe Pescade, nul ne peut oublier le tableau merveilleux qu'il a contemplé. Encore au milieu du dernier siècle, on pouvait la citer comme le type régulier d'une cité bâtie en amphithéâtre triangulaire sur le flanc d'une montagne; mais elle a grandi, et maintenant elle forme un ensemble beaucoup plus vaste et plus complexe de contours. Vers le haut de la colline, que couronnent les murailles de la kasbah, se montre encore ce qui reste de la vieille Alger, qui ressemble de loin à une carrière de marbre blanc, aux rocs inégaux et mal taillés. Les teintes bleues ou jaunes des parois, le vert des jalousies, ne se discernent pas à distance ; toutes les couleurs sont éteintes par l'éblouissante blancheur de la pierre; seulement, au matin, la lumière naissante de l'orient s'y brise en rayons roses, et, le soir, le soleil couchant s'y réfléchit en nuances violettes. Jadis la cataracte de maisons descendait jusqu'à la mer ; de nos jours elle s'arrête à mi-côte, limitée et comme endiguée par les masses régulières de maisons françaises qui se prolongent en façade au-dessus des quais. Au sud du triangle de la ville arabe, une autre ville escalade les pentes ; mais, entièrement formée de maisons modernes, elle ne se confond pas en un immense éboulis de roses blanches : on en distingue les murs grisâtres et les toits rouges, contrastant partout avec la verdure foncée des jardins. Au delà, les constructions sont brusquement limitées par une zone verte, celle des remparts herbeux et des talus boisés ; mais en dehors de la cité proprement dite, à Mustapha, la ville recommence, moins compacte que dans l'enceinte des rues, et d'autant plus gracieuse, pressant les maisons de
ses bas quartiers dans chaque ravin, groupant ses villas plus à l'aise sur chaque croupe avancée, et, vers le sommet de la colline, dressant audessus des arbres touffus les kiosques et les campaniles de ses palais : c'est là surtout que résident les Anglais et autres étrangers qui viennent passer la saison d'hiver sous le doux climat d'Alger.
« La faible largeur de l'espace compris entre les coteaux et la mer a forcé la ville grandissante à se développer au loin le long de la mer, de chaque côté du noyau primitif de la ville, qui fait face aux quatre îlots des Beni-Mezghanna, devenus maintenant la péninsule de la Darse.
Département d'Alger.
a Vers le nord-ouest, au sortir de Bab-el-Oued, « la Porte du Ruisseau, » plusieurs faubourgs, interrompus par des cimetières, se succèdent jusqu'à l'interminable rue Saint-Eugène; vers le sud, en dehors de Bab-Azoun, la porte où l'on accrochait les suppliciés, vivants ou morts, Mustapha et Belcourt continuent Alger. Un chemin de manœuvres, un jardin public, semblent devoir limiter la ville ; mais au delà recommencent les rangées de maisons.
<r L'ensemble formé par les deux communes d'Alger et de Saint- Eugène se développe sur une étendue d'une dizaine de kilomètres, et pourtant en maints endroits, resserrée entre la colline et la mer, la ville n'a pas même 200 mètres de largeur. Dans une pareille cité, on le comprend, toutes les rues maîtresses sont parallèles au rivage, et de
ALGKiUE
distance en distance s'ouvrent des places d'où l'on descend au bord de la mer. A la principale, dite « place du Gouvernement », viennent aboutir les rues les plus animées et les escaliers les plus fréquentés du port ; de là partent presque toutes les voitures pour la banlieue d'Alger et les villes de l'intérieur. Une foule multicolore se presse sur la place : si le costume banal, imposé par la mode, l'emporte sur tous les autres accoutrements, pourtant mainte couleur éclatante brille sur le fond sombre ou grisâtre que forme la masse toujours en mouvement des promeneurs et des gens affairés : les bonnets rouges des pêcheurs, les chéchia des portefaix, les gandoura brodées des Biskri se croisent avec les turbans jaunes ou bariolés des vieux juifs, les robes, les écharpes, les chapeaux aux soies éclatantes de leurs femmes et de leurs filles. Quelques personnages arabes,
Vue d'Alger et son port.
grands chefs ou se donnant pour tels, se promènent dans leur haïk de pure laine, d'une blancheur immaculée, ou bien, assis devant les cafés, boivent majestueusement quelque liqueur défendue par leXoran. Deux par deux, les femmes mauresques, aux larges pantalons bouffants, glissent d'un pas rapide, ne montrant sous le voile que leurs yeux noirs, entourés d'un cercle bistré. » (É. Reclus, f Afrique septentrionale.)
Mustapha, gros faubourg, a été, en 1904, réuni à Alger. On distingue Mustapha Inférieur, qui renferme l'hôtel des facultés savantes, de vastes casernes et un merveilleux jardin d'acclimatation, « dit Jardin d'essai »; Mustapha Supérieur, avec de riches et riantes villas ; YAgha, possédant de nombreux établissements industriels.
El-Biar, 4500 habitants, est à cinq kilomètres d'Alger, sur un plateau salubre.
Sidi-Ferruch donne son nom à une petite presqu'île célèbre par le débarquement des Français en 1830. A trois kilomètres de là est le pla-
teau de Staouéli, 800 (2 000) habitants, où les troupes du dey furent défaites le 49 juin 4830. En 4843, le gouvernement a concédé ce champ de bataille aux religieux trappistes , qui l'ont transformé en une fermemodèle de 4 200 hectares.
Maison- Carrée, 8000 habitants, sur l'Harrach, au croisement de voies ferrées, est un grand marché aux bestiaux, céréales et légumes.
La mosquée neuve à Alger.
Koléa, 7 000 habitants, est proche de la mer sur une colline du Sahel occidental et sur la rive gauche du Mazafran. C'était autrefois une « ville sainte », dont la mosquée est transformée en hôpital militaire. Ses environs sont de véritables jardins.
Le tombeau de la chrétienne. — A mi-chemin entre Koléa et Gherchell, dans la commune de Marengo, auprès du village de Montebello et des ruines phéniciennes de Tipaza, la colline la plus élevée du Sahel porte un antique monument très curieux : c'est le tombeau dit de la Chrétienne, en arabe Konbba ou Kabor-er-Roumia, sur lequel les archéologues ont beaucoup discuté. Malgré son nom vulgaire, cet énorme édifice
ne renferme point la dépouille mortelle d'une servante du Christ; c'est plutôt la sépulture d'anciens rois de Mauritanie. On suppose qu'il fut bâti par Juba II sur le modèle du Medraccn, le tombeau des rois numides qui s'élève dans la province de Gonstantine.
Le tombeau de la Chrétienne est un édilice conique de 32 mètres de haut, dont le soubassement carré a 03 mètres sur chaque face; le périmètre de la base du monument est orné de 60 demi-colonnes ioniques engagées ; il est partagé entre quatre parties égales par quatre portes déco-
Le tombeau de la Chrétienne (ou des rois -de Mamitanie).
ratives d'une hauteur de 6 mètres 20 centimètres. Au-dessus commence une série de 33 degrés hauts chacun de 58 centimètres, qui, en rétrécissant graduellement leur plan circulaire, donne à l'édifice l'apparence d'un cône tronqué. L'intérieur de ce monument est disposé en caveaux reliés par des couloirs et des galeries mesurant 470 mètres de longueur totale.
Cherchel, 5-14 000 habitants, Viol des Carthaginois, la Julia Cœsarea des Romains, devint sous Juba le Jeune la capitale de la Mauritanie césarienne. Aussi y trouve-t-on des ruines d'hippodromes, de théâtres et d'aqueducs romains; ce n'est plus aujourd'hui qu'un port assez médiocre. Il y a aux environs des mines de fer et de lignite, des carrières de beaux marbres et de plâtre, ainsi que d'excellents vignobles.
Orléansville, 4-44 000 habitants, est une jolie petite cité moderne bâtie à 440 mètres d'altitude sur la rive gauche du Chélif, et sur l'em-
placement du Castellum Tingitanum des Romains; c'est un marché au blé et aux bestiaux, mais le climat y est peu agréable pour les Européens.
Ténès, 5 000 habitants, l'antique Cartennœ colonia, est une petite ville maritime et fortifiée, l'entrepôt naturel de la région du Dahra et d'Orléansville. Tout près, Montenotte est l'une des plus agréables colonies algériennes; on y exploite le minerai de fer du djebel Hadid.
Miliana, la Malliana romaine, 4-9 000 habitants, est une cité militaire bâtie à 740 mètres sur le flanc méridional du Zaccar, dominant la plaine du Chéiif. En 1840, une garnison française de 1 200 hommes, bloquée par Abd-el-Kader, y périt presque entière de privations et de maladie. Ses environs abondent en vignobles et en fruits renommés, en mines de fer, de plomb et en carrières de marbre. Au sud, Affreville, 5 000 habitants, lui sert de station du chemin de fer, tandis qu'au nord -est se trouve l'établissement thermal de Hammam-Rirha > le plus fréquenté de l'Algérie.
Teniet-el-Hâd, 2-5 000 habitants, est un marché arabe et un poste militaire commandant le massif de l'Ouaransénis.
« Teniet-el-Hâd, « le Col du dimanche, » est ainsi nommé du jour où se tient son marché hebdomadaire ; la hauteur du seuil que domine le village est de 1145 mètres. Les Arabes y sont proportionnellement plus nombreux qu'à Miliana, et une petite colonie nègre occupe près de Teniet deux groupes de masures appelées <r Tombouctou » le Supérieur et l'Inférieur. <r Le Col du dimanche n> est célèbre dans le monde des botanistes par ses admirables forêts de chênes et de cèdres qui recouvrent les deux ^versants du djebel Endat; des sources ferrugineuses d'une grande richesse jaillissent dans la forêt. Au sud s'étend le plateau du Sersou, jadis couvert de bois et ruisselant de fontaines , maintenant sans verdure et coupé de ravins dans lesquels coulent des eaux sauvages, détruisant au lieu de féconder. Le Sersou est une des régions de l'Algérie où se voient le plus de monuments préhistoriques : tombelles, enceintes, pierres levées; une ancienne ville, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Teniet, occupe une surface plus grande que la cité d'Alger. Parmi les monuments étranges de cette région, le plus curieux consiste en alignements de pierres disposées de manière à former un immense lézard de 80 mètres de longueur. On retrouve ainsi dans l'Ancien Monde un exemple de ces monuments symboliques dont les mound-builders de l'Ohio aimaient à orner leurs plaines, d (Elisée Reclus.)
Médéa, « la Mare, » 4-16 000 habitants, à 920 mètres sur une croupe du mont Nador, est l'ancienne capitale du beylik de Titeri. Son climat est sain, et son territoire fertile en blé, asperges et vins déjà renommés. Au sud, Berrouaghia possède un grand pénitencier agricole.
Boghar, 360-2500 habitants, à 970 mètres, le Castellum mauritanum
des Romains, l'un des arsenaux d'Ab-el-Kader, est encore une place forte qui surplombe de 400 mètres le défilé du Chélif moyen et surveille les Hauts -Plateaux. Un grand marché se tient au village de Bognari, 800-4500 habitants, situé sur la rive droite du fleuve.
Au nord, se trouve le djebel Mouzaïa, surmonté de la koubba d'un € saint * musulman qui, d'après la légende, « fendit d'un coup de hache le défilé où il fit naître la Chiffa pour arroser le pays. i> Ce djebel donne son nom au ténia de la Mouzaïa , col célèbre par de sanglants combats en 1840-41; au village de Mouzaïa-les-Mines , qui possède des gisements de cuivre sur le versant sud, et à la commune de Mouzaïaville •, 1-4 000 habitants, sur le versant nord, non loin de Blida.
Blida, 33 000 habitants, est la ville la plus gracieuse de l'intérieur, où elle est magnifiquement située au sud de la Métidja et au pied de l'Atlas dans une forêt d'orangers, de mandariniers, de citronniers et d'oliviers. Elle a des minoteries et des distilleries considérables, et fait un commerce très important. A douze kilomètres sud on admire les superbes gorges de la Chiffa, immense déchirure de l'Atlas entre les monts de Mouzaïa et des Béni-Salah .
Boa far ik, 6-10 000 habitants, dans une position jadis fort insalubre au milieu de la magnifique plaine de la Métidja, possède un marché agricole très fréquenté. Dans la même plaine, beaucoup de villages agricoles florissants portent des noms bien connus. De l'ouest à l'est, signalons Marengo et Montebello, déjà cités; Joinville, station de Blida; Montpensier, Aumale , Rovigo, Aima, Saint-Pierre - Saint-Paul , près de Fondouk, etc.
Dellys, 3-14000 habitants, le Rusucurrus des Carthaginois, est un port médiocre sur la côte de Kabylie ; on y a établi l'école des arté et métiers pour les indigènes de l'Algérie.
Tizi-Ouzou, 1 500 habitants, en arabe Fedj-el-Giiendoal, « le Col des genêts épineux, d fut le point le plus avancé de l'occupation romaine et turque dans le Djurdura. Depuis 1858, c'est un poste militaire français, en même temps qu'un centre commercial important.
Fort-National, 400-10 000 habitants, primitivement Fort-Napoléon, est une place de guerre construite en 1857, par 916 mètres, au centre de la Kabylie. C'est « une épine plantée dans l'œil de la* Grande-Kabylie a , comme disent les indigènes, qui tentèrent de s'en emparer en 1871.
Au pied de Fort-National, Aïl-Lhassen est un village des Béni-Yemsi, qui sont les plus industrieux des Kabyles ; ils fabriquent de jolis bijoux et des fusils à crosse incrustée de corail.
Palestro, 600-5000 habitants, sur Tisser oriental, rappelle ici, non une victoire comme en Italie, mais un désastre pendant l'insurrection de 1871 : les Kabyles, vaincus au combat de l'Aima, le saccagèrent et l'incendièrent. En aval de ce bourg, a Tisser s'enfonce dans une gorge où il n'y a place
que pour lui : la route d'Alger à Conslantine, qui suit la rivière, a été conquise à la mine dans la dureté du roc, immense paroi crayeuse d'où glissent des cascades. Çà et là, sur les corniches, dans les fissures et les brisures, des herbes s'accrochent, et aussi des broussailles et des arbustes où les singes dégringolent quand ils viennent boire au courant de Tisser. De ce défilé superbe la rivière passe dans une vallée féconde, pleine de colonies nouvelles, d (0. Reclus.)
Aumale, 2400-6000 habitants, est une ville de guerre fondée en 1846, par 850 mètres, au pied du djebel Dira, sur l'emplacement de YAuzia romaine; elle garde la sortie de la Grande- Kabylie vers le plateau algérien.
Bou-Sâada, <r Lieu du Bonheur, » qui compte 7000 habitants, commande le sud du même plateau et forme le centre commercial de la région du Hodna.
Département de Constantihe.